16 novembre 2015

Quand le monde n'a plus de sens

Donnons lui un nouveau sens...  

Ce que les psychopathes et extrémistes religieux veulent nous faire croire au sujet de la vie

Linda Esposito * (Psychology Today, 14/11/2015)

La semaine dernière, j'ai posté une vidéo de 15 secondes sur Instagram concernant un principe psychologique que les thérapeutes enseignent à leurs clients : «Si vous pensez que le monde est en soi un endroit sécuritaire où la plupart des gens sont de bonne volonté, vous pouvez alors faire confiance aux autres et, plus important encore, vous faire confiance, de sorte que si des problèmes surviennent, vous vous sentez capable de les résoudre. Vous avez foi en la vie.»

Je ne me souviens pas si j'ai appris cela au collège, ou de mon mentor clinique – peu importe. L’important c'est l’impact de notre vision du monde sur notre santé mentale.

Bien sûr, la vie ne se résumera jamais à une leçon de «thérapie» de 15 secondes, et rien n’est plus complexe que le comportement humain.

Alors, que se passe-t-il quand nos esprits sont submergés et nos coeurs remplis de chagrin à la suite du tragique massacre à Paris, et de tous les autres actes abominables qui se produisent à l'échelle mondiale?

Des humains sans humanité

Le terrorisme n'est pas seulement un problème, c’est un cancer métastasé aux stéroïdes qui menace de nous entraîner dans une vitriolique escalade de haine, d'inhumanité et d'anéantissement. Le pire c’est que personne ne sait comment l’isoler, le guérir ou le détruire. L'État Islamique (EI) revendique la responsabilité des attentats du 13 novembre à Paris. Mais qu’est-ce que l'État Islamique, et que veut-il?

«Nous pouvons constater que cet État a comme principe de rejeter la paix; qu'il a faim de génocide; que ses opinions religieuses rendent constitutionnellement impossibles certains types de changement, même si ce changement pouvait assurer sa survie; et qu’il se considère comme le messager – et le leader principal – de l’imminente fin du monde.» (Graeme Wood)

Quand il n'y a pas de mots

Être témoins de gestes aussi horribles contre des personnes innocentes nous amène souvent à penser que le monde est dangereux, que la vie est imprévisible, et donc, que nous n'avons pas le contrôle de notre survie. Toutefois, ce mode de penser catastrophiste (même en lien avec la catastrophe) génère des émotions intenses et des peurs irréalistes.

Cas à l’appui : en réaction à la terreur de l’attentat à Paris, un internaute qui a lu mon message sur Instagram m'a envoyée un article en me demandant ce que je pensais maintenant d’un ‘monde intrinsèquement sécuritaire’ :
«J’ai inclus une liste d'activités pour lesquelles les islamistes imposent la peine de mort. Comment pouvez-vous avoir foi en l'humanité, puisqu’on peut vous tuer pour des activités normales pratiquées partout dans le monde? Du journal The Atlantic :
  - Aller en vacances en Égypte
  - Magasiner à Nairobi
  - Se rendre au travail à New York
  - Prendre l’avion aux États-Unis
  - Voyager en train à Madrid
  - Prendre l’autobus à Londres
  - Assister à un mariage à Amman
  - Monter la garde devant un monument commémoratif canadien
  - Prier dans une mosquée non approuvée
  - Être juif
  - Visiter un night-club à Bali
  - Aller à l'école en Russie
  - Aller à l'école à Peshawar
  - Publier des caricatures
  - Être un journaliste du Wall Street Journal au Pakistan
  - Pratiquer la liberté d’expression au Bangladesh
  - Être un ingénieur français au Pakistan
  - Travailler dans une banque à Istanbul
  - Conduire un traversier aux Philippines
  - Boire un café à Mumbai
  - Produire un film critiquant le traitement des femmes dans l'Islam
  - Publier des bibles en Turquie
  - Dormir à l’hôtel à Islamabad
  - Se trouver à proximité d'une station de recrutement militaire à Little Rock
  - Prier dans une église en Égypte
  - Acheter des cadeaux de Noël en Suède
  - Acheter du poisson au Nigéria
  - Faire un pèlerinage en Iraq
  - Être au Marathon de Boston
  - Être une jeune chrétienne au Nigéria
  - Se faire bronzer en Tunisie
  - Être journaliste

Garder confiance

Je n'ai pas de réponses quant à la manière de réagir à cette inexplicable tragédie. Surtout pas avec des platitudes telles que «pardonnez mais n'oubliez pas» ou des images Instagram patriotiques pour apaiser la psyché ou donner un sens à des meurtres brutaux. Je ne suis pas responsable de la santé mentale des autres, uniquement de la mienne. Certains actes sont impardonnables. Mais le ressentiment n'est pas la solution non plus. Le ressentiment, la peur et les réactions fatalistes sont toxiques, elles s’autogérèrent et créent plus de ténèbres et de désespoir – ce sont ces émotions extrêmes que les psychopathes et les fanatiques religieux veulent justement implanter.

Lorsque nous ne voyons rien d’autre que du noir, il est essentiel de croire à la deuxième partie de la leçon de «thérapie» : la grande majorité des gens sur la planète est de bonne volonté.

* Linda Esposito, LCSW, est psychothérapeute à Los Angeles, CA, depuis 1999.
 
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Le psychologue Eric Haseltine, suggère que la «riposte impitoyable» préconisée par le président François Hollande et ses alliés, n’est pas la solution, même si elle est compréhensible et naturelle.

Selon lui, les frappes militaires intempestives ne peuvent pas résoudre le problème. Ni contribuer aux efforts de «dé-radicalisation». Pas plus que les efforts diplomatiques des gouvernements étrangers ne peuvent gagner «les cœurs et les esprits» des populations sunnites qui soutiennent l’État Islamique (EI). On a essayé ces approches, qui n’ont réussi que partiellement. Leur succès mitigé vient du fait qu’on se concentre sur «eux» (terroristes) et très peu sur «nous» (victimes ou potentielles victimes d’actes terroristes).

Un des objectifs de l’EI avec les attentats de Paris était de polariser les non-musulmans contre les musulmans. La montée de colère crée les deux choses que désire l’EI : provoquer des frappes militaires contre les pays musulmans, augmenter le ressentiment et la partialité des Occidentaux envers les musulmans, de sorte que l’aliénation de la jeunesse islamique dans les pays occidentaux grandira. En conséquence les populations des pays musulmans se braqueront et appuieront davantage l’EI.

