12 février 2016

Série «la fête de l’amour» – 3



«Le miracle de l’amour, ce n’est pas d’aimer un homme ou une femme : c’est de s’aimer soi-même juste assez pour être capable d’aimer vraiment une autre personne.»

~ Roger Fournier, écrivain et réalisateur

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«Un homme (ou une femme) qui entre dans ta vie, c’est tout un aria et il faut que ce soit un plus. J’exige de l’authenticité. Si ce n’est pas en résonance, il n’y aura rien, pas de ‘ok d’abord’, pas de demi-mesure. À quoi bon avoir tant souffert si ça ne sert pas? Autrement dit, je rentabilise ma merde. Quand vous permettez à quelqu’un de vous aimer et vice-versa, vous êtes responsable. Tout l’entourage y gagne aussi.»

~ Dominique Bertrand, animatrice et auteur

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«Vous chérissez la liberté... Je ne crois pas qu’il faille faire de la fidélité un dogme, mais je ne crois pas qu’on puisse donner une valeur positive à la trahison. Ce qui est grave, ce n’est pas d’avoir une ou des aventures avec quelqu’un d’autre que celui ou celle qu’on aime, c’est l’acte de trahison. 
   On est dans une société qui n’a plus le moindre souci de la parole donnée. Et c’est à partir de cette idée de trahison qu’il faut discuter de la fidélité. Parce que si on accepte l’idée qu’en matière amoureuse la trahison de l’autre est permise – de même qu’en politique et en économie – on cautionne la trahison en permanence. ‘Je te regarde dans les yeux et en même temps je te trahis tout le temps.’»

~ Jean-Claude Guillebaud (La tyrannie du plaisir)


Quand même drôle celle-là!

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«Rien de moins courageux qu'un homme qui trompe sa femme.» (L'homme du lac)

«Y a-t-il quelqu'un pour condamner le meurtre d'une âme? Pouvez-vous me le dire? Comment peut-on porter plainte contre un homme parce qu'il a assassiné une âme, est-il possible de le traîner devant un juge et de le faire reconnaître coupable?» (La Femme en vert)

~ Arnaldur Indridason, auteur de romans policiers

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Tuant une mouche
j'ai blessé
une fleur

~ Kobayashi Issa, 1763-1827 (Haïku)

Si vous aimez les haïkus, voire en écrire, visitez le site HaikuNet de Philippe Costa.
À lire : la rubrique «et insolent» – trop drôle! http://www.haikunet.org/pages/01g_insolent_haiku.htm

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Parfois, prendre le mauvais train peut nous amener à la bonne gare.
Perte de repères : on ne voit plus les choses de la même manière.

What’s LIFE? A magazine.

L’humanité s’accroche (depuis des millénaires!) à des concepts très étroits de l’amour : on croit qu’il se limite à la romance sentimentale ou à l’attraction émotionnelle-sexuelle entre deux personnes ou au lien familial. L’amour continue d’être mal compris parce que la littérature, le cinéma, la publicité, les médias et la société perpétuent (et promeuvent) ces définitions réductrices de l’amour. Les gens les acceptent parce qu’ils choisissent de ne pas penser par eux-mêmes… parce qu’ils permettent aux autres de leur dicter quoi faire, penser et croire. 
   Il me semble que l’humanité devrait être assez évoluée pour s’affranchir de ces croyances puériles résultant en comportements toxiques (cruauté psychologique et physique, possessivité et jalousie, viols, crimes passionnels, infanticides, suicides...), et suffisamment mûre pour passer à une perception de l’amour inclusive.
   Dans un contexte de plus grande maturité émotionnelle, les autres ne seraient pas des proies, des objets de désir à s’approprier, mais des personnes avec lesquelles on pourrait entretenir des relations sinon profondes à tout le moins respectueuses et cordiales. Ce serait tellement plus simple! 
   L’amour, dans son vrai sens, n’est pas soumis aux croyances limitées, séparatistes ou individualistes de la conscience humaine.

(Extrait de «Ce fameux amour», 14 février 2013, L’art est dans tout)

Alors, bonne Saint-Valentin, seul(e) ou en compagnie! 

- Si le cœur vous en dit, prenez le temps d’exprimer votre amour aux êtres qui vous sont chers (j’inclus les animaux de compagnie); on oublie souvent car on prend tout pour acquis.

- Si vous n’aimez pas les fêtes «commerciales obligées», donnez-vous le droit de passer à côté sans culpabilité. On peut aimer 365 jours par année, sans conditions ni élastiques.

- Portez un chandail ou un foulard rouge (ou rose) : c’est revitalisant en cas de déprime hivernale, on oublie la grisaille.

- Et, le 15 février, le prix des fleurs, gâteaux, friandises et trouvailles thématiques peut chuter (comme notre dollar) jusqu’à 50 % – même le chocolat équitable. Patientez et profitez-en!

- Dernière suggestion 
Si vous aimez quelqu’un, le montrer est mieux que de le dire.
Si vous cessez d'aimer quelqu’un, le dire est mieux que de le montrer.

11 février 2016

Série «fête de l’amour» – 2

Ah, les «grandes amour»! 

«Un être peut se sentir seul, malgré l’amour des autres, s’il n’est le «préféré» de personne.» ~ Anne Frank

«La faim n’est pas seulement physique. Je perçois une grande faim d’amour. Vouloir être aimé est la plus grande des faims.» ~ Mère Teresa

Voilà le hic : on ne veut pas aimer, on veut être aimé...
Il est vrai qu’on ne peut pas donner ce qu’on n’a pas en soi, alors on cherche ailleurs...

D’abord un aperçu de la manière actuelle de solliciter l’amour. 
  
L’amour au temps du numérique


Cliché extrait du documentaire

J’ose croire que le documentaire «L’amour au temps du numérique» (de Sophie Lambert) n’est pas représentatif. Ce serait déprimant. La sélection des participants (trois filles, trois gars dans la vingtaine) se limite à des spécimens hantés par le fastfood sexuel, et pour qui la «relation amoureuse» semble un jeu de loto ou de roulette russe. 
   On a troqué le durable contre le jetable, comme pour tout le reste, et plusieurs sont contraints de fouiller les recycling bins. Beaucoup d’appelé(e)s et d’élu(e)s numériques. Au menu Tinder / Facebook on choisit les candidat(e)s comme un B.M.T. chez Subway – selon les photos et les ingrédients, le format selon l’appétit. Il va sans dire que la raison, ou le simple bon sens, ne fait pas partie des garnitures en extra. Les programmes scolaires devraient inclure des cours obligatoires, non pas de morale ou de religion, mais de psychologie sociale, de savoir-vivre... 
   Comme le disait crument Guy A. Lepage : «le cul avant le cœur». En effet, on a inversé la méthode de démarchage relationnel : autrefois on tombait en amour pour avoir droit au sexe, aujourd’hui on tombe dans le sexe pour avoir droit à l’amour ...peut-être, si l’on est chanceux!

