13 mai 2016

Droits et libertés en recul?



En principe, quand on vit en société on doit suivre certaines lois afin de ne pas causer de torts physiques et/ou émotionnels à autrui – vu la tendance innée de l’homme à faire le contraire. Toutefois, si nous avons appris à révérer la VIE, cette tendance à nuire à nos semblables, aux animaux et à la nature diminue considérablement. La révérence aide à protéger la vie. Le manque de considération initie généralement des cycles de destruction et de violence en boucle. La Charte des droits de l'Homme et la Charte des droits de la Terre devraient s'enseigner à l'école primaire.

Le respect des droits et libertés a certes progressé dans les nations «dites» libérales, bien qu’il subsiste de nombreuses carences. Cependant, en beaucoup de pays, ces droits sont bafoués, voire inexistants. Généralement en raison de régimes politiques ou religieux autocratiques, ou d’une combinaison des deux. La prééminence étatique étant suffisamment lourde, faut-il ajouter une police religieuse en prime? L’état et la religion ne devraient jamais réglementer la vie privée des gens.

À titre d’exemple, le droit saoudien basé sur la charia, régule les lois morales et pénales tant dans la vie privée que dans les activités commerciales. Ce cadre juridique, couvrant les domaines familial, personnel, pénal et civil, s’applique à tous les citoyens, aux étrangers séjournant dans le pays, ainsi qu’aux touristes. Toute personne osant questionner les lois en vigueur, risque des peines sévères comme celles infligées à Raïf Badawi. L’adultère, l’homosexualité et l’apostasie sont des crimes pouvant encourir la peine de mort, rien de moins. La police religieuse (la muttawa) veille à ce que la charia soit respectée. Cette police peut d’ailleurs «harceler, poursuivre ou même agresser» les étrangers qui ne suivent pas les règles de conduite et le code vestimentaire du pays, souligne le gouvernement dans son avis aux voyageurs. (Réf. : ICI Radio-Canada, janvier 2015)

Actuellement, plus d’un demi-million de personnes (hommes, femmes, enfants) travaillent dans des exploitations minières à travers le monde. Sous-payés et aucunement protégés par des normes de sécurité santé/travail, en fait ce sont des esclaves. En Afrique du Sud, en mars dernier, les compagnies minières Anglo American et Anglo Gold Ashanti ont accepté de dédommager des milliers de mineurs d’or atteints de silicose, une maladie du poumon souvent contractée à cause de la poussière de silice. Pour avoir droit à une indemnisation, le travailleur doit prouver qu’il souffre de silicose et avoir travaillé dix ans au minimum. En exploitation forestière, minière et pétrolière les pratiques colonialistes sont monnaie courante dans les pays émergeants et pauvres. On est loin de l’équité sociale. Le vrai prix de l’or : des vies humaines... 

Nous avons eu nos heures de gloire. Aujourd’hui, les compagnies recrutent des étrangers payés moins cher car ils ne sont pas syndiqués. De sorte que la plupart ne sont pas protégés par nos normes salariales et de sécurité santé/travail.

Il n’y a pas si longtemps dans notre «belle province»...

LE TRAVAIL

Les enfants et le travail

Au 19e siècle, les enfants sont considérés comme des biens économiques par leur famille. En région, comme en ville, dès l’âge d’environ 7 ans, on s’attend d’eux qu’ils amènent de l’eau au moulin. Les enfants travaillent donc sur des terres agricoles, dans les mines, dans les manufactures, etc. En 1885, on tente de limiter le travail des enfants en émettant l’Acte des manufactures de Québec, qui interdit aux employeurs d’embaucher des garçons de moins de 12 ans et des filles de moins de 14 ans. Cette loi ne s’applique cependant qu’aux enfants qui n’ont pas une autorisation parentale de travailler, ce qui est loin d’être la majorité.


Via Webdoc série LES PAYS D’EN HAUT

Les femmes et le travail

En arrivant sur un nouveau lot, les colons s’installent dans des habitations de fortune avec le strict minimum jusqu’à de que la nouvelle ferme soit installée. Les femmes, comme les hommes, doivent défricher, brûler, piocher, semer et récolter. Lorsque leur mari part au camp de bûcherons, elles doivent s’occuper de la maisonnée et de la ferme, seules. En plus de participer activement à ce dur labeur, elles doivent s’occuper des enfants, les nourrir, les soigner et les éduquer. Les familles nombreuses sont courantes, puisque les enfants constituent le cœur de la main-d’œuvre à la ferme.


Via Webdoc série LES PAYS D’EN HAUT

Les femmes qui travaillent en ville sont, pour la plupart, des domestiques : bonnes à tout faire, cuisinières dans des hôpitaux et ménagères dans des couvents et presbytères. La majorité des domestiques sont logés. Les heures de travail varient d’un emploi à l’autre, mais une bonne à tout faire peut s’attendre à faire des journées de 16 à 18 heures et à n’avoir pour congé que le dimanche après-midi.

Dans les usines de textiles, de souliers et de tabac, les femmes constituent de 30 à 60% de la main-d’œuvre. Quatre-vingts pour cent des employés sont des femmes et des enfants. Les ouvrières, pour la plupart célibataires, gagnent la moitié du salaire des hommes. Les employeurs le justifient en spécifiant que les femmes n’ont pas les mêmes responsabilités financières que les hommes, ignorant le fait qu’en général elles travaillent pour contribuer au budget familial ou doivent subvenir à leurs propres besoins.

Les accidents de travail

Avant l’adoption de la Loi sur les accidents de travail en 1931, les victimes d’accidents de travail devaient poursuivre leur employeur en justice à leurs frais pour obtenir une indemnisation. La plupart du temps, les victimes, faute de moyens, ne pouvaient se permettre de telles démarches et étaient simplement privées de revenus.

LE STATUT

Les femmes au 19e siècle

Au Canada, les femmes n’étaient pas considérées comme des «personnes», au même titre que les «Sauvages», les Chinois, les Japonais, les criminels et les fous. À cette époque, les femmes devaient se marier, sinon elles se retrouvaient «vieilles filles» ou entraient en religion. Ce n’est qu’environ 1% des femmes qui choisissaient cette dernière option.