(...)

Ainsi, les messages que nous envoyons aux enfants – consciemment ou non – influenceront la façon dont leur cerveau triera automatiquement les «bons» et les «méchants». Si les attaques à Paris augmentent le nombre d'enfants qui – en vertu des attitudes de leurs parents – placent en permanence les musulmans dans la catégorie «mauvaises personnes», l’EI aura gagné la manche.

Nous pouvons résister au réflexe naturel d'exiger uniquement des frappes militaires auprès des gouvernements. Une opération militaire peut être nécessaire, mais nous devrions être conscients de ses limites et de son prix terrible en souffrances humaines et en répercussions sur «les coeurs et les esprits».

Une solution plus équilibrée serait d'agir à l'extérieur (p. ex., action militaire, diplomatie, etc.) et à l'intérieur (tempérer nos attitudes conscientes et inconscientes).

Nous devons garder un oeil sur l’EI et un oeil dans le miroir.

Article intégral : Terrorism in Paris: New Neuroscience Tells Us How to Respond; Controlling ourselves is as important as controlling ISIS; Eric Haseltine Ph.D.

https://www.psychologytoday.com/blog/long-fuse-big-bang/201511/terrorism-in-paris-new-neuroscience-tells-us-how-respond 

14 novembre 2015

«Un goût amer en nous»

D’habitude, quand j’ai les bleus je regarde des vidéos de chats et de chiens et je me porte mieux. Mais là, je suis tellement bouleversée et choquée que ça ne pourrait pas m’apaiser. C’est trop énorme, trop absurde, trop ignoble. Je tiens à offrir toute mon empathie à nos amis français.

Photo : Eric Zamora 

Évidemment

Y a comme un goût amer en nous,
Comme un goût de poussière dans tout
Et la colère qui nous suit partout.

Y a des silences qui disent beaucoup
Plus que tous les mots qu'on avoue
Et toutes ces questions qui ne tiennent pas debout.

Évidemment, évidemment,
On danse encore
Sur les accords
Qu'on aimait tant.

Évidemment, évidemment
On rit encore
Pour les bêtises,
Comme des enfants,
Mais pas comme avant.

Et ces batailles dont on se fout,
C'est comme une fatigue, un dégoût;
À quoi ça sert de courir partout?
On garde cette blessure en nous
Comme une éclaboussure de boue
Qui ne change rien, qui change tout.

Évidemment, évidemment,
On rit encore
Pour les bêtises,
Comme des enfants,
Mais pas comme avant,
Pas comme avant.

~ France Gall

«Les choses se passent dans la vie comme au jeu d'échecs : nous combinons un plan; mais celui-ci reste subordonné à ce qu'il plaira de faire, dans la partie d'échecs à l'adversaire, dans la vie au sort. Les modifications que notre plan subit à la suite sont, le plus souvent, si considérables que c'est à peine si dans l'exécution il est encore reconnaissable à quelques traits fondamentaux.»
~ Arthur Schopenhauer (1788-1860) 

Un baume musical de mon thérapeute JS Bach (je sais, ça ne console pas mais ça peut calmer un peu la colère) 

Concerto en ré mineur BWV974 - Adagio d'après Marcello.
Violoncelle : Élise Robineau


12 novembre 2015

Tous athées à la naissance

Au départ, nous naissons tous athées, pas vrai? Par conséquent, ce sont les parents et les milieux socioculturels qui fabriquent diverses sortes de «croyants» : chrétiens, bouddhistes, musulmans, juifs, etc. Mais nous avons toutefois la possibilité de changer en vieillissant, pour le meilleur ou le pire. 

Qu’enseignent la plupart des religions? Le jugement. Jugement égale condamnation et punition. La foi religieuse soulève des montagnes, oui ... des montagnes de conflits. Vénérer un Dieu partial et vindicatif cautionne la violence du croyant.  

Les résultats de recherche ci-dessous n’ont rien de surprenant.

(Via The Guardian) The moment of truth. No pressure, kid.
Photograph: Allen Donikowski/Getty Images/Flickr RM

Les enfants religieux sont plus mesquins que les enfants non religieux
Harriet Sherwood
(The Guardian,  06/11/2015)

Selon une nouvelle étude, les enfants des familles religieuses sont moins bienveillants que ceux des familles non religieuses. La foi religieuse semble avoir une influence négative sur l'altruisme et le jugement moral des enfants, bien que leurs parents les considèrent comme «plus empathiques».

Des chercheurs de sept universités à travers le monde ont testé des enfants chrétiens, musulmans et non religieux pour évaluer la relation entre religion et morale. 
     «L’ensemble de nos constatations ... contredisent la croyance populaire que les enfants des ménages religieux sont plus altruistes et bienveillants envers les autres», déclarent les auteurs de The Negative Association Between Religiousness and Children’s Altruism Across the World, publié dans Current Biology
     «De façon plus générale, ces constatations incitent à se demander si la religion est indispensable au développement moral, et à soutenir l’idée que la sécularisation du discours moral ne diminue pas la bienveillance chez l’humain – en fait, c’est tout le contraire.» 
     Près de 1200 enfants de 5 à 12 ans, des États-Unis, du Canada, de la Chine, de la Jordanie, de la Turquie et de l'Afrique du Sud ont participé à l'étude. Près de 24 % étaient chrétiens, 43 % des musulmans et 27,6 % des non religieux. La proportion de juifs, de bouddhistes, d’hindouistes, d’agnostiques et autres, étaient trop minime pour être statistiquement valide.
     On a invité les enfants à choisir des autocollants, puis on leur a dit qu'il n’y en avait pas assez pour tous les enfants de l’école afin de voir s’ils partageraient. On leur a également montré des vidéos où les enfants se chamaillaient afin de jauger leurs réactions.

Oh! pas l'air de bonne humeur le p'tit gars.

