«Le miracle de l’amour, ce n’est pas d’aimer un
homme ou une femme : c’est de s’aimer soi-même juste assez pour être
capable d’aimer vraiment une autre personne.»
~
Roger Fournier, écrivain et réalisateur
~~~
«Un homme (ou une femme) qui entre dans ta vie,
c’est tout un aria et il faut que ce soit un plus. J’exige de l’authenticité.
Si ce n’est pas en résonance, il n’y aura rien, pas de ‘ok d’abord’, pas de demi-mesure. À quoi bon avoir tant souffert si
ça ne sert pas? Autrement dit, je rentabilise ma merde. Quand vous
permettez à quelqu’un de vous aimer et vice-versa, vous êtes responsable. Tout l’entourage y gagne
aussi.»
~
Dominique Bertrand, animatrice et auteur
~~~
«Vous chérissez la liberté... Je ne crois pas
qu’il faille faire de la fidélité un dogme, mais je ne crois pas qu’on puisse
donner une valeur positive à la trahison. Ce qui est grave, ce n’est pas
d’avoir une ou des aventures avec quelqu’un d’autre que celui ou celle qu’on
aime, c’est l’acte de trahison. On est
dans une société qui n’a plus le moindre souci de la parole donnée. Et c’est à
partir de cette idée de trahison qu’il faut discuter de la fidélité. Parce que
si on accepte l’idée qu’en matière amoureuse la trahison de l’autre est permise
– de même qu’en politique et en économie – on cautionne la trahison en
permanence. ‘Je te regarde dans les yeux
et en même temps je te trahis tout le temps.’»
~
Jean-Claude Guillebaud (La tyrannie du
plaisir)
Quand même drôle celle-là!
~~~
«Rien de moins courageux qu'un homme qui trompe sa
femme.» (L'homme du
lac)
«Y a-t-il quelqu'un pour condamner le meurtre
d'une âme? Pouvez-vous me le dire? Comment peut-on porter plainte contre un
homme parce qu'il a assassiné une âme, est-il possible de le traîner devant un
juge et de le faire reconnaître coupable?» (La Femme en
vert)
Parfois, prendre le
mauvais train peut nous amener à la bonne gare. Perte de repères : on ne voit plus les choses
de la même manière.
What’s
LIFE? A magazine.
L’humanité s’accroche (depuis des millénaires!) à
des concepts très étroits de l’amour : on croit qu’il se limite à la romance
sentimentale ou à l’attraction émotionnelle-sexuelle entre deux personnes ou au
lien familial. L’amour continue d’être mal compris parce que la littérature, le
cinéma, la publicité, les médias et la société perpétuent (et promeuvent) ces
définitions réductrices de l’amour. Les gens les acceptent parce qu’ils choisissent de ne pas penser par
eux-mêmes… parce qu’ils permettent aux autres de leur dicter quoi faire, penser
et croire. Il me
semble que l’humanité devrait être assez évoluée pour s’affranchir de ces
croyances puériles résultant en comportements toxiques (cruauté psychologique
et physique, possessivité et jalousie, viols, crimes passionnels, infanticides,
suicides...), et suffisamment mûre pour passer à une perception de l’amour inclusive.
Dans un
contexte de plus grande maturité émotionnelle, les autres ne seraient pas des
proies, des objets de désir à s’approprier, mais des personnes avec
lesquelles on pourrait entretenir des relations sinon profondes à tout le moins
respectueuses et cordiales. Ce serait tellement plus simple! L’amour,
dans son vrai sens, n’est pas soumis aux croyances limitées, séparatistes ou
individualistes de la conscience humaine.
(Extrait de «Ce fameux amour», 14 février 2013, L’art
est dans tout)
Alors, bonne
Saint-Valentin, seul(e) ou en compagnie!
- Si le cœur vous en dit, prenez le temps d’exprimer
votre amour aux êtres qui vous sont chers (j’inclus les animaux de compagnie); on
oublie souvent car on prend tout pour acquis.
- Si vous n’aimez pas les fêtes «commerciales obligées»,
donnez-vous le droit de passer à côté sans culpabilité. On peut aimer 365 jours
par année, sans conditions ni élastiques.
- Portez un chandail ou un foulard rouge (ou rose) :
c’est revitalisant en cas de déprime hivernale, on oublie la grisaille.
- Et, le 15 février, le prix des fleurs,
gâteaux, friandises et trouvailles thématiques
peut chuter (comme notre dollar) jusqu’à 50 % – même le chocolat équitable. Patientez
et profitez-en!
- Dernière suggestion Si vous
aimez quelqu’un, le montrer est mieux que de le dire. Si vous cessez d'aimer quelqu’un, le dire est mieux que de le montrer.
«Un être peut se sentir seul, malgré l’amour des
autres, s’il n’est le «préféré» de personne.» ~ Anne Frank
«La faim n’est pas seulement physique. Je perçois
une grande faim d’amour. Vouloir être aimé est la plus grande des faims.» ~ Mère Teresa
Voilà le hic : on ne veut pas aimer, on veut êtreaimé... Il est vrai qu’on ne peut pas donner ce qu’on n’a
pas en soi, alors on cherche ailleurs...
D’abord un aperçu de la manière actuelle de
solliciter l’amour. L’amour au
temps du numérique
Cliché extrait du documentaire
J’ose croire que le documentaire «L’amour au temps du numérique» (de
Sophie Lambert) n’est pas représentatif. Ce serait déprimant. La sélection des participants
(trois filles, trois gars dans la vingtaine) se limite à des spécimens hantés par
le fastfood sexuel, et pour qui la «relation amoureuse» semble un jeu de loto ou
de roulette russe. On a
troqué le durable contre le jetable, comme pour tout le reste, et plusieurs
sont contraints de fouiller les recycling
bins. Beaucoup d’appelé(e)s et d’élu(e)s numériques. Au menu Tinder /
Facebook on choisit les candidat(e)s comme un B.M.T. chez Subway – selon les
photos et les ingrédients, le format selon l’appétit. Il va sans dire que la
raison, ou le simple bon sens, ne fait pas partie des garnitures en extra. Les
programmes scolaires devraient inclure des cours obligatoires, non pas de
morale ou de religion, mais de psychologie sociale, de savoir-vivre... Comme le
disait crument Guy A. Lepage : «le cul avant le cœur». En effet, on a
inversé la méthode de démarchage
relationnel : autrefois on tombait en amour pour avoir droit au sexe,
aujourd’hui on tombe dans le sexe pour avoir droit à l’amour ...peut-être, si l’on
est chanceux!
On peut honnêtement se demander si les choses ont
tant changé depuis Jane Austen. Ses intrigues traitaient principalement (avec
humour) de la dépendance des femmes au mariage – celui-ci étant quasi la seule
façon pour elles d’obtenir un quelconque statut social et la sécurité
financière (1). Elinor: En fait j’ai connu les pires tourments d’une relation amoureuse sans
connaître aucune de ses joies. Ma souffrance a été terrible. Marianne: Quelle race étrange que celle des hommes. Qu’attendent-ils de nous?