Si vous avez accès à la zone :
http://zonevideo.telequebec.tv/a-z/456/l-amour-au-temps-du-numerique

On peut honnêtement se demander si les choses ont tant changé depuis Jane Austen. Ses intrigues traitaient principalement (avec humour) de la dépendance des femmes au mariage – celui-ci étant quasi la seule façon pour elles d’obtenir un quelconque statut social et la sécurité financière (1)
   Elinor : En fait j’ai connu les pires tourments d’une relation amoureuse sans connaître aucune de ses joies. Ma souffrance a été terrible. 
   Marianne : Quelle race étrange que celle des hommes. Qu’attendent-ils de nous? Peut-être ne voient-ils pas en nous des femmes, mais des jouets?
(Raison et Sentiments, 1811)

«Des grandes amours très durables, on en trouverait dans l’histoire et dans la vie. ... Il y a des femmes qui ont aimé quarante ans un mari difficile. ... L’amour partagé, il faudrait toujours juger sur quel point il l’est et à quel degré. Par exemple, est-ce que Hugo a aimé Juliette comme Juliette a aimé Hugo? Sûrement pas. Il y a peut-être eu deux ou trois ans d’un amour qui se croyait partagé, et ensuite elle a été l’humble servante du grand homme. On a l’impression qu’elle n’a jamais eu, sauf pendant un temps très court, une place de premier rang. Et cela a dû être vrai pour beaucoup de femmes. Pour les hommes, l’amour-abnégation est moins fréquent, parce que l’homme a toujours senti qu’il y avait autre chose dans l’univers et dans la vie qu’un grand amour.»
~ Marguerite Yourcenar (Les yeux ouverts)


Photo : un «remariage» pour célébrer 88 ans de vie commune!
Elle a 103 ans, et lui 101 ans. En tout cas, le pépé a l’air joyeux.
On a envie de leur inventer une histoire.

Les grandes histoires d’amour (2) baignent fréquemment dans le sirop de maïs. Longue durée n’est pas synonyme de bonheur ni de fidélité. Le couple peut avoir été marié pendant de nombreuses années, mais ce genre de chose ne devrait pas être perçu comme un symbole d'amour et de sollicitude. Tant de choses, autres que l’amour, soudent les couples. 

Deux histoires d’amour mythiques.

Wallis Simpson et Edward VIII

C'est pendant son deuxième mariage, dit-on, en 1934, que Wallis Simpson devint la maîtresse d'Édouard, prince de Galles. Deux ans plus tard celui-ci, devenu Édouard VIII, roi d'Angleterre et empereur des Indes, lui proposa le mariage. Son intention d'épouser une Américaine deux fois divorcée, dont les deux ex-maris vivaient encore, et qui traînait une réputation d'intrigante, provoqua au Royaume-Uni et dans les dominions une crise constitutionnelle qui déboucha finalement sur l'abdication du roi en décembre 1936, laissant celui-ci libre de se marier avec celle qu'il appelait «la femme que j'aime». (Wiki) 
   Nous avions ainsi l’impression qu’il s’agissait d’une grande histoire d'amour : Edward avait sacrifié le trône d'Angleterre pour l'amour d'une femme que la monarchie ne ferait jamais reine. Toutefois, selon les recherches de l’auteur Anne Sebba (That Woman: The Life of Wallis Simpson, Duchess of Windsor) l’histoire d’amour du Duc et de la Duchesse de Windsor serait un mythe. Le futur roi, un prince dépourvu de maturité morale et émotionnelle, aurait eu le coup de foudre pour une femme si envoûtante (pas pour sa beauté s’entend) qu’elle aurait réussi à le faire abdiquer. En vérité, comme il ne voulait pas être roi, ce mariage lui offrait une échappatoire. De son côté, Wallis aimait les attentions et les bijoux d’Edward, l’argent et le mode de vie, mais par-dessus tout, elle cherchait la sécurité financière. Chacun trouva son compte.



Loin de la vie en rose si l’on se fie à cette lettre de Simpson adressée à une amie : 

Une douleur sous les côtes, sous le cœur.
La lutte entre cette douleur et le cerveau pour prendre le dessus sur l’autre.
Le cerveau essaie en permanence de rationaliser, de réparer, de sauver la situation.
Et la douleur qui plante ses griffes et qui déchire comme un oiseau de proie.

Il s’est servi de moi pour s’évader de sa prison, et me voilà enfermée dans la mienne.
Mon cœur lui-même en fait les frais.

Notre vie est une succession d’événements désagréables. Cette situation n’est pas due à un ennemi, mais à quelqu’un qui m’est très proche.

Personne ne se représente comme il peut être dur de vivre la plus grande histoire d’amour de ce siècle. Et voilà que je vais devoir rester avec lui pour toujours, pour toujours et à jamais.

Vivien Leigh et Laurence Olivier


Vivien Leigh et Laurence Olivier au temps de l’amour fou et 20 ans plus tard au moment du divorce.

Des centaines d’écrits inédits ont été rendus publiques au Musée Victoria & Albert dévoilant les échanges enflammés de Vivien Leigh et Laurence Olivier. Trois-cent lettres retracent leur relation tumultueuse qui avait commencé en 1936, alors que le couple  jouait dans le film L’Invincible Armada. Laurence (alors marié à Jill Esmund) et Vivien seront obligés de cacher leur relation pendant quatre ans. 
   Les sentiments entre les deux amants sont exprimés avec fougue. Dans une lettre non datée, qu’on estime écrite en 1938, Laurence Olivier exprime à Vivien son immense désir : «Je me suis réveillé avec une rage de désir pour toi mon amour … Oh mon Dieu, je ne veux que toi.» Dans une autre tout aussi passionnée il déclare : «Si nous nous aimions seulement avec nos corps, je suppose que ce serait suffisant. Je t’aime bien plus que cela. Toute mon âme t’appartient. Tu es dans mes pensées constamment. Je n’existais pas avant de te rencontrer.» 
   En 1939, pendant que Vivien est à Los Angeles pour le tournage d’Autant en emporte le vent et que Laurence est à New York où il joue à Broadway dans Finie la comédie, ils échangent plus d’une quarantaine de lettres. 
   En 1940, ils se marient enfin en Californie, avec comme témoins Katharine Hepburn et Garson Kanin; ils divorceront vingt ans après. Vivien Leigh souffrait de tuberculose et de trouble bipolaire; ce qui a pu créer quelques remous, on peut le supposer...

Les couples hollywoodiens ont largement contribué au mythe du grand amour dont le public se délectait. Pensons à Liz Taylor & Richard Burton, Natalie Wood & James Dean, Ingrid Bergman & Roberto Rossellini, Katharine Hepburn & Spencer Tracy, Carole Lombard & Clark Gable, et ainsi de suite. La vie de couple des stars du 21e siècle défraye toujours la une des magazines pop.

Et les vendeurs de rêves font fortune...


