Aussitôt
que je me réconcilie avec la race humaine, je reçois une gifle.
Les
nations autochtones n’arrivent pas à sortir du cercle vicieux où nous les
tenons en otage depuis des siècles. Suprématie oblige!
Femmes
autochtones disparues.
Mon pays rêvé ou la Pax Kanata Myra Cree * Mon pays
rêvé commence, à l’évidence, au
lendemain d’un ultime référendum, une fois
le «verduct rendi» pour
écrire comme l’ineffable Jean Chrétien parle. L’autonomie
nous est acquise, nous
avons notre propre Parlement, Il y a
dorénavant trois visions de ce pays. Au
Québec, on est copains comme cochons avec la communauté francophone qui s’est
mise à l’étude des langues autochtones. Nos
réserves, sur lesquelles nous en émettions tant, sont
devenues des colonies de vacances et nos
chefs, qui se répartissent également entre
hommes et femmes, de gentils organisateurs. À
Kanesatake, où j’habite, y’a du
bouleau et du pin pour tout le monde. Le
terrain de golf a disparu et tous,
Blancs et Peaux-Rouges (je rêve en couleurs) peuvent,
tel qu’autrefois, profiter de ce site enchanteur. Nos
jeunes ne boivent plus, ne se droguent plus, la
scolarisation a fait un bon prodigieux. Tout va
tellement bien dans nos familles (il n’y a
plus trace de violence) que
l’association Femmes autochtones du Québec s’est
recyclée en cercle littéraire. Le Deuxième sexe de Simone de Beauvoir vient
d’être traduit en mohawk; l’XY de l’identité masculine, d’Elizabeth Badinter, devrait
l’être en montagnais pour le Salon du livre qui se
tiendra à Kanawake, et L’Amant de Duras, en inuktitut (ça va
dégivrer sec les iglous). Il est
question que Marie Laberge soit jouée en cri et Denys
Arcand s’apprête à tourner une comédie musicale, musique de
Pierre Létourneau, inspirée de la vie d’Ovide Mercredi, qui a
accepté de jouer son propre rôle. Titre
provisoire : Je veux t’aimer tous les jours de la semaine. Bref,
c’est beau comme l’antique, tout le
monde il est content, tout le monde il est gentil, on est
bien TRAITÉ. Je me
pince pour y croire, trop fort sans doute, car c’est
à ce moment-là que je me suis réveillée.
Avec mes
meilleurs vœux, que l’an
prochain, si nous
ne sommes pas plus, nous ne
soyons pas moins.
(Terres en vues, vol. 3, no 4, 1995, p.
23)
* Myra
Cree (1937-2005) est originaire de Kanesatake (Oka) où elle a demeuré toute sa
vie. Sa carrière d’animatrice pour la radio de Radio-Canada lui a valu
plusieurs prix et distinctions. [Cette satire] fait partie d’une série
intitulée Les bouts rimés de Myra Cree,
publiée dans la revue Terres en vues
entre 1995 et 1996 comme une sorte d’éditorial alternatif.
Source : Littérature amérindienne du Québec,Écrits de langue française; rassemblés
et présentés par Maurizio Gatti (Société
d’édition Bibliothèque Québécoise, 2009)
Un
reportage de Josée Dupuis et d'Emmanuel Marchand pour Enquête présente les témoignages bouleversants de nombreuses femmes
autochtones, qui, pour la première fois, prennent la parole et dénoncent
publiquement le mépris, les sévices sexuels,les abus de pouvoir et
l’intimidation qu'elles subissent de la part de ceux qui normalement devraient
les protéger : les policiers.Une enquête sur les agents de la Sûreté du
Québec de Val-d'Or a été confiée au Service de police de la Ville de Montréal
(SPVM) au lendemain de la diffusion. «Ils m'ont brutalisée. J'avais 16 ans. Ils
m'ont cassé le bras, ils m'ont ramassée, ils étaient huit sur moi. J'étais
toute seule. Bien souvent, ils m'embarquaient, pis au lieu de m'emmener au
poste de police, ils m'emmenaient dans un autre endroit. [...] On allait dans
un chemin dans le bois, pis là ils me demandaient de faire une fellation.
J'en ai connu six ou sept agents de la SQ qui me demandaient de faire des
fellations.» ~ Bianca Moushoun, 26 ans Tout ça à l’abri des regards. Priscillia
Papatie et Bianca Moushoun nous ont conduits vers l'un de ces endroits à
l'extérieur de la ville. Un petit chemin forestier. «C'était ici que les policiers venaient débarquer des filles»,
raconte Bianca, montrant le chemin devant elle. «Elles se faisaient demander des affaires et se faisaient laisser là.
(...) Pis les filles marchaient tout ça pour revenir au centre-ville»,
poursuit Priscillia. Porter plainte à la police, surmonter sa
peur, c’est un défi immense pour une femme autochtone. Certaines l’ont fait.
Mais ces plaintes sont restées sans réponse.
À l’émission
Le 15-18, (ICI Radio-Canada Première)Alexis Wawanoloath avouait qu'il n'était
malheureusement pas surpris : «C'est un problème de racisme, carrément.
Encore aujourd'hui, on ne comprend pas la réalité des Premières Nations. En
particulier chez les policiers en région, le racisme est très présent.» Il a
été député d'Abitibi-Est et a travaillé à la réserve de Lac-Simon, située près
de Val-d'Or. Il connaît très bien la réalité autochtone sur le terrain. «J'avais
entendu cette histoire il y a trois ans, mais les femmes à ce moment-là ne
voulaient pas parler. (...) Nous faisons face à un réel problème de société. Nous
ne sommes pas encore sortis de cette logique coloniale.» (1)
Le racisme est nouveau en Amérique Georges Sioui* (Extraits)
«Le
lendemain de leur retour, mes deux fils parlèrent en conseil de quantité de
gens qu’ils avaient vus en France réduits à quémander un peu de nourriture à
des compatriotes français à qui rien ne manquait, lesquels se montraient très
souvent insensibles à la peine et à la misère de ces gens, qui étaient leur
propre peuple. Ils parlèrent d’une autre chose tout aussi monstrueuse, dont il
me fut malheureusement donné de témoigner cette même année de 1535 ... Cette
expérience horrible fut d’observer que plus quelqu’un avait le teint foncé,
plus il devait s’attendre à être traité durement et injustement...»
