16 décembre 2017

Un nouveau job en vue pour Weinstein


Dave Granlund http://www.davegranlund.com/cartoons/

Être un mâle est une question de naissance,
Être un homme est une question d’âge,
Être un gentleman est une question de choix.

Trump ne devrait pas sous-estimer les Américains (et vous non plus)

Le choc de la défaite républicaine en Alabama se fait encore ressentir à Washington. Les doigts accusateurs sont pointés dans plusieurs directions pour expliquer l'échec de Roy Moore à se faire élire au Sénat. Une partie du blâme repose sur les épaules du président. Donald Trump écoutera-t-il ce message?

La goutte de trop

La fameuse goutte de trop pour Roy Moore semble avoir été ces accusations d’inconduite sexuelle portée par au moins neuf femmes. Des événements qui se seraient produits lorsqu’elles étaient adolescentes.

Pris ensemble, c’est un bien mauvais bilan pour un politicien et du combustible pour les forces d’opposition. Les Afro-américaines, notamment, ont réagi en grand nombre.

La décence exigeait que Roy Moore se retire de la course. Fidèle à son image de provocateur, il est resté. Et le président l’a appuyé.

Ce vote, on peut le voir comme un désir de changer le ton, de revenir à un discours plus civilisé. À des politiques plus centristes.

Ce vote, c’est peut-être aussi un signal que le président devrait déposer son téléphone, tourner sa langue avant de tweeter. Un souhait formulé depuis longtemps par bien des républicains.

Yanik Dumont Baron, correspondant pour ICI Radio-Canada à Washington
Publié le mercredi 13 décembre 2017  


Donald Trump et Roy Morre. Jonathan Schmock  http://jonathanschmock.com/

12 décembre 2017

«Las de tous ceux qui viennent avec des mots»


Paul Nicklen – photographe, cinéaste et biologiste marin qui documente la beauté et le sort de notre planète depuis plus de vingt ans. En tant que photographe pour le magazine National Geographic, Nicklen capte l'imagination du public. En tant que co-fondateur de l'organisme à but non lucratif, Sea Legacy, il propose une ouverture progressive à la préservation des océans. Sa narration visuelle a inspiré des millions de personnes à se lever et à défendre les endroits menacés par le changement climatique.

Auteur de la vidéo «les dernières heures d’un ours polaire squelettique en quête de nourriture sur l’île de Baffin». http://www.paulnicklen.com/ 

Dans la même veine :


Tomas Tranströmer (1931-2015) :  

En mars –79

Las de tous ceux qui viennent avec des mots
Des mots, mais pas de langage,
Je partis pour l'île recouverte de neige.
L'indomptable n'a pas de mots!
Ses pages blanches s'étalent dans tous les sens.
Je tombe sur les traces de pas d'un cerf dans la neige
Pas des mots, mais un langage.

(Baltiques, 1983)

Il tombe de la neige

Au milieu de l’hiver
Une lumière blême
jaillit de mes habits
Solstice d’hiver.
Des tambourins de glace clinquante.
Je ferme les yeux.
Il y a un monde muet
Il y a une fissure
où les morts passent la frontière
en cachette.

Source : 

7 décembre 2017

Copycat de Dalí

Le chat Hamilton, adopté dans un refuge, fait le bonheur de son propriétaire. Le moustachu a déjà été tourné dans un film et est en train de devenir aussi célèbre que Dali.


On dirait Salvador Dalí en négatif...


Salvador Dalí avait un chat ocelot colombien nommé Babou, véritable extension de la propre personnalité égocentrique de l’artiste. Les deux étaient inséparables; Dali a même emmené Babou avec lui en croisière, à des dîners chics, et à une balade sur la tour Eiffel. En cherchant des photos du peintre avec son chat je suis tombée sur l’article ci-après qui s'intéresse à l'intolérance croissante vis-à-vis de la violence. Il est vrai que le «processus civilisateur» sensibilise. Les coutumes barbares du moyen-âge nous scandalisent, sauf en certaines cultures où on les pratique encore. L’évolution est un processus extrêmement lent, et tous les terriens ne sont pas au même niveau. C’est pourquoi la cohabitation avec des populations qui observent des rituels datant de Mathusalem est si difficile. Heureusement, aujourd’hui, on peut se permettre d’éprouver de la compassion tant envers les Syriens que les animaux; l’un n’empêche pas l’autre, au contraire.

Les 28 jets de chats pour Dali
Guy Duplat ǀ Publié le lundi 05 novembre 2012

L’affaire de chats lancés en l’air (et rattrapés) pour un film sur Jan Fabre a démarré sur un fait mineur à écouter l’artiste : «Les scènes n’ont duré que deux minutes et les chats sont retombés sur quatre tapis de yoga. Aucun n’a été blessé». Mais par un mouvement typique de la société de l’Internet, l’affaire a entraîné des torrents de textes. Dans ‘De Morgen’, Jan Desmet, écrivain spécialisé sur les relations hommes-animaux, trouve, comme d’autres, tout «cela totalement disproportionné et extrêmement hypocrite», «au même moment, on tue en Syrie» sans réactions.

Vinciane Despret, philosophe à l’université de Liège et auteur de nombreux ouvrages importants sur les liens entre les hommes et les animaux, réagit pour nous à ce débat. Elle pointe d’abord l’évolution de nos perceptions à l’égard des animaux : «Le sociologue allemand Norbert Elias, dit-elle, avait montré dans son livre La Civilisation des mœurs, que le processus de régulation des mœurs, processus de civilité qui régule les pulsions d’une société, montrait ses effets lorsqu’on comparait les réactions de dégoût ou d’horreur que peut susciter un spectacle qui autrefois était communément admis, sinon prisé. Un des exemples les plus marquants et qui revient souvent lorsqu’on évoque son travail est le succès que connut autrefois, au XVIe siècle, le lancer de chats dans des bûchers, lors des fêtes de la Saint-Jean : les chats se consumaient dans des souffrances qu’il n’est pas difficile d’imaginer, au grand plaisir du public venu nombreux pour ces spectacles. On ne peut s’empêcher de penser que les réactions des personnes indignées, suite à la vision des images sur Jan Fabre, traduisent bien, en effet, les changements : serions-nous plus ‘civilisés’ au sens d’Elias? Sans doute, si sous ce terme on désigne le fait que la violence nous choque, et surtout, précisons-le, qu’elle tend à ‘s’invisibiliser’, à ne plus se montrer».