Les résultats «ont démontré sans équivoque que les enfants des familles affiliées aux deux plus grandes religions (le christianisme et l'islam) étaient moins altruistes que ceux des familles non religieuses». Les enfants plus âgés, ceux qui avaient été exposés plus longtemps à leur religion, «présentaient les comportements relationnels les plus négatifs». 
     L'étude a également révélé que «la religiosité accentuait la tendances à condamner et à vouloir punir les actes des autres enfants». 
     Les enfants musulmans jugeaient les interactions agressives plus sévèrement que les enfants chrétiens; les enfants non religieux étaient les moins portés à condamner. Les enfants musulmans exigeaient des punitions plus sévères que les chrétiens ou les non religieux. 
     En même temps, le rapport indiquait que les parents religieux sont plus enclins que les autres à considérer leurs enfants «plus empathiques et sensibles à la détresse d'autrui».
     Le rapport précise que 5,8 milliards de personnes, soit 84 % de la population mondiale, se disent religieuses. «Même si généralement l’on présume que la religion forge le jugement moral et le comportement pro-social des gens, le rapport entre la religion et la morale reste un aspect des plus litigieux.» 
     Néanmoins, ce rapport est bienvenu comme «antidote à la présomption que la religion soit une condition préalable au sens moral», déclare Keith Porteus Wood de la UK National Secular Society. «Il serait intéressant de voir de plus amples recherches dans ce domaine, mais nous espérons que ce rapport contribuera d'une certaine manière à démolir l'idée que l'éthique religieuse est intrinsèquement supérieure à la l’éthique laïque. Nous supposons que les gens, de toutes les confessions et d’aucune confession, partagent des principes éthiques similaires dans leur vie quotidienne, néanmoins ils peuvent les exprimer différemment selon leur vision du monde.» 
     Selon le Pew Research Center qui étudie les attitudes et les pratiques religieuses, la plupart des gens dans le monde pensent qu'il est nécessaire de croire en Dieu pour être pourvu de sens moral. Aux États-Unis, 53 % des adultes pensent que la foi en Dieu est indispensable à la morale, une donnée qui au Moyen-Orient a grimpé de 7 adultes à 10, et dans six pays africains le trois quarts des adultes le pensent.

Source :
http://www.theguardian.com/world/2015/nov/06/religious-children-less-altruistic-secular-kids-study

Dans cette veine je vous suggère : Sommes-nous racistes?

Cet article est au sujet du travail colossal de l’éducatrice Jane Elliott pour déplanter le racisme (inclut deux vidéos).
     En 1968, elle commença par une expérience avec des élèves de troisième année. Le documentaire, Blue eyes, Brown eyes, montre comme il est facile d’amener des enfants à se mépriser en leur inculquant des valeurs subjectives de supériorité et d’infériorité basées, aux fins de l’expérience, sur la couleur des yeux. La métaphore voulait démontrer que le racisme et la ségrégation résultent en effet de fausses affirmations (croyances) présentées et acceptées comme des vérités absolues.
     Étant malléables, les enfants n’ont aucune difficulté à gober les «croyances» des parents et des éducateurs. Et, si les jeunes n’apprennent pas à penser par eux-mêmes, garanti qu’une fois adultes ils perpétueront d’insensées croyances de masse.
http://artdanstout.blogspot.ca/2013/07/sommes-nous-racistes.html

Des à-côtés :

Les croyants moins intelligents que les athées?
Philippe Mercure (La Presse, 16/08/2013) 

Les découvertes scientifiques font parfois l'effet de petites bombes, et celle-ci risque de détonner fort. Selon une étude publiée récemment dans la revue Personality and Social Psychology Review, les gens religieux sont en moyenne moins intelligents que les athées. 
     Ces conclusions, loin d'être lancées en l'air, découlent d'une vaste analyse de 63 études menées sur le sujet entre 1928 et 2012. Les chercheurs Miron Zuckerman et Jordan Silberman, de l'Université Rochester (New York), et Judith Hall, de la Northeastern University (Boston), concluent qu'il existe une différence significative entre l'intelligence analytique des croyants et celle des non-croyants. 
     «La question est délicate, a admis à La Presse Miron Zuckerman. Mais nous n'avons fait que suivre les données. Il n'y a aucun jugement de valeur sur la religion ou les gens religieux dans cet article, qui mentionne d'ailleurs plusieurs facettes positives de la religion.» [...]

Article intégral :
http://artdanstout.blogspot.ca/2013/08/les-athees-plus-intelligents-que-les.html

Les athées sont-ils insensibles?

Je n’ai rencontré aucun parangon de vertu de ma vie, ni croyant ni athée. Nous faisons de notre mieux avec le bagage acquis – cet amalgame d’expériences, de connaissances, de conditionnements, d’apprentissages, d’intuitions, etcetera. 
     Athéisme et foi religieuse soulèvent encore bien des polémiques, et j’ai succombé plusieurs fois à la tentation d’en parler dans mes autres blogs. J’y reviens avec cet article de Sam Harris car je trouve la sagesse de cette mise au point fort pertinente en ce moment. Si seulement on pouvait croire et laisser croire, vivre et laisser vivre. [...]

Article intégral :
10 mythes – et 10 vérités – sur l’athéisme 
http://artdanstout.blogspot.ca/2012/07/les-athees-sont-ils-insensibles.html

Aussi : libellé «Religions» (Situation Planétaire) 

8 novembre 2015

«J’aime» ou «j'aime bien»

Il n’existe pas d’équivalent français pour like (intensité inférieure à love); on dit donc «ça me plaît» ou «j’aime bien» pour faire la distinction – toujours plus de mots français...

Liking Is for Cowards. Go for What Hurts.
Par Jonathan Franzen

Quand j’étais au collège j’aimais bien le monde naturel. Je ne l’aimais pas, mais je l’aimais bien, assurément. La nature peut être très belle. Comme je recherchais ce qui allait mal dans le monde, je me suis naturellement tourné vers l’écologie, parce qu’il y avait plein de choses qui clochaient en environnement. Et plus je regardais ce qui clochait – la croissance démographique galopante, l’explosion de la consommation des ressources, le réchauffement climatique, le saccage des océans, la destruction de nos dernières anciennes forêts – plus j’enrageais.

Finalement, au milieu des années 90, j’ai décidé d’arrêter de m’en faire au sujet de l’environnement. Personnellement, je ne pouvais rien faire de valable pour sauver la planète, et je voulais consacrer mon temps à des choses que j’aime. [...]


Mais alors, quelque chose d’étrange est arrivé. C’est une longue histoire, mais en résumé, je suis tombé en amour avec les oiseaux. Non sans résistance car être ornithologue amateur ce n’est pas cool, parce que, par définition, tout ce qui trahit une vraie passion ce n’est pas cool. Mais peu à peu, malgré moi, j’ai développé cette passion. Cinquante pourcent de la passion c’est de l’obsession, mais l’autre moitié c’est de l’amour.

