29 juin 2014

Avec l’âge…

Tableau : Shuvankar Maitra

"Si, à quatre-vingts ans vous n'êtes pas infirme ou invalide, si vous êtes en santé, si vous appréciez encore la marche, un bon repas (avec toutes les garnitures), si vous pouvez dormir sans d'abord prendre une pilule, si les oiseaux et les fleurs, les montagnes et la mer vous inspirent toujours, vous êtes un individu des plus chanceux et vous devriez vous agenouiller matin et soir pour remercier le bon Dieu d'avoir 'économisé' et 'sauvé' l’énergie. Si vous êtes jeune mais déjà épuisé mentalement, en voie de devenir un automate, ça pourrait vous faire du bien de dire à votre patron (tout bas, bien sûr) : «Va te faire foutre, Jack! Je ne t’appartiens pas!» … Si vous pouvez tomber en amour encore et encore, si vous pouvez pardonner à vos parents le crime de vous avoir mis au monde, si vous êtes content d’aller nulle part, de prendre chaque jour comme il vient, si vous pouvez pardonner et oublier, si vous évitez de devenir aigri, rébarbatif, amer et cynique, Ami, c’est presque du tout cuit."

"Avec l’âge, peut-être que la chose la plus réconfortante est la capacité croissante de ne pas prendre les choses trop au sérieux. L'une des grandes différences entre le véritable sage et le prédicateur est la gaieté. Le sage rit avec ses tripes; le prédicateur rit du mauvais côté de la bouche."
 
"En vieillissant, mes idéaux, que je nie posséder généralement, se sont définitivement modifiés. Mon idéal est d'être libre d'idéaux, libre de principes, libre de «ismes» et d’idéologies. Je veux prendre l'océan de la vie comme le poisson prend la mer…
   Je n'essaie plus de convertir les gens à ma vision des choses, ni à les guérir. Je ne me sens pas supérieur non plus s'ils semblent manquer d'intelligence." 

"Ma devise a toujours été : «Toujours joyeux et vif». C'est peut-être pour cela que je ne me lasse pas de citer Rabelais : «Pour tous vos maux je vous donne le rire». Quand je pense à ma vie, remplie de moments tragiques, je la vois comme une comédie plus qu'une tragédie. L’une de ces comédies où tandis que vous riez aux éclats, vous sentez votre coeur se briser à l’intérieur. Y a-t-il meilleure comédie? L'homme qui se prend au sérieux est condamné…"

"En soi, il n'y a rien à redire de la vie. C'est l’océan dans lequel nous nageons, et, soit nous nous adaptons, soit nous coulons à pic. Mais il est en notre pouvoir, en tant qu'êtres humains, de ne pas polluer les eaux de la vie, de ne pas détruire l'esprit qui nous anime.
   La chose la plus difficile pour un individu créatif est de ne pas s’efforcer de changer le monde à sa convenance et d’accepter son frère humain tel quel, qu’il soit bon, mauvais ou ni l’un ni l’autre."

~ Henry Miller (On Turning Eighty)

Source des citations :
http://www.brainpickings.org/index.php/2014/06/26/henry-miller-on-turning-eighty/

28 juin 2014

Propos d’Angélique Kidjo

(Montage graphique : Boudacool)

Cette femme de grand talent se dévoue pour conscientiser les gens sur la violence faites aux femmes et aux enfants, une violence présente sur tout le continent africain. Elle dit que son expression artistique lui sert de catharsis au traumatisme causé par les souffrances dont elle est témoin.

«Je me sens toujours bien dans les pays où il y a un peu de liberté, un peu de compassion et d’égalité, et j’essaie d’œuvrer dans ce sens là. Malheureusement nous sommes en train d’écraser tout ce qu’il y a de bon chez l’homme pour pouvoir faire de l’argent.
       Et je dis toujours, l’argent ne nous sauvera pas de la mort, la mort ne nous donne pas de rendez-vous, elle ne nous dit pas quand elle va arriver. On a beau amasser de l’argent, quand arrivera le jour «J», cet argent ne vous sauvera pas. Et vous ne pouvez pas échapper à la mort.
       Vous pouvez être l’homme, ou la femme, le plus riche du monde, si vous tombez malade, une maladie incurable, tout l’argent du monde ne vous sauvera pas. Steve Jobs est un bon exemple de ça. Il était l’homme le plus riche, et où est-il aujourd’hui?
       Il faut qu’on arrive à comprendre que le capitalisme continuera de nous servir de modèle de justice et de paix que si l’on met l’être humain au centre de ce capitalisme-là. Et tant qu’on n’aura pas fait ça, on aura toujours plus de violence.»

~ Angélique Kidjo (extrait noté à l’émission Médium large) 

AUDIO FIL :
http://ici.radio-canada.ca/emissions/medium_large/2013-2014/archives.asp?date=2014-06-26

Angélique Kidjo était de passage à Montréal à l'occasion du Festival de jazz. Elle venait présenter son dernier album, Eve, un hommage à la résilience des femmes africaines. Elle garde espoir : «Il y a beaucoup de problèmes auxquels on fait face, mais il y a des solutions qui se dessinent.»

En marge de sa carrière musicale, la chanteuse béninoise de réputation internationale épouse diverses causes citoyennes par le biais de sa fondation Batonga (qui aident l'avancement de l'éducation des jeunes filles en Afrique, mais aussi des garçons) ou pour le compte de l'UNICEF.

26 juin 2014

Le Grand

Note d'escapade -- Je ne me souviens pas avoir vu un Grand Héron de cette taille. On dit que l’oiseau peut mesurer jusqu’à 1,20 m de hauteur; celui que j'ai aperçu aujourd'hui atteignait le maximum sinon plus. Tellement beau! J’aurais aimé voir l’envergure de son vol. Ce doit être spectaculaire. Une seconde escapade là-bas demain avec l’espoir de...

Impossible de bien le photographier (zoom intégré trop limité); alors voici un splendide héron du photographe Ian Coristine :

http://www.1000islandsphotoart.com/Albums/PhotoAlbums/tabid/422/AlbumID/1015-33/Default.aspx  

«Il y a un bonheur plus haut où le bonheur paraît futile.»
~ Albert Camus

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Aucun lien, mais je la trouve drôle :

PRIÈRE DE LA SÉNILITÉ

Accorde-moi la sénilité d’oublier
les gens que de toute façon je n’ai jamais aimés,
La chance de tomber sur ceux que j’aime,
et de bons yeux pour les différencier.

24 juin 2014

Well…

Mon maraîcher bio disait en mai dernier que nous aurions une «saison» pluvieuse comme en 2011. Sa boule de cristal a l’air efficace :
2011 entre mars et juin : 401 mm de pluie (entre juillet et septembre : 396 mm)
2014 entre le 21 mars et le 20 juin : 400 mm

Aujourd’hui : pluie d’été  
Les fleurs d’arbres sont tombées.