«Au
milieu de la nuit, je fus éveillée par deux hommes ivres. Ils entrèrent où
j’étais en vociférant. L’un d’eux, assez vieux et le regard méchant, voulut me
pousser vers mon grabat. L’autre, plus jeune mais très laid, m’arracha à lui et
me serra si fort que je criai... Ils voulurent m’arracher mes vêtements, mais
je me sauvai. Je montai vivement une échelle et réussis à trouver un petit
recoin où, tremblante de peur et de froid, je passai le reste de la nuit. (...)
Mes deux frères capturés l’année antérieure
par les mêmes hommes nous ont dit, à leur retour, que les hommes blancs sont
susceptibles d’utiliser leur force et leur statut de mâles pour violenter les
femmes et les déshonorer. (...) Or, puisque pauvreté, teint foncé et
croyances différentes vont généralement ensemble, ces femmes sont des victimes
de ce que l’on nomme ‘racisme’.»
(Écrire contre le racisme : le pouvoir
de l’art, Montréal, Les 400 coups, 2002, p. 20-22)
* Né à Wendake
en 1948, Georges Sioui est professeur au Département d’études anciennes et de
sciences des religions et coordonnateur du programme d’études autochtones à
l’Université d’Ottawa.
Source : Littérature amérindienne du Québec,Écrits de langue française; rassemblés
et présentés par Maurizio Gatti (Société
d’édition Bibliothèque Québécoise, 2009)
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(1) Quelle
que soit l’époque, quand une nation ou un empire colonialiste s’empare d’un
pays, l’envahisseur se conduit plus sauvagement
que les sauvages qu’il veut «civiliser»,
convertir ou exterminer.
Napoléon
aurait dit que «la religion servait à empêcher le pauvre de tuer le riche».
J’ai
sauté au plafond la première fois que j’ai lu des passages du rapport d’enquête
Hidden No Longer; Genocide in Canada,
Past and Present par Kevin D. Annet, non pas tant à cause des méthodes génocidaires utilisées – ce sont toujours les
mêmes horreurs! – mais parce que nous ne
savions rien de ce qui se passait. Qui étaient les assassins? De fervents
chrétiens supposés suivre religieusement le Décalogue qui stipule entre autres
: «tu ne tueras point», «tu ne déroberas point», «tu ne convoiteras point la
maison de ton prochain; tu ne convoiteras point la femme de ton prochain, ni
son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, ni aucune chose qui
appartienne à ton prochain» – ah mais... le mot «prochain» n'incluait pas les
autochtones, bien entendu, puisqu’à leur point de vue, ils avaient le statut d’animaux. Ils ont plutôt appliqué le code du
Deutéronome : “When the
Lord your God brings you into the land you are entering to possess, and drives
out before you many nations, and you have defeated them, then you must destroy
them totally. Make no treaty with them and show them no mercy. Do not allow any
of them to live. This is what you are to do them: break down their altars,
smash their sacred stones, cut down their trees and burn them in the fire. For
you are a people chosen by the Lord over all others on the face of the earth.” ~ From
the Old Testament of the Bible; Deuteronomy 7: 1-2, 5-6 The stories,
documentation and other evidence in this book are based in part on the living
testimonies of nearly three hundred survivors of thirty eight separate Indian
residential or hospitals across Canada. These accounts were offered freely and
unconditionally in open public forums, or in private interviews, between
December 1995 and July 2010. All documents, letters, photos and other evidence
were obtained from public records of the Department of Indian Affairs (the RG
10 series) held in the microfilm section of the Koerner Library, University of
British Columbia, from newspaper archives, and from the public internet or
private collections. Versions web et PDF : http://fr.scribd.com/doc/86619003/Hidden-No-Longer-Genocide-in-Canada-Past-and-Present-by-Kevin-D-Annett-M-A-M-Div
«Cette histoire de génocide délibéré
implique tous les niveaux de gouvernement au Canada, la Gendarmerie royale du
Canada (GRC), chaque église dominante, les grandes entreprises, la police
locale, des médecins et des juges. Le réseau de complices de cette machine
à tuer était, et demeure, si vaste que sa dissimulation a nécessité une
procédure complexe de camouflage conçue par les hautes sphères du pouvoir au
pays. Le cover-up se poursuit, surtout que maintenant des témoins oculaires des
meurtres et des atrocités commis par l'Église dans les «pensionnats» sont
révélés pour la première fois : On entend toujours des histoires au sujet de
tous les enfants qui ont été tués à Kuper Island. L’existence du cimetière au
sud de l’école, où l’on enterrait les bébés des jeunes filles violées par les
prêtres, a été ignorée jusqu'à ce qu'il soit creusé par les prêtres à la
fermeture de l’école en 1973. Les religieuses pratiquaient les avortements et
parfois elles tuaient les mères. Il y avait beaucoup de disparitions. Ma mère,
âgée de 83 ans maintenant, a vu un prêtre descendre un escalier en traînant une
fille par les cheveux; la jeune fille est morte. Des filles ont été violées,
tuées et enterrées sous le plancher. Nous
avons demandé à la GRC de la région d'exhumer cet endroit et de rechercher les
restes, mais ils ont toujours refusé jusqu’à récemment, en 1996. Le caporal
Sampson nous a même menacés. Ce genre de cover-up est la norme. Les enfants
ont délibérément été mis en contact avec des malades atteints de tuberculose à
l'infirmerie. C'était une procédure standard. Nous avons recensé 35 meurtres
sur une période de sept ans.» ~ Témoignage de Diane Harris au Tribunal IHRAAM,
le 13 juin 1998 (agente en santé communautaire pour le Conseil de bande
Chemainus, Vancouver) Vidéo documentaire (en anglais) : http://hiddennolonger.com/
En regardant cette photo, je ressentais ce que le
secouriste avait éprouvé. Du bonbon pour le cœur.