Cartooniste : Jim Unger

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(1) Leçon d’autonomie. Les polars de la série Kinsey Millhone Mysteries, de Sue Grafton, sont remplis d’humour, parfois caustique. L’héroïne est enquêteur privé. Ses commentaires sur les stéréotypes sociaux (ça se passe en Californie), et ses descriptions détaillées des contextes sont savoureux. Kinsey apprécie hautement sa vie de célibataire après avoir été mariée/divorcée deux fois. Ce qui ne l’empêche pas d’avoir des relations amoureuses. Elle n’a pas d’enfants. Ayant perdu ses parents en bas-âge elle a été élevée par une tante. Voici le genre d’éducation qu’elle a reçue : 
   Ma tante ne s’est jamais mariée, et n'a jamais eu d'enfant. Elle m’a inculquée ses principes sur la façon de modeler le caractère féminin. Elle m’a appris le tricot et le crochet pour que je développe la patience et le souci du détail. Elle a refusé de m'apprendre à cuisiner parce qu’elle estimait que c’était trop ennuyant et que ça me ferait engraisser. Jurer autour de la maison était correct, mais je devais contrôler mon langage en compagnie des gens qui pourraient s’en offenser. L'exercice physique était important. La mode ne l'était pas. La lecture était essentielle. «Deux maladies sur trois guérissent d’elles-mêmes, disait-elle, de sorte qu’on peut généralement ignorer les médecins, sauf en cas d'accident.» Cependant, elle n'avait aucune excuse pour la mauvaise dentition, même si elle considérait que les dentistes avaient conçu les machinations les plus ridicules pour la bouche de l'homme. Fraiser et remplacer toutes vos obturations par de l'or en était une. Elle avait des préceptes similaires à la douzaine, et la plupart m’ont suivie. 
   Règle Numéro Un. D'abord et avant tout, au-dessus et au-delà de tout le reste : l'indépendance financière. Une femme ne devait jamais, jamais, jamais être financièrement dépendante de qui que ce soit, surtout d’un homme, car de la minute où vous êtes dépendante, on peut abuser de vous. Les personnes financièrement dépendantes (les jeunes, les personnes âgées, les indigents) sont inévitablement maltraitées et n'ont aucun recours. Une femme devrait toujours avoir recours. Ma tante estimait que toutes les femmes devaient développer des compétences commercialisables, et que plus elles étaient payées cher, mieux c’était. Tout objectif féminin qui n'avait pas comme but ultime une autosuffisance accrue pouvait être ignoré. «Comment attraper son homme» ne figurait même pas sur sa liste. Ne vous y trompez pas, elle aimait beaucoup les (certains) hommes, mais elle n'était pas intéressée à s’en occuper en tant que femme de ménage ou infirmière. Elle n’était la mère de personne, même pas la mienne, et refusait de se comporter comme tel. (D is for Deadbeat, p.107-108; Henry Holt Edition; 1987)

(2) Le mythe du grand amour (extrait)
«Rares sont ceux et celles qui n'ont pas cru à ce mythe au moins pendant une partie de leur vie. Il peut porter plusieurs titres : l'amour absolu, l'amour romantique, l'amour passion ou le grand amour. Les différences sont secondaires : il s'agit toujours de la recherche d'un amour absolu qui resterait constant malgré le temps et les détails du quotidien. (...) 
   Les impasses du grand amour – Principalement à cause de ces trois caractéristiques fondamentales – admiration infantile, attentes magiques, fusion illusoire – , l'adoration du «grand amour» est toujours une impasse. Le temps nécessaire pour découvrir qu'il n'y a pas d'issue peut être plus ou moins long, mais la désillusion est toujours la seule conclusion possible. Il n'est pas tellement difficile de comprendre pourquoi si on se donne la peine d'examiner la relation avec un minimum de lucidité. (...) 
   Le «grand amour» est un des chemins les plus sûrs pour conduire les deux partenaires à l'insatisfaction chronique dans leurs relations intimes. Il s'appuie sur des attentes irréalistes et impose, à la relation comme aux deux partenaires, des critères auxquels personne ne peut correspondre réellement, même à court terme. Ces relations durent habituellement peu longtemps, mais les blessures qu'elles laissent ouvertes après la rupture sont difficiles à guérir. (...) 
   Quand on commence vraiment à exister dans la relation amoureuse, avec tout ce qu'on est, fidèle à ses valeurs et respectueux de ses vrais besoins, on peut devenir une personne unique et entière en contact réel avec une autre personne autonome. Autrement dit, comme dans la résolution de tous les transferts, c'est essentiellement en assumant ouvertement nos besoins et nos émotions qu'on parvient à créer un contact véritable qui nous permet de grandir. 
   Et pour y parvenir, il faut avant tout accepter notre solitude et la responsabilité fondamentale qui en fait partie, celle de voir à notre bonheur. Chaque échec d'un «grand amour» est une occasion d'ouvrir les yeux. À nous de relever le défi d'une vie amoureuse consciente où les deux personnes peuvent vivre à leur mesure.» 
   Jean Garneau, psychologue
   Article intégral : http://www.redpsy.com/infopsy/grandamour.html 

10 février 2016

L’affaire Ghomeshi : un procès biaisé?

Un ami avocat me disait avec humour : «Pourquoi appelle-t-on ça le Droit, il n'y a rien de plus croche que le milieu juridique!»

Le point de vue de la journaliste Francine Pelletier (1) 

Dans le mille!  

Fais-moi mal, Johnny, Johnny, Johnny

Les femmes aiment se faire battre. C’est la conclusion qui semble s’imposer après la première semaine du procès Ghomeshi, l’ex-animateur radio accusé d’agressions sexuelles. Elles aiment « l’amour qui fait boum ! », comme le dit la célèbre chanson de Boris Vian — ou la non moins célèbre Baby, hit me one more time de Britney Spears, des paroles que l’accusé et une de ses victimes, Lucy DeCoutere, ont d’ailleurs chanté ensemble peu de temps après l’incident qu’elle lui reproche.

C’est vous dire comment, à ce stade-ci, tout est sens dessus dessous. Autant les divulgations concernant l’animateur vedette, à l’automne 2014, ont marqué un tournant pour ce qui est du sérieux accordé à l’agression sexuelle, autant ce procès risque de faire reculer la cause de façon spectaculaire. À force de montrer que les trois plaignantes étaient d’accord pour participer aux ébats préconisés par Ghomeshi — n’ont-elles pas toutes cherché à le revoir après les incidents malheureux ? —, on est en train de les pendre à la corde du supposé masochisme féminin, les immoler à l’autel des têtes de linottes, de la même façon dont on a longtemps discrédité les victimes de viol pour cause de supposée luxure.

Le vieux mythe voulant que les femmes soient (au fin fond d’elles-mêmes) des « bêtes sexuelles » a longtemps saboté les victimes d’agressions sexuelles. Tout procès devenait vite le leur et elles perdaient souvent leur cause par conséquent. Même si la loi interdit aujourd’hui d’utiliser la vie sexuelle des plaignantes contre elles, porter plainte demeure, on le comprend, un pensez-y-bien.