Tableau : John Joseph Enneking (1841-1916), impressionniste américain

Pluie de Printemps

Pluie de Printemps tombe du ciel
Parfumée au Soleil qui vient pointer son nez
Les plantes sourient à la lueur du jour
Et viennent offrir leur coeur à ses gouttes semées

Pluie de printemps plus belle que l’Automne
Vient rafraîchir les coeurs, vient inonder les cours
Et bientôt donne tout ce qu’attend la Nature
L’Eau si précieuse et pure pour tout recommencer

~ Elodie Santos, 2009

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Koan québécois 

S’il ne pleuvait pas j’irais acheter des chips.
Mais j’ai envie de chips parce qu’il pleut.

Boudacool J (pas un parangon de vertu…)

Plus de trente ans que cette marque existe – toujours ma préférée.
Tant qu’à succomber autant choisir du «craquant».

23 juin 2014

«Le fleuve était son Dieu»


En contrepoids au billet publié aujourd’hui dans Situation planétaire : une autre manière de voir un fleuve.

LE PASSEUR

(p. 153)
«Je resterai sur les bords de ce fleuve, se dit Siddhârta; c’est celui que je traversai autrefois en me rendant chez les hommes; le passage qui me mena alors sur cette rive était un homme bon et aimable. Puisque c’est de sa cabane que je partis pour une vie nouvelle dont plus rien ne subsiste maintenant, que la voie dans laquelle je m’engage aujourd’hui, que cette nouvelle existence commence aussi au même endroit!»
       Il considérait d’un œil attendri l’eau courante du fleuve, sa couleur d’un vert diaphane et les lignes cristallines de ses mystérieux dessins. Il voyait des perles brillantes monter de ses profondeurs et, à sa surface, des globules qui flottaient doucement et dans lesquels se reflétaient les teintes azurées du ciel. Le fleuve aussi le regardait de ses milles yeux verts, blancs, bleus, argent. Le sentiment qu’il éprouvait pour lui c’était à la fois de l’amour, du charme, de la gratitude. Dans son cœur il écoutait parler la voix qui s’était réveillée et qui lui disait : «Aime-les, ces eaux. Demeure auprès d’elles. Apprends par elles!» Oui, il apprendrait par elles, il devinerait leurs secrets, il acquerrait le don de comprendre les choses, toutes les choses, et de pénétrer dans leur mystère.
       Pour le moment, de tous les secrets que recelait le fleuve il n’en devina qu’un, mais qui l’impressionna vivement : c’est que cette eau coulait, coulait toujours, qu’elle coulait continuellement, sans cesser un seul instant d’être toujours la même, tout en se renouvelant sans interruption! Comment expliquer, comment comprendre cette chose extraordinaire? Lui, il ne la comprenait pas; il n’en avait qu’une vague intuition… (…)

(p. 163)
Souvent, le soir, ils s’asseyaient ensemble sur le tronc d’arbre au bord du fleuve et tous deux, silencieux, écoutaient le bruit de l’eau, qui pour eux, n’était pas une eau ordinaire, mais la voix des choses vivantes, la voix de ce qui est, la voix de l’éternel Devenir. (…)

GOVINDA

(p. 211)
«[Le saint homme] avait remarqué que la voix du fleuve lui parlait; c’est elle qui lui enseigna ce qu’il savait : le fleuve était son Dieu. Pendant des années il ignora que les vents, les nuages, l’oiseau, l’insecte, sont aussi divins, en savent tout autant que ce fleuve vénérable et peuvent nous instruire comme lui. Et quand il se décida à partir pour la forêt, il savait tout, il en savait plus que toi et moi, et cela sans avoir eu ni maître ni livres, seulement parce qu’il avait foi en son fleuve.»
       Govinda lui dit : «Mais est-ce là ce que tu appelles ‘les choses’, c’est-à-dire le réel, l’être? N’est-ce pas seulement une image trompeuse de la Maya, une simple apparence? Ta pierre, ton arbre, ton fleuve… Sont-ce donc tes réalités?
-- Cela non plus, répondit Siddhârta, ne m’embarrasse guère. Que ces choses soient ou ne soient pas une apparence, peu importe; alors moi-même je suis une apparence et dans ce cas-là elles sont comme moi et moi comme elles. C’est pour cela aussi que je les aime et les vénère : nous sommes égaux. Il y a là un enseignement dont tu vas rire, c’est que l’Amour, ô Govinda, doit tout dominer. Analyser le monde, l’expliquer, le mépriser, cela peut être l’affaire des grands penseurs. Mais pour moi il n’y a qu’une chose qui importe, c’est de pouvoir l’aimer, de ne pas le mépriser, de ne le point haïr tout en ne me haïssant pas moi-même, de pouvoir unir dans mon amour, dans mon admiration et dans mon respect, tous les êtres de la terre sans m’exclure.»

Hermann Hesse
Siddhârta
Grasset 

20 juin 2014

Magnifique ce thème!

Demain : Journée internationale de la lenteur
http://www.journeedelalenteur.com/

Pourquoi divulguer et propager l’idée de la lenteur?
- Parce que le besoin que le mental soit en relation avec le corps est monumental.
- C’est par la lenteur que la rencontre va se produire au mieux.
- Parce que tout va trop vite et on n’a plus le temps d’apprécier la vie.
- Parce que le temps est un facteur important dans la digestion de nouvelles informations.
- Parce que les gens sont conditionnés à être performants au service d’une idéologie extérieure à eux-mêmes. Être à l’écoute de ses besoins n’est aucunement valorisé.
- Parce que si on veut changer de direction, vaut mieux ralentir.
- Parce que donner de la valeur à la lenteur c’est remettre l’équilibre dans sa vie.

Si vous avez besoin d’aide, voici un clip parfait pour basculer dans le mood (sélectionné pour l’événement à "La Bibliothèque de René"; ICI Radio Canada) 
 

 
Yumeji's theme
Compositeur : Shigeru Umebayashi  
Album : In the mood for love (film; 2000)

«Un sens de l’imperfection, s’il est artistique, intense, stimule ta conscience, maintient ton esprit en alerte. Si j’écoute l’interprétation parfaite d’un morceau parfait en conduisant, je risque de fermer les yeux et d’avoir envie de mourir dans l’instant. Mais quand j’écoute attentivement cette sonate, je peux entendre les limites de ce que les humains sont capables de créer, je sens qu’un certain type de perfection peut être atteint avec humilité, à travers une accumulation d’imperfections. Et personnellement, je trouve ça plutôt encourageant.»

~ Haruki Murakami (Kafka sur le rivage)

18 juin 2014

Notre quête d’immortalité

Cactus «Belle de nuit»

Alan Lightman relie le monde de l'art et de la science. Le physicien de MIT, également nouvelliste, parle du processus créatif et scientifique; du rôle de l'intuition et de l'imagination; des travaux d'Einstein; de la réunion de la science et de la foi; de l'émerveillement et de la fragilité de la nature humaine, et de ce que signifie le fait d'être en vie. Dans son essai* intitulé The Temporary Universe, il explore le paradoxe de cette quête de permanence dans un univers en constant changement.