Alors, oui, je gardais une liste méticuleuse des oiseaux que j’avais vus, et, oui, je parcourais de grandes distances pour observer de nouvelles espèces. Mais, non moins important, à chaque fois que je regardais un oiseau, n’importe quel oiseau, même un pigeon ou un moineau, je sentais mon cœur déborder d’amour. [...]

Et c’est alors qu’un curieux paradoxe a émergé. Ma colère, ma souffrance et mon désespoir à propos de la planète ont augmenté avec mon intérêt pour les oiseaux. Cependant, en m’impliquant dans un organisme de conservation et en étudiant les nombreuses menaces auxquelles les oiseaux font face, étonnamment, il devint plus facile de vivre avec ma colère, mon désespoir et ma souffrance.

Comment se faisait-il? Je pense que mon amour des oiseaux a ouvert un portail vers un aspect de moi important, moins égocentrique, dont j’ignorais l’existence. Au lieu de continuer à vivre en citoyen du monde, à aimer et détester, et à reporter indéfiniment mon engagement, j’ai été obligé d’affronter ce «moi» que je devais soit accepter ou carrément rejeter.

Voilà ce que l’amour peut faire. Nous vivons pendant un certain temps et nous mourons tôt ou tard, et cette vérité fondamentale est la véritable cause de notre colère, de notre souffrance et de notre désespoir. Et vous pouvez soit nier ce fait ou bien, à travers l’amour, l’accueillir.

Quand on reste dans sa chambre à rager ou ricaner ou hausser les épaules, come je l’ai fait durant des années, les problèmes mondiaux deviennent excessivement décourageants. Quand vous sortez et rencontrez de vrais humains, ou de vrais animaux, vous courez le grave danger d’en aimer certains parmi eux.

Et qui sait ce qui pourrait vous arriver?

Via http://www.awakin.org

Je comprends sa passion pour les oiseaux, une fois qu'on a été "ensorcelé", c'est pour la vie. Ça m'arrive à tous les jours de me dire la même chose : "À chaque fois que je regardais un oiseau je sentais mon cœur déborder d’amour". Et c'est vrai qu'être ornitho amateur c'est pas du tout "glamour", oh que non. C'est à peu près autant ridiculisé qu'être végétarien. Encore une fois, je crois que c'est parce que les gens ne prennent pas le temps de s'arrêter pour découvrir leur beauté et leur incroyable utilité dans la nature. Et même s'ils étaient inutiles, le fait qu'ils embellissent notre environnement visuel est en soi plus qu'utile...

4 novembre 2015

«Qui-es-tu-tu-tu?» demande la mésange

Photo : mésange à tête noire, Musée canadien de la nature 

«Le mot identité vient du latin idem, qui signifie ‘le même’. L’identité renvoie à ce qui demeure le même, à ce qui est stable et permanent à travers les changements et les vicissitudes de la vie d’une personne. 
   À la suite du vide créé par le lâcher prise [des pertes et deuils], la question ‘qui suis-je?’ émerge et se fait de plus en plus pressante. Dans la période d’entre-deux ou de ‘marge’, on voit poindre une crise d’identité; on ne peut plus se définir par ses relations, son travail, sa fonction, son statut social, ses richesses, sa réputation, etc. Dépouillé de ses attributs extérieurs, on est seul avec soi pour découvrir qui on est. »
   ~ Jean Monbourquette

L’aiglon qui se croyait une poule

Un promeneur en montagne découvrit un nid
d’aigle abandonné où il trouva un œuf. Il le prit
avec délicatesse et le confia à un fermier,
dans l’espoir de le faire couver par une poule.

Peu de temps après, naquit un aiglon parmi une
couvée de poussins. La poule en prit soin et
l’éleva comme le reste de ses rejetons.
Un jour, il vit un aigle planer dans le ciel.
Il dit tout haut : «Quand je serai grand,
je volerai comme cet oiseau.» Il s’attira
le ridicule des autres poussins qui déclarèrent :
«Tu es une poule comme nous!» Tout honteux,
l’aiglon continua de se comporter comme
une poule et de picorer des grains.

Voyant grandir l’aiglon, le fermier voulut
le faire voler. Le prenant dans ses mains,
il le lança dans les airs. Mais l’aiglon,
convaincu qu’il ne pouvait pas voler, n’ouvrit pas
les ailes. Il atterrit maladroitement sur le sol,
provoquant un fou rire général.

Un peu plus tard, le fermier fit un second essai.
Cette fois, il monta sur le toit de la grange avec
l’aiglon et il le lança dans le vide en disant :
«Vole, tu es un aigle!» Timidement, l’oiseau
ouvrit les ailes et se mit à planer au-dessus de la
basse-cour avant de s’envoler vers la montagne.

(À chacun sa mission; JEAN MONBOURQUETTE, Novalis 1999; p. 103-104)

Photographe : Claude Renaud (promeneur solitaire, Ponts des Arts 1963) 

Citaquote du jour :

«Bientôt Maurice est parti, mais il n’est pas retourné chez ses amis de Boston, il a abandonné ses études et est devenu un voyageur infatigable : il a parcouru plus de terre que le vent. À son âge personne ne meurt d’un cœur brisé. Maurice n’a besoin que de temps pour s’épuiser. À force de marcher de par le monde il se consolera peu à peu et un jour, lorsqu’il sera capable de faire un pas de plus, il se rendra compte qu’on ne peut échapper à la douleur; il faut la domestiquer, afin qu’elle cesse de faire mal.» ~ Zarité (L’île sous la mer, ISABEL ALLENDE, Grasset, 2011; p. 521-522)

«Vient le jour où tu dois cesser de traverser des océans pour des gens qui n’enjamberaient même pas une flaque d’eau pour toi.» (Auteur inconnu)

«Notre grand tourment dans l’existence vient de ce que nous sommes éternellement seuls, et tous nos efforts, tous nos actes ne tendent qu’à fuir cette solitude.»
~ Guy de Maupassant

«L’esprit est son propre lieu, et en lui-même peut faire de l’enfer un ciel et du ciel un enfer.» ~ John Milton  

2 novembre 2015

Permaculture et qualité de vie

Toutes les photos : site Bealtaine Cottage

Un témoignage indiquant une fois de plus qu’une vie en harmonie AVEC la Nature accroît la qualité de vie, même la joie de vivre. Tous ceux qui pratiquent la permaculture l’affirment haut et fort : «aimez la terre, elle vous le rendra» (1). Évidemment, tout le monde ne peut pas cultiver; d’où l’intérêt d’acheter les paniers bio des maraîchers locaux (via Équiterre par exemple). Le principe est aux antipodes de la «philosophie» de Monsanto et des grandes exploitations agricoles qui ne conçoivent le mot bénéfice qu’en signe de dollars.