Elle s’intéresse ensuite à la photo historique de 1948 qui a explicitement inspiré Jan Fabre : Dali Atomicus. Après la guerre qui nous a fait entrer dans l’ère atomique, le photographe Philippe Halsman et Salvador Dali étaient impressionnés par la physique nouvelle. Leur imaginaire était excité par les nouvelles hypothèses scientifiques : on parlait d’antigravitation, d’antimatière. Ils ont alors essayé de visualiser ces folles perspectives : tout doit être en suspension, comme dans un atome! Ils travaillèrent ensemble à l’élaboration de divers scénarios avec des objets en suspension. Ils pensèrent d’abord réaliser leur image en utilisant du lait (en souvenir de la photo d’Harold Edgerton avec du lait en suspension). Mais ils choisirent de le faire avec de l’eau. Leurs assistants lancèrent trois chats en l’air avec un seau d’eau. Dali sautait en l’air et Halsman déclenchait. Pendant que tout le monde nettoyait le sol et consolait les chats, le photographe développait le film pour voir le résultat. Au bout de 6 heures et 28 essais, la photo fut bonne! Très vite, elle parut sur une double page de Life et fit sensation. «C’est bien intéressant, car à l’origine, ce n’était donc pas de l’eau qui devait gicler et se disperser en l’air mais du lait. Halsman et Dali sont eux-mêmes influencés, à cet égard, par la photo de Harold Edgerton, qui montrait des gouttes de lait en suspension. Mais, et je trouve cela intéressant, ils vont opter pour de l’eau car ils ne veulent pas choquer un public qui, on est en 1948, sort d’une très longue période de privations. Je suis, à cet égard, héritière de la philosophie de Leibniz, et si je crois sincèrement que c’est souvent une bonne chose que les artistes, les philosophes, les écrivains, soient ailleurs que là où on les attend, je suis très sensible au fait qu’on prête attention, de manière conséquente et responsable, à ceux que l’on pourrait offenser. Et je suis bien sensible à l’attention, au souci qu’ont manifesté Dali et Halsman. Ce qui montre en même temps que ce qui offense peut bien changer; en 1948, ce n’est pas ce que devaient subir les chats qui inquiétait, mais bien ce qu’allaient ressentir les gens devant le gaspillage de nourriture après une période très difficile.»

Vinciane Despret constate encore que «ce ‘processus civilisateur’ nous rend plus sensibles. On remarquera que sur les blogs et dans les commentaires des personnes suite aux articles, certains ne manquent de noter la contradiction entre cette réaction d’indignation et le sort invisible des animaux, en particulier d’élevage. À la lecture de ces commentaires, on voit également à quel point cet événement s’articule presque immédiatement avec quantité de questions politiques, en ce compris avec les questions de nos conflits très belges (même les goûts du Palais en matière d’art, et le fait de privilégier un artiste flamand y sont discutés!). L’écologue Karim Labb m’avait dit un jour que si l’on introduit la question de l’animal dans l’espace urbain, elle a immédiatement des effets très subversifs. Cette histoire l’atteste».  

Quant à la performance de Fabre, elle estime que son acte traduit «un des effets du processus régulateur de la violence, qui prend la forme d’une pratique de l’insoumission, et qui passe par l’incivilité et la provocation. Mais Fabre n’avait pas du tout prévu cette réaction, il a agi avec une certaine inconséquence (Dali avait tenu compte de l’émoi possible de l’opinion). Je ne peux m’empêcher de penser, à propos de cette pratique de l’insoumission et de la provocation qui guide le travail de l’artiste, qu’elle a pris l’allure d’une routine un peu aveugle, mécanique, une routine qui ne convoque plus vraiment de processus de pensée, qui ne s’interroge pas sur les effets possibles, et qui me semble perdre son sens quand elle devient provocation pour elle-même, et non pas pour déstabiliser d’autres routines, des rapports de pouvoirs, des usages sclérosés, et pour faire hésiter».


Le peintre Henri Matisse aimait les chats et il en a eu tout au long de sa vie (on ne l'imagine pas faire des lancers de chats pour faire parler de lui!). Il les incluait parfois dans ses tableaux.


La jeune fille et le chat

4 décembre 2017

Ce cher Camus...

J’attends avec impatience mon exemplaire réservé de Correspondance (1944-1959) Albert Camus, Maria Casarès, Gallimard, novembre 2017. (Introuvable au Québec)  

Beaucoup de plaisir à lire le manuscrit du roman Le premier homme. «Il s’agit de l’œuvre à laquelle il travaillait au moment de sa mort. Le manuscrit a été trouvé dans sa sacoche, le 4 janvier 1960; 144 pages tracées au fil de la plume, parfois sans points ni virgules, d’une écriture rapide, difficile à déchiffrer, jamais retravaillée.» (Mot de l’éditeur, 1994)

Résumé

Le premier homme
Albert Camus
Collection Cahiers Albert Camus (n° 7), Gallimard
Parution : 13-04-1994

«En somme, je vais parler de ceux que j'aimais», écrit Albert Camus dans une note pour Le premier homme. Le projet de ce roman auquel il travaillait au moment de sa mort était ambitieux. Il avait dit un jour que les écrivains «gardent l'espoir de retrouver les secrets d'un art universel qui, à force d'humilité et de maîtrise, ressusciterait enfin les personnages dans leur chair et dans leur durée».
   Il avait jeté les bases de ce qui serait le récit de l'enfance de son «premier homme». Cette rédaction initiale a un caractère autobiographique qui aurait sûrement disparu dans la version définitive du roman. Mais c'est justement ce côté autobiographique qui est précieux aujourd'hui.
   Après avoir lu ces pages, on voit apparaître les racines de ce qui fera la personnalité de Camus, sa sensibilité, la genèse de sa pensée, les raisons de son engagement. Pourquoi, toute sa vie, il aura voulu parler au nom de ceux à qui la parole est refusée.