Le mariage

Au 19e siècle, le mariage semble promettre un meilleur avenir aux femmes. En effet, même en travaillant 6 jours par semaine plus de 12 heures par jour, le salaire est loin d’être suffisant pour permettre à une femme célibataire de se loger et de subvenir à ses propres besoins.

La plupart des mères célibataires donnent leur enfant illégitime en adoption à cause de la pression sociale, mais aussi parce que les maigres salaires accordés aux femmes ne leur permettent pas de subvenir à leurs besoins. On adopte aussi les enfants légitimes de familles très pauvres et les orphelins.

Selon le Code civil du Bas-Canada de 1865, les hommes peuvent se marier dès l’âge de 14 ans et les femmes, dès l’âge de 12 ans. Cependant, si le marié n’a pas 21 ans, il faut obtenir le consentement des parents du jeune en question avant de procéder. Si les deux parents ne sont pas d’accord, le consentement paternel suffit.

Comme on peut le lire dans le Code civil, le mariage établit très clairement les rôles des époux. L’homme est le pourvoyeur de la famille. La femme quant à elle, doit s’occuper des tâches ménagères et des enfants à naître. Selon le Code civil du Bas-Canada adopté en 1866, la femme mariée est considérée comme une mineure. Elle ne peut pas exercer une profession libérale et n’a pas son mot à dire sur le choix de leur lieu de domicile. Elle ne peut pas vendre, hypothéquer ou acheter de biens immeubles. Elle ne peut pas non plus signer de contrat sans l’autorisation de son époux. Faire des commissions et de modestes achats ménagers lui est cependant permis. Ce n’est qu’à partir de 1981 que les époux sont véritablement égaux dans le mariage.


Famille, probablement en milieu rural (1950); source inconnue

Au Québec, les femmes propriétaires peuvent voter sans restriction de 1809 à 1849, jusqu’à ce que l’on insère le mot «homme» dans la loi électorale. Ce n’est que le 24 mai 1918 qu’elles retrouvent ce droit civil au fédéral, et le 25 avril 1940 au provincial. Le Québec est la dernière province canadienne à avoir octroyé le droit de vote provincial aux femmes. 

Les autochtones

Dans un rapport de 1876, le ministère de l'Intérieur écrit : «Notre législation indienne repose sur le principe que les autochtones doivent rester dans un statut de tutelle et être traités comme des pupilles ou enfants de l'État […] L'intérêt des autochtones comme celui de l'État requiert que tous les efforts soient faits pour aider l'homme rouge à sortir de sa condition de tutelle et de dépendance et il est clairement de notre savoir et de notre devoir de le préparer, par l'éducation et tout autre moyen, à un plus haut degré de civilisation en l'encourageant à assumer les privilèges et les responsabilités d'une citoyenneté entière.»


Pensionnat autochtone (Chaire de recherche du Canada)

Mais il faut attendre le projet de loi C-31 en 1985 pour que cette loi, à la suite de l'adoption de la Charte canadienne des droits et libertés, soit profondément amendée. La loi de 1985 supprime notamment les discriminations envers les femmes et autorise les bandes à déterminer elles-mêmes la liste de leurs membres, alors que cette prérogative était jusque là exercée par le gouvernement.

Depuis 1985, plusieurs lois ont été adoptées afin de renforcer les gouvernements indiens autonomes. En 1999, la loi sur la gestion des terres des premières nations permet aux bandes de recevoir la gestion des terres sur leur réserve.

LA JUSTICE

Le système de justice

Au 19e siècle, le coroner est généralement un médecin qui exerce des pouvoirs judiciaires dans ses enquêtes qui se déroulent devant la Cour du coroner. Un jury est composé habituellement de douze hommes honnêtes, sans passé judiciaire, objectifs par rapport à l’enquête et provenant de la localité où le décès est survenu ou de l’endroit où a été trouvé le cadavre. Ce jury est alors régi par un président qui, comme un juge, guide légalement le jury et en reçoit le verdict.

Source des extraits précédents : Webdoc série LES PAYS D’EN HAUT
http://lespaysdenhaut.radio-canada.ca/webdoc/

Dans le dernier tiers du XIXe siècle et au début du XXe siècle, les juges de paix sont des citoyens nommés par le lieutenantgouverneur en conseil pour exercer cette fonction. De manière générale, ils ne sont pas des juristes (sauf si une dérogation est accordée dans un cas particulier), mais ils doivent être des «personnes compétentes». Leur rôle professionnel importe moins qu’un niveau d’instruction suffisant pour remplir leur tâche. Ils sont parfois médecins, marchands, hommes d’affaires, cultivateurs… Pour accéder à cette fonction, ils doivent posséder au moins un bien immobilier d’une valeur fixée par la loi et situé sur le territoire de la région où ils exercent. Ils prêtent un serment d’allégeance.

Par ailleurs, certaines personnes sont juges de paix d’office, selon les pouvoirs liés à leurs charges. C’est notamment le cas des maires et des conseillers municipaux dans les limites de leur municipalité. Un auteur du début du XXe siècle précise que les agents des terres et les employés du département des terres et forêts exercent alors de tels pouvoirs. Ceci est compréhensible dans un contexte socioéconomique où la colonisation des nouvelles régions de la province s’avère aussi importante que difficile. 

Source : www.tribunaux.qc.ca 

Justice en milieu autochtone (20e siècle)

Bien que par le passé le Québec ait fait preuve d’un certain dynamisme, il faut aujourd'hui constater, ici comme dans plusieurs autres provinces et territoires, que l’administration de la justice en milieu autochtone présente plusieurs lacunes et pose d'importants défis. Il faut reconnaître que les citoyens de ces communautés doivent recevoir des services de justice répondant davantage à leurs besoins, et renouveler notre engagement à répondre à ces besoins par des mesures concrètes, adaptées à leur réalité.

