25 mai 2022

Surconsommation en vrac

«Ce qui me renversait, c'était tout simplement le nombre des objets, ces épaves de vie, et la façon dont ils circulaient. Les gens mouraient mais pas leurs possessions, elles continuaient à tourner en rond, en lent tourbillon. Toutes les choses que je voyais et que je convoitais avaient déjà été vues et convoitées auparavant, elles avaient survécu à plusieurs vies et étaient destinées à en traverser plusieurs autres, en s'usant de plus en plus mais aussi en acquérant de la valeur, comme si elles avaient absorbé les souffrances et leurs propriétaires et s'en étaient nourries. Comme c'est difficile de se débarrasser de ces objets, pensai-je; ils guettent passivement, comme des moutons vampires, celui qui viendra les acheter.»

     Lady Oracle; Margaret Atwood / O.W. Toad Ltd., 1976 / Traduction française Éditions Robert Laffont / mai 2021 (p. 258)   

Ils désiraient tous ce qu'ils ne pouvaient obtenir. Nous mesurons notre réussite sur la formation des désirs et de leur satisfaction.

Il existe différentes sortes de «collectionneurs» :

1. Les antiquaires achètent et revendent des objets qui peuvent avoir une valeur historique, socioculturelle, etc.

2. Les brocanteurs achètent et revendent des objets – parfois des antiquités, mais généralement il s'agit d'objets de peu de valeur, «kitch», et moches sur le plan esthétique  

3. Les accumulateurs compulsifs gardent et ne vendent ni ne jettent rien de ce qu'ils ramassent, au point que certains ne peuvent même plus circuler dans leurs logements.

Accumulation compulsive (ou syllogomanie)

Photo via Obsession Addict

Le TAC se caractérise par l’accumulation et l’entreposage d’objets, en quantités élevées. Habituellement, ces objets ne possèdent pas de valeur perceptible (comme dans une collection).

La plupart des objets peuvent devenir sujets à l’accumulation, mais les plus communs sont les • journaux • revues • dépliants • reçus • comptes • déchets domestiques / ordures • cartons et sacs • aliments en conserve • correspondance / courriels • vêtements • meubles

Différence entre l’accumulation et les collections

Photo : Blogue Via Rail (Vieux-Québec)

Les collectionneurs peuvent accumuler plusieurs objets comme des épinglettes, des insignes, des bouchons de bouteille, etc. Cependant, le collectionneur éprouve un sentiment de fierté face à sa collection. Il s’agit là d’une activité sociale et il peut participer à des rencontres ou être membre d’un club avec d’autres collectionneurs qui partagent le même intérêt. Par ailleurs, certaines collections peuvent exiger un grand espace physique mais cela ne veut pas dire qu’elles empiètent sur l’espace vital.

Pourquoi est-ce qu’ils accumulent?

Deux motivations importantes semblent inciter à l’accumulation : utilitaire et sentimentale.

Dans la première catégorie, les personnes se disent : «J’en aurai besoin un jour» ou «Et si j’avais (ou quelqu’un a) besoin d’information, d’une recette, d’un reçu, d’une boîte vide, etc… plus tard?». Bien sûr «un jour», ou «plus tard», n’arrive jamais et pendant ce temps, la pile d’objets qui «peut être utile un jour ou l’autre» continue de s’accumuler et d’encombrer.

Les accumulateurs sentimentaux sont généralement des personnes dont l’attachement pour des objets grandit anormalement jusqu’au point où elles les considéreront comme de petites personnalités ou comme étant une partie de leur personnalité. Donc, elles ne peuvent tolérer d’être séparées d’eux. Selon notre expérience, les accumulateurs ont souvent à la fois des motivations d’accumulation sentimentales et utilitaires.

Les accumulateurs sont-ils des personnes en désordre?

Les maisons des accumulateurs semblent souvent en désordre et désorganisées mais, étonnamment, ces personnes ne manquent pas de compétences organisationnelles ou d’un sens des responsabilités.

Pour un accumulateur, les piles pêle-mêle sont souvent là de façon «temporaire»; souvent, les personnes qui souffrent de ce trouble rapporte attendre d’avoir le temps de s’organiser, d’intégrer l’informations ou de faire le tri des objets. Évidemment, la situation est rarement temporaire car ce n’est jamais le bon moment pour y faire face.