Quelques citations

Alger, archives1920-1930

Elle disait oui, c’était peut-être non, il fallait remonter dans le temps à travers une mémoire enténébrée, rien n’était sûr. La mémoire des pauvres déjà moins nourrie que celle des riches, elle a moins de repères dans l’espace puisqu’ils quittent rarement le lieu où ils vivent, moins de repères aussi dans le temps d’une vie uniforme et grise. Bien sûr, il y a la mémoire du cœur dont on dit qu’elle est la plus sûre, mais le cœur s’use à la peine et au travail, il oublie plus vite sous le poids des fatigues. Le temps perdu ne se retrouve que chez les riches. Pour les pauvres, il marque seulement les traces vagues du chemin de la mort. Et puis, pour bien supporter, il ne faut pas trop se souvenir, il fallait se tenir tout près des jours, heure après heure [...]. (p. 93)

Tous trois avaient des salaires de misère qui réunis, devaient faire vivre une famille de cinq personnes. La grand-mère gérait l’argent du ménage, et c’est pourquoi la première chose qui frappa Jacques fut son âpreté, non qu’elle fût avare, ou du moins elle l’était comme on est avare de l’air qu’on respire et qui vous fait vivre. (p. 98)

L’entrée au lycée :
[...] puis il se précipitait à la fenêtre, regardant son maître qui le saluait une dernière fois et qui le laissait désormais seul, et, au lieu de la joie du succès, une immense peine d’enfant lui tordait le cœur, comme s’il savait d’avance qu’il venait par ce succès d’être arraché au monde innocent et chaleureux des pauvres, monde refermé sur lui-même comme une île dans la société mais où la misère tient lieu de famille et de solidarité, pour être jeté dans un monde inconnu, qui n’était plus le sien, où il ne pouvait croire que les maîtres fussent plus savants que celui-là dont le cœur savait tout, et il devrait désormais apprendre, comprendre sans aide, devenir un homme enfin sans le secours du seul homme qui lui avait porté secours, grandir et s’élever seul enfin, au prix le plus cher. (pp. 193, 194)

Les élèves complotèrent ensuite la mise à sac du magasin et la destruction physique de son propriétaire, mais le fait est qu’ils ne donnèrent aucune suite à leurs sombres projets, qu’ils cessèrent de persécuter leur victime et qu’ils prirent l’habitude de passer benoîtement sur le trottoir d’en face. «On s’est dégonflé, disait Jacques avec amertume. – Après tout, lui répondit Pierre, nous étions dans notre tort. – Nous étions dans notre tort et nous avons peur des coups.» Plus tard, il devait se souvenir de cette histoire quand il comprit (vraiment) que les hommes font semblant de respecter le droit et ne s’inclinent jamais que devant la force (lui comme les autres). (p. 235)

Pierre, en huit ans de lycée, ne connut jamais la retenue. Mais Jacques, trop remuant, trop vaniteux aussi, et il faisait donc l’imbécile pour le plaisir de paraître, collectionnait les retenues. Il avait beau expliquer à la grand-mère que les punitions concernaient la conduite, elle ne pouvait faire la distinction entre la stupidité et la mauvaise conduite. Pour elle, un bon élève était forcément vertueux et sage; de même, la vertu conduisait tout droit à la science. C’est ainsi que les punitions du jeudi s’aggravaient, les premières années du moins, des corrections du mercredi. (p. 257, 258)

Boulimie littéraire :
La manière dont le livre était imprimé renseignait déjà le lecteur sur le plaisir qu’il allait en tirer. P. et J. n’aimaient pas les compositions larges avec de grandes marges, où les auteurs et les lecteurs raffinés se complaisent, mais les pages pleines de petits caractères courant le long de lignes étroitement justifiées, remplies à ras bord de mots et de phrases, comme ces énormes plats rustiques où l’on peut manger beaucoup et longtemps sans jamais les épuiser et qui seuls peuvent apaiser certains énormes appétits. Ils n’avaient que faire du raffinement, ils ne connaissaient rien et voulaient tout savoir. Il importait peu que le livre fût mal écrit et grossièrement composé, pourvu qu’il fût clairement écrit et plein de vie violente; ces livres-là, et eux seuls, leur donnaient leur pâté de rêves, sur lesquels ils pouvaient ensuite dormir lourdement.
   Chaque livre, en outre, avait une odeur particulière selon le papier où il était imprimé, odeur fine, secrète, dans chaque cas, mais si singulière que J. aurait pu distinguer les yeux fermés un livre de la collection Nelson des éditions courantes que publiait alors Fasquelle. Et chacune de ces odeurs, avant même que la lecture fût commencée, ravissait Jacques dans un autre univers plein de promesses déjà [tenues] qui commençaient déjà d’obscurcir la pièce où il se tenait, de supprimer le quartier lui-même et ses bruits, la ville et le monde entier qui allait disparaître totalement aussitôt la lecture commencée avec une avidité folle, exaltée, qui finissait par jeter l’enfant dans une totale ivresse dont les ordres répétés n’arrivaient même pas à le tirer. (p. 270)

Le chômage, qui n’était assuré par rien, était le mal le plus redouté. Cela expliquait que ces ouvriers, chez Pierre comme chez Jacques, qui toujours dans la vie quotidienne étaient les plus tolérants des hommes, fussent toujours xénophobes dans les questions de travail, accusant successivement les Italiens, les Espagnols, les Juifs, les Arabes et finalement la terre entière de leur voler leur travail – attitude déconcertante certainement pour les intellectuels qui font la théorie du prolétariat, et pourtant fort humaine et bien excusable. Ce n’était pas la domination du monde ou des privilèges d’argent et de loisir que ces nationalistes inattendus disputaient aux autres nationalités, mais le privilège de la servitude. Le travail dans ce quartier n’était pas une vertu, mais une nécessité qui, pour faire vivre, conduisait à la mort.
   Dans tous les cas, et si dur que fût l’été d’Algérie, alors que les bateaux surchargés emmenaient fonctionnaires et gens aisés se refaire dans le bon «air de France» (et ceux qui en revenaient ramenaient de fabuleuses et incroyables descriptions de prairies grasses où l’eau courait en plein mois d’août), les quartiers pauvres ne changeaient strictement rien à leur vie et, loin de se vider à demi comme les quartiers du centre, semblaient au contraire augmenter leur population du fait que les enfants se déversaient en grand nombre dans les rues. (p. 279)