Peut-être ne voient-ils pas en nous des femmes, mais des jouets? (Raison et Sentiments, 1811)
«Des grandes amours très durables, on en
trouverait dans l’histoire et dans la vie. ... Il y a des femmes qui ont aimé
quarante ans un mari difficile. ... L’amour partagé, il faudrait toujours juger
sur quel point il l’est et à quel degré. Par exemple, est-ce que Hugo a aimé
Juliette comme Juliette a aimé Hugo? Sûrement pas. Il y a peut-être eu deux ou
trois ans d’un amour qui se croyait partagé, et ensuite elle a été l’humble
servante du grand homme. On a l’impression qu’elle n’a jamais eu, sauf
pendant un temps très court, une place de premier rang. Et cela a dû être vrai
pour beaucoup de femmes. Pour les hommes, l’amour-abnégation est moins
fréquent, parce que l’homme a toujours senti qu’il y avait autre chose dans
l’univers et dans la vie qu’un grand amour.» ~ Marguerite
Yourcenar (Les yeux ouverts)
Photo : un «remariage» pour célébrer 88 ans de vie commune! Elle a 103
ans, et lui 101 ans. En tout cas, le pépé a l’air joyeux. On a envie de leur
inventer une histoire.
Les grandes histoires d’amour (2) baignent fréquemment dans le sirop de maïs. Longue durée n’est
pas synonyme de bonheur ni de fidélité. Le couple peut avoir été marié pendant de
nombreuses années, mais ce genre de chose ne devrait pas être perçu comme un
symbole d'amour et de sollicitude. Tant de choses, autres que l’amour, soudent
les couples.
Deux histoires d’amour mythiques.
Wallis
Simpson et Edward VIII
C'est pendant son deuxième mariage, dit-on, en
1934, que Wallis Simpson devint la maîtresse d'Édouard, prince de Galles. Deux
ans plus tard celui-ci, devenu Édouard VIII, roi d'Angleterre et empereur des
Indes, lui proposa le mariage. Son intention d'épouser une Américaine deux fois
divorcée, dont les deux ex-maris vivaient encore, et qui traînait une
réputation d'intrigante, provoqua au Royaume-Uni et dans les dominions une
crise constitutionnelle qui déboucha finalement sur l'abdication du roi en
décembre 1936, laissant celui-ci libre de se marier avec celle qu'il appelait
«la femme que j'aime». (Wiki) Nous
avions ainsi l’impression qu’il s’agissait d’une grande histoire d'amour :
Edward avait sacrifié le trône d'Angleterre pour l'amour d'une femme que la
monarchie ne ferait jamais reine. Toutefois, selon les recherches de l’auteur Anne
Sebba (That Woman: The Life of Wallis
Simpson, Duchess of Windsor) l’histoire d’amour du Duc et de la Duchesse de
Windsor serait un mythe. Le futur roi, un prince dépourvu de maturité morale et
émotionnelle, aurait eu le coup de foudre pour une femme si envoûtante (pas pour sa beauté s’entend)
qu’elle aurait réussi à le faire abdiquer. En vérité, comme il ne voulait pas
être roi, ce mariage lui offrait une échappatoire. De son côté, Wallis aimait les
attentions et les bijoux d’Edward, l’argent et le mode de vie, mais par-dessus
tout, elle cherchait la sécurité financière. Chacun trouva son compte.
Loin de la vie en rose si l’on se fie à cette
lettre de Simpson adressée à une amie :
Une douleur
sous les côtes, sous le cœur. La lutte
entre cette douleur et le cerveau pour prendre le dessus sur l’autre. Le cerveau
essaie en permanence de rationaliser, de réparer, de sauver la situation. Et la
douleur qui plante ses griffes et qui déchire comme un oiseau de proie. Il s’est
servi de moi pour s’évader de sa prison, et me voilà enfermée dans la mienne. Mon cœur
lui-même en fait les frais. Notre vie
est une succession d’événements désagréables. Cette situation n’est pas due à
un ennemi, mais à quelqu’un qui m’est très proche. Personne ne
se représente comme il peut être dur de vivre la plus grande histoire d’amour
de ce siècle. Et voilà que je vais devoir rester avec lui pour toujours, pour
toujours et à jamais.
Vivien
Leigh et Laurence Olivier
Vivien
Leigh et Laurence Olivier au temps de l’amour fou et 20 ans plus
tard au moment du divorce.
Des centaines d’écrits inédits ont été rendus
publiques au Musée Victoria & Albert dévoilant les échanges enflammés de
Vivien Leigh et Laurence Olivier. Trois-cent lettres retracent leur relation
tumultueuse qui avait commencé en 1936, alors que le couplejouait dans le film L’Invincible Armada. Laurence (alors marié à Jill Esmund) et Vivien
seront obligés de cacher leur relation pendant quatre ans. Les
sentiments entre les deux amants sont exprimés avec fougue. Dans une lettre non
datée, qu’on estime écrite en 1938, Laurence Olivier exprime à Vivien son
immense désir : «Je me suis réveillé avec une rage de désir pour toi mon amour
… Oh mon Dieu, je ne veux que toi.» Dans une autre tout aussi passionnée il
déclare : «Si nous nous aimions seulement avec nos corps, je suppose que ce serait
suffisant. Je t’aime bien plus que cela. Toute mon âme t’appartient. Tu es dans
mes pensées constamment. Je n’existais pas avant de te rencontrer.» En 1939,
pendant que Vivien est à Los Angeles pour le tournage d’Autant en emporte le vent et que Laurence est à New York où il joue
à Broadway dans Finie la comédie, ils
échangent plus d’une quarantaine de lettres. En 1940,
ils se marient enfin en Californie, avec comme témoins Katharine Hepburn et
Garson Kanin; ils divorceront vingt ans après. Vivien Leigh souffrait de
tuberculose et de trouble bipolaire; ce qui a pu créer quelques remous, on peut
le supposer...
Les couples hollywoodiens ont largement contribué au
mythe du grand amour dont le public se délectait. Pensons à Liz Taylor &
Richard Burton, Natalie Wood & James Dean, Ingrid Bergman & Roberto
Rossellini, Katharine Hepburn & Spencer Tracy, Carole Lombard & Clark
Gable, et ainsi de suite. La vie de couple des stars du 21e siècle
défraye toujours la une des magazines pop.
Et les vendeurs de rêves font fortune...