Avec le procès Ghomeshi, c’est un autre mythe, plus dangereux encore, qui prend forme. Celui de la femme « carpette » qui en redemande quand un mâle alpha lui marche dessus, doublée (une fois ce comportement publicisé) de la méchante Gorgone, comploteuse et revancharde à souhait. Il faut voir certains criminalistes secouer la tête, déclarant les plaignantes troublées et mal intentionnées (deux d’entre elles auraient échangé jusqu’à 5000courriels), déplorant leur manque de « crédibilité »et annonçant le cas de la poursuite sur le « bord de l’effondrement » pour comprendre combien ce procès est dangereux pour les femmes.

Comme l’écrivait une professeure de droit cette semaine, si la vie sexuelle des plaignantes n’est plus admissible comme preuve de complicité, pourquoi la confusion amoureuse, ou la confusion tout court, le serait-elle davantage ? Aussi bête, aussi antiféministe puisse nous paraître le comportement de ces femmes prêtes à oublier qu’elles se sont fait brutaliser pour mieux amadouer M. Cool, il n’enlève rien au fait qu’un crime semble bel et bien avoir été commis.

C’est assez troublant, c’est vrai, de constater combien l’estime de soi, pour trop de femmes encore aujourd’hui, passe par l’attention, même malveillante, d’un homme de pouvoir, plutôt que par le respect de leur propre intégrité physique. Mais il ne faudrait pas que ce manque de prise de conscience nous fasse oublier l’essentiel.

L’essentiel, c’est que Ghomeshi a un long parcours d’agressions contre les femmes qu’il fréquentait. Jetées contre un mur, assaillies de coups de poing violents à la tête, étouffées au point de ne plus respirer, ce schème de violence — où la sexualité brille par son absence, soi dit en passant — s’est répété auprès d’au moins 23 femmes au cours des 13 dernières années, dont seulement 4 ont daigné porter plainte. Comme vient de le démontrer le journaliste Jesse Brown, le premier à découvrir le pot aux roses en 2014, Ghomeshi ne se prêtait pas innocemment à ces petits huis clos. Avant de se retrouver seul avec ses victimes, il établissait une correspondance avec elles pour les mettre au parfum de son style « expérimental », ajoutant parfois, dit une femme, « qu’elle devait apprendre à tout accepter ». Avec de telles traces écrites, et les photos nues qu’il demandait parfois de ses soupirantes, s’assurant également de poursuivre la correspondance après les ébats malheureux, l’animateur vedette se protégeait en cas de poursuites. « J’ai des textos », écrit-il rageusement à une jeune femme s’étant plainte d’avoir été manipulée et violentée par lui. « Tu le VOULAIS. »

Loin de s’adonner à une « version édulcorée de Cinquante nuances de Grey », comme il le clamait initialement sur sa page Facebook, Ghomeshi savait qu’il pourrait être accusé de voies de fait et d’agressions sexuelles et, en parfait manipulateur, a savamment brouillé les empreintes du crime. C’est ÇA (si je peux à mon tour m’exprimer en majuscules), et non la soi-disant complicité des plaignantes, qui doit ressortir maintenant de ce procès.

Blogue : http://www.francinepelletierleblog.com/

(1) Journaliste depuis plus de 30 ans, Francine Pelletier a travaillé tant en français qu’en anglais, à la presse électronique qu’à la presse écrite.

9 février 2016

Série «fête de l’amour» – 1

Il s'agit de la Saint-Valentin bien entendu...

Démantèlement de réseaux de pédophiles, fugues d’adolescentes mineures séduites par de faux princes charmants (des proxénètes), traite d’humains à des fins de prostitution, et quoi encore.


À l’image du procès cul-de-sac de Jian Ghomeshi.

Il est vrai qu’il y a des femmes qui ne comprennent pas le point : agression et soumission ne sont pas synonymes d’amour.
   Résumé : l’ex-animateur de l'émission culturelle Q à la radio de CBC, Jian Ghomeshi, est accusé d'avoir vaincu la résistance de ses victimes par l'étouffement pendant des relations sexuelles à caractère BDSM. Malheureusement, la tournure du procès risque de discréditer toutes les poursuites pour brutalité sexuelle – les femmes doivent être nickel depuis le berceau. L’accusé a choisi une avocate particulièrement féroce.
   Pourquoi les avocats de la couronne n’attaquent-ils pas de front les pratiques déviantes de l’accusé? La façon dont il a sans doute utilisé son prestige pour manipuler les victimes, comme l’avait mentionné une employée (non-victime) de CBC?
   Caligula disait cyniquement à chaque fois qu’il embrassait la nuque de son épouse ou d’une concubine : «cette si jolie nuque sera tranchée dès que j’en donnerai l’ordre!»

Le rappeur québécois Koriass, de passage à Tout le monde en parle, m’a émue et bouleversée. Y’a encore de très bon gars, et brillants de surcroît! Ça me réconcilie avec l'espèce humaine.

Son dernier album : http://www.koriass.com/

Voici un de ces textes, publié sur Urbania.

Natural Born Féministe
Par Koriass



Je connais une fille qui s’est fait violer.

En fait, c’était sa première relation sexuelle, elle avait autour des 17 ans.

Le gars, lui, avait 27 ans.

Elle faisait du cirque au Club Med où elle allait en vacances avec sa famille, le gars c’était son instructeur.

Ils flirtaient un peu pendant leurs sessions, elle le trouvait de son goût, lui aussi. Un soir, il lui a donné rendez-vous dans la salle d’entrainement. Intriguée et excitée à l’idée que le garçon lui demande d’aller le voir en privé, elle est allée le rejoindre. Dès qu’elle est entrée dans le local, l’instructeur a fermé les lumières et a brusquement mis son sexe dans sa bouche. Il a ensuite descendue sa culotte et il l’a pénétrée debout, elle avait mal. Elle ne voulait pas. Elle ne disait rien.

Il a continué.

Elle subissait tout ça en silence, sans collaborer ou montrer du plaisir, elle continuait de subir par peur d’avoir l’air idiote, de le décevoir.

Quand ça s’est terminé et qu’il a ouvert la lumière, il y avait une flaque de sang par terre. Le premier réflexe de l’instructeur était de lui dire de n’en parler à personne, surtout pas à sa blonde. Pas de la réconforter ou de lui demander si ça va. Je suis le seul homme à qui elle l’a dit à ce jour. Elle est dans la mi-trentaine aujourd’hui.

Mon amie se sent encore coupable, presque 20 ans après l’évènement. Elle a encore du mal à se mettre dans la tête que ce n’est pas de sa faute, que c’était la responsabilité du gars d’être sûr qu’elle était à l’aise à 100% avant de prendre son pied. Que c’était bel et bien un viol, parce qu’il y avait un parti non-consentant. Elle se dit encore que c’est de sa faute, qu’elle n’aurait jamais dû y aller, qu’elle n’aurait jamais dû montrer de l’intérêt au départ, qu’elle l’a cherché finalement.

