28 octobre 2015

L’envers de la broderie


Je suis bouche bée devant les portraits de Cayce Zavaglia. Essayez d’imaginer le nombre de piqûres d’aiguille : tout est cousu à la main avec du fil de coton, de soie ou de laine à tapisserie! Sa technique est stupéfiante et le résultat tout autant : des portraits d’amis, de la famille ou d’artistes qui nous regardent dans les yeux : «le regard du sujet centré sur le spectateur est constant dans mon oeuvre», dit-elle. 

Elle a troqué la peinture à l’huile contre la broderie il y a une douzaine d’années parce qu’elle voulait travailler dans un studio non-toxique. C’est en se souvenant d’une broderie réalisée dans l’enfance qu’elle a eu l’idée d’explorer la technique.

«De loin, on dirait des peintures hyper réalistes et c’est seulement en les examinant de près que le véritable ouvrage de construction se révèle. Au fil des ans, j'ai mis au point une technique qui me permet de mélanger des couleurs, des tonalités et des textures qui donnent l’illusion d’un tableau à l'huile classique. Le sens donné aux fils imite les traces des coups de pinceau superposés et créent la profondeur, le volume et la forme. Ma façon de broder est aux frontières du trouble obsessionnel, mais ultimement cela me permet de représenter la texture de la peau, des cheveux et des tissus comme en peinture.»

Détail des points de broderie

Folie, obsession, passion? Il est vrai que la passion ne requiert ni patience ni détermination tant que l’intérêt, la fascination et la curiosité restent à l’avant-plan.

Un jour, en observant attentivement l’envers d’une broderie, Cayce Zavaglia a entrevu la possibilité de nouvelles images. Le verso chaotique avec ses noeuds et ses fils lâches était très différent du recto lisse et méticuleusement brodé... et peut-être plus profond psychologiquement : «Cette découverte a suscité un ‘retour à la peinture’ avec une série de reproductions des ‘verso’ à la gouache ou à l’acrylique. L’envers des broderies, toujours caché au spectateur, reflète peut-être la divergence entre le moi affiché et le moi privé.» 

Verso de la broderie

Reproduction du verso; tableau à l'acrylique


Vidéo – onglet ‘News’ : http://www.caycezavaglia.com/

Leonard Cohen disait à propos du processus créatif : «Avant d’abandonner, nous devons avoir investi tout ce que nous avions pour que l'image complète se révèle d’elle-même. Cela s'applique à tout, du travail à l’amour.»

Ressources de base pour donner libre cours à la créativité

La créativité jaillit de l’intérieur. Nos ressources créatives sont illimitées, mais pour en profiter, il faut leur ouvrir la porte, faire confiance, et être réceptif aux idées de de la «Twilight Zone»...

L’intuition
L’intuition est la connaissance immédiate d’une chose sans passer par le processus du raisonnement; elle se présente souvent comme un éclair de perspicacité inattendu.

La volonté
La volonté est l’énergie qui nous permet de réaliser nos buts. Les créateurs ont souvent l’impression d’avoir une mission qui les pousse malgré eux à aller de l’avant en dépit des obstacles.

Le courage
On décrit souvent la créativité comme une percée car pour briser le mur de la peur et de la critique qui menace de nous bloquer, il faut du courage. La créativité implique de prendre des risques; le courage nous permet d'utiliser notre intuition et notre volonté.

La compassion
La compassion appliquée à soi contribue à calmer la voix du critique intérieur qui nous décourage de prendre des risques.

La joie
Lorsque la joie imprègne une activité, la pratiquer est en soi l’unique récompense.

À quoi ressemblerait notre vie si nous exploitions pleinement nos ressources intérieures? 

26 octobre 2015

Mélomanie du jour : Charles Richard-Hamelin

Photo : La Presse

Je me réjouis doublement car ce pianiste est aux antipodes des concurrents-robots dont la technique est parfaite mais l’interprétation dépourvue d’âme...

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Parmi ses concurrents, il apprécie beaucoup le Polonais Nehring, «qui a joué un très beau 1er Concerto, avec plus d’esprit et d’âme que d’autres, qui ne font aucune faute, mais avec lesquels on quitte la salle sans que notre vie soit changée.»
http://www.ledevoir.com/culture/musique/453078/charles-richard-hamelin-prime-au-concours-chopin

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Charles Richard-Hamelin, a remporté la médaille d'argent du 17e Concours International de Piano Frédéric-Chopin à Varsovie, qualifié d'Olympiques du piano. Il a ainsi reçu une bourse de 25 000 € pour son interprétation du deuxième concerto de Chopin. Il a également reçu le prix Krystian Zimerman pour la meilleure interprétation d'une sonate. 
    «Juste faire la finale de ce concours vaut plus que beaucoup de premiers prix internationaux. J'étais tellement content d‘être là que j'étais moins nerveux pour le concerto», dit le musicien au sujet du grand sourire qu'il affichait lors de la finale. «S'il n'y a pas de plaisir dans l'acte de faire de la musique, il n'y a pas grand-chose. Ça dépend du caractère de la pièce, mais pour ce qu'on vit ensemble, s'il n'y a pas un petit sourire en coin, on manque le bateau, je pense.» (C. Richard-Hamelin) 
(Émission Médium large, ICI-Radio-Canada Première, 21/10/2015)

Site du pianiste : http://www.charlesrichardhamelin.com/biographie/

Si vous êtes amateur de concours vous avez sans doute entendu des extraits du concerto, alors je vous propose quelque chose de différent (une exclusivité d'ICI Radio-Canada Musique) :
FRATRES d’Arvo Pärt interprété par Stéphane Tétreault et Charles Richard-Hamelin.


25 octobre 2015

Va-t-en, arrête de détruire ma maison!