Les cygnes sont généralement très territoriaux et
n'aiment pas la compagnie des humains, mais Richard Wiese (1) a vécu un moment intense
et touchant lors d’une opération de sauvetage organisée par une fondation qui rescape
les oiseaux blessés (Angleterre).
«Je l'ai soulevé et j’ai doucement pressé sa
poitrine pour qu'il se sente en confiance et en sécurité. Après quelques
instants, le cygne a cessé de résister et s'est littéralement enroulé autour de
mon cou. Je pouvais sentir son coeur battre contre le mien. J’ai voulu fermer les
yeux pour profiter totalement de ce moment. C'est tellement merveilleux quand
vous ressentez une véritable connexion et une confiance réciproque – quand un animal
réalise que vous ne lui voulez aucun mal.»
---
(1) Richard Wiese est un explorateur et cinéaste
américain. Il est l'auteur du guide Born
to Explore: How to Be a Backyard Adventurer. Il anime et produit la série
télévisée Born to Explorewith Richard Wiese, diffusée par ABC depuis
septembre 2011.
Hurler, brutaliser, contraindre par la force ne
mènent nulle part. La douceur, la délicatesse et le vrai respect éliminent la
résistance; ce que le macho intrusif et envahissant ne comprend pas. L’abandon survient
uniquement si un lien de confiance et de réceptivité s’établit avec l’animal. Et
comme le dit Wieser, c’est quelque chose d’extraordinaire. Sans confiance :
pas d’abandon ni d’amour. Il faut être loyal : pas de tricherie ni de trahison,
sinon c’est foutu. Pareil avec les humains : impossible d’accorder sa confiance
une seconde fois à quelqu’un qui nous a menti.
Pour avoir des rapports harmonieux avec les
humains ou les animaux il faut renoncer au désir de dominer. La sensibilité,
l’intuition, la complicité et la compassion doivent occuper l’avant-plan pour éliminer
les obstacles qui nous séparent. Nous centrer dans le cœur pour nous relier au
monde et aux êtres permet l’écoute vraie et l’oubli de soi. À pratiquer...
À ce temps-ci, la marche paisible en forêt est
impossible à cause de la chasse – à moins d’aller dans une réserve faunique où la chasse est interdite, ce qui n’est
pas à la portée de tous. Il suffit d’une balle perdue, bang! c’en est terminé de
vous. Un ami (non chasseur) en a entendu une siffler près de lui tandis qu’il circulait
sur ses propres terres en Estrie! Il a eu la frousse de sa vie.
Quelle horreur... Parades et
trophées
«Entre les meneaux, elle vit un pick-up arriver
paresseusement par la rue du Moulin avec, allongée sur le capot, une magnifique
biche tachetée. La camionnette fit lentement le tour du parc, ralentissant le
pas des villageois. C’était la saison de la chasse, mais ces chasseurs-ci
venaient surtout de Montréal ou d’autres villes. Ils louaient des pick-up et,
tels des mastodontes en quête de nourriture, régnaient sur les routes de terre,
de l’aube au crépuscule, à la recherche de cerfs. Lorsqu’ils en repéraient un,
ils s’arrêtaient sournoisement, sortaient du camion et tiraient. ... Ayant
ligoté le cerf au capot de leur camionnette, ces mêmes chasseurs parcouraient
la campagne, certains d’exhiber la preuve de leur grandeur, allez savoir
pourquoi! Chaque année, des chasseurs tiraient sur des
vaches ou des chevaux, sur des chiens ou des chats, et les uns sur les autres.
Incroyablement, il leur arrivait de se tirer eux-mêmes, peut-être au cours d’un
épisode psychotique où ils se prenaient pour du gibier. Les gens savaient que
certains chasseurs – pas tous – ont de la difficulté à distinguer un pin d’une
perdrix ou d’une personne.» (Réflexion de Clara, p. 8-9)
Source : En plein cœur (Still life), LOUISE PENNY, trad. Michel Saint-Germain, Éd.
Flammarion 2010
«L'essence de ce prétendu ‘sport’ consiste en une sorte d’excitation dérivant de la poursuite
et de la mise à mort des animaux. Parmi les arguments du sportsman, le fleuron
de l’absurdité, une absurdité qui bat toutes les faussetés servies, est l’affirmation
que ce sport ennoblie le caractère parce qu’il adoucie et humanise! Le vrai
sportsman, comme le vrai soldat, n'est jamais cruel. Il est miséricordieux,
chevaleresque, réfléchi, il a le cœur tendre, et il est sympathique. Et ces
qualités résultent de la pratique du sport. Il est parfois difficile de rester
sérieux quand on essaie de réfuter ces fieffés nonsenses. La chasse sportive
est peut-être la plus stupide et la plus vulgaire de toutes les formes de
cruauté.»
~Henry S. Salt (1851-1939) humaniste et
homme de lettre britannique
Et puis, il y a la catégorie «grands» chasseurs. Ceux-là
se font amener leurs proies sous le nez par des guides, et vlan! voilà un autre
éléphant, un autre lion ou un autre rhinocéros rayé de la liste des espèces en
voie d’extinction... Pour moi, ils ne sont pas au courant, sinon ils ne feraient
jamais ça, voyons donc!