Dans les faits, la Cour du Québec ainsi que les intervenants du ministère de la Justice et ceux du ministère de la Sécurité publique doivent consacrer une énergie de plus en plus considérable à l’administration de la justice en milieu autochtone. Dans plusieurs communautés, la criminalité est en hausse constante et le contexte social se dégrade, ce qui a évidemment un impact sur les services à rendre et les coûts y afférents.

Source : www.justice.gouv.qc.ca 

Le mariage de l’Église et de l’État, pour le meilleur et le pire...
«Notre répulsion envers la religion» :
http://artdanstout.blogspot.ca/2016_02_01_archive.html

11 mai 2016

«Voir à travers celui qui voit»


Photo : film Le Miroir, Andreï Tarkovski; 1974 (1)

Un jour, moi, Zhuangzi, j’ai rêvé que j’étais un papillon, volant et butinant ici et là.
J’étais tout à ma joie d’être papillon, ignorant que j’étais Zhuangzi. Soudain je m’éveillai, et j’étais à nouveau moi-même.
Or maintenant, je ne sais pas si j’étais un homme rêvant qu’il était un papillon ou si je suis maintenant un papillon rêvant qu’il est un homme.
Il y a bien sûr une différence entre un homme et un papillon.
La transition, c’est la transformation des choses matérielles. 

~ Tchouang-tseu

Il est nécessaire d’établir comme une loi que l’aventure n’existe pas. Elle est dans l’esprit de celui qui la poursuit, et dès qu’il peut la toucher du doigt, elle s’évanouit pour renaitre bien plus loin, sous une autre forme, aux limites de l’imagination. 

~ Pierre Mac Orlan

L’Autre
Andrée Chedid

«Je est un autre.» Arthur R.

À force de m’écrire
Je me découvre un peu
Je recherche l’Autre

J’aperçois au loin
La femme que j’ai été
Je discerne ses gestes
Je glisse sur ses défauts
Je pénètre à l’intérieur
D’une conscience évanouie
J’explore son regard
Comme ses nuits

Je dépiste et dénude un ciel
Sans réponse et sans voix
Je parcours d’autres domaines
J’invente mon langage
Et m’évade en Poésie

Retombée sur ma Terre
J’y répète à voix basse
Inventions et souvenirs

À force de m’écrire
Je me découvre un peu
Et je retrouve l’Autre.

Poème inédit commandé par le Printemps des Poètes 2008

Via : http://www.poetica.fr/a-propos/

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(1) Le Miroir de Tarkovski introduit une nouvelle manière de penser/sentir le Temps : non seulement le temps qui s'écoule dans le plan mais le plan qui se structure selon les rythmes différents du temps. Ce que nous permet le film Le Miroir de Tarkovski, c'est de penser le Temps autrement.

Un instant est l'éternité,
L'éternité est maintenant;
Voir à travers cet instant,
C'est voir à travers celui qui voit. 

~ Wu-men Kuan (Les Fleurs de Bouddha)

Le passé et le présent ne sont au fond que la présentation d'une même image vue dans un miroir. (...) Pour rejoindre le passé, il ne suffit pas de marcher à reculons, à rebours du sens chronologique : par là on ne fera que parcourir les différents moments linéaires d'un ancien présent. Voir le passé, c'est oublier le présent, se détourner du présent et passer dans ce monde du temps qui double notre univers spatial. Le passage du présent au passé se fait en pivotant sur soi. Ce mouvement de pivotement, c'est au sens propre une conversion, comme dans cette scène où l'enfant est seul dans la maison et où, quand il tourne sur lui-même, chacun de ses tours fait surgir un moment différent du temps.

Comme le dit encore Tarkovski lui-même : «L'image n'est pas une quelconque idée exprimée par le réalisateur, mais tout un monde miroité dans une goutte d'eau.»

Cette phrase de Tarkovski trouve un écho dans ce poème de Kabîr, poète mystique indien du XVème siècle :

Qu'une goutte tombe dans la mer,
Tout le monde peut le comprendre.
Mais que dans une goutte la mer soit contenue,
Qui peut saisir cela?
Qu'une goutte tombe dans la mer,
Tout le monde peut le comprendre,
Mais que la mer tombe dans une goutte,
Qui peut saisir cela?

Ce n'est pas simplement la goutte qui se fond dans l'océan, c'est l'océan qui se fond dans la goutte. Toute partie est partie d'un Tout qui existe tout entier en chaque partie. C'est l'enjeu à la fois éthique et esthétique du film : seule la présence de la partie au tout permet la présence du tout dans la partie. Plus nous sommes présents au monde, plus le monde sera présent en nous. Plus nous vivons tout entier en chaque instant, plus en chaque instant nous pourrons retrouver l'ensemble du temps.

~ Jean-Yves Heurtebise  http://www.cadrage.net/films/miroir.htm

8 mai 2016

Un désastre d’une ampleur inimaginable

«À moins de recevoir 100 millimètres de pluie, nous nous attendons à combattre ce feu de forêt pour les mois à venir», a affirmé Chad Morrison, porte-parole du service gouvernemental Alberta Wildfires, à CBC. «Ce n'est pas rare pour ce type de feu.» On craint aussi que le brasier ne se propage vers la Saskatchewan et la Colombie Britannique. Le périmètre s’étend à plus de 2000 km2. Le feu n’a pas de frontières... ni le vent, ni l’eau.



La plupart des sites d’exploitation pétrolifère ont diminué ou cessé leur production et procèdent à des évacuations. L'Edmonton Journal rapporte que le cheptel de 300 bisons entretenu par Syncrude près de ses installations sera laissé à lui-même. «Nous avons laissé autant d'eau et autant de nourriture que possible», a expliqué le porte-parole Leithan Slade. Sympa quand même... 


Photo : Fredy Amariles/Reuters – Un chien attend près des ruines d’une maison.