«Je ne sais pas pourquoi nous désirons la permanence, pourquoi la nature éphémère des choses nous trouble tant. Avec futilité, nous nous accrochons au vieux portefeuille même s’il est depuis longtemps éculé. Nous visitons et revisitons le vieux quartier où nous avons grandi, cherchant le bosquet d'arbres et la petite clôture de nos souvenirs. Nous nous cramponnons à nos vieilles photos. Dans les églises, les synagogues et les mosquées, nous prions pour l'immortel et l’éternel. Pourtant, dans tous ses coins et recoins, la nature crie de toutes ses forces que rien ne dure, que tout meurt. Tout ce que nous voyons autour de nous, y compris notre propre corps, se transforme, se dissout et disparaît un jour. Où se trouve le milliard de personnes qui vivaient et respiraient en 1800, il y a à peine deux siècles?
       Le message de la nature est pourtant sans ambiguïté - les éphémères apparaissent par milliards et disparaissent vingt-quatre heures après leur naissance, les glaciers rongent lentement mais sûrement les terres, de la même façon, notre propre chair s’affaisse lentement et sûrement avec l’âge. L’ordre si réconfortant aboutit régulièrement dans le chaos. C’est une des lois de l'univers.
       Les physiciens appellent la seconde loi : thermodynamique. On l’appelle aussi «la flèche du temps». Oublieux de nos aspirations humaines de permanence, l'univers s’use sans relâche, se désintègre, se dirigeant lui-même vers un état de désordre maximal. C'est une question de probabilités.»

«Le changement est la composante fondamentale de la masse d'ADN. (…) À un certain moment dans le futur, il n’y aura plus de nouvelles étoiles. Lentement mais sûrement, les étoiles de notre univers s’éteignent. Le jour viendra où le ciel sera totalement noir jour et nuit. Des systèmes solaires deviendront des planètes en orbite autour d’étoiles mortes. D'après des calculs astrophysiques, dans environ un million de milliards d'années, plus ou moins, même ces systèmes solaires morts seront perturbés par le hasard gravitationnel et percuteront d'autres étoiles. Dans environ dix milliards de milliards d'années, même les galaxies seront perturbées. Les sphères glacées qui avaient été des étoiles auront été projetées en solo dans l’espace vide.»

«Dans le Bouddhisme, anicca est l'un des trois signes de l'existence, les autres étant dukkha, la souffrance, et anatta, la non-individualité. Selon le Mahaparinibbana Sutta, lorsque le Bouddha est décédé, le dieu-roi Sakka aurait murmuré : L’impermanence est la composante de toutes choses. Les choses apparaissent et disparaissent, c'est leur nature : elles naissent et meurent. Nous ne devrions pas ‘fixer’ les choses dans ce monde, disent les bouddhistes, parce que toutes les choses sont temporaires et seront bientôt passées. Toutes les souffrances, disent les bouddhistes, découlent de l’attachement.»

«À mon avis, vouloir l'immortalité est l’une des contradictions profondes de l'existence humaine, c’est-à-dire croire avec ferveur que quelque chose doit être immuable et permanent alors que tous les éléments de preuve de la nature sont contre nous.»

«Si, contre tous nos désirs et nos espoirs, nous sommes coincés avec la mortalité, la mortalité n’a-t-elle pas une beauté et une grandeur qui lui sont propres? Même si nous nous battons et hurlons contre la brièveté de nos vies, pourrions-nous trouver quelque chose de majestueux dans cette brièveté? Pourrait-il y avoir quelque chose de précieux, cette existence aurait-elle une valeur du fait même de sa durée temporaire? Et je pense à ce cactus ‘Belle de nuit’ qui ressemble à une mauvaise herbe la plupart de l'année. Or une fois par été, durant la nuit, sa fleur s'ouvre pour révéler des pétales blancs soyeux encerclant des filaments jaunes d'où émerge une autre fleur comparable à une minuscule anémone de mer. Au matin, la fleur a flétri. Une nuit par année, aussi fragile et éphémère qu'une vie dans l'univers.»

* Troisième essai de la série The Accidental Universe : The World You Thought You Knew.

Citations tirées d'un article en anglais : http://www.brainpickings.org/

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De la naissance à la mort raconté en 3 minutes à l’aide de clips extraits de 150 films. Épique!

Par TRAILERS

Birth to Death as told by Cinema - A Life in Film Mashup 
The journey of life captured in under three minutes utilizing over 150 movies. This video is interactive: Turn on Annotations and Click!

16 juin 2014

Solitude et asexualité : des pathologies?

«Savez-vous pourquoi il est difficile d’être heureux? C'est parce que nous refusons de laisser tomber les choses qui nous rendent tristes» (J’ajouterais : qui ne nous conviennent pas).

Les gens qui ont constamment besoin de s’entourer d’une meute (famille, amis, connaissances) comprennent rarement que d’autres puissent choisir la solitude et l’asexualité, et être heureux.
       Réconfortant donc de lire «Les nouvelles solitudes» car l’auteur porte un regard dénué de préjugé psychosocial sur ces options de vie. Une mise à l’heure des pendules. Combien de fois ai-je entendu des critiques ou des sarcasmes comme «c’est quoi son problème? il (elle) est homo ou trop égoïste ou incapable d’intimité», etc. Comme si la relation de couple était la source de bonheur, surtout si elle se vit à l’horizontale...
       Alors, quelques extraits pour les solitaires et/ou asexuels qui pourraient, à tort, se croire atteints d’une quelconque maladie mentale.

Bien que publié en 2007, cet ouvrage d’Hirigoyen ne cesse de gagner en pertinence. De même que tous ses livres d’ailleurs; je les recommande vivement une fois de plus car comprendre favorise les choix éclairés et personnels.

Les nouvelles solitudes
Le paradoxe de la communication moderne
Marie-France HIRIGOYEN* 
Poche Marabout Psy, 2008 (253 pages)

[Extrait de l’introduction]

Il est incontestable que la montée de la solitude constitue un phénomène social qui se développe dans tous les pays riches de la planète, en particulier dans les grandes villes; mais si la solitude fait partie de l’histoire de l’humanité, elle s’est avec le temps profondément transformée. En «trop» ou en «pas assez», la relation à l’autre est devenue le sujet de préoccupation essentiel de notre époque. Alors que nous sommes dans une ère de communication, que les interactions entre les individus sont permanentes, parfois même envahissantes, de nombreuses personnes ont un sentiment douloureux de solitude. Et, dans le même temps, d’autres, de plus en plus nombreuses, font le choix de vivre seules.
       On est face à un paradoxe : un même terme renvoie à la fois à la souffrance et à une aspiration de paix et de liberté. D’un côté, on nous dit que la solitude est un des maux de notre siècle, et qu’il faut à tout prix créer du lien et de la communication; et, de l’autre, on nous prône l’autonomie. Néanmoins, malgré l’individualisme de nos contemporains, la solitude continue à véhiculer une image négative, qui néglige l’importance de l’intériorité. Rester seul est la plupart du temps considéré comme la conséquence d’un échec relationnel, ou, si cela apparaît comme un choix, il est perçu comme la voie assurée de l’ascétisme et du malheur. (…)
       Inévitablement, les nouvelles générations d’hommes et de femmes seront de plus en plus seules. Pour autant, les liens sociaux ne disparaissent pas, ils se sont seulement transformés. Si la vie contemporaine, par la multiplicité des choix qu’elle propose, a amené un plus grand isolement des personnes, elle a également ouvert l’accès à d’autres types de rencontres pouvant conduire à d’autres liens. De nouvelles formes de sociabilité se sont développées pour contrer notre monde précaire. Et ce n’est plus le couple qui est le lieu unique d’investissement affectif, car on peut tout autant être relié aux autres de différentes façons : petits groupes associatifs non traditionnels, amitiés intenses, camaraderies chaleureuses et solidarités de proximité. Ce qui permet d’adapter chaque lien aux différentes facettes de personnalité, afin que chacun puisse mieux se réaliser. 