«Marche doucement, car tu marches sur mes rêves.» ~ William Buttler Yeats

Image : Chris Westwood / The Sun

Fou comme brume mêlée de neige
William Buttler Yeats 

Verrouille bien le volet
Puisque les vents se déchaînent.
Nous voyons vraiment clair ce soir
Et j'ai l'impression que je sais
Que là-dehors tout est fou
Comme brume mêlée de neige.

Horace ici, près d'Homère  
S'étale, et Platon dessous
Près d'un Cicéron grand ouvert.
Que de temps depuis que tous deux
Nous étions ignares, et fous
Comme brume mêlée de neige!

Vous me demandez, mon ami,
Pourquoi je soupire et frissonne?
C'est de comprendre que même
Cicéron, et Homère qui
En savait tant, furent fous
Comme brume mêlée de neige.

24 octobre 2015

Le réseau de complices

Aussitôt que je me réconcilie avec la race humaine, je reçois une gifle.

Les nations autochtones n’arrivent pas à sortir du cercle vicieux où nous les tenons en otage depuis des siècles. Suprématie oblige!

Femmes autochtones disparues.

Mon pays rêvé ou la Pax Kanata
Myra Cree *

Mon pays rêvé commence, à l’évidence,
au lendemain d’un ultime référendum,
une fois le «verduct rendi»
pour écrire comme l’ineffable Jean Chrétien parle.
L’autonomie nous est acquise,
nous avons notre propre Parlement,
Il y a dorénavant trois visions de ce pays.
Au Québec, on est copains comme cochons avec la
     communauté francophone
qui s’est mise à l’étude des langues autochtones.
Nos réserves, sur lesquelles nous en émettions tant,
sont devenues des colonies de vacances
et nos chefs, qui se répartissent également
entre hommes et femmes, de gentils organisateurs.
À Kanesatake, où j’habite,
y’a du bouleau et du pin pour tout le monde.
Le terrain de golf a disparu
et tous, Blancs et Peaux-Rouges (je rêve en couleurs)
peuvent, tel qu’autrefois, profiter de ce site enchanteur.
Nos jeunes ne boivent plus, ne se droguent plus,
la scolarisation a fait un bon prodigieux.
Tout va tellement bien dans nos familles
(il n’y a plus trace de violence)
que l’association Femmes autochtones du Québec
s’est recyclée en cercle littéraire.
Le Deuxième sexe de Simone de Beauvoir
vient d’être traduit en mohawk;
l’XY de l’identité masculine, d’Elizabeth Badinter,
devrait l’être en montagnais pour le Salon du livre
qui se tiendra à Kanawake,
et L’Amant de Duras, en inuktitut
(ça va dégivrer sec les iglous).
Il est question que Marie Laberge soit jouée en cri
et Denys Arcand s’apprête à tourner une comédie musicale,
musique de Pierre Létourneau, inspirée de la vie
     d’Ovide Mercredi,
qui a accepté de jouer son propre rôle.
Titre provisoire : Je veux t’aimer tous les jours de la semaine.
Bref, c’est beau comme l’antique,
tout le monde il est content, tout le monde il est gentil,
on est bien TRAITÉ.
Je me pince pour y croire, trop fort sans doute,
car c’est à ce moment-là que je me suis réveillée.

Avec mes meilleurs vœux,
que l’an prochain,
si nous ne sommes pas plus,
nous ne soyons pas moins.

(Terres en vues, vol. 3, no 4, 1995, p. 23)

* Myra Cree (1937-2005) est originaire de Kanesatake (Oka) où elle a demeuré toute sa vie. Sa carrière d’animatrice pour la radio de Radio-Canada lui a valu plusieurs prix et distinctions. [Cette satire] fait partie d’une série intitulée Les bouts rimés de Myra Cree, publiée dans la revue Terres en vues entre 1995 et 1996 comme une sorte d’éditorial alternatif.

Source : Littérature amérindienne du Québec, Écrits de langue française; rassemblés et présentés par Maurizio Gatti (Société d’édition Bibliothèque Québécoise, 2009)

Un reportage de Josée Dupuis et d'Emmanuel Marchand pour Enquête présente les témoignages bouleversants de nombreuses femmes autochtones, qui, pour la première fois, prennent la parole et dénoncent publiquement le mépris, les sévices sexuels, les abus de pouvoir et l’intimidation qu'elles subissent de la part de ceux qui normalement devraient les protéger : les policiers. Une enquête sur les agents de la Sûreté du Québec de Val-d'Or a été confiée au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) au lendemain de la diffusion. 
   «Ils m'ont brutalisée. J'avais 16 ans. Ils m'ont cassé le bras, ils m'ont ramassée, ils étaient huit sur moi. J'étais toute seule. Bien souvent, ils m'embarquaient, pis au lieu de m'emmener au poste de police, ils m'emmenaient dans un autre endroit. [...] On allait dans un chemin dans le bois, pis là ils me demandaient de faire une fellation. J'en ai connu six ou sept agents de la SQ qui me demandaient de faire des fellations.»
~ Bianca Moushoun, 26 ans 
   Tout ça à l’abri des regards. Priscillia Papatie et Bianca Moushoun nous ont conduits vers l'un de ces endroits à l'extérieur de la ville. Un petit chemin forestier. «C'était ici que les policiers venaient débarquer des filles», raconte Bianca, montrant le chemin devant elle. «Elles se faisaient demander des affaires et se faisaient laisser là. (...) Pis les filles marchaient tout ça pour revenir au centre-ville», poursuit Priscillia. 
   Porter plainte à la police, surmonter sa peur, c’est un défi immense pour une femme autochtone. Certaines l’ont fait. Mais ces plaintes sont restées sans réponse.

http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/special/2015/10/cindy-ruperthouse-femmes-autochtones/index.html  

En effet, quand on connaît la solidarité qui existe au sein des fraternités de policiers et de militaires, porter plainte est doublement anxiogène – peut-on faire confiance à un collègue de l’agresseur, espérer être entendu et dénoncer sans représailles? Hum. 