De bonnes âmes s’occupent des animaux de compagnie

Plusieurs résidants de Fort McMurray qui n'ont pas pu amener leurs animaux de compagnie lorsqu'ils ont évacué, ont demandé de l'aide via les médias sociaux, et, ils ont de bonnes raisons de garder espoir. L'Edmonton Humane Society a créé un fonds de secours pour les animaux, et a annoncé qu’elle était prête à effectuer «des opérations de sauvetage». Il semble que les animaux sont conscients du feu : «Vous devez comprendre que les animaux sont très intelligents, explique Alex Pavcek, du service d’incendie de Lesser Slave Lake. Ils ont souvent prouvé qu'ils étaient capables d’échapper au feu et de se trouver un foyer.» (McClean’s)

Et l’éternelle question demeure : s’agit-il d’un acte intentionnel? Vu le nombre de psychopathes en liberté, c’est une possibilité. Un internaute a examiné des données satellitaires de la région. Il aurait repéré des foyers mineurs d’incendie à quelques endroits en périphérie de Fort McMurray, un ou deux jours avant le déclenchement de l’incendie principal. Étrange. J’imagine qu’une fois les cendres retombées, il y aura enquête approfondie.


Le long ruban de l'exode; plus de 90 000 évacués depuis une semaine.

Une fois de plus, je m’évade avec mon passeport santé : la musique

«Nos réactions à la musique sont ancrées dans quelque chose de plus profond que la pensée... La musique me donne la liberté de dériver dans une rêverie personnelle qui n’est pas limitée par les inventions du compositeur. Et l’une des choses que j’aime de la musique c’est la façon dont elle fait fondre l'habituel besoin de comprendre. Parfois l’appréciation d'une oeuvre vient du fait de ne pas savoir, de ne pas comprendre, de ne pas reconnaître.

J'avais charrié la mort de Lenny dans un paquet scellé, congelé, un paquet auquel je n’avais pas accès, mais que je ne pouvais pas jeter non plus. Tant que j'avais peur de regarder à l'intérieur, il maintenait son joug terrifiant sur moi : cela me faisait peur et me déprimait, car si je l’avais ouvert, je me serais permis d’éprouver ces sentiments au lieu de sombres simulacres. Ce n’était pas seulement Lenny qui était congelé; je l’étais aussi. Tandis que j’écoutais les mots incompréhensibles des chanteurs au Berlin Philharmonic Hall, quelque chose en moi s’est réchauffé, s’est adouci. Pour la première fois depuis des mois, j’étais à nouveau capable de ressentir profondément.» 

~ Wendy Lesser (Room for doubt; 2007) 

«La musique éveille l'âme. La musique a le pouvoir d’exprimer l'inexprimable.»
~ Aldous Huxley (Music at Night; 1931)

Via http://www.brainpickings.org/

Image d'accompagnement vidéo : une forêt. Elle reverdit à la fin...  



Autre façon de composer avec le stress : l'humour

Jason Headly considère qu’il est important d’intégrer des jurons à la méditation; autrement, c’est trop sérieux et rebutant. C’est pourquoi il a créé des vidéos de méditation avec jurons. Génial. Je les écoutées et ça marche. On largue les obsessions dans le bac de recyclage. L’humour est très efficace pour réduire l’anxiété et décrocher des soucis, en effet. (En anglais)

F*ck That : An Honest Meditation 2:29 minutes
https://www.youtube.com/watch?v=92i5m3tV5XY

Inner F*cking Peace 5:24 minutes
Get the F* Out... of this bullshit ... breathe out the F*cking nonsense of this world.
https://www.youtube.com/watch?v=OTih3fwoA2I

Explication scientifique du pouvoir de la méditation (sous-titrage français)
https://www.youtube.com/watch?v=Aw71zanwMnY  

5 mai 2016

La logique de l’échange

Que «ma» volonté soit faite

Je pensais à Donald Trump et au slogan qu’il caquète, l’index pointé vers le ciel comme un preacher – «I will make America great again!» Que peuvent bien signifier ces propos dans une tête de linotte?! On devrait imposer de sérieux tests psychologiques à tout candidat politique... et publier les résultats sur Internet! 



«Nous serions prêts à n'importe quoi pour affirmer le bien-fondé de nos idées : on irait jusqu'à ruiner sa famille ou à précipiter la perte de nations entières... Derrière toutes les guerres, on trouve l'idéologie d'une nation qui prétend détenir la Vérité et l'imposer aux autres.

Le mental dualiste se conduit toujours en dictateur; incapable de s'ouvrir à la réalité de la situation, il veut à tout prix manipuler le monde pour lui faire avaler «sa» vérité. À chaque fois que l'ordre des priorités est renversé – en faisant passer l'idée avant la réalité – il y a forcément manipulation du réel.

Lorsqu'on vit de cette façon-là, tout notre univers tourne autour de deux syllabes : «je veux». C'est la logique du désir qui domine tout, quels qu'en soient les objets – multiples et changeants, à l'infini. Cependant, la racine même du désir est toujours la même : le besoin d'affirmer et de conforter l'idée du moi, que nous prenons pour une entité réelle. Voilà pourquoi nous sommes obligés de manipuler la vie pour la faire cadrer avec notre projection du «moi».

À vrai dire, nous ne faisons jamais rien gratuitement; le moindre de nos actes s'inscrit dans la logique de l'échange : je fais ceci, d'accord, mais en échange de cela. La vie devient une série de transactions commerciales, sauf que les termes de l'échange sont beaucoup moins clairs que dans nos achats ordinaires.

Ainsi, si vous voulez passer pour un grand altruiste, vous ferez tout pour donner l'impression que vous n'êtes pas un égoïste (même si c'est loin de correspondre à la réalité!)

Si je vous donne quelque chose – de l’argent, de l’aide, du temps – j’attendrai aussi quelque chose en échange. Au minimum, je m’attendrai à de la reconnaissance de votre part; après tout, j’ai fait un geste noble et généreux à votre égard. C’est donnant donnant. Et c’est ainsi que nous faisons de la vie une vaste opération de troc. 

Si vous vous dévouez à une cause ou à une association, vous en attendez quelque chose en retour : la reconnaissance de vos bons et loyaux services, un certain respect, un traitement de faveur. Nous sommes incapables d'un geste gratuit; il y a toujours un échange, quelque chose à gagner. Nous ferions bien d'afficher nos prix dès le départ!