J'adore ces histoires...

Bealtaine Cottage

«Bealtaine Cottage, c'est l’histoire d’une femme qui a décidé de faire quelque chose de spectaculaire et de révolutionnaire en Irlande : régénérer trois acres de terre humide couverte de joncs faisant face au nord en plantant des arbres comme si sa vie en dépendait... et c’est le cas! 
   Il est rare de voir un invalide se lever de son grabat et redevenir comme neuf, mais c’était là la magie qui se manifestait tout autour de moi. J’avais l’impression de grandir dans les souliers des ancêtres de ce territoire, qui comprenaient les voies secrètes de la Terre Mère et accueillaient les cycles de la vie, de la mort et de la renaissance. Ma compréhension et ma façon de penser ont commencé à changer aussi rapidement que la terre autour de moi se transformait! 
   La femme qui fumait cigarette sur cigarette, mangeait de la viande, aimait l'alcool et tous les luxes du XXIe siècle se dissolvait dans les matins radieux et les nuits claires de l'Irlande de l’ouest. (...)

~ Colette O’Neill
Book : A Cottage and Three Acres, The Story of Bealtaine 
http://bealtainecottage.com/

La propriété lors de l’achat en 2004

11 ans plus tard! Le tout réalisé des mains de la propriétaire, sans produits chimiques, sans Monsanto ni OGM; la plupart des arbres et des cultures proviennent de semences ou de boutures.

Vue de la terrasse du cottage au début

Du même point de vue en 2015...  

Quand on dit que tout est possible...  

À l’heure où plus personne ne sait fabriquer et réparer les choses, ni jardiner, je trouve ces suggestions particulièrement pertinentes.

Huit conseils pour mieux vivre
(Eight Ways to Live a Better Life, Colette O’Neill; 2012)

Ce n’est pas une liste de contrôle.

Ce n’est pas à propos de recyclage ou d'achats plus verts.

Il y a suffisamment de conseils dispensés partout.

Les listes sont bonnes pour se rappeler de certaines choses rapidement et s’assurer que tout est fait, terminé, acheté...

Celle-ci est plus simple et permanente.

C’est ce que j'ai appris en vivant le plus simplement possible sur cette magnifique Terre.

Ces petits conseils ne sont pas dans un ordre particulier; mais ce sont des attitudes qui ont changé ma vie…

~~~

Récupérez et développez votre bagage de connaissances.

Causez avec des gens âgés, plus sages.

Notez ces connaissances dans un calepin.

J'ai des enregistrements de ma grand-mère qui parlait de sa vie et de ses impressions sur tellement de choses différentes et intrigantes.


J'ai beaucoup parlé avec ma mère (ci-dessus à Bealtaine Cottage).

‘Mom’ a appris de moi aussi... nous échangions sur beaucoup de sujets.

En séjournant à Bealtaine ‘Mom’ a développé son amour pour la Terre aussi.

~~~

Développez une relation étroite avec la Terre Mère à travers un contact plus intime avec la Nature.

Nous venons de la Terre et nous retournerons à la Terre, et nous faisons partie du cycle de la vie et des saisons.

~~~

Fermez la télévision, ou même débarrassez-vous en; cultivez le silence, la paix, la communication, la lecture, l'écoute... car tout cela VOUS permettra de vivre en direct au lieu de vivre à travers un écran.

~~~

Ensemencez, cultivez votre propre nourriture, des fleurs, des arbres... autant que votre espace le permet, et si l'espace manque, louez un lopin de terre.

Si les lopins manquent ou n’existent pas, harcelez votre conseil local pour qu’il vous en fournisse un!

~~~

Réapprenez à aimer la nourriture!

Cuisinez, dégustez, faites des conserves, fabriquez du vin et des liqueurs, partagez... la nourriture est «la» chose de la vie que tout le monde partage.

C'est un extraordinaire dénominateur commun.

La nourriture rassemble les gens... enfin, c’était le cas!

Bannissez les plateaux-télé!

Décorez votre table de salle à manger avec un vase de verdure saisonnière, même s’il est petit.

Utilisez des napperons et de la jolie vaisselle pour présenter la magnifique nourriture que vous avez préparée.

Allumez une bougie sur votre table… célébrez les fruits de la Terre et rejetez les ordures empoisonnées et insipides de l’industrie!

~~~

Pratiquez la bonté.

La bonté envers les autres et envers soi.

J'aime le concept de "Random Acts of Kindness".

~~~

Nos grands-parents ont utilisé leurs compétences acquises pour rendre leur environnement plus accueillant et plus beau... couture, menuiserie, assemblage, peinture... quel que soit votre savoir-faire, continuez à le pratiquer et enseignez-le aux autres!

J'ai récemment appris à confectionner des paniers en osier et je pourrai transmettre cette compétence.

~~~

Désencombrez votre vie!

C’est un mantra que je me répète.

Moins c’est réellement plus.

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(1) La permaculture est une méthode systémique et holistique de conception d'habitats humains et de systèmes agricoles inspirée de l'écologie naturelle (bio mimétisme) et de la tradition. Elle n'est pas un mode de pensée mais un mode d'agir qui prend en considération la biodiversité des écosystèmes. En outre, elle vise à créer une production agricole durable, très économe en énergie (travail manuel et mécanique, carburant...) et respectueuse des êtres vivants et de leurs relations réciproques, tout en laissant à la nature «sauvage» le plus de place possible. Suite : https://fr.wikipedia.org/wiki/Permaculture

Vous aimerez peut-être :

Le bonheur «durable» de Misao
http://artdanstout.blogspot.ca/2013/07/le-bonheur-durable-de-misao.html

31 octobre 2015

Les bonbons sont-ils bons?