Je sais que je raconte l’histoire de milliers de filles en ce moment qui ont vécu ça et qui en subissent encore les effets à long terme. Et qui croient que c’est de leur faute.

Et je sais que beaucoup de gars lisent ça en se disant que mon amie a raison de dire que c’est de sa faute, parce que c’est pas du viol finalement, elle l’a cherché, qu’est-ce qu’elle faisait là si elle voulait pas baiser?

Je sais, parce que sincèrement, en entendant cette histoire il y a 5 ans, je n’étais pas sûr si c’était vraiment du viol.

D’aussi loin que je me souvenais, une femme qui se fait violer, ça court et ça crie pour sa vie, ça se fait déchirer son linge et ça se fait frapper sur la yeule avant de se faire baiser violemment contre son gré dans un parking sous-terrain après les heures de fermeture. C’est violent, dégueulasse, fait dans le noir, en vitesse, par un inconnu lugubre qui sort de nulle part.

Cette histoire m’a un peu ouvert les yeux sur ce qu’est vraiment le viol. Ça m’a poussé à sortir de la boite de mes certitudes un peu.

J’ai grandi avec Piment Fort, les jokes sur les différences homme-femme de Peter Macleod, les skits sexuels d’albums de gangsta rap, le soft porn de Bleu Nuit, le hardcore porn pas débrouillé du Canal Indigo aux postes 51 à 63 (j’avais une télé dans ma chambre, je me couchais tard), l’idée générale qu’une femme c’est à la maison et qu’un homme ça travaille, et mon oncle Richard qui m’a donné ce bon conseil de relation de couple quand j’avais 7 ans: «quand tu vas choisir ta femme, faut qu’elle soit belle et cochonne.» True story.

Étrangement, au primaire, ma meilleure amie était une fille, Jade. Au secondaire, j’aimais mieux faire rire les filles que les draguer. Ma première job? Je travaillais avec 8 filles, aucun gars. J’étais ami avec mes collègues. Ma première expérience sexuelle à 14 ans était un désastre, j’ai attendu à ma première vraie blonde pour faire l’amour, à 18 ans. C’était sa première fois aussi, c’était bien.

J’ai grandi en étant programmé pour être un esti de salaud. Pour cultiver et engendrer ce comportement de dominance face à la femme, cette position d’autorité face au sexe féminin, qui sont perpétrés dans nos valeurs de société fondamentales, ancrés dans notre mode de vie et même dans notre humour.

Mais je n’ai jamais été comme ça. Parce que je suis gai? Pantoute. Les filles, je voulais les voir nues et dans mon lit comme n’importe qui d’autre. J’aimais tirer des cheveux et taper des fesses comme n’importe quel autre jeune homme sexué qui a regardé beaucoup trop de porno. Parce que je suis trop gêné? Non plus, j’avais un tas d’amies filles, avec qui j’échangeais librement sur plein de sujets, à qui je me confiais et qui me le rendaient.

J’ai réalisé pourquoi je n’ai jamais été comme ça.

Parce que j’ai toujours vu les filles comme mes égales.

Je vois naturellement les femmes et les hommes comme étant égaux depuis mon enfance. Je fais mon coming out: je suis un Natural Born Féministe.

Je vais me faire pitcher des roches en disant que je suis féministe. Parce que le mot «féministe» aujourd’hui, c’est péjoratif. Ce qu’on voit en l’entendant c’est des femmes moches frustrées qui brûlent leur soutien-gorge ou le FEMEN qui brise des vitrines et smash des chars de la F1. Des femmes qui voient tous les hommes comme des violeurs, des salauds, des éjaculateurs chroniques.

Mais le féminisme, et je cite la définition, c’est «un ensemble de mouvements et d’idées politiques, philosophiques et sociales, qui partagent un but commun : définir, établir et atteindre l’égalité politique, économique, culturelle, personnelle, sociale et juridique entre les femmes et les hommes.»

Donc en vérité, si t’es féministe, c’est juste que tu veux que la femme soit égale à l’homme, dans toutes les sphères sociales.

Je peux alors redire sans aucune honte que je suis féministe.

Et aujourd’hui, j’ai un peu honte d’être un homme. Parce qu’un certain humoriste surnommé Le Gros Cave (ce qu’il n’est pas du tout) a fait une blague un peu maladroite sur les femmes, et que des hommes se sont manifestés, beaucoup, de façon violente et dégradante, accusant des femmes de féminisme extrémiste, d’être des salopes frustrées, parce qu’elles s’opposaient à la blague en parlant de culture du viol. Niant cette dernière, ne cherchant pas du tout à connaitre la définition exacte de cette expression devenue une joke pour plusieurs, croyant que c’est un terme utilisé pour parler de tous les hommes qui osent aborder une femme en les traitant systématiquement de violeurs.

Là est le problème. Cette absence de profondeur. Ne pas avoir envie de se forcer 2 secondes pour comprendre ce que c’est vraiment la culture du viol.

Que c’est réellement de vouloir abolir la culpabilité chez les victimes, existant à cause de l’ultime position de supériorité sexuelle de l’homme et la servitude naturellement imposée à la femme, toutes deux présentes dans les certitudes rétrogrades sur les relations homme-femme. La femme se met belle? C’est INÉVITABLEMENT pour plaire à l’homme. Elle danse de façon suggestive? Elle cherche ABSOLUMENT à se faire fourrer.

Cette illusion est créée par la façon dont la nature est faite, le mâle pénètre la femelle, il est par dessus elle, la domine pour mieux l’ensemencer, la vole aux autres mâles pour se reproduire et assurer sa propre survie. On est naturellement dominants, elles sont naturellement asservies.

Mais la différence, c’est qu’on est des humains. Des humains qui ont évolué, et qui ont des nuances EN TABARNAK comparé aux autres animaux au niveau social.

Je peux alors redire sans aucune honte que je suis féministe.

Mon amie qui s’est fait violer aussi est féministe. Elle milite dans ses actions et ses paroles en faveur du féminisme. Mais elle a encore du mal à avouer que le gars qui a profité d’elle était dans le tort. Elle croit encore que c’est de sa faute, qu’elle l’a cherché.

Et mon amie, j’en suis tombé amoureux. J’ai maintenant deux enfants avec elle.

Deux filles.

7 février 2016

La chatte de Sabine

Sabine Sicaud *, âgée de 11 ans avait concouru pour le prix du «Jasmin d'Argent» avec le poème «Le petit Cèpe» dont on doutait qu'elle en fut l'auteur. Marcel Prévost, président de la section poésie du Jasmin d'Argent invita Sabine et sa mère et incita la fillette à improviser un poème sur sa chatte Fafou. C'est à la lecture de ce poème, composé de façon impromptue que l'écrivain académicien fut persuadé du génie de la fillette. Il fut alors certain de la sincérité de Sabine qui reçut la deuxième médaille d'argent pour «Le petit Cèpe».