À l’émission Le 15-18, (ICI Radio-Canada Première)  Alexis Wawanoloath avouait qu'il n'était malheureusement pas surpris : «C'est un problème de racisme, carrément. Encore aujourd'hui, on ne comprend pas la réalité des Premières Nations. En particulier chez les policiers en région, le racisme est très présent.» Il a été député d'Abitibi-Est et a travaillé à la réserve de Lac-Simon, située près de Val-d'Or. Il connaît très bien la réalité autochtone sur le terrain. «J'avais entendu cette histoire il y a trois ans, mais les femmes à ce moment-là ne voulaient pas parler. (...) Nous faisons face à un réel problème de société. Nous ne sommes pas encore sortis de cette logique coloniale.» (1)

Le racisme est nouveau en Amérique 
Georges Sioui *
(Extraits)

«Le lendemain de leur retour, mes deux fils parlèrent en conseil de quantité de gens qu’ils avaient vus en France réduits à quémander un peu de nourriture à des compatriotes français à qui rien ne manquait, lesquels se montraient très souvent insensibles à la peine et à la misère de ces gens, qui étaient leur propre peuple. Ils parlèrent d’une autre chose tout aussi monstrueuse, dont il me fut malheureusement donné de témoigner cette même année de 1535 ... Cette expérience horrible fut d’observer que plus quelqu’un avait le teint foncé, plus il devait s’attendre à être traité durement et injustement...»

«Au milieu de la nuit, je fus éveillée par deux hommes ivres. Ils entrèrent où j’étais en vociférant. L’un d’eux, assez vieux et le regard méchant, voulut me pousser vers mon grabat. L’autre, plus jeune mais très laid, m’arracha à lui et me serra si fort que je criai... Ils voulurent m’arracher mes vêtements, mais je me sauvai. Je montai vivement une échelle et réussis à trouver un petit recoin où, tremblante de peur et de froid, je passai le reste de la nuit. (...)
   Mes deux frères capturés l’année antérieure par les mêmes hommes nous ont dit, à leur retour, que les hommes blancs sont susceptibles d’utiliser leur force et leur statut de mâles pour violenter les femmes et les déshonorer. (...) 
   Or, puisque pauvreté, teint foncé et croyances différentes vont généralement ensemble, ces femmes sont des victimes de ce que l’on nomme ‘racisme’.»

(Écrire contre le racisme : le pouvoir de l’art, Montréal, Les 400 coups, 2002, p. 20-22) 

* Né à Wendake en 1948, Georges Sioui est professeur au Département d’études anciennes et de sciences des religions et coordonnateur du programme d’études autochtones à l’Université d’Ottawa.

Source : Littérature amérindienne du Québec, Écrits de langue française; rassemblés et présentés par Maurizio Gatti (Société d’édition Bibliothèque Québécoise, 2009)

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(1) Quelle que soit l’époque, quand une nation ou un empire colonialiste s’empare d’un pays, l’envahisseur se conduit plus sauvagement que les sauvages qu’il veut «civiliser», convertir ou exterminer.

Napoléon aurait dit que «la religion servait à empêcher le pauvre de tuer le riche».

J’ai sauté au plafond la première fois que j’ai lu des passages du rapport d’enquête Hidden No Longer; Genocide in Canada, Past and Present par Kevin D. Annet, non pas tant à cause des méthodes génocidaires utilisées – ce sont toujours les mêmes horreurs! – mais parce que nous ne savions rien de ce qui se passait. 
   Qui étaient les assassins? De fervents chrétiens supposés suivre religieusement le Décalogue qui stipule entre autres : «tu ne tueras point», «tu ne déroberas point», «tu ne convoiteras point la maison de ton prochain; tu ne convoiteras point la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, ni aucune chose qui appartienne à ton prochain» – ah mais... le mot «prochain» n'incluait pas les autochtones, bien entendu, puisqu’à leur point de vue, ils avaient le statut d’animaux
   Ils ont plutôt appliqué le code du Deutéronome :
“When the Lord your God brings you into the land you are entering to possess, and drives out before you many nations, and you have defeated them, then you must destroy them totally. Make no treaty with them and show them no mercy. Do not allow any of them to live. This is what you are to do them: break down their altars, smash their sacred stones, cut down their trees and burn them in the fire. For you are a people chosen by the Lord over all others on the face of the earth.” ~ From the Old Testament of the Bible; Deuteronomy 7: 1-2, 5-6

The stories, documentation and other evidence in this book are based in part on the living testimonies of nearly three hundred survivors of thirty eight separate Indian residential or hospitals across Canada. These accounts were offered freely and unconditionally in open public forums, or in private interviews, between December 1995 and July 2010. All documents, letters, photos and other evidence were obtained from public records of the Department of Indian Affairs (the RG 10 series) held in the microfilm section of the Koerner Library, University of British Columbia, from newspaper archives, and from the public internet or private collections. 

Versions web et PDF :
http://fr.scribd.com/doc/86619003/Hidden-No-Longer-Genocide-in-Canada-Past-and-Present-by-Kevin-D-Annett-M-A-M-Div