Travail pendant les vacances :
Mais les employeurs demandaient toujours que les candidats eussent au moins quinze ans, et il était difficile de mentir sans effronterie sur l’âge de Jacques qui n’était pas très grand pour ses treize ans. D’autre part, les annonciers rêvaient toujours d’employés qui feraient carrière chez eux. Les premiers à qui la grand-mère [...] présenta Jacques le trouvèrent trop jeune ou bien refusèrent tout net d’engager un employé pour deux mois. «Il n’y a qu’à dire que tu resteras, dit la grand-mère. – Mais c’est pas vrai. – Ça ne fait rien. Ils te croiront.» Ce n’était pas cela que Jacques voulait dire, et en vérité il ne s’inquiétait pas de savoir s’il serait cru ou non. Mais il lui semblait que cette sorte de mensonge s’arrêterait dans sa gorge. [...] Obscurément, il sentait qu’on ne ment pas sur l’essentiel avec ceux qu’on aime, pour la raison qu’on ne pourrait plus vivre avec eux alors ni les aimer. Les employeurs ne pouvaient connaître de lui que ce qu’on leur disait, et ils ne le reconnaîtraient donc pas, le mensonge serait total. (p. 285)

Il n’avait connu jusque-là que les richesses de la pauvreté. Mais la chaleur, l’ennui, la fatigue lui révélaient sa malédiction, celle du travail bête à pleurer dont la monotonie interminable parvient à rendre en même temps les jours trop longs et la vie trop courte.
   Chez le courtier maritime, l’été fut plus agréable parce que les bureaux donnaient sur le boulevard Front-de-mer et surtout parce qu’une partie du travail se passait dans le port. Jacques devait en effet monter à bord des bateaux de toutes nationalités qui relâchaient à Alger et que le courtier, un beau vieillard rose aux cheveux bouclés, avait la charge de représenter auprès des diverses administrations. [...] Derrière l’odeur de soleil et de poussière qui montait des quais ou celle des ponts surchauffés dont le goudron fondait et où toutes les ferrures brûlaient, Jacques reconnaissait l’odeur particulière de chaque cargo. Ceux de Norvège sentaient le bois, ceux qui venaient de Dakar ou les Brésiliens apportaient avec eux un parfum de café et d’épices, les Allemands sentaient l’huile, les Anglais sentaient le fer. (pp. 292, 293)

V.V. Nous autres hommes et femmes de cette époque, de cette ville, dans ce pays, nous nous sommes étreints, repoussés, repris, séparés enfin. Mais pendant tout ce temps nous n'avons pas cessé de nous aider à vivre, avec cette merveilleuse complicité de ceux qui ont à lutter et à souffrir ensemble. Ah! c'est cela l'amour -- l'amour pour tous. (Annexes, Le premier homme Notes et plans; p. 342, 343)  

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Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. J’ai reçu un télégramme de l’asile : «Mère décédée. Enterrement demain. Sentiments distingués.» Cela ne veut rien dire. C’était peut-être hier. (Camus, L’étranger)

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L’étranger
Baudelaire

Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis? ton père, ta mère, ta sœur ou ton frère?
Je n’ai ni père, ni mère, ni sœur, ni frère.
Tes amis?
Vous vous servez là d’une parole dont le sens m’est resté jusqu’à ce jour inconnu.
Ta patrie?
J’ignore sous quelle latitude elle est située.
La beauté?
Je l’aimerais volontiers, déesse et immortelle.
L’or?
Je le hais comme vous haïssez Dieu.
Eh! qu’aimes-tu donc, extraordinaire étranger?
J’aime les nuages... les nuages qui passent... là-bas... là-bas... les merveilleux nuages!

(Le Spleen de Paris)

29 novembre 2017

Grand ménage de diaporamas

@ Twittakine – Avant de jeter ce vieux pps à la corbeille, quelques clichés notables...

















22 novembre 2017

Changer de rue ne suffit plus

On vit dans un monde où il est de plus en plus difficile de choisir ce qu’on veut regarder. Détournez le regard et vous butez aussitôt sur un autre panneau publicitaire, puis un autre et un autre. Panneaux géants en bordure des autoroutes, sur les murs, les abris bus, dans le métro, affichage animé dynamique, olfactif... pollution visuelle, énergétique, électrique, sonore et psychologique. Impossible d’y échapper – c’est une «chasse agressive aux consommateurs de la part des multinationales» (Naomi Klein, No Logo). Et, changer de rue ne règlera pas mon problème.

La philosophe Simone Weil (1909-1943) y voyait une menace directe contre la liberté d'opinion et une insulte à l'intelligence. La publicité est principalement critiquée pour son invasion de l'espace public, de la vie courante (télévision, radio, boîtes aux lettres, téléphone, journaux, cinéma, Internet, panneaux publicitaires, ainsi que sur les vêtements) et son emploi de techniques nuisibles et agressives comme le matraquage (plus de 3 000 messages publicitaires par jour) ou la manipulation mentale. Une autre sorte de critique affirme que la publicité prise dans son ensemble diffuse un message politique fort, prônant la société de consommation, incitant au gaspillage et à la pollution.
Source : Mouvement Antipub https://fr.wikipedia.org/wiki/Antipub

Photo : (Juin 2009) Un trompe-l’œil pour surprendre et faire ralentir les cyclistes trop audacieux sur le trottoir de Regent's Canal à Londres. Une commande de la British Waterways au célèbre tandem Joe Hill et Max Lowry (ce dernier est décédé en 2010).

Autobiographie en cinq courts chapitres
Par Portia Nelson*

Chapitre 1
Je marche dans la rue.
Il y a un trou profond dans le trottoir.
Je tombe dedans.
Je suis perdue … je suis impuissante.
Ce n’est pas de ma faute.
Ça me prend un temps fou pour en sortir.

Chapitre 2
Je marche dans la même rue.
Il y a un trou profond dans le trottoir.
Je fais semblant de ne pas le voir.
Je tombe encore dedans.
Je n’arrive pas à croire que je suis à la même place.  
Mais, ce n’est pas de ma faute.
Ça me prend encore beaucoup de temps pour en sortir.

Chapitre 3
Je marche dans la même rue.
Il y a un trou profond dans le trottoir.
Je le vois là.
Je tombe encore dedans … par habitude. 
J’ai les yeux ouverts.
Je sais où je suis.
C’est de ma faute.
J’en sors immédiatement.

Chapitre 4
Je marche dans la même rue.
Il y a un trou profond dans le trottoir.
Je le contourne.

Chapitre 5
Je marche dans une autre rue.

Poème publié dans :
There’s a Hole in My Sidewalk: The Romance of Self-Discovery 

* Portia Nelson (1920-2001) : chanteuse et actrice américaine. Elle a joué entre autres dans La Mélodie du bonheur; Le Dortoir des anges; Mystery of the Chinese Junk; L'Extravagant docteur Dolittle.