De fait, généralement, le seul moment où la personne se décide à régler l’encombrement, c’est lorsqu’elle doit s’y confronter en thérapie. Paradoxalement, les personnes qui accumulent sont souvent bien organisées et responsables dans d’autres facettes de leur vie; elles peuvent même être très préoccupées par le fait de commettre une erreur qui pourrait les mener à l’accumulation.

Impacts de l’accumulation à long terme

Les accumulateurs vivent souvent très isolés et mènent une vie remplie de contraintes.

Premièrement, ils sont réticents à laisser entrer des personnes dans leur maison parce qu’ils pourraient avoir honte de l’état d’encombrement dans laquelle ils se trouvent.

Leur problème peut également les faire se sentir coupables et ils peuvent souffrir de dépression. Cela devient aussi difficile de débuter ou de maintenir une relation avec les accumulateurs étant donné que le niveau de compréhension de la problématique par le partenaire est généralement faible.

De plus, l’accumulateur peut éprouver de véritables difficultés pour fonctionner normalement dans la vie. Par exemple, il peut avoir difficilement accès à la cuisine ou à la salle de bain à cause de l’encombrement; il peut ne pas retrouver des lettres ou des documents importants perdus quelque part dans les piles; il peut faire face à des menaces constantes d’éviction de la part des propriétaires ou des autorités.

Comment traiter l’accumulation compulsive?

La première chose à faire est d’éduquer la personne sur ce trouble et de la motiver à traiter son problème le plus tôt possible (non pas quand elle sentira qu’elle en aura le temps).

Une thérapie cognitive et comportementale (TCC) est alors requise afin que la personne se rende compte que sa pensée «peut-être qu’un jour, j’en aurai besoin» n’est pas réaliste. Il est alors important d’élaborer une hiérarchie de l’encombrement à éliminer, de façon graduelle. La première étape est l’organisation de l’encombrement en catégories gérables. Ce tri ne doit pas signifier «changer les objets de place» dans l’encombrement, ce qui signifierait de déplacer simplement les articles vers de nouvelles piles accumulées ailleurs dans l’environnement.

Il sera aussi important de travailler avec la personne afin de limiter les acquisitions dans le but de réduire la quantité de possessions contribuant à l’encombrement. Ceci peut entre autres être fait en amenant la personne qui accumule à se questionner davantage face à ses acquisitions. 

L’organisation est suivie par une deuxième étape: jeter des objets. L’action de jeter devrait être entreprise immédiatement après celle du tri, étant donné que tout délai peut mener à la procrastination.

Tout en négociant avec l’encombrement, toute autre habitude d’accumulation problématique nécessite d’être traitée. Il est important que la personne adopte et conserve des moyens non obsessifs de vivre au quotidien avec les dépliants, les déchets et l’information. Par exemple, décider quel coupon conserver de la circulaire du supermarché le jour même qu’il est déposé dans la boîte aux lettres plutôt que de le garder jusqu’au «bon moment» pour y jeter un coup d’œil, car évidemment cela ne se produira jamais.

Il n’est pas recommandé de proposer à l’accumulateur de se tourner vers le camion à rebuts ou de tout mettre à la rue sans égard à ses désirs. Même si pour les membres de la famille cela peut sembler une option évidente, cette façon d’agir causera à coup sûr un traumatisme chez l’accumulateur et renforcera son trouble. Une telle stratégie pourrait être justifiée dans le cas où l’encombrement implique des risques importants pour la santé ou pour le feu; néanmoins, cela reste dévastateur pour l’accumulateur.

Source : Clinique communautaire de Pointe-Saint-Charles, Montréal QC

https://ccpsc.qc.ca/fr/tac/

9 mai 2022

Plus nazie que les nazies

Me revoilà. Je ne suis pas morte, j'avais besoin de m'alléger l'esprit et le coeur.

Poutine, qui prétend dénazifier l'Ukraine, est pourtant un prototype hors pair de nazisme, il en a toutes les caractéristiques comportementales. En tout cas, il n'a pas de quoi s'énerver, l'OTAN n'a pas bougé le petit doigt pour l'expulser de l'Ukraine! Il peut continuer d'exterminer impunément la société civile à bras raccourcis.