Chapitre 10 LE DÉSENGAGEMENT
[Extraits p. 190 / 202]

Fuir le désir pour éviter la souffrance de l’échec amoureux 

… Si le désengagement et la défiance se généralisent, c’est que, dans un monde qui paraît cruel et sans pitié et où il faut se méfier de tous, on préfère se replier sur soi. Que ce soit au travail, où, si on se livre trop, cela peut être utilisé contre vous, ou à la maison en cas de conflit conjugal, les attaques perfides peuvent viser votre fragilité. (…)
       La vie sociale amenant déjà son lot de compétition, on peut comprendre que certains refusent de la poursuivre jusque dans la vie amoureuse ou familiale et choisissent la solitude pour ne pas se confronter à la jalousie ou aux tensions de la vie commune. (…)
       … Nous rencontrons ainsi de plus en plus d’adultes dans la maturité qui, à la suite de plusieurs échecs, ne font plus confiance à qui que ce soit pour établir une nouvelle relation affective et n’envisagent plus de projets de couple. Ils sont désenchantés. (…)
       Certains considèrent en effet que la relation amoureuse devient une complication de plus dans un monde déjà difficile à vivre et qu’il est plus simple de s’en passer. (…)
       Il est vrai, on l’a vu, que les relations utilitaires sont de plus en plus fréquentes : on prend l’autre, on l’utilise et, quand il n’apporte plus la satisfaction souhaitée, on le jette. (…) Choisir la solitude, c’est s’assurer de ne dépendre de personne, de s’éviter la douleur d’un nouvel échec, de vivre à sa guise sans demander l’avis de qui que ce soit. (…)
       Certains de ceux qui choisissent la solitude sont ainsi des tenants déçus d’une foi excessive en l’amour (…). De même, certaines femmes qui ont réussi à se sortir d’une histoire de couple douloureuse craignent de nouvelles souffrances et disent : «Plus jamais ça.» (…) 

Du désir de l’autre au désir d’être soi

La peur de l’engagement correspond ainsi à un double défaut de confiance, en soi et en l’autre : est-ce qu’on peut encore m’aimer? Est-ce que je suis capable d’aimer quelqu’un durant toute ma vie? Est-ce que l’autre me restera fidèle? Parce qu’elles n’offrent plus de garantie de permanence, les relations affectives sont devenues inquiétantes. Certain(e)s préfèrent fuir dans un détachement affectif. Rejetant toute relation trop intime, ils (elles) choisissent de vivre seuls. (…)
       On peut choisir la solitude pour de mauvaises raisons, parce qu’on a essuyé des échecs et renoncé à tout attachement intime. La solitude peut paraître alors une démarche égoïste, car c’est pour ces personnes un moyen d’échapper à la dépendance. Il est vrai qu’à une époque d’exigence d’absolu, il est plus facile de renoncer à tout lien, et donc aux imperfections inhérentes à tout rapport humain. (…)
       Mais l’aspiration à la quête de soi qui passait au départ par l’amour, peut se poursuivre, à la suite des échecs de la vie à deux, dans la solitude. Les femmes qui ont renoncé à chercher un compagnon souffrent d’ailleurs moins de la solitude que celles qui sont dans l’attente d’un homme qui viendrait les combler. (…)
       Il s’agit alors d’éteindre tout désir pour ne plus rien attendre, chercher l’ataraxie, c’est-à-dire un bonheur paisible et sans attache, loin des passions qui risquent de troubler la sérénité de l’âme. Quand on a été déçu par son travail, par son couple ou par la rupture d’autres liens, on peut aller ainsi vers un désengagement général. Le désir s’oriente alors vers autre chose. Parce qu’on n’a plus rien à perdre, on se détache des apparences et du conformisme. Le désir d’être soi s’accentue et le silence offre une place à la réflexion. (…)

S’éloigner d’un monde angoissant

Nombre de nos contemporains supportent ainsi de moins en moins la promiscuité et la gêne occasionnée par autrui. La qualité de vie se situe désormais dans la tranquillité, l’autonomie, l’intimité. Quand ils le peuvent, beaucoup préfèrent vivre dans une maison individuelle, si possible avec un jardin, loin des villes (…).
       De fait, plus s’étend l’emprise de la société de performance sur les destins de chacun, plus certains individus se découragent : «À quoi bon?» (…)
       Mais beaucoup d’autres sont moins désespérés : dans toutes les générations, que ce soit par fatigue ou simplement parce qu’ils n’ont plus rien à prouver, ils refusent le jeu de la reconnaissance mutuelle de notre monde de compétition et choisissent de rester en dehors des jeux de pouvoir, à qui sera le plus fort, le plus beau, le plus riche.   
       C’est bien sûr une force de ne pas être dépendant de ce que les autres peuvent penser, mais cette position n’est pas facile à tenir. (…)
       … Dans cette confusion de l’époque, qu’il nous faut comprendre et regarder en face, l’une des manifestations les plus intrigantes du désengagement radical, que je n’ai évoquée jusque-là que de façon incidente, est sans doute celle de la vie sans sexe.

Chapitre 11 LA VIE SANS SEXE
[Extraits p. 203 / 217]

«L’amour est obscène en ceci qu’il met le sentimental à la place du sexuel.»
Roland BARTHES, Fragments d’un discours amoureux

L’abstinence sexuelle peut découler d’un choix, d’une absence de désir ou de l’absence de partenaire. … Il est probable que nos vies nous apportent de plus en plus de périodes de solitude et donc de chasteté. Il nous faudra nous en accommoder.

La sexualité est-elle indispensable?

Notre société est fortement sexualisée et le sexe y est devenu une marchandise comme une autre. On vend des rencontres sur des sites, les journaux donnent des modes d’emploi pour trouver l’âme sœur, la publicité vante des vêtements pour séduire, des crèmes de beauté pour continuer à plaire et même des pilules magiques pour magnifier les performances sexuelles. (…)
       Une sexualité épanouie est devenue une norme de notre époque, et le corps est devenu une simple machine à plaisir dont il faut améliorer les performances. Pour doper sa forme sexuelle, il faut suivre les conseils des magazines, acheter des sex toys et avoir recours à des pilules miracle en cas de panne. (…) À l’heure où certains médias nous envahissent de sujets sexuels sur le thème «jouissez sans entraves», on plaint les exclus du sexe, allant jusqu’à parler de «misère sexuelle». (…)
       Le sexe est devenu une fonction hygiéniste : faire l’amour, c’est bon pour la ligne, pour la peau… Mais, avec la libération sexuelle, on voit poindre une baisse du désir sexuel : il n’y a plus rien à désirer, puisque tout est possible. Trop de sexe aboutit ainsi à l’élimination du sexe. De plus en plus souvent, nous voyons des personnes qui ont renoncé au sexe, comme d’autres ont renoncé à l’alcool ou au tabac. Ce qui importe désormais, c’est le confort. S’installer un nid avec tout à portée de la main et pas besoin des autres. S’éloigner de toutes les sollicitations sans fin, se dégager du toujours plus. (…)
       La poursuite d’un bonheur absolu à travers une intense gratification sexuelle a été le but ultime mais, face aux débordements d’une sexualité trash, il n’y a plus rien à désirer.