«Cette histoire de génocide délibéré implique tous les niveaux de gouvernement au Canada, la Gendarmerie royale du Canada (GRC), chaque église dominante, les grandes entreprises, la police locale, des médecins et des juges. Le réseau de complices de cette machine à tuer était, et demeure, si vaste que sa dissimulation a nécessité une procédure complexe de camouflage conçue par les hautes sphères du pouvoir au pays. Le cover-up se poursuit, surtout que maintenant des témoins oculaires des meurtres et des atrocités commis par l'Église dans les «pensionnats» sont révélés pour la première fois : 
   On entend toujours des histoires au sujet de tous les enfants qui ont été tués à Kuper Island. L’existence du cimetière au sud de l’école, où l’on enterrait les bébés des jeunes filles violées par les prêtres, a été ignorée jusqu'à ce qu'il soit creusé par les prêtres à la fermeture de l’école en 1973. Les religieuses pratiquaient les avortements et parfois elles tuaient les mères. Il y avait beaucoup de disparitions. Ma mère, âgée de 83 ans maintenant, a vu un prêtre descendre un escalier en traînant une fille par les cheveux; la jeune fille est morte. Des filles ont été violées, tuées et enterrées sous le plancher. Nous avons demandé à la GRC de la région d'exhumer cet endroit et de rechercher les restes, mais ils ont toujours refusé jusqu’à récemment, en 1996. Le caporal Sampson nous a même menacés. Ce genre de cover-up est la norme. Les enfants ont délibérément été mis en contact avec des malades atteints de tuberculose à l'infirmerie. C'était une procédure standard. Nous avons recensé 35 meurtres sur une période de sept ans.» ~ Témoignage de Diane Harris au Tribunal IHRAAM, le 13 juin 1998 (agente en santé communautaire pour le Conseil de bande Chemainus, Vancouver) 
   Vidéo documentaire (en anglais) : http://hiddennolonger.com/

18 octobre 2015

Ce mail me réconcilie avec les humains

En regardant cette photo, je ressentais ce que le secouriste avait éprouvé. Du bonbon pour le cœur.

Les cygnes sont généralement très territoriaux et n'aiment pas la compagnie des humains, mais Richard Wiese (1) a vécu un moment intense et touchant lors d’une opération de sauvetage organisée par une fondation qui rescape les oiseaux blessés (Angleterre).


«Je l'ai soulevé et j’ai doucement pressé sa poitrine pour qu'il se sente en confiance et en sécurité. Après quelques instants, le cygne a cessé de résister et s'est littéralement enroulé autour de mon cou. Je pouvais sentir son coeur battre contre le mien. J’ai voulu fermer les yeux pour profiter totalement de ce moment. C'est tellement merveilleux quand vous ressentez une véritable connexion et une confiance réciproque – quand un animal réalise que vous ne lui voulez aucun mal.»

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(1) Richard Wiese est un explorateur et cinéaste américain. Il est l'auteur du guide Born to Explore: How to Be a Backyard Adventurer. Il anime et produit la série télévisée Born to Explore with Richard Wiese, diffusée par ABC depuis septembre 2011.

http://www.littonweekendadventure.com/born-to-explore/

La confiance : clé de la relation

Hurler, brutaliser, contraindre par la force ne mènent nulle part. La douceur, la délicatesse et le vrai respect éliminent la résistance; ce que le macho intrusif et envahissant ne comprend pas. L’abandon survient uniquement si un lien de confiance et de réceptivité s’établit avec l’animal. Et comme le dit Wieser, c’est quelque chose d’extraordinaire. Sans confiance : pas d’abandon ni d’amour. Il faut être loyal : pas de tricherie ni de trahison, sinon c’est foutu. Pareil avec les humains : impossible d’accorder sa confiance une seconde fois à quelqu’un qui nous a  menti.

Pour avoir des rapports harmonieux avec les humains ou les animaux il faut renoncer au désir de dominer. La sensibilité, l’intuition, la complicité et la compassion doivent occuper l’avant-plan pour éliminer les obstacles qui nous séparent. Nous centrer dans le cœur pour nous relier au monde et aux êtres permet l’écoute vraie et l’oubli de soi. À pratiquer...

17 octobre 2015

Poison d’automne

À ce temps-ci, la marche paisible en forêt est impossible à cause de la chasse – à moins d’aller dans une réserve faunique où la chasse est interdite, ce qui n’est pas à la portée de tous. Il suffit d’une balle perdue, bang! c’en est terminé de vous. Un ami (non chasseur) en a entendu une siffler près de lui tandis qu’il circulait sur ses propres terres en Estrie! Il a eu la frousse de sa vie.

Quelle horreur...

Parades et trophées

«Entre les meneaux, elle vit un pick-up arriver paresseusement par la rue du Moulin avec, allongée sur le capot, une magnifique biche tachetée. La camionnette fit lentement le tour du parc, ralentissant le pas des villageois. C’était la saison de la chasse, mais ces chasseurs-ci venaient surtout de Montréal ou d’autres villes. Ils louaient des pick-up et, tels des mastodontes en quête de nourriture, régnaient sur les routes de terre, de l’aube au crépuscule, à la recherche de cerfs. Lorsqu’ils en repéraient un, ils s’arrêtaient sournoisement, sortaient du camion et tiraient. ... Ayant ligoté le cerf au capot de leur camionnette, ces mêmes chasseurs parcouraient la campagne, certains d’exhiber la preuve de leur grandeur, allez savoir pourquoi! 
       Chaque année, des chasseurs tiraient sur des vaches ou des chevaux, sur des chiens ou des chats, et les uns sur les autres. Incroyablement, il leur arrivait de se tirer eux-mêmes, peut-être au cours d’un épisode psychotique où ils se prenaient pour du gibier. Les gens savaient que certains chasseurs – pas tous – ont de la difficulté à distinguer un pin d’une perdrix ou d’une personne.» (Réflexion de Clara, p. 8-9)

Source : En plein cœur (Still life), LOUISE PENNY, trad. Michel Saint-Germain, Éd. Flammarion 2010

«L'essence de ce prétendu ‘sport’ consiste en une sorte d’excitation dérivant de la poursuite et de la mise à mort des animaux. Parmi les arguments du sportsman, le fleuron de l’absurdité, une absurdité qui bat toutes les faussetés servies, est l’affirmation que ce sport ennoblie le caractère parce qu’il adoucie et humanise! Le vrai sportsman, comme le vrai soldat, n'est jamais cruel. Il est miséricordieux, chevaleresque, réfléchi, il a le cœur tendre, et il est sympathique. Et ces qualités résultent de la pratique du sport. Il est parfois difficile de rester sérieux quand on essaie de réfuter ces fieffés nonsenses. La chasse sportive est peut-être la plus stupide et la plus vulgaire de toutes les formes de cruauté.»