Le dernier du genre a tué (dans une zone officiellement
protégée où la chasse est interdite) le plus grand éléphant recensé en Afrique depuis
50 ans. L’éléphant aurait été traqué afin de l’acheminer du parc Kruger vers le
parc Gonarezhou au Zimbabwe. Le braconnier allemand aurait déboursé 53 000
euros pour la traque. Il visait un ‘Big Five’, soit un léopard, un lion, un
buffle, un rhinocéros ou un éléphant. Johnny Rodriguez, président du groupe de
conservation du Zimbabwe, déplore l'immunité des touristes qui abattent des
animaux au Zimbabwe tandis que les habitants du pays risquent gros pour ce type
d'action : «Si un Zimbabwéen tue un animal pour nourrir sa famille, il risque entre
5 et 15 ans de prison, mais quand un riche chasseur étranger arrive pour abattre
un animal, il a le droit de le faire.»
«[La
chasse] ce n’est pas pour se
nourrir. Ce n’est pas pour le tir parce que des boîtes de conserve feraient
l’affaire. Ce doit être simplement pour le plaisir de tuer. Débile. Ce qui est
vraiment triste de nos jours, c’est que les chasseurs de gros gibier à trophées
voient leur célébrité comme un bonus à leur perversité. Exactement comme les
tueurs en série.» ~ Ricky
Gervais (PETA)
Un journaliste québécois blâmait les réseaux sociaux pour avoir tenté de détruire la réputation du dentiste américain Walter Palmer (le tueur du lion Cecil). Ce n’est pas le dentiste qui était visé, mais le chasseur d’animaux protégés, notamment le dernier spécimen à crinière noire.
Photo:
Andrew Loveridge / Wildlife conservation unit
L’idée de pureté est une idée curieuse. Elle
suppose une discrimination entre le pur et l’impur, entre le net et le moins
net. Lorsque nous pensons protéger une nature vierge, nous la supposons
intouchée, inaltérée, pure comme de l’eau de roche. En principe, il ne faudrait
pas y poser le pied puisque nous avons le pied aussi sale que la main. Dès
lors, cette nature vierge demeurerait inaccessible à jamais, puisque le seul
fait d’y pénétrer pour mieux la contempler constitue un viol, une prise de
virginité.
Les Américains ont un mot pour désigner les
espaces sauvages : wilderness. Ils
ont aussi la manière. Au XIXe siècle, ils ont développé leurs parcs nationaux
en considérant qu’il fallait protéger ces territoires chastes de
l’industrialisation et de la patte de l’homme. En réalité, il s’agissait de
mettre de côté des réserves de paradis luxuriants pour le bénéfice des élites
et des privilégiés, bien sûr au détriment des classes populaires et des couches
inférieures de l’humanité. La nature pure exclut les humains cachés dans ses
broussailles; seuls les anges fréquentent le paradis.
La wilderness
américaine a même son icône : Theodore Roosevelt. Le président était un
chasseur compulsif, tout comme ce dentiste qui a tué récemment au Zimbabwe un
lion intouchable. Pouvoir se payer la tête d’un lion, cela indique bien le
statut de l’ultra-prédateur. Teddy Roosevelt aimait les armes, la virilité, la
race blanche. Ces qualités réunies, il ne lui restait plus qu’à créer des
terrains de jeux pour les puissants de ce monde, des lieux sacrés où le
prédateur suprême pourrait chasser en paix l’ours et le gros gibier, pêcher la
truite à la mouche et le noble saumon, sans être importuné par le menu fretin
de la société.
Nous avons été au Québec à l’avant-scène de cette
comédie. La nature sauvage, dont le pays regorgeait, n’appartenait nullement
aux petits Canadiens français, et surtout pas, ironiquement, aux Sauvages. La
nature appartenait à celui qui avait des loisirs et assez de goût, de
raffinement, pour en jouir pleinement. Servir l’Américain, guider ces
messieurs, fut notre destin. Nous avions tous le statut de «boy», comme dans
les colonies. Autrement, si nous affichions quelque indépendance, si nous
tuions l’orignal ou le saumon pour le manger, on faisait de nous des
braconniers, des moins que rien, de petits pygmées qu’il fallait chasser des
bonnes terres. Bas les pattes! Laissés à nous-mêmes, nous étions capables de
détruire les ressources. Nous avions de la pureté à la pelle, mais nous étions
trop impurs pour en profiter.
Monsieur Menier, le riche chocolatier qui devint
propriétaire d’Anticosti en 1895, investit une fortune pour développer son île
: il en fit une réserve de chasse pour l’élite mondiale désirant se divertir à
la manière des rois. Et pour faire les choses proprement, il n’eut de cesse
d’en éloigner les Innus et les Cayens, ces parasites de la nature. Le comte de
Gobineau, auteur de l’Essai sur l’inégalité des races humaines, était un grand
ami de Menier et un grand amateur de safari. Où l’on voit que tout se tient. Le
cercle des bien-pensants s’entendait sur les privilèges des humains supérieurs
en face d’une nature qui leur revenait de droit. Terre sauvage, carré de sable
des puissants messieurs de ce monde, chasse gardée des seigneurs aryens, nature
réservée à l’usage des tenants de l’infériorité des races impures. Expulsons le
Massaï du Serengeti, l’Indien de Yosemite, l’Algonquin du parc de La Vérendrye,
le Montagnais de sa rivière, expulsons ces peuples de Métis, ces braconniers
qui chassent pour manger; ne trouvez-vous pas que l’humain original fait tache
dans les décors vierges du paradis terrestre?
Au tournant du XXe siècle, des journalistes
américains des magazines de type outdoor
cherchaient encore des autochtones «n’ayant jamais vu d’hommes blancs», quelque
part au nord du lac Ashuanipi, dans la région de Petisikapau. Car la présence
de Sauvages, naturellement, était gage de sauvagerie... Il suffit pourtant
d’évoquer les explorations du géologue Henry Youle Hind au Labrador vers 1860,
les réflexions du chroniqueur Arthur Buies sur le territoire québécois tout au
long des années 1870 ou le fameux essai sur la Côte-Nord du naturaliste
Napoléon-Alexandre Comeau, publié en 1909, pour se rendre compte que la nature
sauvage, déjà, n’existait plus. Les sportsmen anglais et américains s’étaient
donné des privilèges exclusifs de pêche au saumon sur les rivières québécoises
depuis au moins 1850. La chasse sportive, la pêche à la mouche, le droit de
tirer sur tout ce qui bougeait, du martin-pêcheur jusqu’au huard et à l’ourson
– sans oublier le droit de chasser le Sauvage –, tout cela avait sonné le glas
de la fameuse wilderness.