La revendication de l’asexualité

(…) Pour les asexuels … il n’est pas question de chasteté ou de pureté, [comme c’est le cas aux États-Unis pour les associations religieuses qui font la propagande de la chasteté dans les campus universitaires – en vue d’arriver vierges au mariage], mais d’un désintérêt pour le sexe. (…)
       Ceux qui pratiquent l’asexualité pensent que la sexualité n’est pas essentielle. Si une personne s’accommode d’une vie sans sexe, pourquoi faudrait-il que la société lui impose une norme qui ne lui convient pas? Parmi les asexuels, certains n’ont jamais éprouvé le besoin de se rapprocher des autres et se définissent comme solitaires. D’autres ont une vie amicale et relationnelle riche, mais n’ont pas envie du «passage à l’acte» sexuel, moins par choix que par manque de désir.
       Tout comme l’homosexualité était jusqu’à il n’y a pas si longtemps classée dans les manuels de classification psychiatrique parmi les perversions, choisir de ne pas avoir de rapports sexuels est pour le moment considéré comme une étrangeté, voire une pathologie. Quand les journaux nous encouragent à consommer du sexe comme de la mode, le manque de désir ne saurait être qu’un dysfonctionnement émotionnel, une sorte de glaciation du cœur. C’est d’ailleurs ce sentiment d’être hors norme qui pousse ceux qui restent chastes à le cacher à leur entourage. (…)  
       Mais, à côté des asexuels qui n’ont jamais été intéressés par le sexe, il y a ceux qui en sont revenus. Ils ont eu une vie sexuelle riche, ont parfois connu des expériences multiples, mais, pour différentes raisons, ils sont passés à autre chose. Ils ne sont pas contre l’acte sexuel, mais, cela ne les intéresse plus. Il faudrait une passion forte pour qu’ils y repiquent. (…)
       Certains se disent déchargés du fardeau des pulsions impérieuses du sexe. Ils choisissent la sublimation, c’est-à-dire qu’ils déplacent leur libido vers une activité intellectuelle, artistique, professionnelle, etc. La sublimation implique un certain renoncement au pulsionnel, mais c’est un choix qui apporte des compensations, comme le dit l’historienne canadienne Élisabeth Abbott : «Les inconvénients liés à l’abstinence de vie sexuelle sont compensés par une plus grande disponibilité et par un nouveau bien-être» (Histoire universelle de la chasteté et du célibat, Fides, Montréal, 2001). Dès lors, tous les autres plaisirs des sens prennent une intensité particulière, cela ouvre les portes d’un nouvel univers où le sentiment d’être soi est particulièrement intense, où l’énergie libidinale est déplacée vers la nature, l’amitié, la création. Ces personnes n’ont pas envie de perdre leur temps dans une relation qui n’apporte rien. Elles compensent par une richesse intérieure l’absence de relations sexuelles.

L’asexualité n’est pas une névrose

… Des psychanalystes et des sexologues s’inquiètent; des médecins nous disent que si on perd tout intérêt pour le sexe, il faut consulter un spécialiste qui nous aidera à résoudre le «problème». Ils pensent que la sexualité est au cœur de notre vie et que son absence ne peut que provoquer des frustrations inconscientes qui risquent de retentir sur notre vie psychique. Ils proposent donc des thérapies pour réparer les mécaniques sexuelles défaillantes, pour relancer le désir.
       (…) Pour lui [Freud], la guérison d’une névrose passait par la faculté d’atteindre l’orgasme. Mais en cela, il ne se posait pas la question du partenaire et de la relation dans son entier. À sa suite, la plupart des psychanalystes, confondant relations humaines et relations sexuelles, considèrent que la névrose représente une incapacité à former des relations humaines satisfaisantes. En insistant ainsi sur l’importance des rapports intimes, ils négligent d’autres façons, tout aussi pertinentes, de parvenir à un épanouissement. La libido n’est pas constituée uniquement des pulsions sexuelles, c’est aussi une énergie, une force qui peut être sublimée et se transformer en force sociale.
       Certains médecins se réfèrent à des constantes biologiques telles que le taux de testostérone ou le taux de dopamine cérébral pour expliquer le manque de désir sexuel. Cependant, ces asexuels, à la différence des frustrés sexuels, ne sont pas déprimés, ils ont envie de sortir, de voir des amis, de rire, de boire du vin, d’apprécier la bonne nourriture. Le problème est ailleurs.
       La caractéristique constante de ceux qui ont fait le choix de renoncer à la sexualité est une volonté de ne pas se disperser, de ne pas jouer le jeu des rencontres fugaces et de l’injonction de jouissance de notre société. Plus que d’un refus du sexe, il s’agit d’un refus d’une superficialité des rencontres. Il est donc faux de dire que le désir n’existe plus. Pourquoi critiquer ceux qui ont fait ce choix intime? (…)
       De la même façon, nous devons réviser nos préjugés, trop souvent encore négatifs, face à la solitude. Loin d’être toujours le signe d’un trouble de caractère, le fait d’être seul(e) peut être au contraire – de plus en plus souvent, d’ailleurs – celui d’une personnalité riche.

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* Marie-France Hirigoyen est psychiatre, psychanalyste et victimologue. Elle s’est spécialisée dans l’étude de toutes les formes de violence : familiale, perverse et sexuelle. Elle est notamment l’auteur du best-seller Le Harcèlement moral. La violence perverse au quotidien (1998), de Malaise dans le travail. Harcèlement moral, démêler le vrai du faux (2001), et de Femmes sous emprise. Les ressorts de la violence dans le couple (2005).

15 juin 2014

L’amour a-t-il un prix?

Livre des heures, manuscrit de dévotions réalisé par Amiens Nicolas Blairié, 15e siècle. (Et combien d'heures de travail?! )

The lower the price of your love, the higher its value.
~ Mike Dooly

S’il y a un diamant dans la poitrine, il brille sur le visage.
~ Proverbe sanskrit 

L’amour est un comme un jardin que l’on arrose; les saisons où l’on plante ne sont pas toujours celles où l’on récolte.
~ Margo Anand Naslednikov

Il y a un signe infaillible auquel on reconnaît que l’on aime quelqu’un d’amour. C’est lorsque son visage nous inspire plus de désir qu’aucune autre partie de son corps.
~ Michel Tournier

Quand l’«amour» finit, l’amour peut commencer.
~ Suzanne Brøgger

Tout le monde peut être amoureux, mais peu de gens sont capables d’aimer.
~ Éliane Amado Levy Valensi

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En introduction au prochain billet 

J’aime me perdre dans les lumières de la nuit.
Je m’y invente de nouvelles solitudes.
De nouvelles vies.
Quand notre monde ne m’intéresse plus.
Quand les hommes sont définitivement prévisibles.
Quand je n’ai plus envie.
De me battre.
Et de supporter l’indifférence.
Les temps changent.
Mais le présent ressemble étrangement au passé.
Viens te cacher dans les lumières avec moi.
Mon ange…
Je t’aime.
Et je te laisse.
Ici.