En complément :

The Illusionists
Elena Rossini 2015  | 53:50

The Illusionists examines how global advertising firms, mass media, and the beauty, fashion, and cosmetic-surgery industries have together colonised the way people all around the world define beauty and see themselves. Taking us from Harvard to the halls of the Louvre, from a cosmetic surgeon’s office in Beirut to the heart of Tokyo’s Electric Town, The Illusionists shows how these industries saturate our lives with narrow, Westernised, consumer-driven images of so-called beauty that show little to no respect for biological realities or cultural differences. Featuring voices from prominent sociologists, magazine editors, scientists, artists, and activists, The Illusionists documents a truly global phenomenon, with hegemonic results.


Human Resources
Scott Noble 2010 | 1:59:23 metanoia-films.org

Human Resources Social Engineering in the 20th Century is about the rise of mechanistic philosophy and the exploitation of human beings under modern hierarchical systems. The film captures how humans are regarded as a resource by corporations something to be exploited for pecuniary gain by following the history of psychological experiments in behaviour modification, conditioning and mind control; applying the outcomes to modern day establishment experiments such as institutionalised education, military training, and social engineering by way of things like television…


Non satisfaits d’avoir fait de la terre un dépotoir, nous faisons la même chose avec le ciel. La prolifération des débris pourrait éventuellement perturber le trafic aérien (possibles collisions avec des avions).

Space junk


Nearly fifty years into mankind's space exploration, we have littered the heavens with our garbage. There is an incredible amount of debris that is literally stuck in Earth's gravitational field, with each piece traveling at about 18,000 miles per hour. Of the estimated 600,000 pieces of old spacecraft parts, spent rocket stages, satellites that no longer work, fragments from small collisions, solid rocket fuel slag and even paint flakes from aging satellites or equipment, only about 20,000 can be tracked. So each time we send new things into space such as the shuttle or satellites, we have to worry about the possibility for a major collision with some of that debris.

Adrift
Cath Le Couteur 2016 | 11:03

Adrift is a short film that explores the phenomenon of space junk, where human-made objects launched into space and are now defunct orbit the Earth literally as garbage. The film makes visible some of the immediate impacts and dangers of the technological escalation of this culture, where old satellites, spent rocket stages, and other items orbit the Earth, only to collide with one another at high velocities, generating smaller fragments that collide with other items, and so on. The end point is a cascading complex of junk that engulfs the entire space around the Earth. Adrift aims to make this phenomenon visible, putting a big question mark against the claims made by many futurists and technologists that future space colonisation would even be possible, if only it were a tenable or sensible idea in the first place…

18 novembre 2017

«Comment rétablir le respect entre les individus?»

Veillée pour honorer la mémoire de Tina Fontaine, une jeune autochtone retrouvée morte dans les eaux de la rivière Rouge en décembre 2015. Photo : Journal de Montréal.

La Gendarmerie royale du Canada (GRC) reconnaît, dans un rapport datant de 2014, 1200 cas de femmes et de filles autochtones disparues et assassinées entre 1980 et 2012. Toutefois, les groupes de femmes autochtones évoquent plutôt, dans des estimations documentées, un chiffre supérieur à 4000. Plusieurs facteurs expliquent cette confusion au sujet des chiffres, notamment un phénomène de sous-déclaration de la violence à l’égard des femmes et des filles autochtones, l’absence d’une base de données efficace en la matière et l’incapacité à recenser les cas de ce type en fonction du groupe ethnique d’origine des victimes.

Beaucoup de gens adhèrent encore, au 21e siècle, à cette définition (même pas caricaturale) du cynique et lucide Bierce : «Aborigènes : Personnes de moindre importance qui encombrent les paysages d'un pays nouvellement découvert. Ils cessent rapidement d'encombrer; ils fertilisent le sol.» ~ Ambrose Bierce, 1842-1914 (Dictionnaire du Diable)

Quand on ne les tue pas, de vicieux trafiquants d’humains les vendent à l’encan comme en témoigne une récente vidéo sur CNN.