Le lion doit être tué par un riche dentiste du
Minnesota. Cela est dans l’ordre de la nature. Seul le dentiste aux dents plus
blanches que blanches a le droit d’entrer nuitamment dans la réserve faunique
africaine. Autrement, ce serait le chaos. L’Américain sacrilège a tué le lion à
crinière noire, un lion protégé et interdit, le symbole même de la savane pure.
L’argent s’est toujours arrogé la part du lion.
Il s'enfonçait tous les jours dans la montagne et
en revenait muet, les cheveux pleins d'herbes et couvert des égratignures de
toute une journée. Et chaque fois c'était la même conquête sans séduction. Il
fléchissait peu à peu la résistance de ce pays hostile. Il arrivait à se faire
semblable à ces nuages ronds et blancs derrière l'unique sapin qui se détachait
sur une crête, semblable à ces champs d’épilobes rosâtres, de sorbiers et de
campanules. Il s'intégrait à ce monde aromatique et rocheux. Parvenu au
lointain sommet, devant le paysage immense soudain découvert, ce n'était pas
l'apaisement de l'amour qui naissait en lui, mais une sorte de pacte intérieur
qu'il concluait avec cette nature étrangère, la trêve qui s'établit entre deux
visages durs et farouches, l'intimité de deux adversaires et non l'abandon de
deux amis. (Carnets I)
Mai 38.
Sur une même chose, on ne pense pas de même façon
le matin ou le soir. Mais où est le vrai, dans la pensée de la nuit ou l'esprit
de midi? Deux réponses, deux races d'hommes. (Carnets II)
~Albert Camus (1913-1960)
Carnets I et II; mai 1936 – février 1942 Paris : Les Éditions Gallimard, 1962
Photo
credit: Helen Douglas and her
brother Willard are the subjects in the first of eight glass plates donated to
Shorpy by the great-grandson of Edward Douglas (1857-1936), a U.S. Geological
Survey employee who snapped these photos of his kids around 1895 at their home
in the Washington suburb of Takoma Park, Maryland. Let's all thank Steve King
for his generous and fascinating gift! (Submitted by Dave on Tue, 06/16/2015 - 9:58pm.)
Via: http://www.shorpy.com/
36. SUR LE SENS DE LA VIE La première
et dernière liberté Krishnamurti
Traduction de Carlo Suares Préface d’Aldous Huxley Stock; 1954
(p. 287-288)
-- Nous
vivons, mais nous ne savons pas pourquoi. Pour un grand nombre d’entre nous, la
vie n’a aucun sens. Pouvez-vous nous dire la raison d’être et le but de nos
vies?
-- Pourquoi me posez-vous cette question? Pourquoi
me demandez-vous de vous dire quel est le sens et le but de la vie? Qu’est-ce
que nous appelons vivre? La vie a-t-elle un sens? Un but? Vivre, n’est-ce pas
son propre but et son propre sens? Pourquoi voulons-nous plus? Parce que nous
sommes si mécontents de nos vies, elles sont si vides, si vulgaires, si
monotones, avec l’indéfinie répétition des mêmes gestes, que nous voulons autre
chose. Notre vie quotidienne est si insignifiante, assommante, intolérablement
stupide, que nous disons : «il faut qu’elle ait un autre sens» et c’est
pour cela que vous posez cette question. Mais l’homme qui vit dans la richesse
de la vie, qui voit les choses telles qu’elles sont, se contente de ce qu’il a;
il n’est pas confus : il est clair et c’est pour cela qu’il ne demande pas
quel est le but de la vie. Pour lui, le fait même de vivre est le commencement
et la fin. Notre difficulté est que, notre vie étant vide, nous voulons lui
trouver un but et lutter pour y parvenir. Un tel but dans la vie ne peut être
qu’une expression de l’intellect, sans aucune réalité. Un but poursuivi par un
esprit stupide et un cœur vide, sera vide. Ainsi vous vous demandez comment
enrichir vos vies (intérieurement, non pas d’argent, j’entends bien) :
cela n’a pourtant rien de mystérieux. Lorsque vous dites que le but de la vie
est d’être heureux, ou de trouver Dieu, ce désir de trouver Dieu n’est qu’une
fuite devant la vie et votre Dieu n’est qu’une chose appartenant au connu. Vous
ne pouvez vous acheminer que vers un objet que vous connaissez; si vous
construisez un escalier vers ce que vous appelez Dieu, ce n’est certainement
pas Dieu. La vérité est comprise en vivant, non en s’évadant de la vie. Lorsque
vous cherchez un but à la vie, vous vous en évadez, vous n’êtes pas en train de
la comprendre. La vie est relations, la vie est action en relation; mais
lorsque je ne comprends pas mon monde de relations ou lorsque celles-ci sont
confuses, je cherche un «sens» à ma vie en me demandant pourquoi elle est vide.