~ Henry S. Salt (1851-1939) humaniste et homme de lettre britannique

Et puis, il y a la catégorie «grands» chasseurs. Ceux-là se font amener leurs proies sous le nez par des guides, et vlan! voilà un autre éléphant, un autre lion ou un autre rhinocéros rayé de la liste des espèces en voie d’extinction... Pour moi, ils ne sont pas au courant, sinon ils ne feraient jamais ça, voyons donc! 


Le dernier du genre a tué (dans une zone officiellement protégée où la chasse est interdite) le plus grand éléphant recensé en Afrique depuis 50 ans. L’éléphant aurait été traqué afin de l’acheminer du parc Kruger vers le parc Gonarezhou au Zimbabwe. Le braconnier allemand aurait déboursé 53 000 euros pour la traque. Il visait un ‘Big Five’, soit un léopard, un lion, un buffle, un rhinocéros ou un éléphant. Johnny Rodriguez, président du groupe de conservation du Zimbabwe, déplore l'immunité des touristes qui abattent des animaux au Zimbabwe tandis que les habitants du pays risquent gros pour ce type d'action : «Si un Zimbabwéen tue un animal pour nourrir sa famille, il risque entre 5 et 15 ans de prison, mais quand un riche chasseur étranger arrive pour abattre un animal, il a le droit de le faire.» 

«[La chasse] ce n’est pas pour se nourrir. Ce n’est pas pour le tir parce que des boîtes de conserve feraient l’affaire. Ce doit être simplement pour le plaisir de tuer. Débile. Ce qui est vraiment triste de nos jours, c’est que les chasseurs de gros gibier à trophées voient leur célébrité comme un bonus à leur perversité. Exactement comme les tueurs en série.»
~ Ricky Gervais (PETA)

Un journaliste québécois blâmait les réseaux sociaux pour avoir tenté de détruire la réputation du dentiste américain Walter Palmer (le tueur du lion Cecil). Ce n’est pas le dentiste qui était visé, mais le chasseur d’animaux protégés, notamment le dernier spécimen à crinière noire.

Dans cette veine :
Les trophées de la cupidité et de la vanité 
http://situationplanetaire.blogspot.ca/2015/07/les-trophees-de-la-cupidite-et-de-la.html
La barbarie : une maladie de civilisation 
http://situationplanetaire.blogspot.ca/2015/07/la-barbarie-une-maladie-de-la.html

«Chasse gardée» : le point de vue de l’écrivain et anthropologue Serge Bouchard

Le dentiste du lion
Serge Bouchard 
22/09/2015

Photo: Andrew Loveridge / Wildlife conservation unit

L’idée de pureté est une idée curieuse. Elle suppose une discrimination entre le pur et l’impur, entre le net et le moins net. Lorsque nous pensons protéger une nature vierge, nous la supposons intouchée, inaltérée, pure comme de l’eau de roche. En principe, il ne faudrait pas y poser le pied puisque nous avons le pied aussi sale que la main. Dès lors, cette nature vierge demeurerait inaccessible à jamais, puisque le seul fait d’y pénétrer pour mieux la contempler constitue un viol, une prise de virginité.

Les Américains ont un mot pour désigner les espaces sauvages : wilderness. Ils ont aussi la manière. Au XIXe siècle, ils ont développé leurs parcs nationaux en considérant qu’il fallait protéger ces territoires chastes de l’industrialisation et de la patte de l’homme. En réalité, il s’agissait de mettre de côté des réserves de paradis luxuriants pour le bénéfice des élites et des privilégiés, bien sûr au détriment des classes populaires et des couches inférieures de l’humanité. La nature pure exclut les humains cachés dans ses broussailles; seuls les anges fréquentent le paradis.

La wilderness américaine a même son icône : Theodore Roosevelt. Le président était un chasseur compulsif, tout comme ce dentiste qui a tué récemment au Zimbabwe un lion intouchable. Pouvoir se payer la tête d’un lion, cela indique bien le statut de l’ultra-prédateur. Teddy Roosevelt aimait les armes, la virilité, la race blanche. Ces qualités réunies, il ne lui restait plus qu’à créer des terrains de jeux pour les puissants de ce monde, des lieux sacrés où le prédateur suprême pourrait chasser en paix l’ours et le gros gibier, pêcher la truite à la mouche et le noble saumon, sans être importuné par le menu fretin de la société.

Nous avons été au Québec à l’avant-scène de cette comédie. La nature sauvage, dont le pays regorgeait, n’appartenait nullement aux petits Canadiens français, et surtout pas, ironiquement, aux Sauvages. La nature appartenait à celui qui avait des loisirs et assez de goût, de raffinement, pour en jouir pleinement. Servir l’Américain, guider ces messieurs, fut notre destin. Nous avions tous le statut de «boy», comme dans les colonies. Autrement, si nous affichions quelque indépendance, si nous tuions l’orignal ou le saumon pour le manger, on faisait de nous des braconniers, des moins que rien, de petits pygmées qu’il fallait chasser des bonnes terres. Bas les pattes! Laissés à nous-mêmes, nous étions capables de détruire les ressources. Nous avions de la pureté à la pelle, mais nous étions trop impurs pour en profiter.