Le Cri
Laetitia Sioen

Vois-tu ?
Vois-tu ce qui sommeille en moi?
Vois-tu l’eau qui a coulé sous mes pieds?
Vois-tu mes mains qui inspirent?
Vois-tu mes yeux dans les tiens?
Vois-tu ma bouche qui dicte mes mots?
Vois-tu la création dans ma tête?
Vois-tu mon mur d’expression?
Vois-tu les murmures de mes maux? 
Vois-tu mes larmes qui coulent en silence?
Vois-tu mon coeur qui bat la mesure de mon âme?
Vois-tu le cri de mon être?
Vois-tu la liberté qui coule dans mes veines?
Vois-tu la femme que je suis?  


~~~

Journal d’un écrivain; Mémoire d’encrier 2013
Dany Laferrière

199. Le roman de la vie (p. 304/307)

[...] Personne ne peut être certain de finir ses jours où il est né. Je ne fais pas grand cas de cette notion de terre qui n’a servi jusqu’à aujourd’hui qu’à provoquer des guerres. Le vertige que l’on ressent quand le sol se dérobe sous nos pieds devrait remettre en question pour de bon la notion de terre ferme.
   Ce n’est pas pourtant la seule de nos illusions : la race n’a de sens que si on y croit. Quand des gens de même couleur (enfin, je dis couleur faute de mieux) se regroupent massivement sur un même espace, ils finissent par fonder leur identité sur une fausseté. La notion de race n’existe pas quand on fait face à quelqu’un d’une autre race. Alors, on échafaude mille théories, les unes plus fumeuses que les autres, dans l’unique but de faire croire à l’autre qu’on lui est supérieur (personne n’a jamais cherché à démontrer son infériorité). Mais profondément, on n’y croit pas soi-même. Et cette haute idée de soi ne suffit pas toujours à nous rassurer. Il suffit de rejoindre notre tribu pour que l’argument de la race se dissipe. Les vieilles angoisses reviennent et on reprend sa place dans la société selon des critères économiques moins flous que ceux de la race.
   Après la race arrive la question de classe. Quand on observe bien une classe sociale, on voit qu’elle fonctionne comme une secte. Des gens qui achètent les mêmes choses aux mêmes endroits, habitent le même espace délimité, partagent les mêmes loisirs et se nourrissent souvent des mêmes idées politiques. Ils le font pour se garder au chaud, car ils croient que cette communauté d’intérêts pourra les apaiser. La quête d’identité est donc une tentative pour répondre à cette panique enfouie dans notre chair. Si on arrive à planter notre tente, on n’est pas pour autant exempt de vertige face à ce vaste espace étoilé qui semble vouloir nous aspirer.
   C’est ici que la religion se propose de faire le lien entre les individus. C’est aussi la définition du mot religion – de religare, qui veut dire «relier». On cherche depuis toujours à ne pas rompre ce lien qui nous permet de ne pas perdre le groupe dans «la forêt obscure». C’est ainsi qu’on nous propose des prières afin de distiller en nous une angoisse que seule la foi pourra calmer – c’est connu, on crée le désir du produit qu’on voudrait vendre. Si on reste ensemble, on aura moins peur, espère-t-on. On comprend aussi qu’il ne doit exister qu’un seul chemin et qu’une seule foi. Et quand la foi est aveugle, la route lumineuse se change alors en un fleuve de sang. Le sang, le sang, voilà le prix de cette interminable nuit. Pourquoi les chemins qui s’offrent successivement à nous deviennent-ils des fleuves de sang? L’histoire, la religion, la race ou la classe.
   Il ne reste que ce chemin secret que l’on emprunte déjà, sans discours, et qu’on n’aperçoit que quand la vie court un grave danger. Notre instinct de survie est tissé d’une incroyable énergie qui possède sa propre intelligence, et que l’esprit humain ne parvient pas à embrigader. Cette énergie circule de corps à corps ou de cœur à cœur, selon la situation, évitant l’air pollué d’idéologies. Cette énergie évite de distinguer, avant de passer d’un corps à un corps, ou parfois d’un cœur à un cœur, la race comme la classe des individus en présence. Cette énergie ne sait pas raisonner. Elle n’obéit à aucun ordre, elle ne sait que bondir. Et depuis que les nouvelles technologies permettent d’accélérer le mouvement, nous pouvons à peine imaginer ce qui se passe en ce moment sur une planète où la distance se résume à un clic. Nos vieilles habitudes, qui exigeaient toujours un chemin bien balisé pour sortir de la nuit, sont-elles aujourd’hui à ranger dans un placard? Car ce sont des milliards de chemins qui se présentent à nous. Et qui vont dans toutes les directions. Jusqu’à ce que l’on comprenne que la peur ne vient pas du fait qu’on ne trouve pas son chemin, mais plutôt du fait qu’il n’y a qu’un seul chemin. Ce qui est excitant, c’est qu’on n’a même pas à le chercher. On le trouve d’instinct. C’est la simple vie qui se fait roman.

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Le harcèlement moral, la violence perverse au quotidien; Pocket 1998
Marie-France Hirigoyen

Conclusion (p. 241/242)

[...] L’imagination humaine est sans limites quand il s’agit de tuer chez l’autre la bonne image qu’il a de lui-même; on masque ainsi ses propres faiblesses et on se met en position de supériorité. C’est la société tout entière qui est concernée dès qu’il est question de pouvoir. De tout temps, il y a eu des êtres dépourvus de scrupules, calculateurs, manipulateurs pour qui la fin justifiait les moyens, mais la multiplication actuelle des actes de perversité dans les familles et dans les entreprises est un indicateur de l’individualisme qui domine dans notre société. Dans un système qui fonctionne sur la loi du plus fort, du plus malin, les pervers sont rois. Quand la réussite est la principale valeur, l’honnêteté paraît faiblesse et la perversité prend un air de débrouillardise.
   Sous prétexte de tolérance, les sociétés occidentales renoncent peu à peu à leurs propres interdits. Mais, à trop accepter, comme le font les victimes des pervers narcissiques, elles laissent se développer en leur sein des fonctionnements pervers. De nombreux dirigeants ou hommes politiques, qui sont pourtant en position de modèles pour les jeunes, ne s’embarrassent pas de morale pour liquider un rival ou se maintenir au pouvoir. Certains abusent de leurs prorogatives, usent de pressions psychologiques, de la raison d’État ou du «secret défense» pour protéger leur vie privée. D’autres s’enrichissent grâce à une délinquance astucieuse faite d’abus de biens sociaux, d’escroqueries ou de fraude fiscale. La corruption est devenue monnaie courante. Or, il suffit d’un ou de plusieurs individus pervers dans un groupe, dans une entreprise ou dans un gouvernement pour que le système tout entier devienne pervers. Si cette perversion n’est pas dénoncée, elle se répand de façon souterraine par l’intimidation, la peur, la manipulation. En effet, pour ligoter psychologiquement quelqu’un, il suffit de l’entraîner dans des mensonges ou des compromissions qui le rendront complice du processus pervers. C’est la base elle-même du fonctionnement de la mafia ou des régimes totalitaires. Que ce soit dans les familles, les entreprises ou les États, les personnes narcissiques s’arrangent pour porter au crédit des autres le désastre qu’ils déclenchent, afin de se poser en sauveurs et de prendre ainsi le pouvoir. Il leur suffit ensuite de ne pas s’embarrasser de scrupules pour s’y maintenir. L’histoire nous a montré de ces hommes qui refusent de reconnaître leurs erreurs, n’assument pas leurs responsabilités, manient la falsification et manipulent la réalité afin de gommer les traces de leurs méfaits.