Pourquoi sommes-nous si seuls, si frustrés? Parce que nous n’avons jamais
regardé en nous-mêmes pour nous comprendre. Nous ne voulons pas nous avouer que
cette vie est tout ce que nous connaissons, et que nous voudrions, par
conséquent, la comprendre pleinement et complètement. Nous préférons nous fuir
nous-mêmes et c’est pour cela que nous cherchons le but de la vie loin de nos
relations. Si nous commençons à comprendre l’action – c’est-à-dire nos
relations avec les personnes, les possessions, les croyances et les idées –
nous voyons que la relation elle-même est sa propre récompense. Vous n’avez nul
besoin de chercher, c’est comme chercher l’amour. Pouvez-vous le trouver en le
cherchant? L’amour ne peut pas être cultivé. Vous ne le trouverez que dans le
monde des relations, et c’est parce que nous n’avons pas d’amour que nous
voulons un but dans la vie. Lorsque l’amour est là, qui est sa propre éternité,
il n’y a pas de recherche de Dieu, parce que l’amour est Dieu. C’est
parce qu’elles sont si remplies de faits techniques et de superstitieuses
litanies que nos vies sont vides; et c’est pour cela que nous cherchons un but
en dehors de nous-mêmes. Pour trouver le but de la vie, nous devons passer par
la porte de nous-mêmes; mais consciemment ou inconsciemment, nous évitons de
voir les choses telles qu’elles sont et voulons, par conséquent, que Dieu nous
ouvre une porte située au delà. Cette question sur le but de la vie n’est posée
que par ceux qui n’aiment pas. L’amour ne peut être trouvé que dans l’action, laquelle
est relation.
«L’amour ne fait pas tourner le monde mais il rend la balade inestimable.» (Franklin P. Jones)
Personne n’est obligé de faire quoi que ce soit de
sa vie. Personne ne sera jugé sur le nombre de trophées
remportés, de montagnes escaladées ou de contrats conclus.
Mais, si l’hypothèse de la survivance de l’âme est
vraie, peut-être nous évaluerons nous-mêmes
sur d’autres aspects de la vie, comme le
suggère Élizabeth Kübler-Ross :
«Réjouissez-vous à l’avance de votre
transition [mort, passage].
C’est la première fois que vous éprouverez l’amour inconditionnel. Tout ne sera
que paix et amour; tous les cauchemars et les bouleversements vécus n’auront
plus d’importance. Lorsque vous mourez, en principe, l’on vous demande deux
choses : d’abord, combien d’amour avez-vous donné et reçu, et puis, dans
quelle mesure avez-vous rendu service. Et, vous connaîtrez les moindres
conséquences de tous vos gestes, de toutes vos paroles et de toutes vos
pensées. Et cela, symboliquement, c’est l’enfer car vous voyez toutes les
occasions que vous avez ratées. Mais, vous verrez aussi comment un seul geste
de bonté a pu toucher des centaines de vies, entièrement à votre insu. Ainsi, concentrez-vous sur l’amour pendant
que vous êtes ici et enseignez l’amour inconditionnel très tôt à vos enfants.
N’oubliez pas de vous concentrer sur l’amour et attendez avec impatience le
moment de votre mort. C’est la plus merveilleuse expérience que vous puissiez
imaginer.»
------- Nous nous comportons avec la terre comme si elle
était notre ennemie. Nous avons essayé par tous les moyens de la soumettre à
notre volonté au lieu de nous harmoniser à ses cycles. Résultat? ...! Si nous
ne l’aimons pas, que faisons-nous tous ici?
«C’est notre terre, non pas la vôtre ni la mienne.
Nous sommes appelés à y vivre et à nous entraider, non pas à nous détruire les
uns et les autres. Ce que la société nous a proposé comme but à atteindre est l’ennemi
de cet organisme vivant. Chacune de nos inventions, chacune de nos découvertes,
nous pousse vers l’annihilation totale de l’espèce humaine. La terre
n'appartient à personne. Il s'agit d'un espace sur lequel nous avons tous à vivre
pendant plusieurs années, labourant, moissonnant et détruisant. Vous êtes
toujours un invité sur cette terre et vous devriez avoir la sobriété d’un invité.»
«L'amour est toujours une intrusion. Le hasard se fait
chair, la passion se fait raison.» ~ Amin
Maalouf (Le Périple de Baldassare)
Amour binaire Sybille
Rembard, 2009 Tu es
l’autre partition solitaire
et inséparable. La vie
sans toi sera néantisée. Symbiose
qui réjouit ou
véritable angoisse? Ta
présence enflamme la dichotomie de notre amour, fusionne
nos étincelles. Crois-tu
pouvoir survivre? Moi, je
sais! Je marche
à la dérive dans un désert en décomposition avec
cette seule pensée un jour
tu ne seras plus. Et je
serai Dépariée.
------- I see you in my dreams sometimes Asma Safi
I see you in my dreams sometimes
Smiling
wishing you'd smile
The same in real life
when I'm Awake
I see you in my dreams sometimes
Speaking to me, laughing, joking
Wishing you'd do the same
In the real life
When I'm awake
To make me happy
I see you in my dreams sometimes
When I've had a bad day
you make me smile in my dreams
Waking up with a smile
I notice you're just a dream
But even though you're just a dream
The dream gives me hope
Hope that me and you will be together one day... Forever
Then I won't have to dream about you
Because you'll be right next to me
-------
À une femme Victor Hugo
Enfant! si j’étais roi, je donnerais l’empire, Et mon char, et mon sceptre, et mon peuple à genoux Et ma couronne d’or, et mes bains de porphyre, Et mes flottes, à qui la mer ne peut suffire, Pour un regard de vous!
Si j’étais Dieu, la terre et l’air avec les ondes, Les anges, les démons courbés devant ma loi, Et le profond chaos aux entrailles fécondes, L’éternité, l’espace, et les cieux, et les mondes, Pour un baiser de toi!
(Les feuilles
d’automne)
Photographe : Elliott Erwitt, 1964
Amour nordique Fester
Bryan, 2006
Le vent polaire fouette férocement mon corps Des formations de glace apparaissent au moindre souffle Ma fourrure me couvre comme un maillot de corps Il fait moins vingt cinq Mais au cœur de moi Rougeoie calmement une veilleuse Où mes pensées pour toi Dansent à jamais Prêtes à s’enflammer passionnellement
Oh never weep for love that’s dead Since love is seldom true But changes his fashion from blue to red, From brightest red to blue, And love was born to an early death And is so seldom true. Then harbour no smile on your bonny face To win the deepest sigh. The fairest words on truest lips Pass on and surely die, And you will stand alone, my dear, When wintry winds draw nigh. Sweet, never weep for what cannot be, For this God has not given. If the merest dream of love were true Then, sweet, we should be in heaven, And this is only earth, my dear, Where true love is not given.