Cartooniste : Jim Unger
~~~
(1)Leçon d’autonomie. Les polars de la
série Kinsey Millhone Mysteries, de Sue
Grafton, sont remplis d’humour, parfois caustique. L’héroïne est enquêteur
privé. Ses commentaires sur les stéréotypes sociaux (ça se passe en Californie),
et ses descriptions détaillées des contextes sont savoureux. Kinsey apprécie
hautement sa vie de célibataire après avoir été mariée/divorcée deux fois. Ce
qui ne l’empêche pas d’avoir des relations amoureuses. Elle n’a pas d’enfants. Ayant
perdu ses parents en bas-âge elle a été élevée par une tante. Voici le genre
d’éducation qu’elle a reçue : Ma tante ne
s’est jamais mariée, et n'a jamais eu d'enfant. Elle m’a inculquée ses principes
sur la façon de modeler le caractère féminin. Elle m’a appris le tricot et le crochet
pour que je développe la patience et le souci du détail. Elle a refusé de
m'apprendre à cuisiner parce qu’elle estimait que c’était trop ennuyant et que ça
me ferait engraisser. Jurer autour de la maison était correct, mais je devais
contrôler mon langage en compagnie des gens qui pourraient s’en offenser.
L'exercice physique était important. La mode ne l'était pas. La lecture était
essentielle. «Deux maladies sur trois guérissent d’elles-mêmes, disait-elle, de
sorte qu’on peut généralement ignorer les médecins, sauf en cas d'accident.» Cependant,
elle n'avait aucune excuse pour la mauvaise dentition, même si elle considérait
que les dentistes avaient conçu les machinations les plus ridicules pour la
bouche de l'homme. Fraiser et remplacer toutes vos obturations par de l'or en
était une. Elle avait des préceptes similaires à la douzaine, et la plupart m’ont
suivie. Règle Numéro Un. D'abord et avant tout,
au-dessus et au-delà de tout le reste : l'indépendance financière. Une femme ne devait jamais, jamais,
jamais être financièrement dépendante de qui que ce soit, surtout d’un homme, car
de la minute où vous êtes dépendante, on peut abuser de vous. Les personnes financièrement
dépendantes (les jeunes, les personnes âgées, les indigents) sont
inévitablement maltraitées et n'ont aucun recours. Une femme devrait toujours avoir recours. Ma tante
estimait que toutes les femmes devaient développer des compétences
commercialisables, et que plus elles étaient payées cher, mieux c’était. Tout objectif
féminin qui n'avait pas comme but ultime une autosuffisance accrue pouvait être
ignoré. «Comment attraper son homme» ne figurait même pas sur sa liste. Ne vous
y trompez pas, elle aimait beaucoup les (certains) hommes, mais elle n'était
pas intéressée à s’en occuper en tant que femme de ménage ou infirmière. Elle n’était
la mère de personne, même pas la mienne, et refusait de se comporter comme tel.
(D is for Deadbeat, p.107-108; Henry Holt
Edition; 1987)
(2)Le mythe du grand amour (extrait) «Rares sont ceux et
celles qui n'ont pas cru à ce mythe au moins pendant une partie de leur vie. Il
peut porter plusieurs titres : l'amour absolu, l'amour romantique, l'amour
passion ou le grand amour. Les différences sont secondaires : il s'agit
toujours de la recherche d'un amour absolu qui resterait constant malgré le
temps et les détails du quotidien. (...) Les
impasses du grand amour – Principalement à
cause de ces trois caractéristiques fondamentales – admiration infantile, attentes
magiques, fusion illusoire – , l'adoration du «grand amour» est toujours une
impasse. Le temps nécessaire pour découvrir qu'il n'y a pas d'issue peut être
plus ou moins long, mais la désillusion est toujours la seule conclusion
possible. Il n'est pas tellement difficile de comprendre pourquoi si on se
donne la peine d'examiner la relation avec un minimum de lucidité. (...) Le «grand amour» est un des chemins les plus
sûrs pour conduire les deux partenaires à l'insatisfaction chronique dans leurs
relations intimes. Il s'appuie sur des attentes irréalistes et impose, à la
relation comme aux deux partenaires, des critères auxquels personne ne peut
correspondre réellement, même à court terme. Ces relations durent
habituellement peu longtemps, mais les blessures qu'elles laissent ouvertes
après la rupture sont difficiles à guérir.(...) Quand on commence vraiment à exister dans la
relation amoureuse, avec tout ce qu'on est, fidèle à ses valeurs et respectueux
de ses vrais besoins, on peut devenir une personne unique et entière en contact
réel avec une autre personne autonome. Autrement dit, comme dans la résolution
de tous les transferts, c'est essentiellement en assumant ouvertement nos
besoins et nos émotions qu'on parvient à créer un contact véritable qui nous
permet de grandir. Et pour y parvenir, il faut avant tout
accepter notre solitude et la responsabilité fondamentale qui en fait partie,
celle de voir à notre bonheur. Chaque échec d'un «grand amour» est une occasion
d'ouvrir les yeux. À nous de relever le défi d'une vie amoureuse consciente où
les deux personnes peuvent vivre à leur mesure.» Jean Garneau, psychologue Article
intégral : http://www.redpsy.com/infopsy/grandamour.html
Un ami avocat me disait avec humour : «Pourquoi appelle-t-on ça le Droit, il n'y a rien de plus croche que le milieu juridique!»
Le point de vue de la journaliste Francine
Pelletier (1)
Dans le mille!
Fais-moi
mal, Johnny, Johnny, Johnny
Les femmes aiment se faire battre. C’est la
conclusion qui semble s’imposer après la première semaine du procès Ghomeshi,
l’ex-animateur radio accusé d’agressions sexuelles. Elles aiment « l’amour qui
fait boum ! », comme le dit la célèbre chanson de Boris Vian — ou la non moins
célèbre Baby, hit me one more time de Britney Spears, des paroles que l’accusé
et une de ses victimes, Lucy DeCoutere, ont d’ailleurs chanté ensemble peu de
temps après l’incident qu’elle lui reproche.
C’est vous dire comment, à ce stade-ci, tout est
sens dessus dessous. Autant les divulgations concernant l’animateur vedette, à
l’automne 2014, ont marqué un tournant pour ce qui est du sérieux accordé à
l’agression sexuelle, autant ce procès risque de faire reculer la cause de façon
spectaculaire. À force de montrer que les trois plaignantes étaient d’accord
pour participer aux ébats préconisés par Ghomeshi — n’ont-elles pas toutes
cherché à le revoir après les incidents malheureux ? —, on est en train de les
pendre à la corde du supposé masochisme féminin, les immoler à l’autel des
têtes de linottes, de la même façon dont on a longtemps discrédité les victimes
de viol pour cause de supposée luxure.
Le vieux mythe voulant que les femmes soient (au
fin fond d’elles-mêmes) des « bêtes sexuelles » a longtemps saboté les victimes
d’agressions sexuelles. Tout procès devenait vite le leur et elles perdaient
souvent leur cause par conséquent. Même si la loi interdit aujourd’hui
d’utiliser la vie sexuelle des plaignantes contre elles, porter plainte
demeure, on le comprend, un pensez-y-bien.