Monsieur Menier, le riche chocolatier qui devint propriétaire d’Anticosti en 1895, investit une fortune pour développer son île : il en fit une réserve de chasse pour l’élite mondiale désirant se divertir à la manière des rois. Et pour faire les choses proprement, il n’eut de cesse d’en éloigner les Innus et les Cayens, ces parasites de la nature. Le comte de Gobineau, auteur de l’Essai sur l’inégalité des races humaines, était un grand ami de Menier et un grand amateur de safari. Où l’on voit que tout se tient. Le cercle des bien-pensants s’entendait sur les privilèges des humains supérieurs en face d’une nature qui leur revenait de droit. Terre sauvage, carré de sable des puissants messieurs de ce monde, chasse gardée des seigneurs aryens, nature réservée à l’usage des tenants de l’infériorité des races impures. Expulsons le Massaï du Serengeti, l’Indien de Yosemite, l’Algonquin du parc de La Vérendrye, le Montagnais de sa rivière, expulsons ces peuples de Métis, ces braconniers qui chassent pour manger; ne trouvez-vous pas que l’humain original fait tache dans les décors vierges du paradis terrestre?

Au tournant du XXe siècle, des journalistes américains des magazines de type outdoor cherchaient encore des autochtones «n’ayant jamais vu d’hommes blancs», quelque part au nord du lac Ashuanipi, dans la région de Petisikapau. Car la présence de Sauvages, naturellement, était gage de sauvagerie... Il suffit pourtant d’évoquer les explorations du géologue Henry Youle Hind au Labrador vers 1860, les réflexions du chroniqueur Arthur Buies sur le territoire québécois tout au long des années 1870 ou le fameux essai sur la Côte-Nord du naturaliste Napoléon-Alexandre Comeau, publié en 1909, pour se rendre compte que la nature sauvage, déjà, n’existait plus. Les sportsmen anglais et américains s’étaient donné des privilèges exclusifs de pêche au saumon sur les rivières québécoises depuis au moins 1850. La chasse sportive, la pêche à la mouche, le droit de tirer sur tout ce qui bougeait, du martin-pêcheur jusqu’au huard et à l’ourson – sans oublier le droit de chasser le Sauvage –, tout cela avait sonné le glas de la fameuse wilderness.

Le lion doit être tué par un riche dentiste du Minnesota. Cela est dans l’ordre de la nature. Seul le dentiste aux dents plus blanches que blanches a le droit d’entrer nuitamment dans la réserve faunique africaine. Autrement, ce serait le chaos. L’Américain sacrilège a tué le lion à crinière noire, un lion protégé et interdit, le symbole même de la savane pure. L’argent s’est toujours arrogé la part du lion.

L'ESPRIT DU LIEU
http://quebecscience.qc.ca/accueil  

14 octobre 2015

Où est le vrai?

Août 37.

Il s'enfonçait tous les jours dans la montagne et en revenait muet, les cheveux pleins d'herbes et couvert des égratignures de toute une journée. Et chaque fois c'était la même conquête sans séduction. Il fléchissait peu à peu la résistance de ce pays hostile. Il arrivait à se faire semblable à ces nuages ronds et blancs derrière l'unique sapin qui se détachait sur une crête, semblable à ces champs d’épilobes rosâtres, de sorbiers et de campanules. Il s'intégrait à ce monde aromatique et rocheux. Parvenu au lointain sommet, devant le paysage immense soudain découvert, ce n'était pas l'apaisement de l'amour qui naissait en lui, mais une sorte de pacte intérieur qu'il concluait avec cette nature étrangère, la trêve qui s'établit entre deux visages durs et farouches, l'intimité de deux adversaires et non l'abandon de deux amis. (Carnets I)

Mai 38.

Sur une même chose, on ne pense pas de même façon le matin ou le soir. Mais où est le vrai, dans la pensée de la nuit ou l'esprit de midi? Deux réponses, deux races d'hommes. (Carnets II)

~ Albert Camus (1913-1960)

Carnets I et II; mai 1936 – février 1942
Paris : Les Éditions Gallimard, 1962

Photo credit: Helen Douglas and her brother Willard are the subjects in the first of eight glass plates donated to Shorpy by the great-grandson of Edward Douglas (1857-1936), a U.S. Geological Survey employee who snapped these photos of his kids around 1895 at their home in the Washington suburb of Takoma Park, Maryland. Let's all thank Steve King for his generous and fascinating gift! (Submitted by Dave on Tue, 06/16/2015 - 9:58pm.) Via: http://www.shorpy.com/

36. SUR LE SENS DE LA VIE

La première et dernière liberté
Krishnamurti
Traduction de Carlo Suares 
Préface d’Aldous Huxley
Stock; 1954

 
(p. 287-288)

-- Nous vivons, mais nous ne savons pas pourquoi. Pour un grand nombre d’entre nous, la vie n’a aucun sens. Pouvez-vous nous dire la raison d’être et le but de nos vies?