Gaëtan Hochedez, http://flash.zeblog.com/

14 juin 2014

Le sens de la vie

Par jeune garçon de 9 ans

Il s’exprime comme une réincarnation de Joseph Campbell ou d’un philosophe de même calibre. Ou peut-être que ses parents lui ont fait voir le très controversé docu-fiction What the bleep do we know?! que je viens justement de revoir, comme par hasard…

En tout cas, il semble avoir intégré ce type de vision. Que savons-nous en effet de la (ou des) réalité(s) de la vie? Ce ne sont que des suppositions. Les scientifiques (physiciens et autres) n’arrivent même pas à s’entendre…

12 juin 2014

Trop chouette!

Photographe inconnu

Les oiseaux

Quand ils chantent
Ce sont des gazouillis.

Quand ils dansent
Ce sont des tangouillis.

Quand ils bâtissent
Ce sont des nidouillis.

Quand ils barbotent
Ce sont des patouillis.

Quand ils ont peur
Ce sont des matouillis.

Quand ils ont faim
Ce sont des granouillis.

Mais quand ils aiment
Les oiseaux
Ce sont des bisouillis.

~ Joël Sadeler

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Mon oiseau

C'est un tout petit moineau
Tous les matins
Il me chante son refrain
Il vient tôt
Ce petit moineau.
Pour me mettre entrain.
Il chante, il chante et il me dit
Ne t'inquiète pas, tout n'est pas fini
Il y a la guerre
mais tout reprend vie
Il y a la misère
Mais ma maman sourit...
Ce petit moineau est un grand malin
C'est mon meilleur copain.

~ Mimi, 10 ans; Berlin, Allemagne

Source : Bestiaire poétique 
http://www.clicksouris.com/poesie/bestiaire.htm

11 juin 2014

Télé-dysfonction

Reconnectée… espérant un peu de permanence J

«Je vous déclare maintenant mari et femme!
Vous pouvez mettre à jour votre statut Facebook!»

Les interruptions de connexion Internet involontaires m’ont fait réfléchir. Qu’arriverait-il si tout le système s’effondrait soudainement? Pourrions-nous continuer à vivre? Ce serait difficile car toute l’organisation sociale est désormais entièrement soumise à cette technologie. 1984 was not supposed to be an instruction manual”, me disait une amie.  
       En dépit de ses aspects très négatifs, Internet demeure un outil formidable pour garder contact avec des amis éloignés, pour le travail, le dépannage, la solidarité, etc. Pour moi, c’est aussi la plus fantastique des bibliothèques. J’ai découvert des auteurs et des ouvrages qu’autrement je n’aurais jamais lus. Une passion : j’aime entrer dans la créativité, l’imaginaire, l’émotion, la pensée des écrivains, et je ne m’en prive pas. Sans parler des sites magnifiques qu’on peut trouver par hasard. Comme en toute chose, l’important est de cultiver la maîtrise de soi pour éviter le piège de la cyberdépendance*.

Malheureusement, beaucoup d’internautes restent branchés 24/24 sans réaliser les dommages que cela peut leur causer. L’auteur de l’article ci-après suggère donc aux cyberdépendants de pratiquer l’interruption volontaire, d’éteindre les machines ou de s’en éloigner ne serait-ce qu’une heure par jour.

Pour survivre à la maladie de l’information, montez dans le canot de sauvetage
Par George Michelsen Foy

Dans notre culture, la télé-dysfonction (teledysfunction) menace tout le monde. Mais il y a un remède.

Impossible de vous séparer de votre Smartphone? Vous vérifiez sans cesse vos courriels? Gardez-vous toujours votre cellulaire à portée de main, même la nuit? Une étrange compulsion vous pousse-t-elle à lire les blogues de Psychology Today durant plusieurs heures d’affilée? Vous sentez-vous bizarre si vous n’êtes pas en train de chatter par email, SMS ou Twitter, de scanner des textes et des tweets, de jouer en ligne, de regarder Youtube, d’avoir du sexe via Skype, de télécharger des séries HBO, d’écouter la radio et la télé?

Ne lâchez pas. Vous souffrez de télé-dysfonction : une dépendance à la pollution interconnective (interconnective noise). Il s’agit d’une maladie moderne ayant des séquelles émotionnelles, psychologiques et physiques tangibles, souvent graves.

Les sociétés modernes développées ne reconnaissent pas cette maladie parce que les immenses entreprises qui gèrent le commerce en ligne vendent des Smartphones, fournissent des services d'accès Internet, conçoivent des jeux vidéo, ou investissent à fond dans la télédistribution; du branchement 24/7. Elles veulent aussi que leurs employés soient disponibles en tout le temps et exécutent cinq tâches différentes simultanément. Le multitâche, bien sûr, est inefficace, mais ces grandes entreprises s'en fichent car la plupart des tâches se résument à de la simple saisie de données.

Si les employés ne sont pas en train de travailler, alors, les méga-entreprises veulent qu’ils regardent les publicités, achètent des Smartphones et des jeux vidéo, et contribuent aux profits à titre de consommateurs «hyper branchés».

Quiconque observerait rationnellement cet état de choses pourrait croire que nous sommes des naufragés : d’infortunés passagers en train de se noyer dans une tempête données inutiles et d’angoisses.

Mais il y a un canot de sauvetage accessible à tous. Un bateau solide sur lequel il est facile de monter et d’être à l'abri de la tempête.

Ce canot de sauvetage s’appelle «éteindre». C’est trouver un équilibre entre l’absorption d’information et l’abstinence d’information, avec lequel vous pourrez composer. C'est refuser de se soumettre à l’info-tyrannie, au smog des données, au message socioculturel qui dit que si nous ne sommes pas branchés tout le temps aux périphériques les plus récents, nous sommes probablement hors circuit, passés date et non concurrentiels : un autre item de consommation périmé à jeter au dépotoir de l'histoire.

Par où commencer? À chaque jour, pendant une heure, éteignez tout ce qui peut être éteint : Smartphone, ordinateur portable, téléphone, lecteur MP3, téléviseur et radio. Trouvez un endroit tranquille où vous serez seul (ou avec la famille ou des amis prêts à tenter l’expérience).

Vous pouvez faire n’importe quoi dans ce canot de sauvetage, mais vous ne devez pas utiliser de machines. Réfléchissez, rêvez, parlez à votre entourage, cuisinez, reposez-vous, câlinez, jouez aux cartes, reproduisez l'Empire State Building avec des allumettes.

Sortez et assoyez-vous dans le jardin ou au parc. Écoutez les oiseaux, les chiens, les enfants qui jouent.

Au début, les gens ont beaucoup de difficulté à rester dans le canot en raison de la dépendance. Baigner constamment dans l’information drogue une partie de notre cerveau et nous empêche de réfléchir à des questions et des problèmes à plus long terme. Ces questions sont souvent terrifiantes. Des questions «vitales» comme : suis-je heureux? les gens que j'aime sont-ils heureux? y a-t-il quelqu'un que j'aime et qui m'aime? est-ce que je veux réellement numériser des données à haute vitesse dans une petite boîte jusqu'à ma retraite?  