Le montant dépensé par les Canadiens en bonbons, confiseries et grignotines selon les ventes enregistrées par les grands détaillants en octobre 2014 : 397,7 millions de dollars (Statistiques Canada). La plupart de ces friandises méritent d’aller droit aux ordures – encore un peu plus de gaspillage.

Que cachent les vibrantes couleurs des bonbons, si attirantes pour les enfants? Du fructose de sirop de maïs, bien sûr, mais aussi des ingrédients pas mal plus horrifiants que les monstres de l’Halloween – entre autres, des saveurs artificielles, des OGM et des agents de conservation carcinogènes.

Certains colorants nocifs sont encore utilisés dans les bonbons et les jus de fruits : Bleu # 1 et 2, Vert # 3, Rouge # 3 et 40, Jaune # 5 et 6. Entre 1985 et 2010, Betty Crocker et Con-Agra ont intégré dans leurs produits 200 000 livres de Rouge # 3, et 5 millions de livres de produits chimiques, incluant la benzidine et la tartrazine. Ces ingrédients sont reconnus pour avoir des incidences sur la santé – asthme, urticaire, rhinites, troubles de la vue, insomnies, allergies, hyperactivité, et ils sont possiblement cancérigènes, avec effets mutagènes et tératogènes.

Qui sont les personnes les plus vulnérables à ces poisons? Les enfants. Mais les adultes ne sont pas épargnés pour autant...

Le plus étonnant est sans doute le Rouge Carmin classé «colorant naturel» par la FDA car la teinture dérive de coccinelles broyées! On a constaté qu’il provoque de graves réactions allergiques. Franchement! quand on pense aux nombreuses plantes inoffensives dont on peut obtenir du rouge (pommes grenades, canneberges, betteraves, etc.) on se demande pourquoi les fabricants n’utilisent pas ces alternatives.

Tout n’est pas perdu

Plusieurs fabricants offrent maintenant des friandises de qualité, et la plupart sont en plus associés au marché équitable. Par exemple : Justin’s Candy Bars, Boom Chicka Pop Kettle Corn (mon maïs soufflé préféré...), Equal Exchange Milk Chocolate Minis, Yummy Earth Organic Pops, Heavenly Organics Chocolate.

Pour plus de détails (Care2) : 

Michelle Schoffro Cook
http://www.care2.com/greenliving/what-exactly-are-the-colors-in-candy.html

Jordyn Cormier
http://www.care2.com/greenliving/6-healthy-halloween-candies-to-replace-your-favorites.html

30 octobre 2015

Mon refuge d’hibernation


La citrouille ne se changera pas en carrosse doré le 31 octobre à minuit; c’est juste le retour de l’heure normale. Donc, je prépare mon hibernation avec soin.

En principe, si nous suivions les pulsions naturelles de la physiologie de l’hibernation, nous mangerions beaucoup en automne, puis nous nous endormirions dans notre trou jusqu’au printemps. Malheureusement infaisable…

«Lorsque les jours raccourcissent avec l’arrivée de l’automne puis de l’hiver, près d’une personne sur trois ressent un changement dans son énergie et ses impulsions. Ces changements semblent inspirés de la physiologie de l’hibernation : des nuits longues, un réveil difficile, une envie constante de pain, pommes de terre, pâtes, chocolat, bonbons, une baisse d’énergie et de la libido, une perte de motivation pour les projets nouveaux, des pensées ralenties… Entre les mois de novembre et mars, pour près de 10% des gens qui vivent au-dessus du 40e parallèle (Madrid en Europe, New York en Amérique), ces symptômes prennent la proportion d’une véritable dépression. Le plus frappant, c’est que ces symptômes sont bien davantage physiques que psychologiques
~ David Servan-Schreiber (Guérir le stress...) 

Article intégral : http://artdanstout.blogspot.ca/2014/01/physiologie-de-lhibernation.html

Et puis, certains ont tendance à boire de l’alcool pour se réchauffer. Alors :

Carlton cards

29 octobre 2015

Pourquoi s’émerveiller?

Comme le suggère William Martin dans Walk in Beauty, la capacité de s’émerveiller remplace adéquatement la religion, la prière et la dévotion. Il suffit d’admirer un ciel étoilé, un oiseau s’envoler, une fleur s’ouvrir, un bébé sourire, pour qu’un sentiment de gratitude monte spontanément. Mais, il faut prendre le TEMPS de s’arrêter.


Walk in Beauty

I follow no Jesus, Mohammed, or Buddha
but when I consider the idea that
the Mystery which I call the Tao somehow
brought into being what I call the universe;
which managed to evolve what I call consciousness,
is what I call amazing!
To be amazed each day is quite enough
religion to fill me with awe and reverence.
To see it all with gratitude and wonder
is quite enough prayer to move mountains.
To walk in beauty is quite enough worship
to satisfy the most demanding of deities.

William Martin http://www.taoistliving.com/

«Dans les instants d'émerveillement, on parvient aisément à sortir de la petitesse, à élever son esprit aux dimensions de l'univers jusqu'à embrasser le tonnerre et le murmure, le bon et le mauvais, le proche et le lointain.»
~ Nicole et Émile Martel (L'histoire de Pi)

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La méditation : pour quoi faire?

Zen! La méditation pour les nuls
Stephan Bodian
First Edition, 2002
http://stephanbodian.org/category/blog/

[Extraits du chapitre 2]

Même si vous avez du mal à l’admettre, tout du moins publiquement, votre vie ne répond pas toujours à vos attentes. Il en résulte une souffrance – due au stress, à la déception, à la peur, à la colère, à l’indignation, aux blessures infligées et à beaucoup d’autres émotions tout aussi désagréables. La méditation enseigne comment appréhender les circonstances difficiles et les émotions et tensions qu’elles engendrent avec équilibre, sérénité et compassion.

Le mythe de la vie parfaite
Au cours de ma vie de psychothérapeute et de professeur de méditation, j’ai remarqué que beaucoup de personnes souffraient uniquement parce qu’elles comparaient leur existence à une image idéalisée de ce que devrait être la vie. Amalgame hétéroclite de conditionnement infantile, de messages médiatiques et de désirs personnels, cette image erronée est tapie dans l’ombre et fait office de référence à laquelle tout succès, échec, événement est comparé et jugé. Arrêtez-vous un instant pour analyser votre propre image de la vie. [...]