-- Pourquoi me posez-vous cette question? Pourquoi me demandez-vous de vous dire quel est le sens et le but de la vie? Qu’est-ce que nous appelons vivre? La vie a-t-elle un sens? Un but? Vivre, n’est-ce pas son propre but et son propre sens? Pourquoi voulons-nous plus? Parce que nous sommes si mécontents de nos vies, elles sont si vides, si vulgaires, si monotones, avec l’indéfinie répétition des mêmes gestes, que nous voulons autre chose. Notre vie quotidienne est si insignifiante, assommante, intolérablement stupide, que nous disons : «il faut qu’elle ait un autre sens» et c’est pour cela que vous posez cette question. Mais l’homme qui vit dans la richesse de la vie, qui voit les choses telles qu’elles sont, se contente de ce qu’il a; il n’est pas confus : il est clair et c’est pour cela qu’il ne demande pas quel est le but de la vie. Pour lui, le fait même de vivre est le commencement et la fin. Notre difficulté est que, notre vie étant vide, nous voulons lui trouver un but et lutter pour y parvenir. Un tel but dans la vie ne peut être qu’une expression de l’intellect, sans aucune réalité. Un but poursuivi par un esprit stupide et un cœur vide, sera vide. Ainsi vous vous demandez comment enrichir vos vies (intérieurement, non pas d’argent, j’entends bien) : cela n’a pourtant rien de mystérieux. Lorsque vous dites que le but de la vie est d’être heureux, ou de trouver Dieu, ce désir de trouver Dieu n’est qu’une fuite devant la vie et votre Dieu n’est qu’une chose appartenant au connu. Vous ne pouvez vous acheminer que vers un objet que vous connaissez; si vous construisez un escalier vers ce que vous appelez Dieu, ce n’est certainement pas Dieu. La vérité est comprise en vivant, non en s’évadant de la vie. Lorsque vous cherchez un but à la vie, vous vous en évadez, vous n’êtes pas en train de la comprendre. La vie est relations, la vie est action en relation; mais lorsque je ne comprends pas mon monde de relations ou lorsque celles-ci sont confuses, je cherche un «sens» à ma vie en me demandant pourquoi elle est vide. Pourquoi sommes-nous si seuls, si frustrés? Parce que nous n’avons jamais regardé en nous-mêmes pour nous comprendre. Nous ne voulons pas nous avouer que cette vie est tout ce que nous connaissons, et que nous voudrions, par conséquent, la comprendre pleinement et complètement. Nous préférons nous fuir nous-mêmes et c’est pour cela que nous cherchons le but de la vie loin de nos relations. Si nous commençons à comprendre l’action – c’est-à-dire nos relations avec les personnes, les possessions, les croyances et les idées – nous voyons que la relation elle-même est sa propre récompense. Vous n’avez nul besoin de chercher, c’est comme chercher l’amour. Pouvez-vous le trouver en le cherchant? L’amour ne peut pas être cultivé. Vous ne le trouverez que dans le monde des relations, et c’est parce que nous n’avons pas d’amour que nous voulons un but dans la vie. Lorsque l’amour est là, qui est sa propre éternité, il n’y a pas de recherche de Dieu, parce que l’amour est Dieu. 
    C’est parce qu’elles sont si remplies de faits techniques et de superstitieuses litanies que nos vies sont vides; et c’est pour cela que nous cherchons un but en dehors de nous-mêmes. Pour trouver le but de la vie, nous devons passer par la porte de nous-mêmes; mais consciemment ou inconsciemment, nous évitons de voir les choses telles qu’elles sont et voulons, par conséquent, que Dieu nous ouvre une porte située au delà. Cette question sur le but de la vie n’est posée que par ceux qui n’aiment pas. L’amour ne peut être trouvé que dans l’action, laquelle est relation.

«L’amour ne fait pas tourner le monde mais il rend la balade inestimable.»
(Franklin P. Jones) 

Personne n’est obligé de faire quoi que ce soit de sa vie. Personne ne sera jugé sur le nombre de trophées remportés, de montagnes escaladées ou de contrats conclus.

Mais, si l’hypothèse de la survivance de l’âme est vraie, peut-être nous évaluerons  nous-mêmes sur d’autres aspects de la vie, comme le suggère Élizabeth Kübler-Ross :
   «Réjouissez-vous à l’avance de votre transition [mort, passage]. C’est la première fois que vous éprouverez l’amour inconditionnel. Tout ne sera que paix et amour; tous les cauchemars et les bouleversements vécus n’auront plus d’importance. Lorsque vous mourez, en principe, l’on vous demande deux choses : d’abord, combien d’amour avez-vous donné et reçu, et puis, dans quelle mesure avez-vous rendu service. 
   Et, vous connaîtrez les moindres conséquences de tous vos gestes, de toutes vos paroles et de toutes vos pensées. Et cela, symboliquement, c’est l’enfer car vous voyez toutes les occasions que vous avez ratées. Mais, vous verrez aussi comment un seul geste de bonté a pu toucher des centaines de vies, entièrement à votre insu. 
   Ainsi, concentrez-vous sur l’amour pendant que vous êtes ici et enseignez l’amour inconditionnel très tôt à vos enfants. N’oubliez pas de vous concentrer sur l’amour et attendez avec impatience le moment de votre mort. C’est la plus merveilleuse expérience que vous puissiez imaginer.»

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Nous nous comportons avec la terre comme si elle était notre ennemie. Nous avons essayé par tous les moyens de la soumettre à notre volonté au lieu de nous harmoniser à ses cycles. Résultat? ...! Si nous ne l’aimons pas, que faisons-nous tous ici?

«C’est notre terre, non pas la vôtre ni la mienne. Nous sommes appelés à y vivre et à nous entraider, non pas à nous détruire les uns et les autres. Ce que la société nous a proposé comme but à atteindre est l’ennemi de cet organisme vivant. Chacune de nos inventions, chacune de nos découvertes, nous pousse vers l’annihilation totale de l’espèce humaine. 
   La terre n'appartient à personne. Il s'agit d'un espace sur lequel nous avons tous à vivre pendant plusieurs années, labourant, moissonnant et détruisant. Vous êtes toujours un invité sur cette terre et vous devriez avoir la sobriété d’un invité.»

~ Krishnamurti  (1895-1986)

10 octobre 2015

Appariés, dépariés


«L'amour est toujours une intrusion. Le hasard se fait chair, la passion se fait raison.»
~ Amin Maalouf (Le Périple de Baldassare)

Amour binaire
Sybille Rembard, 2009 

Tu es l’autre partition
solitaire et inséparable.
La vie sans toi sera néantisée.
Symbiose qui réjouit
ou véritable angoisse?
Ta présence enflamme la dichotomie de notre amour, 
fusionne nos étincelles.
Crois-tu pouvoir survivre?
Moi, je sais!
Je marche à la dérive dans un désert en décomposition
avec cette seule pensée
un jour tu ne seras plus.
Et je serai
Dépariée.

http://www.poetica.fr/a-propos/

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I see you in my dreams sometimes
Asma Safi

I see you in my dreams sometimes
Smiling
wishing you'd smile
The same in real life
when I'm Awake
I see you in my dreams sometimes
Speaking to me, laughing, joking
Wishing you'd do the same
In the real life
When I'm awake
To make me happy
I see you in my dreams sometimes
When I've had a bad day
you make me smile in my dreams
Waking up with a smile
I notice you're just a dream
But even though you're just a dream
The dream gives me hope
Hope that me and you will be together one day... Forever
Then I won't have to dream about you
Because you'll be right next to me 


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À une femme
Victor Hugo

Enfant! si j’étais roi, je donnerais l’empire,
Et mon char, et mon sceptre, et mon peuple à genoux
Et ma couronne d’or, et mes bains de porphyre,
Et mes flottes, à qui la mer ne peut suffire,
Pour un regard de vous!

