25 avril 2016

Plumes et science

On dit que le diable est dans les détails. La beauté aussi, et c’est à couper le souffle!
J’éprouve une fascination incontrôlable, de l’émerveillement, envers les oiseaux, tout comme les fleurs.

Ces mots de Victor Hugo (1802-1885) sont tellement appropriés quand on pense à l’odieux commerce d’oiseaux qui se pratique partout dans le monde : 
   De quel droit mettez-vous des oiseaux dans des cages? 
   De quel droit ôtez-vous ces chanteurs aux bocages? 
   Aux sources, à l'aurore, à la nuée, aux vents? 
   De quel droit ôtez-vous la vie aux vivants?

Ah mais, l’argent donne tous les droits, n’est-ce pas?
Pourquoi cette maladie de l’appropriation, cette obsession de posséder ce qui ne devrait pas l’être? C’est la cause de tant de dévastations inutiles. On peu pourtant aimer, regarder et apprécier sans posséder. Nous ne savons pas du tout ce que signifie «vivre et laisser vivre».

L’art rencontre la science dans une célébration poétique de l’étonnante diversité qu’on trouve sur terre 

Tandis qu’il travaillait sur une histoire de Darwin pour National Geographic, le photographe Robert Clark (1) s’est penché sur le rôle des oiseaux et de leurs plumes dans la théorie de l'évolution du scientifique. L’amour de Clark pour les oiseaux n’a jamais cessé depuis son enfance, mais il a encore grandi récemment à cause de sa curiosité scientifique au sujet des plumes, un chef-d’œuvre de la nature qui cumule 200 millions d'années d’évolution. Pour exorciser son obsession, il a photographié une gamme étonnante de plumes.

Feathers: Displays of Brilliant Plumage est un ouvrage de taxonomie dont les photographies fabuleuses sont accompagnées de courts textes nous renseignant sur le rôle des plumes dans la vie de différentes espèces d’oiseaux – chasse, camouflage, vol et accouplement. C’est une lettre d'amour photographique époustouflante en hommage à ce chef-d’œuvre de l’évolution et à son large éventail de beauté. 

Un oiseau peut utiliser certaines de ses plumes pour voler, d'autres pour rester au chaud, et d'autres encore pour attirer une compagne. Et parmi les dix mille espèces d'oiseaux vivants, l’évolution a produit une gamme prodigieuse de plumes pour chacune de ces fonctions. Les manchots, par exemple, produisent de minuscules plumes-racines sur leurs ailes qui les gardent au chaud dans l'océan Antarctique tout en leur permettant, en effet, de voler au-dessus de l'eau. Les hiboux, d'autre part, ont des plumes sur leurs ailes que camoufle le son de leur vol quand ils foncent sur leurs victimes. Les plumes de la queue du ménure croissent en élégante torsade pour attirer une compagne. Le Club-winged manakin [pas trouvé de traduction...] est le seul oiseau dont les ailes produisent un son de violon lorsqu’il les bascule pour faire sa cour; la femelle ne choisit pas tant le mâle pour l’apparence de ses plumes que les sons qu’il produit.

[Note perso : l’intrigue n’est pas résolue, mais les scientifiques croient qu’il s’agirait d’une suite de vibrations résultant de l’évolution de leurs plumes. Vous pouvez l’entendre sur Cornell : https://academy.allaboutbirds.org/singing-wings-sounds/  ]



Paradisier royal, cicinnurus regius (Papouasie-Nouvelle-Guinée)
Le Paradisier royal est un oiseau rouge vif dont les ailes ont une forme étrange. La paire de fils de la queue sur cette photographie ne sert pas à des fins mécaniques; comme les autres paradisiers, l’oiseau utilise ces plumes pour son rituel complexe d'accouplement.



Faisan doré, chrysolophus pictus (Chine)
Le faisan doré mâle, également connu sous le nom de faisan chinois  est une créature extravagante. Mettant en vedette des tons de rouge et de jaune, chacune des sections de son plumage est une vibrante palette de couleurs. Mais en dépit de ses couleurs voyantes, il n'est pas facilement visible dans l’obscurité des habitats boisés du centre de la Chine. La distribution des plumes en couches superposées obscurcit le plumage de base. Ces plumes ne servent pas au vol, mais à attirer une partenaire. Les mâles aux colorations les plus voyantes sont les prétendants les plus intéressants.



Goura de Victoria, guora victoria (Nouvelle-Guinée)
Ce membre de la famille des columbidés, est connu pour son puissant appel, parfois accompagné d'un claquement quand ses ailes de forme bizarre battent l'air. Pesant plus de 3 kilos, on le considère comme le plus répandu de la famille des pigeons.



Pic flamboyant, colaptes auratus (Amérique du Nord)
Alors que la plupart des espèces de pics sont associés aux arbres, le pic flamboyant a tendance à se nourrir au sol en forêt. Ici on montre une rémige secondaire dont le bout est cranté. Pendant le vol, l'air s’engonce dans les trous créés par les  encoches des plumes, augmentant ainsi le pouvoir d'élévation. 



