19 janvier 2013

Souhaits pour un monde...

Crédit photo : baleineau, Jean Lemire; SEDNA IV, Costa Rica août 2012
 
Souhaits
Par Marguerite Yourcenar
 
Je souhaiterais vivre dans un monde sans bruits artificiels et inutiles, sans vitesse, et où la notion même de vitesse serait méprisée ou détestée, les transports rapides étant réservés aux membres de professions indispensables ou à certains cas graves.
 
Un monde sans effusion de sang humain ou animal, et où tout meurtre serait considéré comme un crime répugnant entraînant des sanctions pratiques et des purifications morales. L'homme tâché de sang automatiquement écarté comme sale, égaré, insensé.
 
Un monde où la sexualité sous toutes ses formes serait tenue pour sacrée, quoique pas nécessairement située au plus haut degré du sacré.
 
Un monde où il serait honteux et illégal d'avoir plus de trois enfants.
 
Un monde où la population du globe, par des pratiques sexuelles raisonnables, serait ramenée et se maintiendrait au-dessous du milliard d'habitants.
 
Un monde où les deux notions de volupté et de chasteté seraient situées infiniment plus haut qu'elles ne le sont aujourd'hui.
 
Un monde qui aurait à peu près éliminé la jalousie.
 
Un monde où la prostitution ne serait plus que rituelle.
 
Un monde sans plaisanteries égrillardes, sans réticences hypocrites, sans scatologie, sans sotte exaltation autour de l'amour ou de ce qui passe communément pour tel.
 
Un monde sans mode, ou dont la mode ne consisterait qu'en imperceptibles nuances lentement changées.
 
Un monde où une femme trop visiblement bien vêtue ferait sourire.
 
Un monde où les plus pauvres auraient accès à la vraie laine, à la vraie soie, aux vêtements les plus commodes et aux couleurs les plus harmonieuses. Pas d'étoffes artificielles, pas de colorants chimiques instables et laids.
 
Un monde où jeter un vêtement usé, un plat ébréché, serait un geste rituel accompli seulement avec hésitation et regret.
 
Un monde qui placerait très haut l'idée de renouveau et qui mépriserait la notion de nouveauté.
 
Un monde sans musiques diffusées, mais qui rendrait à tous la danse et le chant.
 
Un monde où l'instruction avancée serait réservée aux meilleurs, c'est-à-dire à ceux qui la demanderaient, et se montreraient capables d'en profiter, mais où tout être humain recevrait un minimum d'éducation et d'instruction élémentaires, infiniment plus solides et plus complètes pourtant que ce qu'ils reçoivent aujourd'hui.
 
Un monde où tout objet vivant, arbre, animal, serait sacré et jamais détruit, sauf avec regret, et du fait d'une absolue nécessité.
 
Un monde où la viande serait considérée comme une nourriture inférieure, indésirable, utile seulement peut-être à quelques-uns comme un répugnant médicament.
 
Un monde où l'idée même de concurrence serait stigmatisée comme basse.
 
Un monde sans idolâtrie, mais riche en respect.
 
Un monde où la mort serait une grande aventure.
 
Un monde où le suicide serait de règle sitôt commencement d'affaiblissement irréparable des facultés. Ceux qui s'y refuseraient pourraient vivre, mais sans honneur.
 
Un monde où chaque individu, chaque famille, chaque groupe serait encouragé à produire soi-même le plus possible de son nécessaire.
 
Un monde où il existerait des corps francs dans lequel on se consacrerait pour un temps donné à des travaux d'utilité ou d'embellissement public ou privé, réparations des maisons et des édifices, instruction, fêtes publiques, sans autre salaire que le vivre et le couvert généreusement donnés, et un peu d'argent de poche.
 
Un monde où la notion de serviteur serait noble, et le serviteur un ami intime.
 
Un monde où les membres des professions dites intellectuelles passeraient au moins une sur deux de leurs vacances à s'occuper avec plaisir de métiers manuels ou du travail de la terre.
 