Si j’étais Dieu, la terre et l’air avec les ondes,
Les anges, les démons courbés devant ma loi,
Et le profond chaos aux entrailles fécondes,
L’éternité, l’espace, et les cieux, et les mondes,
Pour un baiser de toi!

(Les feuilles d’automne

Photographe : Elliott Erwitt, 1964

Amour nordique
Fester Bryan, 2006

Le vent polaire fouette férocement mon corps
Des formations de glace apparaissent au moindre souffle
Ma fourrure me couvre comme un maillot de corps
Il fait moins vingt cinq
Mais au cœur de moi
Rougeoie calmement une veilleuse
Où mes pensées pour toi
Dansent à jamais
Prêtes à s’enflammer passionnellement

Titre original : Northern Love (traduction Michel Blanc)

http://www.poetica.fr/a-propos/

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Dead Love
Elizabeth Siddal

Oh never weep for love that’s dead
Since love is seldom true
But changes his fashion from blue to red,
From brightest red to blue,
And love was born to an early death
And is so seldom true.
Then harbour no smile on your bonny face
To win the deepest sigh.
The fairest words on truest lips
Pass on and surely die,
And you will stand alone, my dear,
When wintry winds draw nigh.
Sweet, never weep for what cannot be,
For this God has not given.
If the merest dream of love were true
Then, sweet, we should be in heaven,
And this is only earth, my dear,
Where true love is not given.

Via : http://www.theguardian.com/books/booksblog/2015/sep/14/poem-of-the-week-dead-love-by-elizabeth-siddal

9 octobre 2015

À quand l’overdose?

Encore une fusillade, cette fois au campus de l’université Northern Arizona, Flagstaff, Arizona. C’est inconcevable, mais les «gun nuts» (comme les appellent les Américains) utilisent cette spirale infernale pour inciter les Américains à s’armer encore plus. On a fait de l'arme un objet prétendument inspensable à la vie, méchant contresens...!  


Leur slogan doit être «un enfant, un gun», puisqu’on vend des armes pour enfants qui fonctionnent avec de vraies balles. Le nom de la gamme de produits pour enfants du fabriquant Crickett est «mon premier fusil». On propose des modèles roses pour les filles, et bleus (ou style camouflage) pour les garçons.


Aux États-Unis :
- Depuis le 1er janvier 2015 : 7 708 homicides par armes à feu
- On compte plus d'un meurtre par armes à feu à toutes les heures, soit plus de 27 homicides par jour ou encore 9 855 meurtres par an. Il y aurait près de 283 millions d'armes à feu en circulation aux États-Unis, soit 88 armes pour 100 habitants, le plus haut taux de possession d'armes à feu du monde.
  En 2011 :
- Selon un sondage de l'institut Gallup, 47% des Américains déclaraient avoir au moins une arme à feu à leur domicile.
- 4 millions d'Américains étaient membres de la NRA (National Rifle Association) l'association de défense du port d'armes américaine et 70% des sondés déclaraient qu'ils voteraient contre une loi visant à restreindre l'usage ou le port des armes.
  Source des statistiques : http://www.planetoscope.com/


Triste quand même...!

Dans un article (Psychology Today), un professionnel de la santé suggérait que les armes, les incompétences parentales, les jeux vidéo, les films violents, la culture populaire ou la maladie mentale n’étaient pas les causes directes des fusillades. Il faut se pencher sur les causes profondes de la popularité de la violence, de la vengeance et du fantasme de l’ayant-droit associé au rêve américain que nous portons individuellement et collectivement, et qui peuvent déboucher sur la rage meurtrière, dit-il. Interdire les armes, les jeux vidéo et les films violents ne règlera pas le problème. Il faut semer d’autres graines qui, dans un sol riche, supplanteront les graines de la violence collective.

C’est évident qu’il y a de graves anomalies socioculturelles transmises d’une génération à l’autre. Pas uniquement aux États-Unis, bien entendu, mais le terreau est particulièrement fertile. Si personne ne fait rien pour modifier ce genre de culture, eh bien ça risque de durer encore longtemps... Parfois, il faut poser des gestes radicaux pour stopper la gangrène. Alors, en attendant que la population s’éduque, les Américains pourraient avantageusement s’inspirer de cet exemple :

Un gouvernement a éliminé les fusillades dans les écoles en interdisant les armes

En 1996, il y a eu une fusillade dans une école élémentaire en Écosse. 16 enfants de 5 à 6 ans et un enseignant ont été tués. L'année suivante, le Royaume-Uni a interdit la possession individuelle d’armes de poing, tous calibres confondus. Il n'y a pas eu de fusillades dans des écoles depuis. (School Shootings Solved Forever, Dec 17, 2012)

Ian Robertson, Ph.D., author of The Winner Effect, holds the Chair in Psychology at Trinity College Dublin

En tout cas ce n’est pas l’amour qui fait tourner le monde...

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Je tiens mon visage à deux mains
Thich Nhat Hanh

Non, je ne pleure pas
Je tiens mon visage à deux mains
Pour réchauffer ma solitude
Deux mains protégeant
Deux mains nourrissant
Deux mains empêchant mon âme
de me laisser en colère.