Avec le procès Ghomeshi, c’est un autre mythe,
plus dangereux encore, qui prend forme. Celui de la femme « carpette » qui en
redemande quand un mâle alpha lui marche dessus, doublée (une fois ce comportement
publicisé) de la méchante Gorgone, comploteuse et revancharde à souhait. Il
faut voir certains criminalistes secouer la tête, déclarant les plaignantes
troublées et mal intentionnées (deux d’entre elles auraient échangé jusqu’à
5000courriels), déplorant leur manque de « crédibilité »et annonçant le cas de
la poursuite sur le « bord de l’effondrement » pour comprendre combien ce
procès est dangereux pour les femmes.
Comme l’écrivait une professeure de droit cette
semaine, si la vie sexuelle des plaignantes n’est plus admissible comme preuve
de complicité, pourquoi la confusion amoureuse, ou la confusion tout court, le
serait-elle davantage ? Aussi bête, aussi antiféministe puisse nous paraître le
comportement de ces femmes prêtes à oublier qu’elles se sont fait brutaliser
pour mieux amadouer M. Cool, il n’enlève rien au fait qu’un crime semble bel et
bien avoir été commis.
C’est assez troublant, c’est vrai, de constater
combien l’estime de soi, pour trop de femmes encore aujourd’hui, passe par
l’attention, même malveillante, d’un homme de pouvoir, plutôt que par le
respect de leur propre intégrité physique. Mais il ne faudrait pas que ce
manque de prise de conscience nous fasse oublier l’essentiel.
L’essentiel, c’est que Ghomeshi a un long parcours
d’agressions contre les femmes qu’il fréquentait. Jetées contre un mur,
assaillies de coups de poing violents à la tête, étouffées au point de ne plus
respirer, ce schème de violence — où la sexualité brille par son absence, soi
dit en passant — s’est répété auprès d’au moins 23 femmes au cours des 13
dernières années, dont seulement 4 ont daigné porter plainte. Comme vient de le
démontrer le journaliste Jesse Brown, le premier à découvrir le pot aux roses
en 2014, Ghomeshi ne se prêtait pas innocemment à ces petits huis clos. Avant
de se retrouver seul avec ses victimes, il établissait une correspondance avec
elles pour les mettre au parfum de son style « expérimental », ajoutant
parfois, dit une femme, « qu’elle devait apprendre à tout accepter ». Avec de telles
traces écrites, et les photos nues qu’il demandait parfois de ses soupirantes,
s’assurant également de poursuivre la correspondance après les ébats
malheureux, l’animateur vedette se protégeait en cas de poursuites. « J’ai des
textos », écrit-il rageusement à une jeune femme s’étant plainte d’avoir été
manipulée et violentée par lui. « Tu le VOULAIS. »
Loin de s’adonner à une « version édulcorée de
Cinquante nuances de Grey », comme il le clamait initialement sur sa page
Facebook, Ghomeshi savait qu’il pourrait être accusé de voies de fait et
d’agressions sexuelles et, en parfait manipulateur, a savamment brouillé les
empreintes du crime. C’est ÇA (si je peux à mon tour m’exprimer en majuscules),
et non la soi-disant complicité des plaignantes, qui doit ressortir maintenant
de ce procès.
Démantèlement de réseaux de pédophiles, fugues
d’adolescentes mineures séduites par de faux princes charmants (des
proxénètes), traite d’humains à des fins de prostitution, et quoi encore.
À l’image du procès cul-de-sac de Jian Ghomeshi.
Il est
vrai qu’il y a des femmes qui ne comprennent pas le point : agression et soumission
ne sont pas synonymes d’amour. Résumé : l’ex-animateur de l'émission culturelle Q à la radio de CBC, Jian Ghomeshi, est accusé
d'avoir vaincu la résistance de ses victimes par l'étouffement pendant des
relations sexuelles à caractère BDSM. Malheureusement, la tournure du
procès risque de discréditer toutes les poursuites pour brutalité sexuelle –
les femmes doivent être nickel depuis le berceau. L’accusé a choisi une avocate particulièrement
féroce. Pourquoi les avocats de la couronne n’attaquent-ils pas de front les
pratiques déviantes de l’accusé? La façon dont il a sans doute
utilisé son prestige pour manipuler les victimes, comme l’avait mentionné une
employée (non-victime) de CBC? Caligula disait cyniquement à chaque fois qu’il
embrassait la nuque de son épouse ou d’une concubine : «cette si jolie nuque sera
tranchée dès que j’en donnerai l’ordre!»
Le rappeur québécois Koriass, de passage à Tout le monde en parle, m’a émue et bouleversée.
Y’a encore de très bon gars, et brillants de surcroît! Ça me réconcilie avec
l'espèce humaine.
En fait, c’était sa première relation sexuelle,
elle avait autour des 17 ans.
Le gars, lui, avait 27 ans.
Elle faisait du cirque au Club Med où elle allait
en vacances avec sa famille, le gars c’était son instructeur.
Ils flirtaient un peu pendant leurs sessions, elle
le trouvait de son goût, lui aussi. Un soir, il lui a donné rendez-vous dans la
salle d’entrainement. Intriguée et excitée à l’idée que le garçon lui demande
d’aller le voir en privé, elle est allée le rejoindre. Dès qu’elle est entrée
dans le local, l’instructeur a fermé les lumières et a brusquement mis son sexe
dans sa bouche. Il a ensuite descendue sa culotte et il l’a pénétrée debout,
elle avait mal. Elle ne voulait pas. Elle ne disait rien.
Il a continué.
Elle
subissait tout ça en silence, sans collaborer ou montrer du plaisir, elle
continuait de subir par peur d’avoir l’air idiote, de le décevoir.
Quand
ça s’est terminé et qu’il a ouvert la lumière, il y avait une flaque de sang
par terre. Le premier réflexe de l’instructeur était de lui dire de n’en parler
à personne, surtout pas à sa blonde. Pas de la réconforter ou de lui demander
si ça va. Je suis le seul homme à qui elle l’a dit à ce jour. Elle est dans la
mi-trentaine aujourd’hui.
Mon
amie se sent encore coupable, presque 20 ans après l’évènement. Elle a encore
du mal à se mettre dans la tête que ce n’est pas de sa faute, que c’était la
responsabilité du gars d’être sûr qu’elle était à l’aise à 100% avant de
prendre son pied. Que c’était bel et bien un viol, parce qu’il y avait un parti
non-consentant. Elle se dit encore que c’est de sa faute, qu’elle n’aurait
jamais dû y aller, qu’elle n’aurait jamais dû montrer de l’intérêt au départ,
qu’elle l’a cherché finalement.