Lorsque tout s’effondre
[...] La vie n’offre pas que la maladie et la mort : elle procure aussi d’extraordinaires moments d’amour, de beauté, d’Émerveillement, et de plaisir. Mais, en Occident, nous avons tendance à occulter la partie sombre de la vie. Nous reléguons nos personnes âgées ou en fin de vie dans des maisons de repos ou des hospices, nous sommes devenus indifférents aux sans domicile, cantonnons les minorités appauvries dans des cités-ghettos, enfermons les handicapés dans des hôpitaux ou des asiles et tapissons nos panneaux d’affichage et nos couvertures de magasines de sourires radieux, incarnations de la jeunesse et de la prospérité. 
   Mais en vérité, la vie est une riche et curieuse interaction entre l’ombre et la lumière, le succès et l’échec, la jeunesse et la vieillesse, le plaisir et la douleur et, bien entendu, la vie et la mort. Les événements changent tout le temps, semblant se désagréger à un moment donné pour se recomposer au suivant. Comme le décrit le maître zen Shunryu Suzuki, en permanence toute chose «est bouleversée dans un contexte d’équilibre parfait». [...]

Gérer les situations postmodernes difficiles
L’inconstance des conditions de vie n’est un secret pour personne – les pandits et les sages ont divulgué cette vérité depuis longtemps. Mais jamais encore les changements n’avaient été si envahissants et si incessants – touchant si profondément nos vies – qu’au cours des dix à quinze années passées. Les journaux et la télévision nous inondent de statistiques et d’images de violence et de famine, de déprédation de l’environnement, d’instabilité économique, qui décrivent un monde de plus en plus décousu. 
   Plus concrètement, vous avez peut-être perdu votre travail à cause du rachat de votre entreprise, brisé votre couple suite à une mutation lointaine, été victime d’un crime violent ou perdu une petite fortune sur un marché volatile. Peut-être consacrez-vous toute votre énergie à chercher une solution pour garder une longueur d’avance dans un environnement de travail très compétitif ou peut-être ne dormez-vous plus la nuit, angoissé par la vague de changement qui pourrait venir vous emporter. Avez-vous reconnu – ou vivez-vous – l’une de ces situations? 
   Les sociologues appellent cette période le postmodernisme. Le changement continuel y est érigé en mode de vie et les valeurs et vérités séculaires rapidement démantelées. Mais comment avancer dans la vie lorsqu’on ne sait même plus ce qui est vrai ni comment trouver la vérité? Doit-on la chercher sur l’Internet, dans la bouche des prophètes du petit écran? 
   En dépit des avantages incontestables de tous les gadgets électroniques devenus indispensables depuis les années 1980, vous avez peut-être remarqué que plus vous communiquiez vite, moins vous aviez de véritable contact riche et sérieux avec les autres. [...]
   Ces changements incessants ont un prix émotionnel et spirituel élevé que l’on a tendance à démentir dans notre effort collectif pour accentuer l’aspect positif et nier le négatif. Voici quelques-uns des effets secondaires négatifs de la vie de notre époque : 
   L’anxiété et le stress : Lorsque le sol commence à trembler sous vos pieds, votre première réaction alors que vous essayez de rétablir votre équilibre, est de vous alarmer ou d’avoir peur. Cette réponse des tripes a été génétiquement programmée par des millions d’années de vie dangereuse. Aujourd’hui, malheureusement, les secousses ne s’arrêtent plus et les petites peurs s’accumulent et se figent en tension et stress continuels. Votre corps se sent perpétuellement préparé à affronter la prochaine attaque de difficultés et de responsabilités – l’empêchant pratiquement de se relaxer et d’apprécier un tant soit peu la vie. En décontractant votre corps et réduisant votre stress, la méditation peut vous apporter un antidote bienvenu.
   La fragmentation : Autrefois, les gens vivaient, faisaient leurs courses, travaillaient, élevaient leurs enfants et se divertissaient au sein d’une même communauté. Tous les jours, ils voyaient les mêmes visages, se mariaient pour la vie, gardaient le même emploi et voyaient même leurs enfants élever leurs propres enfants tout près d’eux. Aujourd’hui, beaucoup habitent loin de leur lieu de travail, les enfants sont confiés à des nourrices, des baby-sitters et nous sommes obligés de gérer les emplois du temps de chacun au téléphone. Il est devenu de plus en plus improbable de garder le même travail toute sa vie, ni même d’ailleurs le même conjoint. Bien souvent, les enfants grandissent et partent à leur tour chercher du travail. S’il est impossible d’empêcher cette fragmentation, la méditation permet d’établir un lien avec une intégralité plus profonde que les événements extérieurs ne viennent pas perturber. 
   L’aliénation : Ne soyez pas surpris de vous sentir totalement stressé si votre vie semble n’être constituée que de bric et de broc. En dépit des statistiques et indices de prospérité, nombreux sont ceux qui subsistent avec un travail purement alimentaire, qui ne sert qu’à payer les factures sans donner ni but ni sens des valeurs. La tendance actuelle serait à un retour dans les petites villes pour retrouver le sens de la communauté. À chaque élection, la désertion des bureaux de vote s’amplifie, de plus en plus de gens ne croyant plus en leur pouvoir de faire changer les choses. Jamais auparavant les hommes ne s’étaient sentis si aliénés, non seulement de leur travail et de leur gouvernement mais aussi des autres, d’eux-mêmes et de leur propre être essentiel. Et la plupart n’ont pas la capacité ou le mode d’emploi pour se reconnecter! En comblant le gouffre qui nous sépare de nous-mêmes, la méditation permet de guérir notre aliénation envers les autres et le monde dans son ensemble. [...] 
   La solitude et l’isolement : La difficulté de trouver un emploi, l’éclatement des ménages et le manque de temps a abouti à l’éloignement des membres de la famille qui perdent contact avec ceux qu’ils connaissent et chérissent. J’ai entendu récemment sur une radio américaine une publicité vantant les mérites d’un pack Net pour la famille. Puisque les dîners en famille étaient devenus obsolètes, pourquoi ne pas acheter un Family Net – un téléphone portable pour le père, la mère et les enfants afin qu’ils puissent rester en contact! Difficile de résister aux forces qui nous séparent! La méditation fait en sorte que chaque moment ensemble se transforme en un moment «de grande qualité».
   La dépression : La solitude, le stress, l’aliénation, l’absence de sens ou d’objectif profondément ancré conduisent certaines personnes à la dépression. Dans un pays de recordman de la consommation de tranquillisants et d’antidépresseurs où le Prozac est devenu un terme ménager, plusieurs millions de personnes avalent quotidiennement des médicaments psychotropes pour ne pas souffrir de la vie moderne. La méditation, elle, vous aide à vous connecter avec votre source intérieure de bien-être et de joie qui dissipe naturellement les nuages de la dépression. 
   Les maladies liées au stress : L’augmentation progressive des maladies liées au stress – qu’il s’agisse de céphalées hypertensives, de brûlures d’estomac, de maladies cardiaques ou de cancers – reflète notre incapacité collective à gérer l’instabilité et la fragmentation de notre époque. Elle alimente en outre l’industrie pharmaceutique qui ne parvient à masquer que par moments les problèmes plus profonds de peur, de stress et de désorientation. Comme l’ont montré bon nombre d’études scientifiques, la pratique régulière de la méditation permet de renverser les attaques de maladies liées au stress.

