20 novembre 2013

Simplement, sans «ostentation»


Il n’y a pas de petits courages
Patrick Estrade * 
Octobre 2013 

Lorsque je reçois une personne pour la première fois en consultation à mon cabinet, je l’accueille avec ces mots : «Qu’est-ce qui vous amène à cet acte de courage de venir dans le cabinet du psychothérapeute». Les réponses diffèrent, certaines assurent n’avoir eu aucun mal à venir, tandis que d’autres avouent au contraire avoir eu toutes les peines du monde à se décider à décrocher le téléphone ; quelques unes confient même avoir mis des années avant d’oser faire ce premier pas. Ce constat me conduit à trois réflexions que je voudrais vous soumettre.

La première, c’est que chacun réagit de façon différente face aux événements de la vie. Ce qui paraît banal ou insignifiant à certains peut paraître incroyablement difficile, voire infranchissable à d’autres. Ainsi, pour prendre un exemple, le fait que votre copine Nathalie ait décidé de retourner à l’école pour entreprendre des études de langues vous paraîtra d’autant plus courageux que vous avez vous-même un problème d’infériorité culturel ou que vous vous estimez définitivement incompétent(e) pour les langues étrangères. Dans le même ordre d’idée, vous observerez que plus la chose est inhabituelle ou originale, plus grande sera l’aura de courage dont vous parerez l’autre. Par exemple, si votre meilleure copine Caroline s’inscrit à un cours de cuisine, vous serez content(e) pour elle, mais sans plus ; par contre si elle décide de passer son permis moto et s’achète une 1000 CC, vous n’en reviendrez pas.

Deux poids, deux mesures

Ma deuxième réflexion est que nous tendons à minimiser systématiquement les actions qui entrent dans le champ habituel de nos activités. Ce que je sais faire est catalogué de naturel ou de normal (puisque je sais le faire, c’est que c’est banal). Ainsi, Caroline arguera probablement qu’il n’y a rien d’extraordinaire à passer un permis moto, que c’est juste une question de décision.

La troisième chose qui m’interpelle, c’est que nous inclinons à trouver formidables ou audacieuses les actions entreprises par les autres, alors que tendons à rétrograder les nôtres au rang de normales ou allant de soi. Ce deux poids deux mesures tient à l’impératif d’humilité qui règne largement dans notre société : que l’on encense les actions des autres passe, mais qu’on se vante de ses propres mérites reste totalement inconcevable. Mais il tient aussi et probablement davantage au fait que l’idée qu’on se fait d’une chose est toujours vécue plus fortement que la chose elle-même. Ainsi, pour reprendre l’exemple de Caroline, ce n’est pas tant l’idée qu’elle passe son permis moto qui importe, mais la représentation fantasmatique que son action déclenche en nous. En l’occurrence, son projet fait d’elle une sorte de wonder-women chevauchant une mégamoto dans les endroits les plus tendance, fréquentés par les personnes les plus originales que la terre n’ait jamais portées.

Rares sont ceux d’entre nous qui reconnaissent leurs mérites

Ce qu’il faudrait comprendre, c’est que si nous sommes impressionnés par certaines personnes, il y en a d’autres qui elles, sont impressionnées par nous. Que nous nous en rendions compte ou non, nous sommes toujours l’impressionnant de quelqu’un. Et cela, nous avons du mal à l’accepter. Que j’admire quelqu’un, cela va de soi, mais que quelqu’un m’admire me gêne quelque part.

Rares sont ceux d’entre nous qui reconnaissent leurs mérites. Je trouve qu’il y a là quelque chose d’injuste. D’un peu choquant même. Cela me choque car je sais qu’il manque souvent trois fois rien pour qu’une personne réalise quelque chose de superbe dans un domaine ou dans un autre, et que s’il s’était trouvé quelqu’un pour l’encourager, lui donner un petit déclic, elle aurait osé.

Il est une chose dont nous devons nous convaincre : les petits courages n’existent pas. Il y a des courages. C’est tout. La question ne sera donc pas de savoir si l’on est ou non courageux, mais de savoir que chaque action entreprise doit être perçue et valorisée comme il convient, et que ce n’est pas le type ou la grandeur de l’action qui importe, mais l’action en elle-même. Bon, je crois que vous avez compris ce qui vous reste à faire… 

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Passeur de valeurs
Rejeter la violence, mettre du sens

Les guerres, petites ou grandes, officielles ou cachées, sont insupportables. Les peuples, comme les êtres, doivent apprendre à vivre ensemble dans la paix et dans la reconnaissance mutuelle. La psychologie peut et doit contribuer à ce mouvement de solidarité. Mais par où commencer?

Faire de notre vie personnelle et de notre environnement naturel, affectif, social et familial quelque chose de beau, de créatif et de sensé, c’est non seulement s’offrir et offrir à nos proches une écologie personnelle de premier ordre, mais aussi apporter notre pierre à cet édifice qui en a si urgemment besoin. Bâtir autour de nous, à partir de nous, un monde relationnel plus humain, plus aimant et plus tolérant, c’est prendre conscience de notre propre capacité à y contribuer.

~ Patrick Estrade
http://www.patrickestrade.com/

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* Psychologue, psychothérapeute, écrivain, conférencier, Patrick Estrade (N° Adeli 069312155) pratique la psychologie et la psychothérapie analytique depuis plus de 30 ans. Après avoir étudié la psychologie à l'Institut de Psychologie Analytique de Berlin, il s'installe à Nice où il partage son temps entre ses consultations en cabinet, l'écriture et les formations qu'il assure un peu partout en France et à l'étranger.

Quelques titres :
La maison sur le divan – Tout ce que nos habitations révèlent de nous; 2009, LAFFONT

Ces souvenirs qui nous gouvernent Les interpréter, les comprendre; 2006, LAFFONT

Comment je me suis débarrassé de moi-même – Les sept portes du changement; paru dans la collection Réponses; 2004, LAFFONT

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