Photo : ipernity.com

Fafou

Chimère, dromadaire, Kangourou?
Non. Rien que cette ombre chinoise,
Fafou, sur la fenêtre, à contre-jour, Fafou,
Toute seule et pensive… Un fuchsia pavoise
L’écran vert derrière elle, et j’entends, à deux pas,
Des oiseaux qui l’ont vue et s’égosillent.

Fafou se pose en gargouille. Un œil las
Semble à peine s’ouvrir dans son profil où brille,
Cependant, quelque chose, on ne sait quoi d’aigu…
Par là, se cache un nid d’oisillons nus
Pour qui la mère tremble – Fafou songe.

Un tout petit pétale rouge, qui s’allonge,
Marque d’un trait sa gueule fine… Un bâillement.
Puis un autre… Fafou dormait innocemment.
Fafou dormait, vous dis-je! Elle s’étire,
La queue en yatagan,
Puis en cierge; le dos bombé, puis creux. Le pire,
C’est qu’elle n’a pas l’air de voir, s’égosillant,
La mère-oiseau dans l’if si proche…

Une patte en fusil, assise, la voilà
Qui se brosse, candide, et sa robe a l’éclat
D’un beau satin de vieille dame où se raccroche
La lumière du soir.
Une dame? Ou quelque vieux diable en habit noir?

Fafou, je n’aime pas ces yeux d’un autre monde,
Ces yeux de revenant… Tout à l’heure croissants,
Maintenant lunes rondes,
Pourquoi ces trous phosphorescents
Dans cette face obscure? Sur la toile
Qui se fonce, elle aussi – la toile du jardin
Où les pendants des fuchsias sont des étoiles
La robe d’un noir vif s’éteint…

Elle n’est plus qu’un badigeon d’encre ou de suie,
Un pelage sinistre! Où l’as-tu pris
Ce noir d’enseigne de chat noir lavé de pluie?

Chat noir ou lion noir? Chauve-souris,
Chouette, quoi? Je ne sais plus. Sur la fenêtre,
Une tête où l’oreille plate disparaît…
Lézard, couleuvre ou tortue? Ah! Si près,
L’oiseau même ne sait qui redouter, quel être
Fantastique et changeant va ramper cette nuit
Dans le jardin au noir mystère de caverne!

Du noir, du noir… Un point luit,
Deux points… deux vers luisants, vertes lanternes…
Fafou, je ne veux pas!
D’où reviens-tu, démon, de quel sabbat,
De quelle grotte de sorcière,
Lorsque tes yeux me font cette peur, tout à coup?

C’est l’heure des gouttières,
De la jungle! Foulant, d’un piétinement doux,
Une vendange imaginaire, sur la pierre,
Quelle arme aiguises-tu? Je ne veux pas, Fafou!
Viens sous la lampe! Un ruban rose au cou,
Un beau ruban rose de jeune fille, rose pâle,
Je te veux, comme en haut d’une carte postale,

Une petite chatte noire, voilà tout…

Poèmes d’enfant, Poitiers, Cahiers de France, 1926 
Tous droits réservés ©

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* Sabine Sicaud, née le 23 février 1913 et morte le 12 juillet 1928, est une poétesse française. Elle a vécu à Villeneuve-sur-Lot, dans la maison de ses parents, nommée La Solitude. Dès son recueil de 1926 (elle a 13 ans), Anna de Noailles est stupéfaite par l’acuité de son regard sur les êtres et les choses. De plus, la jeune poétesse manifeste une grande maturité d’écriture, autant qu’une grande culture. Les poèmes des derniers mois sont marqués par la maladie et par la souffrance. Après les chants émerveillés de l'enfance et de l'éveil au monde, est venue la souffrance, insupportable. Atteinte d'ostéomyélite, appelée aussi gangrène des os, elle écrit :
Aux médecins qui viennent me voir,
Faites-moi donc mourir, comme on est foudroyé
D'un seul coup de couteau, d'un coup de poing
Ou d'un de ces poisons de fakir, vert et or...

5 février 2016

Un beau défi : 3 jours sans smartphone


@Twittakine
Il suffit d’être privé de connexion Internet durant quelques jours pour réaliser qu’on s’y fie pour plein de choses banales qui ne requièrent pas son usage.

Mais je suppose que le smartphone a davantage le pouvoir de subjuguer. Les habitués s’en servent pour rester constamment en contact avec leurs proches, surveiller leur progéniture (elle-même équipée), compter le nombre de pas qu’ils ont fait ou le nombre calories absorbées durant la journée, trouver leur chemin par GPS – rares sont ceux qui, comme moi, traînent des cartes routières dans leur voiture... vintage la madame. Je n’éprouve aucune nostalgie du passé sauf des prix – par exemple l’essence coûtait 15 ¢ le gallon (3,8 litres) on Route 66...



Bref, c’est la journée mondiale sans téléphone portable. L'écrivain français Phil Marso invite les usagers à se priver de leurs smartphones. Limitée au 6 février lors de sa création en 2001, elle s'étend désormais du 6 au 8 février. Thème 2016 : Se déconnecter de l'insécurité! Pour cette édition, un jeu gratuit est lancé : 6 défis sans Smartphone. L'objectif est de tester son autonomie dans la vie quotidienne. http://www.mobilou.info/

Saviez-vous qu'en raison de leur obsolescence (programmée ou non...) 700 millions de téléphones intelligents sont jetés par année? Dommage de gaspiller autant d'intelligence, non?  

Essayez de vous en priver pendant 3 jours et voyez si arrivez à survivre... :-)

Test de dépendance 

Quelques symptômes d’intoxication : 

1. Vous ne pouvez pas vous endormir le soir sans avoir vérifié toutes vos applications de site d’infos.

2. La première chose que vous faites en vous réveillant est de vérifier si vous avez des SMS, nouveaux mails ou «Like moi» sur les réseaux sociaux.

3. Sans Google Maps sur votre smartphone, vous ne retrouvez plus votre chemin pour retourner chez vous.

4. Vous prenez en photo tout ce que vous mangez.

5. Vous ne pouvez plus regarder une émission télé sans partager vos impressions avec vos amis plus ou moins virtuels des réseaux.

6. Si la batterie de votre portable est déchargée, la panique s’empare de vous et vous imaginez d’abominables scénarii dans lesquels on cherche à vous joindre au plus vite, en vain.

7. Au cinéma, vous mettez votre portable en vibreur ou silencieux mais ne l’éteignez pas.

8. En week-end à la campagne, vous faites 3 fois le tour du hameau à la recherche d’au moins 2 barres de 3G, sans raison particulière, juste pour vérifier que la fin du monde n’a pas eu lieu en votre absence.