Encore une
fusillade, cette fois au campus de l’université Northern Arizona, Flagstaff,
Arizona. C’est inconcevable, mais les «gun
nuts» (comme les appellent les Américains) utilisent cette spirale
infernale pour inciter les Américains à s’armer encore plus. On a fait de l'arme un objet prétendument inspensable à la vie, méchant contresens...!
Leur
slogan doit être «un enfant, un gun»,
puisqu’on vend des armes pour enfants qui fonctionnent avec de vraies balles. Le nom de la
gamme de produits pour enfants du fabriquant Crickett est «mon premier fusil». On
propose des modèles roses pour les filles, et bleus (ou style camouflage) pour les
garçons.
Aux États-Unis :
- Depuis
le 1er janvier 2015 : 7 708 homicides par armes à feu - On compte plus
d'un meurtre par armes à feu à toutes les heures, soit plus de 27 homicides par
jour ou encore 9 855 meurtres par an. Il y aurait près de 283 millions d'armes
à feu en circulation aux États-Unis, soit 88 armes pour 100 habitants, le plus
haut taux de possession d'armes à feu du monde. En 2011 : - Selon un sondage
de l'institut Gallup, 47% des Américains déclaraient avoir au moins une arme à
feu à leur domicile. - 4 millions
d'Américains étaient membres de la NRA (National
Rifle Association) l'association de défense du port d'armes américaine et
70% des sondés déclaraient qu'ils voteraient contre une loi visant à
restreindre l'usage ou le port des armes. Source
des statistiques : http://www.planetoscope.com/
Triste quand même...!
Dans un
article (Psychology Today), un professionnel de la santé suggérait que les
armes, les incompétences parentales, les jeux vidéo, les films violents,
la culture populaire ou la maladie mentale n’étaient pas les causes directes des fusillades. Il faut se pencher
sur les causes profondes de la popularité de la violence, de la vengeance et du
fantasme de l’ayant-droit associé au rêve américain que nous portons
individuellement et collectivement, et qui peuvent déboucher sur la rage
meurtrière, dit-il. Interdire les armes, les jeux vidéo et les films
violents ne règlera pas le problème. Il
faut semer d’autres graines qui, dans un sol riche, supplanteront les graines de
la violence collective.
C’est
évident qu’il y a de graves anomalies socioculturelles transmises d’une
génération à l’autre. Pas uniquement aux États-Unis, bien entendu, mais le
terreau est particulièrement fertile. Si personne ne fait rien pour modifier ce genre de
culture, eh bien ça risque de durer encore longtemps... Parfois, il faut poser
des gestes radicaux pour stopper la gangrène. Alors, en attendant que la
population s’éduque, les Américains pourraient avantageusement s’inspirer de
cet exemple :
Un gouvernement a éliminé
les fusillades dans les écoles en interdisant les armes
En 1996, il y a eu une fusillade dans une école élémentaire
en Écosse. 16 enfants de 5 à 6 ans et un enseignant ont été tués. L'année
suivante, le Royaume-Uni a interdit la possession individuelle d’armes de poing,
tous calibres confondus. Il n'y a pas eu de fusillades dans des écoles depuis. (School Shootings Solved Forever, Dec 17,
2012)
Ian Robertson,
Ph.D., author of The Winner Effect,
holds the Chair in Psychology at Trinity College Dublin
En tout
cas ce n’est pas l’amour qui fait tourner le monde...
---
Je tiens mon visage à deux mains Thich
Nhat Hanh
Non, je
ne pleure pas Je tiens
mon visage à deux mains Pour
réchauffer ma solitude Deux
mains protégeant Deux
mains nourrissant Deux
mains empêchant mon âme de me
laisser en colère.
Je suis une inconditionnelle de Henning Mankell. Il observait l’humain avec lucidité, sans le
juger ni le mettre sur un piédestal. Il brossait des portraits réalistes, sans occulter
quoi que ce soit de la laideur et de la beauté de la nature humaine. J’ai aimé
tout ce que j’ai lu et vu. Notamment les premières séries Wallender avec
Krister Henriksson. Beaucoup d’imitations... mais il manque l’âme, le cœur, la
profondeur de sentiment et la pensée de l’auteur qui les a inspirées.
J’étais extrêmement peinée d’apprendre sa mort
aujourd’hui. J’aurais aimé le lire encore longtemps. Étrangement, il y a deux
jours je me demandais comment il s’en sortait avec son cancer; j’ai écouté
le thème musical de Wallender et relu quelques passages notés du roman Les chaussures italiennes. En voici
quelques-uns qui me paraissent de circonstance.
Résumé : À 66
ans, Fredrick Welin vit reclus depuis 12 ans sur une île de la Baltique avec
pour seule compagnie un chat et un chien et pour seules visites celles du
facteur de l’archipel. Depuis qu’une tragique erreur a brisé sa carrière de
chirurgien, il s’est isolé des hommes. Pour se prouver qu’il
est encore en vie, il creuse un trou dans la glace et s’immerge chaque matin.
Au solstice d’hiver, cette routine est interrompue par l’intrusion d’Harriet, la
femme qu’il a aimée et abandonnée 40 ans plus tôt. Harriet qui se meurt d’un
cancer exige qu’il tienne une vieille promesse : lui
montrer un lac forestier éloigné.