Une bonne partie des rapports familiaux s'inscrivent d'ailleurs dans cette logique vicieuse de l'échange, sous une forme plus subtile – celle du chantage affectif : «Comment, après tout ce que j'ai fait pour toi!»

Cependant, il est rare que la vie nous apporte ce que nous attendons, et, avec un peu de maturité dans la pratique [zazen], on se rend bien compte qu'on a toujours fait fausse route en envisageant ses rapports avec l'existence en termes d'échanges. Le monde n'est pas là pour satisfaire mes désirs et confirmer mes idées. Il est donc indispensable de se rendre compte à quel point la logique de l'échange domine nos vies, même si cette prise de conscience est douloureuse.

La vraie pratique, la spiritualité authentique, commence quand on constate la faillite de l'échange et de l'attente. Il n'y a pas de meilleur véhicule pour avancer sur la voie. La déception est un ami précieux et un guide infaillible, même si ce n'est pas tout à fait le genre d'amitié dont nous avions rêvé!

Résumons-nous : lorsque nous agissons à partir d'une expérience immédiate – comme quand on ramasse un grain de raisin tombé par terre – nos actes répondent aux nécessités du moment. Ce sont donc des actes spontanés, sans manipulation de la réalité. À l'inverse, les actes qui découlent de la volonté du moi ressemblent aux diktats d'un tyran qui voudrait soumettre le monde entier à ses désirs. En voulant plaquer ses idées et ses désirs sur la réalité, on manipule le monde et les autres pour arriver à ses fins. C'est une vie de calcul, étrangère à la compassion qui, elle, donne sans rien attendre de personne. La compassion ne connaît pas l'échange.»

Charlotte Joko Beck, La logique de l’échange (Soyez zen ... en donnant un sens à chaque acte à chaque instant; Pocket 1990)

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Je pensais aux réfugiés de Fort McMurray qui ont soudainement tout perdu – maison, pickup, mode vie, travail, etc. Plus rien, nada. Même si je n’aime pas cette ville, parce que c'est un symbole rutilant de la mainmise pétrolière, je suis profondément peinée pour ses habitants. Et, je pense aussi aux animaux en train de griller vifs dans les boisés adjacents; je ne peux imaginer pire supplice que de brûler vif encore conscient.

Malheureusement les incendies continuent de progresser tantôt vers nord, tantôt vers le sud, selon la direction des vents qui change constamment. Pourraient-ils atteindre les zones d’exploitation pétrolière elles-mêmes? J'en doute. Car les 142 200 km2 de forêt boréale, de tourbières et de zones humides (les poumons de la province!) qui couvraient les gisements ont été rasés. Le plus important site est celui de l'Athabasca, situé autour de Fort McMurray. J’ai confiance que les grandes compagnies pétrolières internationales qui investissent dans l’exploitation vont voir à une reconstruction. Peut-être pas par compassion envers les travailleurs, mais parce qu’ils ont besoin de main-d'oeuvre. Pour en savoir plus : https://fr.wikipedia.org/wiki/Sables_bitumineux_de_l%27Athabasca

Plusieurs réfugiés disaient que c’était infernal à mesure que les bombonnes de gaz propane et les réservoirs d’essence explosaient. Paradoxal de voir ces milliers de gros pickups pétrolivores (une des images de marque de la région) défiler sur la route.

Quoiqu'on pense de Fort McMoney, il s'agit quand même d'un horrible désastre à la hauteur des scénarios apocalyptiques du cinéma. Au moins, il n'y a pas de morts, contrairement au Moyen-Orient – on ne compte plus les morts dans les populations civiles qui vivent quotidiennement ce genre de tragédies.

Ainsi, nos expériences d’impermanence peuvent varier en gravité, et parfois être radicales et tragiques. Néanmoins, nous avons de multiples occasions de pratiquer le détachement au quotidien, en prévision des vrais coups durs... si jamais il s’en présente un sur notre chemin.

L’impermanence

- L’impermanence de toute chose et de tout être est une des données inéluctables de la vie; il suffit d’y réfléchir un peu pour le constater, en soi et autour de soi.
- Si la notion d’impermanence peut paraître simpliste par son évidence, elle s’avère d’une importance cruciale pour comprendre le non-soi, ou l’absence de réalité absolue du moi et des choses, un des postulats essentiels de la philosophie bouddhique. La plupart des religions croient à une forme de réalité absolue et affirment l’existence d’un Dieu, de plusieurs dieux ou divinités, d’une âme, de l’atman (hindou), d’un surmoi ou de toute autre entité. Une bonne compréhension de la notion d’impermanence permet de se rendre compte que ces soi-disant entités permanentes se décomposent pratiquement à l’infini en éléments et attributs divers qui sont eux-mêmes sujets aux changements dus à l’impermanence de la vie (ce qui rejoint les dernières avancées de la science contemporaine). Quand on examine la nature de la réalité avec un esprit attentif et lucide, il est impossible de trouver ne serait-ce qu’une seule caractéristique immuable, et donc ontologiquement réelle, qui corresponde aux réalités illusoires créées par l’intellect.

Charlotte Joko Beck, Glossaire (Soyez zen ... en donnant un sens à chaque acte à chaque instant; Pocket 1990)

Mon plus grand ami m’a dit un jour à ce propos :
«Tout est éternel. Sauf que dans le monde du temps, il y a un début, une durée et une fin – les glaciers de l’Arctique, les fleurs, toi et moi…» (P.F.)

Si les humains pratiquaient seulement les trois premiers préceptes du noviciat bouddhique, notre monde fonctionnerait déjà mieux :
1. Ne pas tuer  
2. Ne pas voler  
3. Ne pas mentir



THE ESTATE OFFICE ACQUIRED FOR CLIENTS 071-723-5333
Artiste : Joe Webb

3 mai 2016

Bouteille à la mer Web 2.0


Peu de chance d'être lu ce message – car le document inséré dans la bouteille doit rester lisible au fil du temps.