Ménure superbe, menura novaehollandiae (Australie orientale)
On trouve cette espèce dans la forêt australienne, et elle est connue pour la capacité du mâle d’imiter les sons de l’environnement, allant des complexes chants d'oiseaux à la tronçonneuse utilisée en forêt. Les plumes du mâle, lorsqu’elles sont déployées, ressemblent à une lyre. Elles sont cruciales lors des fréquentations. Leurs rituels d’accouplement sont tout aussi complexes que leurs chants. Les mâles fabriquent un monticule de terre végétale sur lequel ils chantent et déploient leurs plumes en dansant pour attirer une compagne. Cette photo montre le détail d’une plume de la queue. Ces plumes purement ornementales ne servent pas au vol.



Jaseur boréal, bombycilla garrulus (Amérique du Nord)
Cette photo montre toutes les plumes du Jaseur boréal. Parmi plus de trois millions d'oiseaux, ce membre des passeriformes représente l'une des plus grandes populations de passereaux vivant dans l'hémisphère nord. Les jaseurs sont reconnus pour s’enivrer – ils mangent souvent des baies fermentées. Bien que leurs corps soient habituellement capables de métaboliser l'alcool, ils s’intoxiquent parfois mortellement.



Choucador royal, lamprotornis regius (Afrique de l'Est, Somalie, Éthiopie, Kenya, nord de la Tanzanie)
Les étourneaux sont des animaux sociaux qui fonctionnent en «coopérative alimentaire». Ils nichent par groupes pour nourrir collectivement leurs oisillons. Mâles et femelles partagent la même coloration, et les plumes deviennent plus brillantes avec l’âge. Les bordures des plumes sont irisées comme celles du paon. L’interférence avec la lumière naturelle laisse voir la couleur structurelle.



Ara rouge, ara macao (Amérique du Sud)
La coloration de cet ara lui permet de vivre et de se fondre dans divers habitats. Même si l'oiseau a été soumis à une perte d'habitat, jusqu'à présent l'espèce demeure très répandue et assez souple pour éviter les graves menaces qui pèsent sur sa population.



Faisan argenté, nycthemera Lophura (Sud-est asiatique)
Le faisan juvénile mêle porte des plaques de plumage brun sur le dos. En vieillissant, ces plumes deviennent d’un blanc pur tandis que celles de la femelle restent brunes. À l'origine on le trouvait en Asie du Sud-est. Mais sa popularité comme animal de compagnie, à cause de son tempérament calme et de son comportement non destructeur dans les jardins, fait en sorte qu’on en trouve un peu partout.



Pic vert, picus viridis (Europe orientale et Asie occidentale)
Même s’il est officiellement membre de la famille de pics, cet oiseau ne passe pas son temps à faire des trous dans le bois. Cet oiseau se nourrit principalement d'insectes et de larves, capturés sur le sol; il recherche particulièrement les fourmilières dans les prés. Les deux sexes sont d’un jaune verdâtre avec un croupion jaune vif et une couronne rouge. Cette rémige secondaire est à peine visible si l'oiseau n’ouvre pas ses ailes.



Paon bleu, pavo cristatus (originaire du sud de l'Asie, mais introduit partout dans le monde)
Les mâles de cette espèce pourraient bien être les oiseaux les plus connus du monde. Leurs queues extravagantes sont environ trois fois plus longues que son corps. Leur plumage irisée est un exemple de couleur structurelle – les plumes sont en réalité brunes, mais en interférant avec la lumière, cela fait apparaître du bleu, du vert et du turquoise. La diffraction est à l'origine des variations de couleurs selon l’angle d’observation. Les couleurs disparaissent lorsqu'on observe les plumes à l'envers et par transparence.



Paradisier rouge, paradisea rubra (Papouasie-Nouvelle-Guinée)
Cet oiseau compte parmi les 700 espèces d'oiseaux aux coloris vibrants qu’on trouve en Papouasie-Nouvelle-Guinée car c’est une île où ils ont peu de prédateurs; l'espèce a donc pu prospérer sans faire face à une grande concurrence.

Traduction/adaptation d’un article de Brain Pickings https://www.brainpickings.org/2016/04/13/feathers-robert-clark/

(1) Bio : http://www.robertclark.com/about/
Robert Clark a remporté de nombreux prix pour ces photoreportages souvent inusités.



Voyez son projet Cane Cutters : les travailleurs prisonniers des plantations de canne à sucre pour satisfaire notre «dent sucrée», par ailleurs en train de nous tuer. Ce fléau nous ronge depuis des siècles, et pas seulement les dents. Comme pour le reste, on en produit trop, alors l’industrie agroalimentaire met du sucre dans tout... 
   Avec un volume annuel de production supérieur à 2,2 milliards de tonnes, ce sont les premières plantes cultivées au niveau mondial avec plus de 20 % de la masse totale produite en agriculture dans le monde. Le Brésil vient en tête avec 9 835 169 Ha en surface cultivée et une production de 721 077 287 t. (Wiki)  

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