Tenez le coup. Montez dans le canot une fois par jour pendant une heure (ou même une demi-heure). Réfléchissez. Vous pouvez ajouter des activités comme la marche, le jogging ou l’exercice (mais sans ouvrir l’écran devant le tapis roulant). Mais les activités plus calmes sont préférables. J'hésite à recommander le yoga ou la méditation comme moyen de résister au fascisme techno parce que notre culture les a balancés dans la boîte «nouvel âge» ou pratiques «orientales». Mais en vérité, n’importe quelle forme de méditation consciente est propice au genre de réflexion dont la télé-dysfonction nous prive.

Bien sûr, cela ne veut pas dire quitter votre travail, déménager au Népal, divorcer de votre conjoint hyper branché, éviter les amis en désaccord avec vous, ni faire quoi que ce soit de particulier, il suffit d’interrompre votre propre télé-dysfonction quelques heures par semaine.

Le 10 mai 2014 (Shut Up and Listen!)
http://www.psychologytoday.com/blog/shut-and-listen/201405/survive-information-sickness-board-lifeboat

George Michelsen Foy est nouvelliste et journaliste; il enseigne l’écriture créative à NYU. Son dernier livre : Zero Decibels: The Quest for Silence, publié chez Scribner.

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* Quand l'utilisation d'Internet et des technologies devient un problème

Le 30 juin 2012, l'Amérique du Nord comptait près de 274 millions d'usagers d'Internet, ce qui représente 78% des nord-américains (www.internetworldstats.com). Force est de constater qu'avec une si grande popularité, Internet peut entraîner des difficultés chez certaines personnes.

Cyberdépendance, dépendance à Internet, usage pathologique, abusif, excessif ou problématique d'Internet sont des appellations fréquemment utilisées pour décrire ces difficultés. Le site Cyberdependance.ca a pour objectif de fournir des informations sur les différents usages problématiques d'Internet et des nouvelles technologies, en plus de fournir des pistes de solution.

Qu'est-ce que la cyberdépendance?

L'usage problématique d'Internet et des nouvelles technologies, communément appelé cyberdépendance, se traduit par une utilisation persistante et récurrente des technologies ou des moyens de communications offerts par Internet qui engendre des difficultés chez l'individu. La cyberdépendance amène un sentiment de détresse et des problèmes au niveau psychologique, social ou professionnel (Caplan, 2002; Young, 1998, 2004).

Des critères sont importants à considérer lorsque l'interaction entre l'humain et la technologie devient un problème (Griffiths, 1998).

Prédominance : le comportement ou l'activité occupe une place prédominante.

Modification de l'humeur : conséquences du comportement ou de l'activité (p. ex. impression d'apaisement, d'être engourdi).

Tolérance : besoin d'augmenter les quantités pour obtenir les mêmes effets (p. ex. heures consacrées à l'activité, montant d'argent plus élevé pour les gageures).

Symptômes de manque : sensations désagréables ressenties lorsqu'il y a cessation ou réduction dans la fréquence, la durée ou la quantité (p. ex. irritabilité).

Conflits : p. ex. entre le milieu de travail, le réseau social, la vie familiale et l'individu.

Rechute : Revenir aux mêmes comportements après avoir tenté de les réduire ou de les cesser.

http://www.cyberdependance.ca/

9 juin 2014

L'attente

Les ordinateurs sont comme les dieux de l’Ancien testament; beaucoup de règles et aucune pitié. ~ Joseph Campbell

Étant donné que je ne suis pas branchée «wifi», j’attends un nouveau cœur de connexion Internet – un modem plus récent/performant. Cinq jours ouvrables pour la livraison m’a-t-on dit. Quand même moins long que pour un cœur venant du body shop hospitalier. Attendre un organe vital doit être très anxiogène pour un malade…

Nous sommes toujours en train d’attendre : une heure précise, une chose, un événement, une personne, un job, une situation... Souvent sur le qui-vive. Sauf quand nous sommes concentrés sur une chose qui nous intéresse à cent pour cent. Mais, dès que nous cessons, les attentes reviennent au galop.



97. Mauvais jour

Quand j’étais enfant, chez ma grand-mère, à Petit Goâve, on avait des canards dans la cour. L’un deux passait voir chaque matin ma grand-mère, avant d’aller faire le tour du quartier. Cela commençait toujours par une conversation courtoise, ce qu’on se dit au réveil, j’imagine (Bonjour, as-tu bien dormi?), pour tourner brusquement au pugilat. Le canard devenait agressif. Un jour, je demandai à ma grand-mère la raison d’une telle violence. Elle me confia, sans cesser de sourire, que le canard tentait de lui dire la date de sa mort, et qu’il s’énervait du fait que ma grand-mère ne parvenait pas à comprendre son langage. Je lui demandai si elle était intéressée par cette sinistre information, et elle me murmura, pour ne pas être entendue du canard qui, comprenait parfaitement le langage des humains, qu’en réalité elle n’était pas intéressée à savoir la date de sa mort. Voilà qui n’est pas loin de notre situation d’écrivain. Nous essayons de dire quelque chose que nous croyons vital mais que les autres ne saisissent pas toujours, et quand ils finissent par comprendre, nous nous demandons si cela valait la peine de s’être battu autant pour s’exprimer.

~ Dany Laferrière
Journal d’un écrivain en pyjama
Mémoire d’encrier, 2013

5 juin 2014

Carte postale

Salutation entre deux ruptures de connexion :-)


The unspoken word is capital. We can invest it or we can squander it.
~ Mark Twain (Notebook)

Everything human is pathetic. The secret source of Humor itself is not joy but sorrow. There is no humor in heaven.
~ Mark Twain (Following the Equator)

2 juin 2014

Manifeste d’un père (fusillade à Isla Vista)

Note : connexion Internet intermittente en ce moment – devrait se régler d’ici quelques jours; je profite d’un entre-deux J

Toutes les photos : pps de Peppiniello intitulé «Être femme»

Manifeste d’un père 
Apprenons aux jeunes hommes à respecter les femmes  

Par Leo Babauta (mardi 27 mai 2014)

La fusillade près de Santa Barbara vendredi soir m’a frappé le coeur de plein fouet : ma fille fréquente le campus UC Santa Barbara et habite à quelques minutes du lieu de la tragédie.

Elle est sauve, mais ébranlée. Non seulement à cause de la proximité et de la gravité de ce crime haineux… mais aussi à cause des commentaires misogynes de certains hommes qu'elle a relevés en ligne. Des hommes qui sont d'accord avec le slogan du tueur «guerre aux femmes», et qui en font leur héros.

Je trouve cela incroyable. Mais cela met en évidence un grave problème de notre société : les femmes sont chosifiées, traitées comme des jouets, traitées comme de la viande, méprisées, insultées, brutalisées, violées, et ensuite, on leur dit que c’est de leur faute. Bien sûr, tous les hommes ne font pas ça, mais il reste que presque toutes les femmes vivent un certain degré de peur et d’humiliation; et c’est horrifiant.