Je sais
que je raconte l’histoire de milliers de filles en ce moment qui ont vécu ça et
qui en subissent encore les effets à long terme. Et qui croient que c’est de
leur faute.
Et je
sais que beaucoup de gars lisent ça en se disant que mon amie a raison de dire
que c’est de sa faute, parce que c’est pas du viol finalement, elle l’a
cherché, qu’est-ce qu’elle faisait là si elle voulait pas baiser?
Je
sais, parce que sincèrement, en entendant cette histoire il y a 5 ans, je
n’étais pas sûr si c’était vraiment du viol.
D’aussi
loin que je me souvenais, une femme qui se fait violer, ça court et ça crie
pour sa vie, ça se fait déchirer son linge et ça se fait frapper sur la yeule
avant de se faire baiser violemment contre son gré dans un parking sous-terrain
après les heures de fermeture. C’est violent, dégueulasse, fait dans le noir,
en vitesse, par un inconnu lugubre qui sort de nulle part.
Cette
histoire m’a un peu ouvert les yeux sur ce qu’est vraiment le viol. Ça m’a
poussé à sortir de la boite de mes certitudes un peu.
J’ai
grandi avec Piment Fort, les jokes sur les différences homme-femme de Peter
Macleod, les skits sexuels d’albums de gangsta rap, le soft porn de Bleu Nuit,
le hardcore porn pas débrouillé du Canal Indigo aux postes 51 à 63 (j’avais une
télé dans ma chambre, je me couchais tard), l’idée générale qu’une femme c’est
à la maison et qu’un homme ça travaille, et mon oncle Richard qui m’a donné ce
bon conseil de relation de couple quand j’avais 7 ans: «quand tu vas choisir ta
femme, faut qu’elle soit belle et cochonne.» True story.
Étrangement,
au primaire, ma meilleure amie était une fille, Jade. Au secondaire, j’aimais
mieux faire rire les filles que les draguer. Ma première job? Je travaillais
avec 8 filles, aucun gars. J’étais ami avec mes collègues. Ma première
expérience sexuelle à 14 ans était un désastre, j’ai attendu à ma première
vraie blonde pour faire l’amour, à 18 ans. C’était sa première fois aussi,
c’était bien.
J’ai
grandi en étant programmé pour être un esti de salaud. Pour cultiver et
engendrer ce comportement de dominance face à la femme, cette position
d’autorité face au sexe féminin, qui sont perpétrés dans nos valeurs de société
fondamentales, ancrés dans notre mode de vie et même dans notre humour.
Mais je
n’ai jamais été comme ça. Parce que je suis gai? Pantoute. Les filles, je
voulais les voir nues et dans mon lit comme n’importe qui d’autre. J’aimais
tirer des cheveux et taper des fesses comme n’importe quel autre jeune homme
sexué qui a regardé beaucoup trop de porno. Parce que je suis trop gêné? Non
plus, j’avais un tas d’amies filles, avec qui j’échangeais librement sur plein
de sujets, à qui je me confiais et qui me le rendaient.
J’ai
réalisé pourquoi je n’ai jamais été comme ça.
Parce
que j’ai toujours vu les filles comme mes égales.
Je vois
naturellement les femmes et les hommes comme étant égaux depuis mon enfance. Je
fais mon coming out: je suis un Natural Born Féministe.
Je vais
me faire pitcher des roches en disant que je suis féministe. Parce que le mot
«féministe» aujourd’hui, c’est péjoratif. Ce qu’on voit en l’entendant c’est
des femmes moches frustrées qui brûlent leur soutien-gorge ou le FEMEN qui
brise des vitrines et smash des chars de la F1. Des femmes qui voient tous les
hommes comme des violeurs, des salauds, des éjaculateurs chroniques.
Mais le
féminisme, et je cite la définition, c’est «un ensemble de mouvements et
d’idées politiques, philosophiques et sociales, qui partagent un but commun :
définir, établir et atteindre l’égalité politique, économique, culturelle,
personnelle, sociale et juridique entre les femmes et les hommes.»
Donc en
vérité, si t’es féministe, c’est juste que tu veux que la femme soit égale à
l’homme, dans toutes les sphères sociales.
Je peux
alors redire sans aucune honte que je suis féministe.
Et
aujourd’hui, j’ai un peu honte d’être un homme. Parce qu’un certain humoriste
surnommé Le Gros Cave (ce qu’il n’est pas du tout) a fait une blague un peu
maladroite sur les femmes, et que des hommes se sont manifestés, beaucoup, de
façon violente et dégradante, accusant des femmes de féminisme extrémiste,
d’être des salopes frustrées, parce qu’elles s’opposaient à la blague en
parlant de culture du viol. Niant cette dernière, ne cherchant pas du tout à
connaitre la définition exacte de cette expression devenue une joke pour
plusieurs, croyant que c’est un terme utilisé pour parler de tous les hommes
qui osent aborder une femme en les traitant systématiquement de violeurs.
Là est
le problème. Cette absence de profondeur. Ne pas avoir envie de se forcer 2
secondes pour comprendre ce que c’est vraiment la culture du viol.
Que
c’est réellement de vouloir abolir la culpabilité chez les victimes, existant à
cause de l’ultime position de supériorité sexuelle de l’homme et la servitude
naturellement imposée à la femme, toutes deux présentes dans les certitudes
rétrogrades sur les relations homme-femme. La femme se met belle? C’est
INÉVITABLEMENT pour plaire à l’homme. Elle danse de façon suggestive? Elle
cherche ABSOLUMENT à se faire fourrer.
Cette
illusion est créée par la façon dont la nature est faite, le mâle pénètre la
femelle, il est par dessus elle, la domine pour mieux l’ensemencer, la vole aux
autres mâles pour se reproduire et assurer sa propre survie. On est
naturellement dominants, elles sont naturellement asservies.
Mais la
différence, c’est qu’on est des humains. Des humains qui ont évolué, et qui ont
des nuances EN TABARNAK comparé aux autres animaux au niveau social.
Je peux
alors redire sans aucune honte que je suis féministe.
Mon
amie qui s’est fait violer aussi est féministe. Elle milite dans ses actions et
ses paroles en faveur du féminisme. Mais elle a encore du mal à avouer que le
gars qui a profité d’elle était dans le tort. Elle croit encore que c’est de sa
faute, qu’elle l’a cherché.
Et mon
amie, j’en suis tombé amoureux. J’ai maintenant deux enfants avec elle.
Sabine
Sicaud *, âgée de 11 ans avait concouru pour le prix du «Jasmin d'Argent» avec
le poème «Le petit Cèpe» dont on doutait qu'elle en fut l'auteur. Marcel
Prévost, président de la section poésie du Jasmin d'Argent invita Sabine et sa
mère et incita la fillette à improviser un poème sur sa chatte Fafou. C'est à
la lecture de ce poème, composé de façon impromptue que l'écrivain académicien
fut persuadé du génie de la fillette. Il fut alors certain de la sincérité de
Sabine qui reçut la deuxième médaille d'argent pour «Le petit Cèpe».