Murale : Big Ben, Lyon, France

Moi non plus… 

Le 21 février 2022, il claironnait «l’Ukraine peut bien vivre comme État, comme forme politique, mais certainement pas comme nation souveraine, indépendante de la Russie et libre de son emprise politique et culturelle», avant de passer à l'attaque le 24 février.  

Les 8 (en Ukraine) et 9 mai (en Russie) marquent les commémorations de la victoire soviétique sur l'Allemagne nazie.

Dans son discours précédant sa traditionnelle parade militaire, Vladimir Poutine n’a fait aucun commentaire sur l’évolution de son invasion en Ukraine ni donné d’indications sur sa durée ou les développements qui pourraient le convaincre d’y mettre un terme. Le président russe a terminé son discours par un cri de ralliement à l’adresse des soldats rassemblés sous la tribune. «Pour la Russie, pour la victoire, hourra!», a-t-il lancé, les soldats sur la place rouge lui répondant «hourra!» à l'unisson. Depuis l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine en 2000, la traditionnelle parade du 9 mai célèbre autant la victoire soviétique sur l’Allemagne nazie que la puissance russe retrouvée après l’humiliation de la chute de l’URSS.

     De son côté Kiev refuse que Moscou s'approprie la victoire sur les nazies. Un peu plus tôt, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a assuré que son pays ne laissera pas la Russie 's’approprier' la victoire sur le nazisme en 1945. «Nous sommes fiers de nos prédécesseurs qui, avec d’autres peuples dans le cadre de la coalition antihitlérienne, ont vaincu le nazisme», a-t-il lancé dans un message vidéo, qui le montre marchant sur l’avenue centrale de Kiev, Khrechtchatyk. «Notre ennemi rêvait de nous voir renoncer à fêter le 9 mai et la victoire sur les nazis pour que le mot 'dénazification' obtienne une chance», a-t-il observé. «Des millions d’Ukrainiens ont lutté contre le nazisme […], ont chassé les nazis de Louhansk, ont chassé les nazis de Donetsk, ont libéré des occupants de Kherson, Melitopol, Berdiansk, ont chassé les nazis de Yalta, de Simféropol, de Kertch et de toute la Crimée, ont libéré Marioupol des nazis», a-t-il mentionné. «Le jour de la victoire sur les nazis, nous nous battons pour une autre victoire. La voie vers cette victoire est longue, mais nous n’avons pas de doutes sur notre victoire», a-t-il insisté. «Nous avons vaincu à l’époque, nous vaincrons maintenant.» (ICI Radio-Canada / Info, 9 mai 2022)

Street art : LZoon (?), Leipzig, Allemagne. Ah, il fallait y penser! Envoyons l'invincible Obélix à la rescousse, il s'y connait en invasion…

Il y plus de 30 ans, Alexandre Soljenitsyne écrivait au sujet de l'impérialisme (on croirait qu'il vient tout juste de l'écrire…) : «Nous n’avons pas de forces à consacrer à l’Empire! Et nous n’avons pas besoin de lui : que ce fardeau glisse donc sur nos épaules! Il use notre moelle, il nous suce et précipite notre perte. Je vois avec angoisse que la conscience nationale russe en train de s’éveiller est, pour une large part, tout à fait incapable de se libérer du mode de pensée d’une puissance de grande étendue, d’échapper aux fumées enivrantes qui montent d’un empire. […] C’est là un gauchissement extrêmement pernicieux de notre conscience nationale. Il faut choisir clair et net : entre l’empire, qui est avant tout notre propre perte, et le salut spirituel et corporel de notre peuple. […] Conserver un grand empire signifie conduire notre peuple à la mort. À quoi sert cet alliage hétéroclite? À faire perdre aux Russes leur identité irremplaçable? Nous ne devons pas chercher à nous étendre large, mais à conserver clair notre esprit national dans le territoire qui nous restera.» ~ Alexandre Soljenitsyne (Comment réaménager notre Russie? / Fayard 1990)  

En 1981, il disait au sujet de la volonté de domination de l’Ukraine (une constante de l’histoire russe) : «Dans mon cœur, il n’y a pas de place pour le conflit russo-ukrainien et si, que Dieu nous garde, les choses en arrivent aux dernières extrémités, je peux dire que jamais, en aucune circonstance, je n’irai moi-même ni ne laisserai mes fils participer à un affrontement russo-ukrainien, quelque zélées que fussent les têtes folles qui nous y pousseraient.» 