En tant que père de trois filles, je trouve horrifiant de penser que durant toute leur vie elles craindront d’être violées si elles marchent seules, devront repousser des avances sexuelles non désirées, et pourront être considérées comme des salopes.

Et en tant que père de jeunes garçons, c’est inquiétant de penser qu’ils pourraient avoir de tels comportements à l'égard des femmes, ou bien en voir en temps réel… Mais peut-être feront-ils partie de la solution? 

Alors aujourd’hui, j’aimerais m’adresser aux parents qui élèvent des jeunes hommes, qu’ils soient au collège, au secondaire ou au primaire. Il faut leur parler.

Enseignons-leur ce qu’est le respect envers femmes.


- Laissons-les lire les témoignages sur YesAllWomen https://twitter.com/hashtag/yesallwomen?src=hash en ce moment, et aidons-les à comprendre le point de vue des femmes qui ont été maltraitées ou violées, qui se sentent dégradées ou en danger, qui sont traitées comme des objets, qui doivent se donner sexuellement à des hommes physiquement plus forts. Laissons-les écouter ces histoires pour qu’ils puissent comprendre et ainsi manifester de l'empathie.

- Discutons-en, car si on n’en parle pas, rien ne changera.

- Soyons nous-mêmes des exemples en traitant les femmes avec respect et compassion, en tant qu’égales.

- Parlons-leur des émissions télévisées, des films et des vidéos où les femmes sont présentées comme des objets sexuels. Expliquons-leur pourquoi cela se produit, et apprenons-leur à voir les femmes en tant qu’êtres humains et non en tant qu’objets.

- Faisons-leur comprendre ce qu’est le sentiment d’impuissance quand on veut vous violer, utiliser votre corps sans votre consentement, vous traiter comme un moins que rien.

- Aidons-les à ouvrir leur coeur, comme nous essayons d'ouvrir le nôtre, à ressentir les souffrances des victimes sans les blâmer pour leurs choix ou leur façon de se vêtir.

- Parlons-leur de la manière dont nous (en tant que société) blâmons les femmes à cause de leur façon de s'habiller, des parties de leur corps qu'elles exposent, sans jamais les hommes qui font la même chose. Un gars peut se promener torse nu mais une femme n’a pas le droit de montrer ses bretelles de soutien-gorge.

- Parlons-leur de ces «impudentes salopes», et de la façon dont nous culpabilisons les femmes qui apprécient le sexe autant que les gars. J'y ai moi-même contribué dans le passé, et c’est seulement depuis quelques années que j’ai changé d’attitude.

Le changement est possible, mais il faut commencer par nous.

Faisons de ce monde un meilleur endroit pour nos filles, nos mères, nos soeurs, nos amies. En tant qu’être humain, chacun de nous mérite de se sentir respecté et en sécurité.

http://zenhabits.net/respect/

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En complément 

Motif du meurtre : manque de sexe

Par Lili Boisvert (mardi 27 mai 2014)
[Extrait]

Le week-end dernier, aux États-Unis, un jeune homme misogyne a tué six personnes. Dans des vidéos publiées sur YouTube, Elliot Rodger reprochait aux femmes attirantes de ne pas lui avoir accordé d’attention et de ne pas avoir voulu faire l’amour avec lui de son vivant. Il déclarait vouloir les punir pour cela, en les tuant pour prouver qu’il était un «mâle alpha».
(…)
Maintenant, si l’on s’attarde un peu à l’excuse du «manque de sexe» invoquée pour justifier des meurtres de masse perpétrés contre des femmes, notons une chose : la misère sexuelle – le fait d’être malheureux parce qu’on n’arrive pas à convaincre les personnes qui nous attirent de coucher avec nous –, ce n’est pas réservé aux hommes hétérosexuels. Plusieurs femmes aussi vivent cette «misère sexuelle» et n’arrivent pas à séduire les hommes qui les attirent.
(…)

Article très intéressant :
http://blogues.radio-canada.ca/originel/2014/05/27/motif-du-meurtre-manque-de-sexe/

COMMENTAIRE

Les comportements s’apprennent d’abord en famille, puis via la culture environnante – milieu scolaire, patelin, ville, pays, etc. À travers les bonnes choses qu’on peut transmettre aux jeunes se glissent des dysfonctions socioculturelles barbares. De plus, certains aspects de la socioculture Internet rend encore plus difficile d’inculquer aux jeunes le respect puisqu’ils «s’éduquent» eux-mêmes à renfort de pornographie et de violence en matière de sexualité. Même si les parents exercent un certain contrôle parental au foyer, à l’extérieur les jeunes disposent d’un accès illimité.


Cette histoire nous fait aussi penser aux adolescentes violées et pendues à un manguier en Inde, ou à cette femme du Soudan condamnée pour apostasie :  
       «Partout dans le monde, des millions de femmes de toute race sont séquestrées, exclues, chassées, persécutées, mutilées, violées, battues, torturées et exécutées du fait qu'elles sont de sexe féminin. Crime «d'honneur», crime de guerre, crime conjugal, crime de la misogynie et du patriarcat, matricide, infanticide des filles, fratricide, etc. Les violences contre les femmes et les filles (dont la violence ultime, le meurtre) sont universelles.
       Pourquoi? À cause de la haine d'individus de l'autre sexe, comme certains groupes ethniques sont victimes de la haine d'individus d'autres groupes ethniques. Pas de tous les individus de l'autre sexe, évidemment, ni de tous les individus d'autres ethnies. Dans les deux cas, on agit au nom de motifs religieux, moraux, sociaux, culturels et politiques. Au nom de la Tradition. Une tradition qu'on préserve jalousement parce qu'elle donne à la domination sa légitimité. Qu'une société laisse des individus et des groupes en détruire d'autres révèle de l'acceptation de ces génocides par celles et ceux qui se taisent. Une immense lâcheté collective. On va dire que j'exagère, je m'en doute bien. Et pourtant... il y a les faits.» (Micheline Carrier; Sisyphe 2002)

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Perceptions masculine et féminine de l’identité sexuelle :

Ma tête, mon cœur
Par Grand Corps Malade

Le corps humain est un royaume ou chaque organe veut être le roi
Il y a chez l'homme trois leaders qui essayent d'imposer leur loi
Cette lutte interne permanente est la plus grosse source d'embrouille
Elle oppose depuis toujours la tête, le cœur et les couilles



Dieu me fit femme
Par Gioconda Belli, poétesse nicaraguayenne

Et Dieu me fit femme,
avec de longs cheveux ,
les yeux, le nez
et la bouche de femme,
avec des rondeurs et des plis
et de doux creux;
de l’intérieur il me creusa,
et fit de moi
l’atelier des êtres humains.

Il tissa délicatement mes nerfs,
équilibra avec soin
le nombre de mes hormones,
composa mon sang
et me l’injecta
afin qu’il irrigue
tout mon corps.

Ainsi naquirent les idées,
les rêves et l’instinct.

Il créa le tout
à grands coups de souffle
en sculptant avec amour,
les mille et une choses
qui me font femme tous les jours,
et pour lesquelles avec orgueil,
je me lève chaque matin
et bénis mon sexe.