Photo : ipernity.com Fafou
Chimère,
dromadaire, Kangourou? Non.
Rien que cette ombre chinoise, Fafou,
sur la fenêtre, à contre-jour, Fafou, Toute
seule et pensive… Un fuchsia pavoise L’écran
vert derrière elle, et j’entends, à deux pas, Des
oiseaux qui l’ont vue et s’égosillent.
Fafou
se pose en gargouille. Un œil las Semble
à peine s’ouvrir dans son profil où brille, Cependant,
quelque chose, on ne sait quoi d’aigu… Par là,
se cache un nid d’oisillons nus Pour
qui la mère tremble – Fafou songe.
Un tout
petit pétale rouge, qui s’allonge, Marque
d’un trait sa gueule fine… Un bâillement. Puis un
autre… Fafou dormait innocemment. Fafou
dormait, vous dis-je! Elle s’étire, La
queue en yatagan, Puis en
cierge; le dos bombé, puis creux. Le pire, C’est
qu’elle n’a pas l’air de voir, s’égosillant, La
mère-oiseau dans l’if si proche…
Une
patte en fusil, assise, la voilà Qui se
brosse, candide, et sa robe a l’éclat D’un
beau satin de vieille dame où se raccroche La
lumière du soir. Une
dame? Ou quelque vieux diable en habit noir?
Fafou,
je n’aime pas ces yeux d’un autre monde, Ces
yeux de revenant… Tout à l’heure croissants, Maintenant
lunes rondes, Pourquoi
ces trous phosphorescents Dans
cette face obscure? Sur la toile Qui se
fonce, elle aussi – la toile du jardin Où les
pendants des fuchsias sont des étoiles La robe
d’un noir vif s’éteint…
Elle
n’est plus qu’un badigeon d’encre ou de suie, Un
pelage sinistre! Où l’as-tu pris Ce noir
d’enseigne de chat noir lavé de pluie?
Chat
noir ou lion noir? Chauve-souris, Chouette,
quoi? Je ne sais plus. Sur la fenêtre, Une
tête où l’oreille plate disparaît… Lézard,
couleuvre ou tortue? Ah! Si près, L’oiseau
même ne sait qui redouter, quel être Fantastique
et changeant va ramper cette nuit Dans le
jardin au noir mystère de caverne!
Du
noir, du noir… Un point luit, Deux
points… deux vers luisants, vertes lanternes… Fafou,
je ne veux pas! D’où
reviens-tu, démon, de quel sabbat, De
quelle grotte de sorcière, Lorsque
tes yeux me font cette peur, tout à coup?
C’est
l’heure des gouttières, De la
jungle! Foulant, d’un piétinement doux, Une
vendange imaginaire, sur la pierre, Quelle
arme aiguises-tu? Je ne veux pas, Fafou! Viens
sous la lampe! Un ruban rose au cou, Un beau
ruban rose de jeune fille, rose pâle, Je te
veux, comme en haut d’une carte postale,
--- * Sabine Sicaud, née le 23 février 1913 et morte le 12
juillet 1928, est une poétesse française. Elle a vécu à Villeneuve-sur-Lot,
dans la maison de ses parents, nommée La Solitude. Dès son recueil de 1926
(elle a 13 ans), Anna de Noailles est stupéfaite par l’acuité de son regard sur
les êtres et les choses. De plus, la jeune poétesse manifeste une grande
maturité d’écriture, autant qu’une grande culture. Les poèmes des derniers mois
sont marqués par la maladie et par la souffrance. Après les chants émerveillés
de l'enfance et de l'éveil au monde, est venue la souffrance, insupportable.
Atteinte d'ostéomyélite, appelée aussi gangrène des os, elle écrit : Aux médecins qui viennent me voir, Faites-moi donc mourir, comme on est foudroyé D'un seul coup de couteau, d'un coup de poing Ou d'un de ces poisons de fakir, vert et or...
@Twittakine Il suffit d’être privé de connexion Internet durant
quelques jours pour réaliser qu’on s’y fie pour plein de choses banales qui ne requièrent pas son usage.
Mais je suppose que le smartphone a davantage le
pouvoir de subjuguer. Les habitués s’en servent pour rester constamment en
contact avec leurs proches, surveiller leur progéniture (elle-même équipée), compter
le nombre de pas qu’ils ont fait ou le nombre calories absorbées durant la
journée, trouver leur chemin par GPS – rares sont ceux qui, comme moi, traînent des
cartes routières dans leur voiture... vintage la madame. Je n’éprouve aucune
nostalgie du passé sauf des prix – par exemple l’essence coûtait 15 ¢ le gallon (3,8 litres) on Route 66...
Bref, c’est la journée mondiale sans téléphone portable. L'écrivain français Phil
Marso invite les usagers à se priver de leurs smartphones. Limitée au 6 février
lors de sa création en 2001, elle s'étend désormais du 6 au 8 février. Thème
2016 : Se déconnecter de l'insécurité! Pour
cette édition, un jeu gratuit est lancé : 6 défis sans Smartphone. L'objectif
est de tester son autonomie dans la vie quotidienne. http://www.mobilou.info/
Saviez-vous qu'en raison de leur obsolescence (programmée ou non...) 700 millions de téléphones intelligents sont jetés par année? Dommage de gaspiller autant d'intelligence, non?
Essayez de vous en priver pendant 3 jours et voyez si arrivez à
survivre... :-)
Test de dépendance
Quelques symptômes d’intoxication :
1. Vous ne pouvez pas vous endormir le soir sans
avoir vérifié toutes vos applications de site d’infos.
2. La première chose que vous faites en vous
réveillant est de vérifier si vous avez des SMS, nouveaux mails ou «Like moi»
sur les réseaux sociaux.
3. Sans Google Maps sur votre smartphone, vous ne
retrouvez plus votre chemin pour retourner chez vous.
4. Vous prenez en photo tout ce que vous mangez.
5. Vous ne pouvez plus regarder une émission télésans partager vos impressions avec vos
amis plus ou moins virtuels des réseaux.
6. Si la batterie de votre portable est déchargée,
la panique s’empare de vous et vous imaginez d’abominables scénarii dans
lesquels on cherche à vous joindre au plus vite, en vain.
7. Au cinéma, vous mettez votre portable en
vibreur ou silencieux mais ne l’éteignez pas.
8. En week-end à la campagne, vous faites 3 fois
le tour du hameau à la recherche d’au moins 2 barres de 3G, sans raison
particulière, juste pour vérifier que la fin du monde n’a pas eu lieu en votre
absence.
9. Vous êtes capable de rédiger un long texto la
nuit, en marchant, en moins de trente secondes.
10. Vous avez cessé de prendre le métro, le réseau
y est déplorable.