«Les 'droits de l'homme', c'est très bien, mais comment veiller nous-mêmes à ce que nos droits n'empiètent pas sur ceux des autres? Une société de droits sans frein est incapable de résister aux épreuves. Si nous ne voulons pas nous retrouver dominés par un pouvoir contraignant, chacun doit se mettre lui-même un frein. Aucune constitution, aucune loi ni aucun vote n'assureront par eux-mêmes l'équilibre de la société, car le propre des hommes est de poursuivre opiniâtrement leur intérêt personnel.» (A. S.)

18 avril 2022

Crier «au secours» sans bruit

Une idée qui peut en effet grandement aider… 

Les mesures d’isolement mises en place pendant le confinement ont eu des conséquences négatives auprès des personnes qui subissent des actes de maltraitance ou de violence. La plus importante étant l’impossibilité pour ces personnes, n’ayant plus le droit de sortir, de demander de l’aide de façon sécuritaire.

Un constat qui a donné une idée à la Fondation canadienne des femmes, qui a lancé un «Appel à l’aide» sur les réseaux sociaux. Il s’agit d’un geste simple et discret que toute personne qui s’estime en danger à cause de violences domestiques peut faire pour alerter sur sa situation.

Le geste se décompose en 2 parties : la main est face caméra avec le pouce rentré, avant de l’englober avec le reste des doigts pour constituer un poing fermé. Si une personne de votre entourage exécute ce geste au cours d’une vidéo, l’association recommande de prendre contact avec elle par message afin de définir l’urgence de la situation.

Source (incluant une vidéo) : https://creapills.com/appel-a-laide-violences-domestiques-20200609 

Un signe de la main popularisé par des Magogoises sauve une nouvelle vie

Radio-Canada / 17 avril 2022

Une autre victime de violence a été secourue aux États-Unis, grâce à un signe de la main créé au Canada et popularisé sur les réseaux sociaux par deux sœurs de Magog.

Une adolescente de 16 ans du Tennessee a utilisé ce signe silencieux à une station-service pour appeler à l'aide, au moment où son ex-copain, violent, lui proférait des menaces de mort.

Il ne s'agit pas de la première fois que le signe de la main permet à une femme de se sortir d'une situation dangereuse. En novembre dernier, une adolescente kidnappée aux États-Unis avait aussi pu être secourue après avoir fait le signe de la main.

C'est le compte TikTok des sœurs Marie-Emmanuelle Genesse et Florence Olivia Genesse, originaires de Magog, qui a popularisé le signe à travers le monde.

«Non seulement les gens l'utilisent, mais en plus, d'autres l'ont reconnu. Pour nous, c'est le plus beau cadeau de voir que des femmes peuvent se sortir de situations très dangereuses.» – Marie-Emmanuelle Genesse

À Sherbrooke, ce signe est maintenant reconnu par des gens de plusieurs générations. C'est le cas de Lucie, une femme qui connaît bien ce signe et qui l'a partagé sur ses réseaux sociaux pour une raison bien personnelle.

«J'ai été moi-même victime de violence conjugale, on se sent assez seul, alors de pouvoir faire intervenir des gens qui n'auront pas besoin de s'impliquer, mais quand ils seront témoin de ce geste-là, ils pourront faire quelque chose pour aider la personne. Je trouve ça extraordinaire», explique Lucie.

Même si les Magogoises proposent de nombreuses vidéos portant sur différents thèmes féministes, dont la notion de consentement, c'est de loin leur vidéo sur ce signe de la main qui est la plus populaire.

«Les gens aiment avoir du concret! Avec un signe, ils peuvent concrètement aider quelqu'un, ou même l'utiliser pour demander de l'aide», souligne Marie-Emmanuelle Genesse.

Ce signe créé par la Fondation canadienne des femmes et popularisé sur les réseaux sociaux semble maintenant avoir atteint sa cible en offrant un outil de plus aux femmes victimes de violence.

D'après le reportage d'Alexis Tremblay

https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1877075/signe-main-violence-detresse-