Sur Internet (faisons abstraction des vidéos virales), envoyer des messages au hasard, sans s'adresser à quelqu'un en particulier c'est comme lancer des «bouteilles à la mer».

La chanson Tous les cris les SOS, de Daniel Balavoine, évoque la solitude et la typique bouteille à la mer que les vagues ramènent à l’expéditeur. N’est-ce pas le lot de beaucoup d’internautes?

On peut aussi penser aux réfugiés qui échouent sur des rivages. On aimerait qu'ils n'existent pas ou pouvoir les retourner à la mer... Le problème est quasiment insoluble. «Que nous pratiquions l’engagement social et la solidarité tous azimuts, la politique de l’autruche et la bonne conscience des nantis, ou le racisme souriant d’une certaine bourgeoisie, nous sommes tous dans le même bateau, tous des «boat people» en quête d’une Terre de justice et de paix.» (Daniel Laguitton)

Tous les cris les SOS
Daniel Balavoine (1985)

Comme un fou va jeter à la mer
Des bouteilles vides et puis espère
Qu'on pourra lire à travers  
S.O.S. écrit avec de l'air
Pour te dire que je me sens seul
Je dessine à l'encre vide
Un désert

Et je cours
Je me raccroche à la vie
Je me saoule avec le bruit
Des corps qui m'entourent
Comme des lianes nouées de tresses
Sans comprendre la détresse
Des mots que j'envoie

Difficile d'appeler au secours
Quand tant de drames nous oppressent
Et les larmes nouées de stress
Étouffent un peu plus les cris d'amour
De ceux qui sont dans la faiblesse
Et dans un dernier espoir
Disparaissent

Et je cours
Je me raccroche à la vie
Je me saoule avec le bruit
Des corps qui m'entourent
Comme des lianes nouées de tresses
Sans comprendre la détresse
Des mots que j'envoie

Tous les cris les S.O.S.
Partent dans les airs
Dans l'eau laissent une trace
Dont les écumes font la beauté
Pris dans leur vaisseau de verre
Les messages luttent
Mais les vagues les ramènent
En pierres d'étoile sur les rochers

Et j'ai ramassé les bouts de verre
J'ai recollé tous les morceaux
Tout était clair comme de l'eau
Contre le passé y a rien à faire
Il faudrait changer les héros
Dans un monde où le plus beau
Reste à faire

Et je cours
Je me raccroche à la vie
Je me saoule avec le bruit
Des corps qui m'entourent
Comme des lianes nouées de tresses 
Sans comprendre la détresse
Des mots que j'envoie

Tous les cris les S.O.S.
Partent dans les airs
Dans l'eau laissent une trace
Dont les écumes font la beauté
Pris dans leur vaisseau de verre
Les messages luttent
Mais les vagues les ramènent
En pierres d'étoiles sur les rochers

1 mai 2016

«Fête» du travail

Y a-t-il de «vieux» québécois qui se souviennent des paroles du politicien Pierre-André Paré alors sous-ministre au Ministère du Revenu? 

«Tout est privilège concédé par l’État : votre voiture, votre maison, votre profession, bref votre vie; et ce que l’état donne, il peut le reprendre si vous n’êtes pas un contribuable docile.»

(Propos rapportés dans le journal Le Devoir du 6 avril 1996) 

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«Les massacres entre hommes ne se comprennent que dans ces périodes barbares où le manque de nourriture, la réelle lutte pour la vie, contraignait des peuplades à se jeter sur leurs voisins pour leur arracher les vivres qu’ils possédaient ou, parfois, pour se repaître de ces voisins eux-mêmes.

Par quel aveuglement des hommes en viennent-ils à s’entretuer pour une ambition de despote ou de ministre, une parole de diplomate, une combinaison entre financiers ou toute autre cause qu’ils ignorent absolument et qui ne peut les toucher en rien?»

~ Alexandra David-Néel (Pour la vie)


Collage : Joe Webb (1). Matière à réflexion...

«Les êtres ont droit au bonheur, si l'on peut parler de droit ici. Je veux dire qu'ils ont l'instinct du bonheur comme ils ont celui de manger, car qu'est-ce que le bonheur sinon la satisfaction d'un besoin de notre organisme, d’un besoin matériel ou mental. Nous sommes absurdes de trouver mauvais que tel être cherche son bonheur de telle manière qui correspond à l'étoffe dont il est fait.

Les vieux principes, la hiérarchie des pensées et des actes, toute l'échelle du Bien et du Mal nous tient trop encore et les plus affranchis d'entre nous ne peuvent guère se défendre de jauger les gestes d'autrui selon leur propre catalogue. Oh! les dogmes, les devoirs, l'idéal, quelles sources de tortures!... On veut être ceci, on veut que ceux qui vous approchent soient cela et, ni soi ni les autres ne ressemblent au modèle rêvé... Alors c'est la contradiction perpétuelle.»

~ Alexandra David-Néel (Journal de voyage, Lettres à son mari; Presses-Pocket)

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(1) Joe Webb (1976) utilise des magazines vintage, des imprimés éphémères, qu'il a collectionnés pour créer de simples mais élégants collages. À l'aide de la combinaison des images il transforme la scène originale en quelque chose de surréaliste mais dont le message est très fort. Il aborde des sujets tels que le réchauffement de la planète, la guerre, la famine et expose les défis de la vie dans notre monde contemporain.

«J'ai commencé à créer ces collages artisanaux comme une sorte de réaction luddite au travail de graphiste sur ordinateur que j’ai pratiqué pendant de nombreuses années. J'aime les limites du collage... on doit composer avec des images existantes et une paire de ciseaux; il n'y a pas d'options Photoshop pour redimensionner, ajuster les couleurs ou annuler.
   Comme règle de base je n’utilise que deux ou trois images... avec lesquelles je peux réinventer la scène originale pour communiquer une nouvelle idée.
   Je suppose que je suis devenu assez anti-technologie... même si maintenant je promeus mon art sur des sites web, que  je possède un iPhone et utilise Facebook... ça porte à confusion, j'aurais préféré vivre il y a 100 ans.»