11. Vérifier vos textos et même y répondre en
pleine conversation ne vous paraît même plus déplacé.
12. En soirée, vous passez plus de temps à vous
prendre en photos avec vos amis qu’à vous amuser.
13. Vous ne pourriez pas habiter un appartement où
l’on capte mal, voire pas du tout (horreur!)
14. Vous avez une application pour tout : liste de
course, horoscope, carte de Tokyo (on ne sait jamais), où trouver les WC les
plus proches, trouver le prénom idéal pour votre futur chat… Bref, de quoi vous
assister au quotidien.
J’ai entendu cette pièce à la radio. Ce qui m’a fait
de découvrir un fascinant musicologue et compositeur d’origine arménienne. «Travail
de moine» au propre et au figuré...
Quelques notes biographiques :
Komitas (Soghomon Gevorki Soghomonian),
1869-1935
«Docteur en théologie et en musicologie, Komitas
est le restaurateur des modes musicaux originaux caractéristiques des rythmes
de la langue liturgique arménienne que dénaturait l'harmonisation polyphonique
imitée de l'Occident et encouragée par le clergé depuis le XVIIIe siècle. Il
est aussi un des premiers ethnomusicologues arméniens et a collecté plus de 3000
chants de la tradition populaire, arménienne ou non. Baryténor
admiré de son vivant, pianiste accompli et familier de différentes sortes de
bois, il est enfin un compositeur et poète au service d'une foi mystique qui
rapproche le cœur de la nature. Ses concerts choraux et ses conférences
pédagogiques lui ont servi à illustrer l'emploi de la technique vocale
occidentale à l'interprétation de la monodie traditionnelle. Cette double
œuvre, de conservateur et de créateur artistique, est à l'origine à la fois de
la sauvegarde et du renouveau de la musique arménienne. Plus que la figure
vénérée de la culture arménienne dont le destin personnel tourmenté se confond avec
le génocide arménien, Komitas est un musicien moderne qui a su utiliser ses
découvertes scientifiques pour créer une musique polymodale et polyrythmique,
sans cesse explorée par des compositeurs d'avant garde. Komitas adopta une démarche méthodique,
dans l'observation, allant jusqu'à se cacher pour ne pas altérer l'authenticité
des chansons, et dans la notation qui indiquait jusqu'à la gestuelle. Il
analysa les reliquats des modes musicaux archaïques.» (1)
Exemplaire de manuscrit du Xe siècle ponctué de
khazes, cette notation neumatique qu'étudiait Komitas.
--- (1) Bizarre, en lisant la biographie de Komitas,
j’ai pensé immédiatement au polar de Louise Penny* : Le beau mystère (The
Beautiful Mystery). J’ignore si l’histoire de ce moine fut l’étincelle de
départ, mais... l’histoire tourne autour de la récupération d’un ancien manuscrit
annoté de manière spécifique et incluant
la gestuelle; les moines le considéraient comme le seul ouvrage authentique
à l’origine du chant grégorien, aujourd’hui contrefait.
Résumé :
Caché au creux d’une forêt sauvage du Québec, le
monastère Saint-Gilbert-entre-les-Loups n’admet aucun étranger. Vingt-quatre
moines y vivent cloîtrés. Ils cultivent des légumes, élèvent des poules,
fabriquent du chocolat et prient… Ironiquement, la communauté qui a fait vœu de
silence est devenue mondialement célèbre pour ses chants grégoriens, dont
l’effet est si puissant qu’on le nomme «le beau mystère». L’harmonie est rompue
par l’assassinat du chef de chœur et l’intrusion de l’inspecteur Gamache et de
son adjoint Jean-Guy Beauvoir. Les enquêteurs cherchent l’accroc dans ces vies
consacrées à l’amour de Dieu, mais cette retraite forcée les place aussi face à
leurs propres failles. Pour trouver le coupable, Gamache devra d’abord
contempler le divin, l’humain, et la distance qui les sépare. Flammarion Québec; littérature policière, 2014
* Louise
Penny a travaillé comme journaliste à la radio de la CBC avant de se
consacrer à l’écriture. Best-sellers publiés dans vingt-cinq pays, les livres
de sa série «Armand Gamache enquête» remportent tous les honneurs et se hissent
en tête des palmarès des plus grands médias, y compris celui du New York Times.
Elle vit dans un petit village du sud du Québec. Presque tous ses romans se
déroulent à Three Pines, un village fictif
de l’Estrie. http://www.louisepenny.com/index_french.htm
Connaissez-vous par cœur les numéros de téléphones
de vos meilleurs amis? Je parie que non... Pourtant, nous aurions intérêt à
faire travailler notre mémoire à l’aide de diverses astuces si nécessaire. On
dit que Roosevelt pouvait se souvenir du nom des gens qu’il avait rencontrés une
seule fois, des mois après. Son truc : il visualisait le nom de la
personne écrit sur son front juste après la brève présentation. Associer un objet à un nom est aussi une technique
efficace – par exemple corréler le prénom Madeleine au gâteau du même nom. Ou à
une chanson, celle de Brel en
l’occurrence (Madeleine était une amie de Brel. Elle avait une fois oublié un
rendez-vous avec lui. Cet oubli est à l'origine de la chanson : Ce soir, j'attends Madeleine; J'ai apporté du
lilas...). Avez-vous de la difficulté à retrouver vos clefs? Quand vous les
déposez dites à haute voix «mes clefs sont sur la table, ou ...»
Le fait de moins utiliser notre mémoire à cause de
la technologie n’est qu’une conséquence parmi des milliers d’autres. Notamment
l’incapacité de réfléchir, de prendre du recul, à cause de ce ridicule besoin
de connexion/réponse instantanée, même quand il n’y a pas d’urgence. La
patience a disparu mais paradoxalement, plusieurs perdent beaucoup de temps à
attendre des réponses sur les réseaux sociaux ou des retours d'appels!