Extrait : Sources II, Gallimard

18 janvier 2013

Dieu n’est pas logique

Collage de Jacques Prévert
Picasso a dit à Prévert en découvrant ses collages :
«Tu ne sais pas peindre, mais pourtant tu es peintre.»   
 
Je n'ai malheureusement pas trouvé le titre de ce collage. 
Il aurait pu s'intituler «L'homme logique»...
 
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Extrait du chapitre XII - Dieu ne peut pas être logique
 
CELA QUI ÉCHAPPE À TOUTE INTERPRÉTATION
 
Tous les dieux, sans exceptions, fabriqués de main d’homme, c’est-à-dire de logique humaine, sont des dieux partiels, c’est-à-dire des dieux personnels.
       Aucun, même le plus haut, n’est le Tout, l’Être, l’Essence, la Vie, l’Amour. Mais Celui ou, plus exactement, CELA qui est échappe à toute formule personnalisatrice et ne peut être que l’Impersonnel.
       Pour essayer de le comprendre, si pauvrement que ce soit, il faut se mettre dans une posture d’humilité spirituelle exclusive de tout appel à la logique et à la raison. Cette constatation a été faite de tout temps et l’on se réfère volontiers à la grande parole de Denys l’Aréopagite : «Nous désirons ardemment demeurer dans ces ténèbres transparentes, et à force de ne pas voir et de ne pas connaître, voir Celui qui est au-delà de la vue et de la connaissance. Car c’est là véritablement voir et connaître et, au moyen de l’abandon de toutes choses, louer Celui qui est au-delà et au-dessus de toutes choses.»
       Bien peu, sans doute, sont capables de ces attitudes, mais n’en fût-il qu’un sur un million, ce serait assez pour nous éclairer. Car il n’est pas indispensable que tous aient les yeux ouverts pourvu qu’en tête du troupeau quelqu’un marche.
       Il y a déjà des conducteurs parmi nous.
 