9. Vous êtes capable de rédiger un long texto la nuit, en marchant, en moins de trente secondes.

10. Vous avez cessé de prendre le métro, le réseau y est déplorable.


11. Vérifier vos textos et même y répondre en pleine conversation ne vous paraît même plus déplacé.

12. En soirée, vous passez plus de temps à vous prendre en photos avec vos amis qu’à vous amuser.

13. Vous ne pourriez pas habiter un appartement où l’on capte mal, voire pas du tout (horreur!)

14. Vous avez une application pour tout : liste de course, horoscope, carte de Tokyo (on ne sait jamais), où trouver les WC les plus proches, trouver le prénom idéal pour votre futur chat… Bref, de quoi vous assister au quotidien.

(Via : TerraFemina)

4 février 2016

Connaissez-vous Komitas?



Pièce : Grunk
Compositeur : Komitas
Violoncelle : Astrig Siranossian
Piano : Théo Fouchenneret
Claves records

De toute beauté!

Vidéo publiée par Claves records official
Lien – si jamais la vidéo disparait de mon blogue :
https://www.youtube.com/watch?v=rZsYkdiBq8g

J’ai entendu cette pièce à la radio. Ce qui m’a fait de découvrir un fascinant musicologue et compositeur d’origine arménienne. «Travail de moine» au propre et au figuré...

Quelques notes biographiques :

Komitas (Soghomon Gevorki Soghomonian), 1869-1935

«Docteur en théologie et en musicologie, Komitas est le restaurateur des modes musicaux originaux caractéristiques des rythmes de la langue liturgique arménienne que dénaturait l'harmonisation polyphonique imitée de l'Occident et encouragée par le clergé depuis le XVIIIe siècle. Il est aussi un des premiers ethnomusicologues arméniens et a collecté plus de 3000 chants de la tradition populaire, arménienne ou non. 
   Baryténor admiré de son vivant, pianiste accompli et familier de différentes sortes de bois, il est enfin un compositeur et poète au service d'une foi mystique qui rapproche le cœur de la nature. Ses concerts choraux et ses conférences pédagogiques lui ont servi à illustrer l'emploi de la technique vocale occidentale à l'interprétation de la monodie traditionnelle. Cette double œuvre, de conservateur et de créateur artistique, est à l'origine à la fois de la sauvegarde et du renouveau de la musique arménienne. Plus que la figure vénérée de la culture arménienne dont le destin personnel tourmenté se confond avec le génocide arménien, Komitas est un musicien moderne qui a su utiliser ses découvertes scientifiques pour créer une musique polymodale et polyrythmique, sans cesse explorée par des compositeurs d'avant garde. 
   Komitas adopta une démarche méthodique, dans l'observation, allant jusqu'à se cacher pour ne pas altérer l'authenticité des chansons, et dans la notation qui indiquait jusqu'à la gestuelle. Il analysa les reliquats des modes musicaux archaïques.» (1)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Komitas


Exemplaire de manuscrit du Xe siècle ponctué de khazes, cette notation neumatique qu'étudiait Komitas.

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(1) Bizarre, en lisant la biographie de Komitas, j’ai pensé immédiatement au polar de Louise Penny* : Le beau mystère (The Beautiful Mystery). J’ignore si l’histoire de ce moine fut l’étincelle de départ, mais... l’histoire tourne autour de la récupération d’un ancien manuscrit annoté de manière spécifique et incluant la gestuelle; les moines le considéraient comme le seul ouvrage authentique à l’origine du chant grégorien, aujourd’hui contrefait.

Résumé : Caché au creux d’une forêt sauvage du Québec, le monastère Saint-Gilbert-entre-les-Loups n’admet aucun étranger. Vingt-quatre moines y vivent cloîtrés. Ils cultivent des légumes, élèvent des poules, fabriquent du chocolat et prient… Ironiquement, la communauté qui a fait vœu de silence est devenue mondialement célèbre pour ses chants grégoriens, dont l’effet est si puissant qu’on le nomme «le beau mystère». L’harmonie est rompue par l’assassinat du chef de chœur et l’intrusion de l’inspecteur Gamache et de son adjoint Jean-Guy Beauvoir. Les enquêteurs cherchent l’accroc dans ces vies consacrées à l’amour de Dieu, mais cette retraite forcée les place aussi face à leurs propres failles. Pour trouver le coupable, Gamache devra d’abord contempler le divin, l’humain, et la distance qui les sépare.
Flammarion Québec; littérature policière, 2014

Un amusant clin d’œil à la compétition en milieu clérical...
Notes de lecture :
http://artdanstout.blogspot.ca/2015/04/le-cardinal-qui-swingnait.html

* Louise Penny a travaillé comme journaliste à la radio de la CBC avant de se consacrer à l’écriture. Best-sellers publiés dans vingt-cinq pays, les livres de sa série «Armand Gamache enquête» remportent tous les honneurs et se hissent en tête des palmarès des plus grands médias, y compris celui du New York Times. Elle vit dans un petit village du sud du Québec. Presque tous ses romans se déroulent à Three Pines, un village fictif de l’Estrie. http://www.louisepenny.com/index_french.htm

1 février 2016

Remplir la mémoire d’Internet aux dépens de la nôtre


Connaissez-vous par cœur les numéros de téléphones de vos meilleurs amis? Je parie que non... Pourtant, nous aurions intérêt à faire travailler notre mémoire à l’aide de diverses astuces si nécessaire. On dit que Roosevelt pouvait se souvenir du nom des gens qu’il avait rencontrés une seule fois, des mois après. Son truc : il visualisait le nom de la personne écrit sur son front juste après la brève présentation. Associer un objet à un nom est aussi une technique efficace – par exemple corréler le prénom Madeleine au gâteau du même nom. Ou à une chanson, celle de Brel en l’occurrence (Madeleine était une amie de Brel. Elle avait une fois oublié un rendez-vous avec lui. Cet oubli est à l'origine de la chanson : Ce soir, j'attends Madeleine; J'ai apporté du lilas...). Avez-vous de la difficulté à retrouver vos clefs? Quand vous les déposez dites à haute voix «mes clefs sont sur la table, ou ...»

Le fait de moins utiliser notre mémoire à cause de la technologie n’est qu’une conséquence parmi des milliers d’autres. Notamment l’incapacité de réfléchir, de prendre du recul, à cause de ce ridicule besoin de connexion/réponse instantanée, même quand il n’y a pas d’urgence. La patience a disparu mais paradoxalement, plusieurs perdent beaucoup de temps à attendre des réponses sur les réseaux sociaux ou des retours d'appels!  