--- Pour ce qui est de me sauver, en tout cas, c’est
inutile. Je n’ai pas de projets de suicide. Dans un
autre temps, juste avant la catastrophe, il m’est arrivé, oui, de vouloir en
finir. Pourtant, je ne suis jamais passé à l’acte. La lâcheté a toujours été
une fidèle compagne de ma vie. Maintenant comme alors, je pense que le seul
enjeu, pour être vivant, est de ne pas lâcher prise. La vie est une branche
fragile suspendue au-dessus d’un abîme. Je m’y cramponne tant que j’en ai la
force. Puis je tombe, comme les autres, et je ne sais pas ce qui m’attend. Y
a-t-il quelqu’un en bas pour me recevoir? Ou n’est-ce qu’une froide et dure
nuit qui se précipite à ma rencontre? (p.11)
Tout en écoutant le bruit, j’ai pensé que la vie
avait défilé très vite. Je suis ici maintenant. Un homme de soixante-six ans,
solvable, porteur d’un souvenir qui le taraude en permanence. (...) Il y a un
instant, j’en étais encore au premier acte. Voilà que l’épilogue a commencé.
(p.12-13)
Aucun courrier aujourd’hui. Hier non plus, il n’y
en avait pas. Jansson, le facteur de l’archipel, vient quand même. Il y a douze
ans, je lui ai pourtant interdit d’accoster à mon ponton si c’était pour
m’apporter de la réclame. Je n’en pouvais plus des promotions sur le lard salé
et les ordinateurs. Je lui ai dit que je ne voulais avoir aucun contact avec
ces gens qui me pourchassaient avec leurs offres spéciales. La vie n’est pas
une affaire de réduction, voilà ce que j’essayais d’expliquer à Jansson. La
vie, au fond, c’est quelque chose de sérieux. Il y a un enjeu, je ne sais pas
lequel, mais il faut tout de même croire qu’il existe, et que le sens caché se
trouve un cran au-dessus des chèques-cadeaux et des tickets de grattage. Ça a
provoqué une prise de bec, qui n’était ni la première, ni la dernière. Parfois
je crois que ce qui nous unit, Jansson et moi, c’est la rage. N’empêche qu’après
ce jour-là il ne m’a plus jamais apporté de réclame. (p.19)
Au fond, je ne sais rien de Jansson, à part le
fait que son prénom est Ture et qu’il est le facteur de l’archipel. Je ne le
connais pas et il ne me connaît pas. Mais quand son bateau – ou, en hiver, son
hydrocoptère – apparaît au détour de la pointe, je suis presque toujours sur le
ponton à l’attendre. Je l’attends, je me demande pourquoi, et je sais que je
n’aurai jamais de réponse. C’est
comme attendre Dieu ou Godot, sauf qu’à la place c’est Jansson qui arrive. Quand ça
me prend, je m’assieds à la table de la cuisine et j’ouvre le journal de bord
que je tiens depuis que je vis ici. Je n’ai rien à raconter et je ne vois
personne qui puisse s’intéresser un jour à ce que j’écris. Mais j’écris quand
même. Chaque jour de l’année, quelques lignes. (…) J’écris la chronique d’une
vie qui a tourné court. (p.22)
Jansson est quelqu’un pour qui ma générosité
bienveillante va de soi, et c’est sans doute pour ça qu’il me déplaît tant.
C’est difficile d’avoir pour plus proche ami quelqu’un qu’on n’aime pas. (p.25)
Je n’ai jamais, au grand jamais, laissé Jansson
entrer dans ma maison, et je n’avais aucune intention de déroger à la règle. Parfois
j’aimerais avoir quelqu’un à qui parler. Les échanges avec Jansson ne peuvent
pas vraiment être appelés des conversations. Ce sont des bavardages. Des
bavardages de ponton. Il me raconte des choses qui ne m’intéressent pas. Il
m’oblige à diagnostiquer des maladies imaginaires. Mon ponton et ma remise sont
devenus une clinique privée réservée à un seul patient. (...) Mais on
ne peut pas dire que les propos que nous échangeons constituent une véritable
conversation. J’ai
parfois tenté de lui demander son avis, en général, sur la vie et sur l’abîme qui
nous attend. Mais il ne comprendrait pas. Sa vie tourne autour des lettres,
timbres, recommandés, accusés de réception, mandats, virements, et d’une
quantité atroce de réclame. (...) Avec tous ces sujets de préoccupation,
Jansson n’a sans doute pas d’avis sur l’abîme. (p.26-28)
J’ai essayé de parvenir à une décision. Fallait-il
continuer à garder ma forteresse? Ou m’avouer vaincu et tenter d’utiliser à bon
escient le temps qu’il me restait peut-être à vivre? (p.29)
Les
chaussures italiennes Henning
Mankell (8 février 1948 – 5 octobre 2015) Traduction : Anna Gibson Éditions du Seuil (2009)
Une dernière citation du même roman :
Autres :
[...] je réserve dans l'année un certain
nombre de semaines, appelons-les blanches, appelons-les noires, où je n'accorde
aucun intérêt, quel qu'il soit, au monde qui m'entoure. Quand j'émerge de cette
abstinence médiatique, il s'avère toujours que je n'ai rien raté d'important.
Nous vivons sous une pluie crépitante de désinformation et de rumeurs, avec un
nombre très réduit de nouvelles décisives. Au cours de ces semaines
d'abstinence, je me consacre à la recherche d'une autre sorte d'informations :
celles que j'ai en moi. (Avant le gel)
[...]
la résignation est le lot de chacun. Tout le monde finit terrassé par des
forces invisibles. Personne n'y échappe. (L'Homme
qui souriait)
L'être humain est un animal qui vit dans le but de
résister encore un moment. (La Cinquième femme)
La vie était comme un pendule. Elle oscillait
entre douleur et répit. Sans arrêt, sans fin. (La
Cinquième femme)
Interview récente :
The
novelist said in the interview that when he was young, “the only thing I was
afraid of was getting old and turning around and seeing that I botched my life.
But I’m happy with the life that has been.”
“I
have always made my choices and lived despite them, whether they were right or
wrong. I have never been like a dry leaf that someone threw into the stream and
which randomly ends up anywhere downstream. I dare to turn around now and look
back, because I see that I have not botched my life. The unique thing about
life is that you must account for the choices you make. You can never take a
step back and redo it. It does not mean that I’m finished. Death, when it
comes, interferes always in the living things that are going on,” he said. (Göteborgs
Posten)