~ Joe Webb http://www.joewebbart.com/

30 avril 2016

Un arsenal dans la cuisine


«Médicamentée et motivée.» Collage : Anne Taintor (1)

«Elle ramassa une conserve et l’inséra dans l’ouvre-boîte électrique. Elle pressa sur le levier et regarda la boîte tourner tandis que les lames rotatives découpaient proprement le couvercle. Je l’observais les bras croisés en me disant que les cuisines étaient dangereuses. Quel arsenal – couteaux, feu, corde, brochettes, hachoir à viande, pilons et rouleau à pâtisserie. La femme moyenne doit passer une bonne partie de son temps à contempler avec bonheur les outils de son métier : appareils pour broyer, pulvériser, moudre et réduire en purée; ustensiles pour percer, trancher, disséquer et désosser; sans mentionner les produits de nettoyage qui, une fois ingérés, sont capables d'éradiquer la vie humaine en même temps que les germes.»
~ Kinsey Millhone, in M is for Malice, par Sue Grafton (2)


«Si les regards pouvaient tuer, les femmes n’auraient pas besoin de poêles à frire.» Collage : Anne Taintor.

Deux femmes douées et gratifiées d’un formidable sens de l’humour : 



(1) Anne Taintor graduated from Harvard in 1977 with a degree in Visual and Environmental Studies. After college, she focused on collage, and her work always incorporated a subtle humor and playfulness. For years, Anne’s art was more of a sideline than a full-time occupation. But in 1985, she was a single mother searching for a way to spend more time at home with her daughter than her job in cartography permitted, and she began to develop a line of collaged pins and magnets. The new collages combined vintage images with Anne’s own interpretation of what these men and women might really be thinking. They were instantly a hit with Anne’s customers, though it took a little longer for her to be brave enough to “quit her day job”. In 1999, with her daughter away at college, Anne and her husband moved to a tiny town (population 80!) in Northcentral New Mexico. She now lives and works in an eclectic antique house in Portland and continues to cherish making all you smart women and men smile. http://www.annetaintor.com/



(2) Sue Grafton is published in 28 countries and 26 languages – including Estonian, Bulgarian, and Indonesian. She's an international bestseller with a readership in the millions. She's a writer who believes in the form that she has chosen to mine: "The mystery novel offers a world in which justice is served. Maybe not in a court of law," she has said, "but people do get their just desserts." And like Raymond Chandler and Ross Macdonald, Robert Parker and the John D. MacDonald – the best of her breed – she has earned new respect for that form. Her readers appreciate her buoyant style, her eye for detail, her deft hand with character, her acute social observances, and her abundant storytelling talents. She's been married for more than twenty years. She has three kids and four grandkids. She loves cats, gardens, and good cuisine – not quite the nature-hating, fast-food loving Millhone. So: readers and reviewers beware. Never assume the author is the character in the book. Sue, who has a home in Montecito, California ("Santa Theresa") and another in Louisville, the city in which she was born and raised, is only in her imagination Kinsey Millhone – but what a splendid imagination it is. http://www.suegrafton.com/

28 avril 2016

L’art de s’orienter par soi-même

Tout comme l’auteur de cet article, que j’apprécie entre autres pour son sens de l’humour (1), j’utilise encore des cartes «papier» quand je voyage en région inconnue. 
   Mais l’autre jour, n’ayant pas de carte sous la main, j’aurais aimé avoir un GPS pour me piloter dans l’arrondissement d’une grosse ville de banlieue conçue comme un labyrinthe. J’ai tourné en rond pendant 40 minutes avant d’en sortir! J’étais un peu fru, je le concède.

Trop utiliser votre GPS pourrait vous tuer
Des virages erronés jusqu’aux maladies physiques, la navigation par satellite présente des risques

Par George Michelsen Foy
(PsychologyToday)  

Je navigue avec une boussole et des cartes depuis ma jeunesse, et je continue à trouver mon chemin avec ce moyen Néandertalien (au lieu du GPS de mon smartphone) pour une raison bien simple : j'aime ça.

Toutefois la semaine dernière, lors d’un voyage dans l’ouest de la Pennsylvanie, en bon adolescent, mon fils m'a lancé un défi : il prétendait pouvoir revenir à New York avec son smartphone plus facilement et plus vite que moi avec ma carte et mes directions écrites.

Nous sommes donc partis en suivant les conseils du robot. Nous avons d'abord stagné sur une petite route où l'appareil ne voulait qu’on aille; au lieu de nous suggérer de rebrousser chemin de cinquante pieds, le GPS nous a pilotés dans un cercle de cinq milles et ramenés exactement au point de départ pour nous faire recommencer. Puis il nous a menés tout droit vers une route escarpée d’Allegheny, sur un chemin de gravier qui aurait pu être impraticable, dépendant de la température.

Heureusement, il faisait beau. Et, à peu près une heure plus tard, l’application Google Maps GPS nous dirigea vers le péage Pennsylvania à travers un dédale de chemins de campagne qui n’ont pas vraiment réduit notre temps de parcours, mais nous avons traversé un coin de pays que nous n'aurions jamais vu autrement; j’en remercie Google et mon fils.

Rien n’empêche que même si le GPS – Global Positioning  [Satellite] System – est extrêmement utile et de plus en plus indispensable à notre économie branchée sur la technologie, il peut aussi, comme tous les outils puissants, être dangereux. Ce danger se présente de deux manières.