   Au-delà de la question individuelle du harcèlement moral, ce sont des questions plus générales qui se posent à nous. Comment rétablir le respect entre les individus? Quelles sont les limites à mettre à notre tolérance? Si les individus ne stoppent pas seuls ces processus destructeurs, ce sera à la société d’intervenir en légiférant. Récemment un projet de loi a été déposé, se proposant d’instituer un délit de bizutage, réprimant tout acte dégradant et humiliant en milieu scolaire et socio-éducatif. Si nous ne voulons pas que nos relations humaines soient complètement réglementées par des lois, il est essentiel de faire acte de prévention auprès des enfants.

10 novembre 2017

L’oiseau sur le fil

Mon article porte sur les oiseaux, mais avant, quelques mots à propos de Cohen que nous continuons de célébrer.

Tout d’abord on peut dire un immense merci à Adam Cohen et à tous les artistes qui ont participé au concert en hommage à son père. Extrêmement émouvant. Je suppose qu’un coffret souvenir sera éventuellement offert au public...

Ensuite, il y a l’exposition Leonard Cohen : Une brèche en toute chose / A Crack in Everything présentée par CBC/Radio-Canada au Musée d’art contemporain. Elle s’inscrit dans la programmation officielle des activités du 375e anniversaire de Montréal. Inspirée de l’univers, des grands thèmes de la vie et de l’œuvre de Leonard Cohen, elle est la première exposition à être entièrement consacrée à l’imaginaire et à l’héritage de cette icône planétaire montréalaise, grand auteur-compositeur et homme de lettres.
   Six salles sont consacrées à la célébration critique, à l’hommage affectueux et, un an après son décès, à la commémoration paisible d’une grande réussite artistique et d’une vie inspirante.
L’exposition se terminera le 9 avril 2018 : http://macm.org/expositions/leonard-cohen/

Enfin, une publication qui réconfortera les inconditionnels :
McClelland & Stewart publiera un livre posthume de Leonard Cohen en octobre 2018. Une collection de poèmes inédits, prose, notes et illustrations qu’il a lui-même préparée et terminée quelques jours avant son décès.  

[The Flame] is an unprecedentedly intimate look inside the life and mind of a unique artist and thinker.
   McClelland and Stewart publisher Jared Bland said, "It is a solemn honour to publish this profound book, which is full of Leonard Cohen's signature combination of grace, humour, wisdom, and heartbreaking insight into the fragility and beauty of this world we all share. It will endure as a testament to his humanity and genius, and delight his millions of fans around the world."
   Robert Kory, Leonard Cohen’s manager and Trustee of the Cohen Estate, said, “During the final months of his life, Leonard had a singular focus completing this book taken largely from his unpublished poems and selections from his notebooks. The flame and how our culture threatened its extinction was a central concern. Though in declining health, Leonard died unexpectedly. Those of us who had the rare privilege of spending time with him during this period recognized that the flame burned bright within him to the very end. This book, finished only days before his death, reveals to all the intensity of his inner fire.


J’ai choisi cette vidéo pour la chronologie de superbes photos de Leonard.
Publiée en hommage à Cohen le 11 novembre 2016 par Bine P.



Bird on the Wire (Album: Songs from a Room, 1969)

Like a bird on the wire,
Like a drunk in a midnight choir
I have tried in my way to be free.
Like a worm on a hook,
Like a knight from some old fashioned book
I have saved all my ribbons for thee.
If I, if I have been unkind,
I hope that you can just let it go by.
If I, if I have been untrue
I hope you know it was never to you.
[...]

Retour aux oiseaux...

On a identifié jusqu’à 10 500 espèces d’oiseaux qu’on retrouve dans tous les coins du monde. Chaque espèce est unique et capable de survivre dans de nombreux environnements. Certaines de leurs caractéristiques les rendent encore plus fascinants. En voici quelques-unes.  

Les oiseaux ont les os creux
Les os creux allègent le poids de l’oiseau pour rendre son vol plus facile, mais ce n'est pas tout. Une étude de l'Université du Massachusetts a constaté que les os des oiseaux peuvent peser autant que ceux d'autres animaux. La différence est que leurs os ont une plus grande densité osseuse que ceux des mammifères, ce qui les rend plus solides. Souvent ils présentent également une courbure, ou une torsion, qui donne plus de force à la poussée pendant le vol.
   Le squelette de l'oiseau est adapté pour le vol (même chez les oiseaux qui ne volent pas) et possède des caractéristiques reliées au poids. Les os sont très légers mais assez forts pour résister aux efforts du décollage, du vol et de l'atterrissage.

Certains oiseaux peuvent voler plus haut que le mont Everest
Le vautour de Rüppell vole plus haut que n'importe quel oiseau. Il peut atteindre une altitude de 10 900 mètres. Pour mettre le tout en perspective, la plupart des avions volent entre 9 144 et 12 192 mètres d’altitude. Et, le mont Everest s’élève à environ 8 850 mètres. Le vautour de Rüppell vole au-dessus de l'Himalaya lors de ses migrations annuelles et l’on peut en voir à des hauteurs de plus de 6 400 mètres. L’Oie à tête barrée vient en deuxième place.

Vautour pris en vol au Népal, dans la vallée du Khumbu (Himalaya). Très grande envergure. Il a longtemps plané au-dessus de nous avant de s'en aller...
Source photo/commentaire : www.fond-ecran-image.com

Les crocodiles sont les plus proches parents des oiseaux
Les oiseaux et les crocodiles descendent du même groupe de reptiles apparu il y a plus de 200 millions d'années. Ces reptiles sont devenus les dinosaures. Les dinosaures ont été anéantis lors d’une extinction il y a environ 65 millions d'années; néanmoins les crocodiles et les oiseaux ont survécu et continué à s'épanouir.

Évoluer simultanément et cohabiter n’est pas synonyme de sécurité...

Les oiseaux ne font pas pipi
Chez les mammifères, uriner élimine les déchets du sang stockés dans la vessie. Ce phénomène augmenterait considérablement le poids de l’oiseau, alors, il n’a pas de vessie. Au lieu de stocker l'urine, les oiseaux produisent une substance blanche pâteuse éliminée par les excréments. C'est pourquoi on voit souvent des déjections d'oiseaux avec des rayures noires et blanches.

Les oiseaux communiquent par les sons et les couleurs
