16 février 2015

Bienveillant ou méchant : un choix

«Être méchant oblige à s'occuper des autres, à se soucier de leurs défenses, à imaginer des vacheries. Mais être gentil, ça permet de ne toucher ni d'être touché par personne. La gentillesse est juste un confort pour être tranquille.» ~ Bernard Werber (Les Thanatonautes)

«La plus grande récompense pour un acte de bonté n’est pas ce que vous en retirez, mais ce que vous devenez en le faisant.» (Auteur inconnu) 


La bonté inclut tout
George Saunders

[Extrait de conférence] 

Ce que je regrette le plus dans ma vie ce sont mes manques de bonté. Ces moments où un être humain était là, devant moi, souffrant, et j'ai réagi... avec ma raison. Avec réserve. Avec tiédeur.

Examinons cela par l'autre bout de la lorgnette : de qui gardez-vous les meilleurs et plus chaleureux souvenirs? Je parie que ce sont les gens qui ont été les plus gentils avec vous. C’est simpliste, mais pourtant difficile à pratiquer. Cependant je dirais que, comme but dans la vie, on peut trouver pire qu’essayer d'être plus gentils.

Maintenant, la question à un million de dollars : c’est quoi notre problème, pourquoi ne sommes-nous pas plus bienveillants?

Voilà ce que je pense – chacun de nous naît avec un lot de tares intégrées, probablement darwiniennes :

1. nous sommes le centre de l'univers (c'est-à-dire, notre histoire personnelle est l’histoire la plus intéressante, en fait, c’est la seule et unique histoire);

2. nous sommes séparés de l'univers (il y a NOUS et là-bas, eux, tous les rebuts – les chiens et les balançoires, et l’État de Nebraska et la couche de nuages et, vous savez, tous les autres), et

3. nous sommes immortels (o.k., la mort est réelle, c’est certain – pour vous, mais pas pour moi).

Évidemment, nous ne croyons pas vraiment ces choses-là – du moins pas intellectuellement – mais viscéralement nous y croyons et agissons conformément à ces croyances. De sorte que nous mettons nos besoins au-dessus des besoins d'autrui, même si nous souhaitons du fond du cœur être moins égoïstes, plus conscients de ce qui se passe, plus ouverts et plus aimables.

Alors, la deuxième question à un million de dollars : comment faire, comment devenir plus aimables, plus ouverts, moins égoïstes, plus présents, moins désabusés, etc.?

Eh bien, c’est une bonne question. Malheureusement, il ne me reste que trois minutes. Alors permettez-moi de vous dire qu’il y a des façons d’y arriver. Vous le savez parce que durant votre vie, vous avez déjà été très gentil et moins gentil, et vous savez ce qui vous a motivé une attitude plutôt que l’autre. S’éduquer, pratiquer une forme d’art, prier, méditer et partager avec des amis chers sont de bons moyens – beaucoup de gens particulièrement intelligents ont réfléchi à ces mêmes questions avant nous et nous ont laissés des réponses...

Mais ce n’est pas facile  – on commence par aimer les arcs-en-ciel et les chiots, puis on finit par inclure... eh bien... tout.

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«Inclure tout»... hum, plus facile à dire qu’à faire, en effet.

Et plus facile d’aimer d’authentiques gentils que des méchants. La psycho pop nous dit que les méchants sont en réalité des êtres incapables d’aimer et par conséquent d’être aimés et que leurs actes sont une façon de manifester leur désespoir. De toute façon, l’égo n’est jamais heureux car il incapable d’éprouver une quelconque satisfaction. Nous venons de recevoir une parcelle d’amour ou d’appréciation? Deux minutes plus tard, nous voilà en ligne au buffet en quête de nouvelles bouchées. Malheureusement, au banquet de l’égo personne ne quitte rassasié...

Au sujet des amis :

«... Les stoïciens [...] promettent d'arracher de l'âme toute maladie jusqu'à la racine. Ils seraient certes des médecins tout à fait dignes de louange si seulement ils arrivaient à tenir leur promesse. Mais dans la vie humaine, où nous devons choisir nos amitiés, on ne découvre en fait personne, si tranquille et serein qu'on voudra, qui ne soit troublé, du moins parfois, par de légères perturbations et ne soit agité par les tourbillons de la passion. D'ailleurs, comme un navire équipé, il sera balloté sur la haute mer mais ne sombrera pas. Pour le navire comme pour lui, ce sera un titre de gloire remarquable. Il arrive ainsi – ce qui ne plaît pas aux stoïciens – que dans cette vie, où nous savons qu'il n'y a rien de parfait, une maladie légère et curable tienne lieu de santé. Donc, pour revenir à notre discussion, parmi cette sorte d'hommes, non pas ceux qui n'ont aucun vice, mais ceux dont les vices le cèdent aux vertus – et tu apprendras qu'ils sont eux-mêmes très rares –, fais-toi des amis par tous les moyens possibles; or il n'y a pas de meilleurs moyens pour réussir que l'imitation des moeurs et l'affinité de goût. Mais au rebours, pour les méchants, dont la multitude est innombrable, ne sois ni un ami ni un ennemi; mieux encore, ne sois même pas connu d'eux [...].»

~ Francesco Pétrarque (1304-1374)

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