Image : Fumiste Studios

Le premier danger vient de la dépendance excessive à la technologie, au point où nous devenons incapables de nous débrouiller quand elle fait défaut. Les exemples sont légion. Une mère, guidée par son GPS, roule sur la voie ferrée d’une gare de banlieue à Brighton, Mass., elle a juste le temps de sortir de l’auto avec ses enfants avant qu’un train n’aplatisse sa voiture. Un homme, suivant aussi les instructions du GPS, roule sur les pistes achalandées d’un aérodrome de Fairbanks, Alaska; également en Alaska, le GPS mène un conducteur, et son véhicule, au bout d’un quai de la Baie de Prince-William. Un enfant meurt parce que le GPS de sa mère les guide sur un mauvais chemin dans la Vallée de la Mort, Calif. Le GPS d'un énorme navire de croisière, le Royal Majesty, ne fonctionne plus, mais les officiers ne le remarquent pas et suivent plutôt le curseur clignotant... jusqu’à ce que le bateau échoue sur les hauts-fonds de Nantucket. ... Le gouvernement britannique effectue alors des tests de simulation pour savoir ce qui se passe quand le GPS bloque, et voyant les résultats désastreux, conclut laconiquement : «[Les questions soulevées incluent], l’équipage est-il capable de revenir rapidement aux outils de navigation traditionnels, et par extension, a-t-il la compétence pour les utiliser? ... Étant donné la dépendance accrue à la navigation par satellite, ces compétences n'étant plus utilisées quotidiennement, elles ne vont plus de soi.»

À cause des GPS, de plus en plus de gens oublient leurs compétences de navigation personnelles. À la porte d’un bar newyorkais, une touriste m'a récemment demandé les directions pour le Washington Square. Elle disait que la jeune barmaid n’avait pas pu l’aider parce que la batterie de son smartphone était à plat. Nous pouvions voir le Square d’où nous étions, à deux blocs, sur la même rue. Ce genre d’incapacité de naviguer par soi-même est en train de devenir endémique, surtout chez les «Y».

Il y a cependant un autre danger, beaucoup plus grave, sinon plus insidieux. La dépendance excessive au GPS et aux technologies connexes – avec la mise en veille de fonctions cérébrales qu’autrement nous utiliserions pour nous orienter – nuit directement à notre santé physique.

Lors d’une série d'essais cliniques approfondis, Véronique Bohbot (Université McGill à Montréal), Tom Hartley (UCL / London) et Denise Head (Université de Washington à St. Louis) ont prouvé que les gens qui réagissent constamment par réflexe pour s’orienter – une attitude typique des utilisateurs de GPS, par opposition à ceux qui s’orientent par eux-mêmes – souffrent d'une perte mesurable de matière grise au niveau de l'hippocampe. (L'hippocampe est cette partie du cerveau qui nous aide à nous situer dans l’espace.) Cette atrophie augmente considérablement leurs risques de développer des maladies neurologiques telles que la maladie d'Alzheimer et la démence.

Dans une récente interview au sujet du rôle de l'hippocampe, Bohbot a résumé succinctement la situation : «Utilisez-le, ou perdez-le!».

Abandonner complètement nos compétences de navigation personnelles au profit du GPS présente un troisième inconvénient. Ce n'est pas un danger comme tel, mais il a son importance. Naviguer avec nos facultés cognitives, aidés de cartes, d’une boussole et de notre sens de l’orientation, nous permet d'être dans le monde avec une émotion et un sentiment de pouvoir qui surgissent uniquement lorsque nous nous fions à nos propres compétences pour trouver notre chemin – et nous risquons de les perdre si nous ne les utilisons pas. Interagir ainsi nous permet d’absorber la façon dont le monde fonctionne et de comprendre à quel point il est complexe et merveilleux; et à reconnaître que cette partie de nous qui peut performer de si nobles tâches est elle-même complexe et merveilleuse.

Source :
https://www.psychologytoday.com/blog/shut-and-listen/201604/how-using-your-gps-too-much-could-kill-you

(1) À propos de l’auteur : http://www.georgefoy.com/about.html

À lire aussi :
Why Is Navigation Crucial? Because It's the Same as Memory
One area of the brain navigates not just where we are but what we remember

https://www.psychologytoday.com/blog/shut-and-listen/201604/why-is-navigation-crucial-because-its-the-same-memory

Finding North
A non-fiction book by GM Foy, will be published by Flatiron Books / Macmillan U.S. May 10, 2016


Photo :GM Foy  
Crew hoists sails on Haitian cargo sloop, on which the author traveled.
The ship's skipper navigates using only stars and local knowledge.

27 avril 2016

L’art d’apprendre sans neurones



Le fait que la méduse ait survécu 650 millions d’années sans squelette, ni cerveau, ni queue ni tête, ni droite ni gauche, nous rassurait sur notre propre survie. Les exploits du Physarum polycephalum renforcent notre espoir. «Anthropomorphisme!», s’exclameront les créationnistes.

Source : Agence France Presse

Le Physarum polycephalum

Il n'a pas le moindre neurone, mais il est capable d'apprendre : un organisme vivant étonnant constitué d'une unique cellule a montré qu'il savait tirer des leçons de ses expériences pour se nourrir sans risque, révèle une étude.

«C'est la première fois que l'on prouve qu'un organisme unicellulaire est capable d'apprentissage», déclare à l'AFP Romain Boisseau, chercheur en biologie et co-auteur de cette étude publiée dans Proceedings of the Royal Society B.

«Cela prouve que l'apprentissage ne nécessite pas forcément de système nerveux (neurones, cerveau)», ajoute Audrey Dussutour, chercheuse CNRS (Centre national de la recherche scientifique) à l'Université Toulouse III Paul Sabatier (France).

Très intéressant :
http://www.lapresse.ca/sciences/decouvertes/201604/26/01-4975361-un-organisme-sans-neurone-montre-quil-peut-apprendre.php

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Nous avons largement perdu cette capacité de nous fier à notre instinct. Peut-être faudrait-il imiter le Physarum et y revenir en remplacement de notre discernement également en voie d’extinction.

«L'expérience : une utile radoteuse.» ~ Anne Barratin (1845-1911)

«La vie est si courte, les facultés de l'homme sont si bornées, quelque admirables qu'il les suppose, et il en est si peu maître, que, quand il a commencé sa carrière dans un sens, et que le hasard fait qu'il la continue dans un autre, tout ce qui lui reste d'existence n'est pas suffisant pour effacer les premières impressions qu'il a reçues, et qu'il se trouve toujours malgré lui dans une fausse position.» ~ Constance de Théis (1767-1845)