En tout cas, j’ai bien hâte de voir le dernier documentaire de Verner Herzog, Lo and Behold: Reveries of the Connected World présenté au Sundance Film Festival la semaine dernière. Après avoir lu quelques commentaires de journalistes, et si je me fie à la pertinence de son documentaire sur le texting au volant (1), je suppose que rien du phénomène Internet n’a échappé au regard perçant du brillant réalisateur. Il donne la parole aux créateurs, aux adeptes et aux victimes – radiations dues au sans fil, harcèlement en ligne, dépendance aux réseaux... 
   «Les rires du début s’étouffent à mesure que le film avance. Nous apprenons qu’un couple de sud-coréens accros jouait à des jeux vidéo pendant que leur enfant était en train de mourir de faim. Ensuite, il y a cet homme qui s’est fait amputer une jambe parce qu’il était assis trop longtemps quand il est en ligne, et puis ce groupe qui évite la toile à cause des effets nocifs invisibles de la technologie. En dépit des histoires d’horreur, Lo and Behold est fondamentalement positif. ... [En bout de ligne] il rend hommage au web et à la techno pour ce que c’est – quelque chose d’à la fois ridicule et brillant.» (Lanre Bakare, The Guardian, 24 janvier 2016) 
   Notre société dépend d'Internet pour presque tout, mais nous prenons rarement le temps d’examiner son inquiétante omnipotence. Herzog décrit Internet comme «l'une des plus grandes révolutions que les humains soient en train d’expérimenter», mais il se demande également si Internet ne causera pas plus de tort que de bien – si ce n’est déjà fait. Il espère simplement nous faire prendre conscience de ce qui se passe. 
   Herzog expliquait qu’il avait développé une aversion aux réseaux sociaux et à d’autres formes de technologie. Il ne trimballe pas de cellulaire, et raconte qu’il n’a pas allumé son téléphone pendant un an complet. Il utilise un ordinateur pour les courriels et Google Maps. Définitivement pas un geek... et c’est justement le fait d’être étranger au phénomène qui lui a donné envie de l’examiner.

Citations (Herzog en conférence de presse) à prendre avec humour je suppose...

Au sujet de l’importance de Twitter et des réseaux sociaux : «Je n'ai jamais vu un seul tweet intéressant! Qu'est-ce qui vous impressionne dans 100 000 tweets, 100 000 fois des stupidités en 140 caractères?»

«L’Internet n’est pas un nuage. C’est juste des serveurs et des routeurs. C’est très facile à contrôler, et très facile à détruire. D’ailleurs, donnez-moi un bazooka, et je m’en charge.»

«L’Internet est quelque chose que les écrivains de science-fiction n'avaient pas vu venir. Les voitures qui volent et la colonisation de l'espace, oui, mais personne n'avait Internet sur son radar.»

«Mon réseau social, c’est ma table de cuisine. Ma femme et moi cuisinons pour un maximum de quatre invités car on ne tient pas à être plus de six.»



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Je ne suis pas abonnée à Twitter ni à Facebook et je n’ai pas de cellulaire. Par instinct de protection contre l’obsessionnelle disponibilité? Néanmoins, je n’éprouve aucun manque. Et puis, comme les «Like moi» ne dépendent pas de notre volonté, pourquoi s’en rendre esclave? À l’instar du cinéaste, mes réunions conviviales se limitent à quatre invités maximum, en chair et en os; cela suffit à mon bonheur. Au moins on peut se regarder dans les yeux, et lire les émotions sans l’aide d’émoticônes.

Complément

Les relations sur Internet
Par Jean Garneau, psychologue

Mes réflexions ci-dessous s'appliquent à tous les genres de relations qui sont développées à partir du réseau Internet : relations amoureuses, relations d'amitié et aux relations professionnelles.

Les relations établies par courrier électronique sont souvent très intenses. Plusieurs y trouvent avec beaucoup de satisfaction une ouverture et une authenticité qu'ils rencontrent rarement dans leurs autres relations. Pourtant, lorsque vient le moment où on veut transformer ces relations «virtuelles» en relations «face à face», l'adaptation est toujours difficile et les échecs sont fréquents.

Les contraintes de la communication par Internet

Lorsqu'une relation s'établit ou se développe à travers le réseau Internet, elle est limitée par un cadre qui lui impose des contraintes bien précises. Ces contraintes sont à la fois des avantages et des inconvénients du point de vue du développement de l'intimité. 
   Pour cet article, je vais étudier les dimensions de la communication qui s'appuient sur le courrier électronique ou ses équivalents – listes de discussion, forums de discussion, de partage, d'entraide ou de support. [...]

Les caractéristiques les plus importantes des communications par courrier électronique sont les suivantes :

- l'absence des indices non-verbaux,
- une communication asynchrone,
- l'expression écrite plus complète.
[...]

Les conséquences pour les relations

Les relations deviennent facilement très intenses
- parce qu'on s'exprime de façon plus complète, plus authentique, moins prudente, donc plus satisfaisante,
- parce qu'on invente l'autre comme on le voudrait,
- parce qu'on a l'impression d'être bien compris,
- parce qu'on n'a pas besoin d'assumer autant ce qu'on avance,
- parce qu’on laisse plus de place à l’imagination et à la fantaisie.

Les sentiments (positifs et négatifs) ont tendance à être plus forts
- parce qu'on en exprime plus et plus librement,
- parce qu'on ne voit pas l'autre réagir à notre expression,
- parce qu'on imagine les réactions de l'autre sans vérifier,
- parce qu'on perçoit moins les limites suggérées par les réactions de l'autre,
- parce qu’on invente l’autre en fonction de nos besoins et de nos peurs.

Les malentendus (positifs et négatifs) sont fréquents
- parce qu'on répond à des attaques qu'on a en grande partie imaginées, ce qui dégénère en guerres verbales enflammées («flame wars»),
- parce qu'on répond à des sentiments qu'on imagine, ce qui permet de vivre des amours romantiques qui échappent à la réalité et au quotidien,
- parce que l’autre fait ses propres constructions semi-imaginaires de son côté et que ses inventions ne correspondent pas souvent avec les nôtres.

Il est toujours difficile de transposer la relation dans la réalité «ordinaire»
- parce que la part de l'imaginaire est très large,
- parce que ce qu'on imagine de part et d'autre est différent,
- parce qu'on est plus intime (par écrit) que ce qu'on est prêt à assumer (en personne),
- parce que toutes nos vulnérabilités se retrouvent en jeu (particulièrement celles qui concernent notre image corporelle).

On finit presque toujours par vouloir se rencontrer «en personne»
- parce qu'on vit un attachement réel et important qu'on veut prolonger et étendre,
- parce qu'on éprouve le besoin d'assumer davantage ce qu'on vit et ce qu'on exprime dans le cadre de cette relation.

Il est facile d'utiliser les relations sur Internet comme compensation parce que la qualité de communication et d'expression qu'on atteint est souvent nettement supérieure à celle de notre vie quotidienne, parce que nous n'avons pas à nous assumer vraiment dans la relation virtuelle, parce que c'est la relation «personnelle» qu'on établit en premier, plutôt que celle qui s'appuie sur l'apparence ou l'attrait physique.

Article intégral : http://www.redpsy.com/infopsy/webrelations.html

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(1) À voir : «From one second to the next». 100 000 accidents par année impliquant des texteurs, et le nombre ne cesse d'augmenter. Il suffit d’une seconde pour tuer / se tuer. Les derniers mots de certains texteurs étaient «J’arrive» ou «Je t’aime», ils auraient pu attendre...
http://situationplanetaire.blogspot.ca/2013/08/le-texto-au-volant-par-werner-herzog.html