Le bonheur : taper comme un pic-bois sur un iPad...  

Quatre «solutions» en vogue qui ne fonctionnent pas vraiment
Avant d’achever la litanie des malheurs du postmodernisme et de vous proposer des solutions qui marchent, j’aimerais que nous survolions quelques approches très prisées de gestion du stress et de l’incertitude qui créent plus de problèmes qu’elles n’en résolvent. 

   La dépendance : En détournant les personnes de leurs souffrances, en les encourageant à laisser de côté leurs soucis et préoccupations et en modifiant la chimie du cerveau, la dépendance imite certains des bénéfices de la méditation. Malheureusement, elle fixe l’esprit sur une substance ou une activité dont on ne peut plus se défaire – drogues, alcool, sexe, jeu, etc. Il devient alors difficile de s’ouvrir aux merveilles du moment ou d’entrer en contact avec une dimension plus profonde de l’être. La majorité des dépendances entraînent un mode de vie autodestructeur qui aboutit à une intensification des problèmes que la personne voulait au départ fuir. 
   Le fondamentalisme : En proposant une réponse simple et superficielle aux problèmes complexes, un sens et un sentiment d’appartenance et en rejetant un grand nombre des fléaux évidents du postmodernisme, le fondamentalisme – tant dans sa forme religieuse que politique – offre un refuge contre l’ambiguïté et l’aliénation. Les fondamentalistes divisent malheureusement le monde en deux blocs : le blanc et le noir, le bon et le mauvais, nous et les autres, ce qui ne fait en fin de compte qu’attiser l’aliénation, les conflits et le stress. 
   Les divertissements : Lorsque vous vous sentez seul ou aliéné, il vous suffit d’allumer la télé ou de vous rendre au cinéma le plus proche et de vous jeter sur la dernière nouveauté. Cela calme votre anxiété et apaise votre souffrance. En plus de divertir, les médias donnent l’impression de recréer un esprit communautaire en établissant un contact entre les gens et le monde autour d’eux. Mais il est impossible d’avoir une conversation à cœur ouvert avec une vedette de télévision ni d’embrasser son acteur préféré! Sans oublier que les médias – intentionnellement ou non – manipulent nos émotions, remplissent nos têtes d’idées et d’images de la culture populaire et dirigent notre attention en dehors de nous-mêmes – au lieu de nous donner la possibilité de découvrir ce que nous savons, pensons et éprouvons vraiment. 
   Le consumérisme : Le consumérisme est une fausse réponse aux maux de la vie, fondée sur la croyance que la solution consiste à vouloir et avoir toujours plus – plus de nourriture, plus de biens, plus de vacances, plus de tout ce que les cartes de crédit peuvent acheter. Comme vous l’avez déjà peut-être compris, le plaisir s’estompe vite et vous planifiez activement votre prochain achat – à moins que vous n’essayiez de trouver un moyen de régler les factures de cartes de crédit qui tombent avec une précision d’horloge à la fin de chaque mois. J’en ai dit assez?

Comment survivre au XXIe siècle – avec la méditation
[...] Comme nous l’avons déjà vu dans ce chapitre, la méditation apporte un antidote bienvenu à la fragmentation, l’aliénation, l’isolement et le stress – et même aux maladies liées au stress ou à la dépression. Elle ne va certes pas résoudre vos problèmes extérieurs mais elle vous aidera à développer la résistance intérieure, l’équilibre et la force pour trouver des solutions créatives. 
   Pour avoir une idée du fonctionnement de la méditation, imaginez que votre corps et votre esprit constituent un ordinateur complexe. Au lieu d’être programmé pour ressentir la paix intérieure, l’harmonie, la sérénité et la joie, vous avez été programmé pour répondre aux inévitables hauts et bas de la vie avec stress, anxiété et frustration. Mais vous avez la capacité de modifier la programmation. En mettant de côté les autres activités, en vous asseyant tranquillement et en vous adaptant au moment présent pendant 10 à 15 minutes chaque jour, vous construisez un ensemble de nouvelles réponses et vous vous programmez pour connaître des émotions et des états mentaux plus positifs. Ou imaginez que la vie soit un océan dont les vagues agitées et bouillonnantes en surface représentent les hauts et les bas de la vie. Grâce à la méditation, vous plongez en profondeur pour trouver une eau plus calme et homogène. 
   La méditation est un moyen de transformer le stress et la souffrance en sérénité et tranquillité d’esprit.

Les bénéfices psychophysiologiques de la méditation

Les bénéfices physiologiques :
- Le ralentissement du rythme cardiaque pendant la méditation silencieuse
- Une diminution de la tension artérielle chez les sujets normalement ou modérément hypertendus
- Un rétablissement plus rapide après une période de stress
- Une augmentation du rythme alpha – activité électrique cérébrale lente et de haute amplitude qui apparaît lors du repos ou de la relaxation
- Une meilleure synchronisation – c’est-à-dire un fonctionnement simultané – des deux hémisphères gauche et droit du cerveau
- Une diminution des taux de cholestérol sérique
- Une consommation plus faible d’énergie et d’oxygène
- Une respiration plus profonde et plus lente
- La relaxation des muscles
- Une réduction de l’intensité de la douleur

Les bénéfices psychologiques :
- Une meilleure empathie
- Une meilleure créativité et réalisation de soi
- Une précision et une sensibilité perceptives accrues
- Une régression de l’anxiété chronique ou aiguë
- Un complément à la psychothérapie et aux autres approches dans le traitement de la dépendance