En tout cas, j’ai bien hâte de voir le dernier
documentaire de Verner Herzog, Lo
and Behold: Reveries of the Connected World présenté au Sundance Film
Festival la semaine dernière. Après avoir lu quelques commentaires de
journalistes, et si je me fie à la pertinence de son documentaire sur le
texting au volant (1), je suppose que rien du phénomène Internet n’a échappé au
regard perçant du brillant réalisateur. Il donne la parole aux créateurs, aux adeptes
et aux victimes – radiations dues au sans fil, harcèlement en ligne, dépendance
aux réseaux... «Les
rires du début s’étouffent à mesure que le film avance. Nous apprenons qu’un
couple de sud-coréens accros jouait à des jeux vidéo pendant que leur enfant
était en train de mourir de faim. Ensuite, il y a cet homme qui s’est fait
amputer une jambe parce qu’il était assis trop longtemps quand il est en ligne,
et puis ce groupe qui évite la toile à cause des effets nocifs invisibles de la
technologie. En dépit des histoires d’horreur, Lo and Behold est fondamentalement positif. ... [En bout de ligne] il rend hommage au web et à la techno
pour ce que c’est – quelque chose d’à la fois ridicule et brillant.» (Lanre
Bakare, The Guardian, 24 janvier
2016) Notre
société dépend d'Internet pour presque tout, mais nous prenons rarement le
temps d’examiner son inquiétante omnipotence. Herzog décrit Internet comme «l'une
des plus grandes révolutions que les humains soient en train d’expérimenter», mais
il se demande également si Internet ne causera pas plus de tort que de bien –
si ce n’est déjà fait. Il espère simplement nous faire prendre conscience de ce
qui se passe. Herzog
expliquait qu’il avait développé une aversion aux réseaux sociaux et à d’autres
formes de technologie. Il ne trimballe pas de cellulaire, et raconte qu’il n’a
pas allumé son téléphone pendant un an complet. Il utilise un ordinateur pour
les courriels et Google Maps. Définitivement pas un geek... et c’est justement le
fait d’être étranger au phénomène qui lui a donné envie de l’examiner.
Citations (Herzog en conférence de presse) à prendre avec humour je suppose...
Au sujet de
l’importance de Twitter et des réseaux sociaux : «Je n'ai jamais vu un
seul tweet intéressant! Qu'est-ce qui vous impressionne dans 100 000 tweets,
100 000 fois des stupidités en 140 caractères?»
«L’Internet
n’est pas un nuage. C’est juste des serveurs et des routeurs. C’est très facile
à contrôler, et très facile à détruire. D’ailleurs, donnez-moi un bazooka, et
je m’en charge.»
«L’Internet est quelque chose que les écrivains de
science-fiction n'avaient pas vu venir. Les voitures qui volent et la
colonisation de l'espace, oui, mais personne n'avait Internet sur son radar.»
«Mon
réseau social, c’est ma table de cuisine. Ma femme et moi cuisinons pour
un maximum de quatre invités car on ne tient pas à être plus de six.»
~~~ Je ne suis pas abonnée à Twitter ni à Facebook et je
n’ai pas de cellulaire. Par instinct de protection contre l’obsessionnelle
disponibilité? Néanmoins, je n’éprouve aucun manque. Et puis, comme les «Like
moi» ne dépendent pas de notre volonté, pourquoi s’en rendre esclave? À
l’instar du cinéaste, mes réunions conviviales se limitent à
quatre invités maximum, en chair et en os; cela suffit à mon bonheur. Au moins on peut se regarder
dans les yeux, et lire les émotions
sans l’aide d’émoticônes.
Complément
Les
relations sur Internet Par Jean Garneau, psychologue
Mes réflexions ci-dessous s'appliquent à tous les
genres de relations qui sont développées à partir du réseau Internet :
relations amoureuses, relations d'amitié et aux relations professionnelles.
Les
relations établies par courrier électronique sont souvent très intenses.
Plusieurs y trouvent avec beaucoup de satisfaction une ouverture et une
authenticité qu'ils rencontrent rarement dans leurs autres relations. Pourtant,
lorsque vient le moment où on veut transformer ces relations «virtuelles» en
relations «face à face», l'adaptation est toujours difficile et les échecs sont
fréquents.
Les
contraintes de la communication par Internet
Lorsqu'une relation s'établit ou se développe à
travers le réseau Internet, elle est limitée par un cadre qui lui impose des
contraintes bien précises. Ces contraintes sont à la fois des avantages et des
inconvénients du point de vue du développement de l'intimité. Pour cet
article, je vais étudier les dimensions de la communication qui s'appuient sur
le courrier électronique ou ses équivalents – listes de discussion, forums de
discussion, de partage, d'entraide ou de support. [...]
Les
caractéristiques les plus importantes des communications par courrier
électronique sont les suivantes :
- l'absence des indices non-verbaux, - une communication asynchrone, - l'expression écrite plus complète. [...]
Les
conséquences pour les relations
Les
relations deviennent facilement très intenses - parce qu'on s'exprime de façon plus complète,
plus authentique, moins prudente, donc plus satisfaisante, - parce qu'on invente l'autre comme on le
voudrait, - parce qu'on a l'impression d'être bien compris, - parce qu'on n'a pas besoin d'assumer autant ce
qu'on avance, - parce qu’on laisse plus de place à l’imagination
et à la fantaisie.
Les sentiments
(positifs et négatifs) ont tendance à être plus forts - parce qu'on en exprime plus et plus librement, - parce qu'on ne voit pas l'autre réagir à notre
expression, - parce qu'on imagine les réactions de l'autre
sans vérifier, - parce qu'on perçoit moins les limites suggérées
par les réactions de l'autre, - parce qu’on invente l’autre en fonction de nos
besoins et de nos peurs.
Les
malentendus (positifs et négatifs) sont fréquents - parce qu'on répond à des attaques qu'on a en
grande partie imaginées, ce qui dégénère en guerres verbales enflammées («flame
wars»), - parce qu'on répond à des sentiments qu'on
imagine, ce qui permet de vivre des amours romantiques qui échappent à la
réalité et au quotidien, - parce que l’autre fait ses propres constructions
semi-imaginaires de son côté et que ses inventions ne correspondent pas souvent
avec les nôtres.
Il est
toujours difficile de transposer la relation dans la réalité «ordinaire» - parce que la part de l'imaginaire est très large,
- parce que ce qu'on imagine de part et d'autre
est différent, - parce qu'on est plus intime (par écrit) que ce
qu'on est prêt à assumer (en personne), - parce que toutes nos vulnérabilités se
retrouvent en jeu (particulièrement celles qui concernent notre image
corporelle).
On finit
presque toujours par vouloir se rencontrer «en personne» - parce qu'on vit un attachement réel et important
qu'on veut prolonger et étendre, - parce qu'on éprouve le besoin d'assumer
davantage ce qu'on vit et ce qu'on exprime dans le cadre de cette relation.
Il est facile d'utiliser les relations sur
Internet comme compensation parce que la qualité de communication et
d'expression qu'on atteint est souvent nettement supérieure à celle de notre
vie quotidienne, parce que nous n'avons pas à nous assumer vraiment dans la
relation virtuelle, parce que c'est la relation «personnelle» qu'on établit en
premier, plutôt que celle qui s'appuie sur l'apparence ou l'attrait physique.
--- (1)
À voir : «From one second to the next».
100 000 accidents par année impliquant des
texteurs, et le nombre ne cesse d'augmenter. Il suffit d’une seconde pour tuer /
se tuer. Les derniers mots de certains texteurs étaient «J’arrive» ou «Je
t’aime», ils auraient pu attendre... http://situationplanetaire.blogspot.ca/2013/08/le-texto-au-volant-par-werner-herzog.html