Les perroquets sont connus pour être de bons communicateurs. Ils utilisent des attitudes corporelles et leurs plumes colorées pour transmettre de l'information. Leurs cris uniques, et leur capacité d’imiter les paroles humaines est célèbre. On a démontré que les perroquets ne répètent pas seulement les mots, ils peuvent les mémoriser et les associer, poser des questions, reconnaître les objets et demander ce qu'ils veulent avoir.  


L’autruche est le plus grand oiseau du monde
Les autruches mâles peuvent mesurer jusqu'à 2,5 mètres de haut et peser jusqu'à 150 kilogrammes. De tous les autres animaux terrestres c’est l’autruche qui a les plus grands yeux, et elle dotée d’une vision exceptionnelle. La taille de son cerveau est équivalente à son œil. On prétend qu’elle est stupide. [On sait maintenant que la taille du cerveau ne garantit pas l’intelligence...]  


Les oisillons sont nidifuges ou nidicoles
Les oisillons nidifuges, ou précoces, peuvent se lever et courir très rapidement après la naissance. Les poussins du Pluvier kildir en sont un bon exemple, de même que ceux des canards et des cailles. Les oisillons nidicoles sont plus courants. Ils naissent aveugles, nus et sans défense, notamment les merles, les geais bleus et les aigles. Les nouveau-nés doivent rester dans le nid et dépendent entièrement de leurs parents pour leur alimentation et leur protection.

Pluvier kildir. Photo : birdatlas.bc.ca

La plupart des espèces d'oiseaux sont monogames
Pour les oiseaux, la monogamie peut signifier rester avec un partenaire pour une seule saison de reproduction, puis emprunter des chemins différents et trouver d’autres partenaires l'année suivante. Mais certains oiseaux s'engagent pour la vie. Par exemple, un couple de Flamants peut rester ensemble plus de 50 ans.

Flamants roses. Photo : provence7.com

Certains oiseaux peuvent dormir en vol
La Sterne fuligineuse s’endort plusieurs fois pendant une à deux secondes en cours de vol. Cela lui permet de rester dans les airs pendant de très longues périodes. Elle vit dans les eaux tropicales et se nourrit de poissons et de crustacés, mais elle ne peut pas atterrir sur l'eau parce que ses plumes ne sont pas hydrofuges. Les Sternes fuligineuses passent la majorité de leur vie dans les airs; elles ne s’arrêtent que pour nicher et élever leurs petits.

Sterne fuligineuse. Photo : Kevin Schafer

Les colibris sont les seuls oiseaux à voler comme un hélicoptère  
La plupart des oiseaux volent en battant les ailes de haut en bas. Cependant, la structure osseuse des ailes du Colibri lui confère une flexibilité qui lui permet de battre des ailes dans toutes les directions, d’avancer et de reculer, et de réaliser des acrobaties inégalées. Les œufs des Colibris sont les plus petits du règne aviaire. Même si l'ovule est de la taille d'un minuscule pois, l’oeuf peut peser jusqu'à 10% du poids de la mère lors de la ponte.


Certains oiseaux sont vénéneux
Le Pitohui est un type d'oiseau répandu, notamment en Nouvelle Guinée. Au moins trois espèces de Pitohui (bicolore, huppé et noir) sont vénéneuses. Les chercheurs croient que les oiseaux ne produisent pas eux-mêmes le poison contenu dans les plumes et la peau; leur régime alimentaire en serait la cause. Le poison, un dérivé de la batrachotoxine, est l'un des plus violents; on le retrouve entre autres chez les coléoptères et les batraciens.

Pitohui. Photo : Markus Lilje

Source de l'article : Zoe Blarowski; Care2

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La plus grande centrale d'énergie solaire du monde grille les oiseaux en plein air
Grégoire Fleurot | 19.08.2014


La plus grande centrale solaire du monde est une construction formidable... sauf pour les oiseaux qui ont la mauvaise idée de la survoler et qui prennent littéralement feu en plein air. Et il y en a beaucoup, rapporte l'agence de presse américaine Associated Press dans un long article consacré au sujet.
   Selon les enquêteurs environnementaux fédéraux qui ont visité la gigantesque centrale solaire d'Ivanpah, au sud-ouest de Las Vegas dans le désert de Mojave en Californie, un oiseau y est victime des reflets des rayons du soleil toutes les deux minutes.
Article intégral :

Certains humains sont d’indécrottables égoïstes qui n’hésitent pas à recourir au pillage et au braconnage pour se procurer des espèces rares en voie d’extinction. C’est lamentable. Qui peut payer 885 pour un perroquet? Les wézos des paradis fiscaux?

La souffrance est la matière première de tout ce que nous consommons.

Un contrebandier inhumain avait placé des perroquets rares dans des bouteilles plastiques

Newsly | La rédaction | 9 mai 2015

Arrêté par la douane indonésienne, un passager avait fourré des cacatoès dans des bouteilles en plastique.

Faut vraiment être malade mental pour faire ça! Répugnant. 

Une vingtaine de cacatoès, une espèce de perroquet menacée d’extinction, ont été secourus par la police après avoir été retrouvés à l’intérieur de plusieurs bouteilles d’eau à destination du commerce illégal. Les contrebandiers avaient entassé les cacatoès à crête jaune dans des bouteilles vides afin qu’ils puissent passer les douanes au port de Tanjung Perak, Aldy Sulaiman.
   Mais la police indonésienne a découvert les pauvres oiseaux, qui peuvent se vendre à près de 885€ chacun sur le marché parallèle, et les a libéré de leur cage de plastique afin qu’ils puissent recevoir des soins médicaux. Le cacatoès à crête jaune a été répertorié comme une espèce gravement menacée d’extinction par l’Union internationale pour la conservation de la nature en 2007.
Article intégral :

Le point de vue de Victor Hugo :  

De quel droit mettez-vous des oiseaux dans des cages?
De quel droit ôtez-vous ces chanteurs aux bocages,
Aux sources, à l'aurore, à la nuée, aux vents?
De quel droit volez-vous la vie à des vivants?
Homme, crois-tu que Dieu, ce père, fasse naître
L'aile pour l'accrocher au clou de ta fenêtre?
Ne peux-tu vivre heureux et content sans cela?
Qu'est-ce qu'ils ont donc fait tous ces innocents-là
Pour être au bagne avec leur nid et leur femelle?
Qui sait comment leur sort à notre sort se mêle?
Qui sait si le verdier qu'on dérobe aux rameaux,
Qui sait si le malheur qu'on fait aux animaux
Et si la servitude inutile des bêtes
Ne se résolvent pas en Nérons sur nos têtes?
Qui sait si le carcan ne sort pas des licous?
Oh! de nos actions qui sait les contre-coups,
Et quels noirs croisements ont au fond du mystère
Tant de choses qu'on fait en riant sur la terre?
Quand vous cadenassez sous un réseau de fer
Tous ces buveurs d'azur faits pour s'enivrer d'air,
Tous ces nageurs charmants de la lumière bleue,
Chardonneret, pinson, moineau franc, hochequeue,
Croyez-vous que le bec sanglant des passereaux
Ne touche pas à l'homme en heurtant ces barreaux?
Prenez garde à la sombre équité. Prenez garde!
/...  
À tous ces enfermés donnez la clef des champs!
Aux champs les rossignols, aux champs les hirondelles!
/...
Respect aux doux passants des airs, des prés, des eaux!
Toute la liberté qu'on prend à des oiseaux
Le destin juste et dur la reprend à des hommes.
Nous avons des tyrans parce que nous en sommes.

La Légende des siècles