LA SUPERLOGIQUE ET LE MONDE DES CAUSES
 
Logique et raison ne sont pas un mal en soi mais le fruit de l’intelligence humaine grâce auquel la créature la plus dénuée du monde s’est mise à la tête des règnes animal, végétal et minéral.
       Par malheur l’orgueil a faussé l’appareil initial, et les acquisitions de l’homme, au lieu de le porter à la reconnaissance, l’ont conduit à se croire égal et même supérieur au Divin dont il est issu.
       Chaque âge (mais surtout l’âge moderne) a creusé le fossé qui séparait le Créateur de la créature, si bien que la logique de l’un est de plus en plus différente de la logique de l’autre, au point que Dieu apparaît illogique à l’homme et l’homme illogique à Dieu.
       La divergence s’est muée en opposition et l’opposition en antagonisme, et c’est ouvertement que l’homme moderne est en lutte avec Dieu. Comme Dieu ne se démontre pas logiquement (sans quoi il ne serait pas Dieu)  l’Homme en conclut que Dieu n’existe pas. Et c’est vrai dans un univers logique. Mais, par contre, Dieu est, dans son univers illogique et ce qu’il y pense retentit dans le domaine même logicien.
       De ce que Dieu échappe à la raison, la raison déduit qu’elle échappe à Dieu, ce qui est bien un raisonnement de la partie, incapable de comprendre qu’elle est intégrée dans le Tout.
       Mon dessein, en écrivant ce livre, n’est pas de priver l’homme de sa faculté de logique ni de l’amputer de sa faculté de raisonnement.
       Mon but est de le mettre en garde contre l’insuffisance, l’inégalité, l’exigüité de sa logique dont le déroulement ne peut se faire qu’en vase clos. Même dans l’univers limité que sa raison lui assigne, l’homme n’est pas sûr des lois par lesquelles il l’interprète et doit sans cesse réviser ses calculs.
       Les plus intelligents le savent bien et le grand Ouspensky, mort en 1947, n’a fait que traduire la pensée intérieure de tous les savants véritables dans son Tertium Organum.
       Pour lui, matière et mouvement ne sont, comme bien et mal, que des concepts logiques. Le monde que la Science a érigé pour elle-même est un monde artificiel. Ouspensky a souligné l’irréalité logique de l’existence simultanée de l’esprit et de la matière, l’impossibilité de la raison dans un univers mécanique, l’inconciliabilité du mécanisme et de l’existence de la raison.
       Il a suggéré l’élimination des éléments personnels comme moyen d’approcher de la connaissance véritable.
       Il a démontré la nécessité d’une transition de l’ancienne logique à une logique nouvelle, parce que notre logique est fondée sur les lois du monde phénoménal et s’avère impuissante dans l’étude du monde nouménal.
       Il a enfin prouvé qu’il était temps pour l’homme de se munir d’une logique supérieure, c’est-à-dire d’un instrument de pensée qui lui permette de sonder les mystères de la nature, ce qu’il appelle le côté caché de la Vie, alors qu’il y baigne tout entier.
       Qu’ajouter à cela? Sans doute, comme on l’a vu, que l’art, la musique, la poésie, l’humour permettent d’accéder au domaine secret ou invisible, mais empiriquement, sporadiquement et, peut-on dire, par éclairs.
       L’homme de demain peut prétendre à mieux. L’accès à la connaissance supérieure ne peut rester le privilège d’une avant-garde dispersée. La super-logique, qui doit devenir la nôtre, a besoin d’une plus large expression. Il faut qu’elle trouve ses propres lois et, en quelque sorte, ses assises, de manière que l’élite humaine, sinon la plus grand nombre, y puise un élément de stabilité.
       C’est seulement quand l’humanité se servira normalement de cette super-logique que notre temps actuel apparaîtra comme un âge d’obscurantisme uniquement préoccupé des phénomènes extérieurs.
       L’humain va se dégager du domaine des effets pour entrer dans le monde des causes. Lorsqu’il aura accompli cette évolution ultime il pourra se croire en état de majorité.
       Mais il ne peut le faire seul. Pour ne pas tomber d’une logique incomplète dans une fausse logique, il faut qu’il s’appuie étroitement sur le Divin, donc l’Irrationnel.
       Un anthropologue éminent, R. Broom, s’est avisé que l’évolution physique de l’homme était à peu près achevée et que les forces de Vie semblaient s’efforcer maintenant de hâter sa croissance spirituelle pour parer au déséquilibre menaçant.
       Je pense que cette vue grandiose correspond à une nécessité urgente. C’est à l’homme de s’y prêter, le plus vite possible, s’il désire combler l’abîme qui se creuse entre la matière et l’Esprit.
 
CONCLUSION
 
Heureusement le mal, dans son excès même, comporte le remède approprié aux temps futurs.
       À mesure que certains se haussent jusqu’au Divin, le Divin s’abaisse jusqu’à eux pour leur faciliter l’évolution indispensable.
       Dans son désir de nous adapter à cette Évolution, laquelle va se précipitant ainsi que le démontre sa violence présente, la Puissance Créatrice est amenée à solliciter la collaboration active de l’Homme pour le faire progresser plus rapidement. Et il s’est avéré que tels d’entre nous sont spécialement pesés et triés pour se mettre aux ordres des instances supérieures, ne serait-ce que pour la dignité de leur vie, la clarté de leur intelligence et la noblesse de leur cœur.
       Mais l’Esprit exige plus encore, afin d’être aidé et suivi dans son effort de résurrection de la conscience contemporaine. Il lui importe de sélectionner des cerveaux aptes à diffuser ses nouveaux  et hardis enseignements. Nous en sommes arrivés au point où l’Homme Spirituel va se substituer à l’Homme Mental, tant par modification progressive de la matière grise de ce dernier que par agrandissement de sa faculté de compréhension intérieure.
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Les vieux textes, les vieux dogmes, les vieux rites sont dépassés et le Grand Livre de demain est à naître. Déjà de toutes les religions, de toutes les confessions, de toutes les philosophies se dégagent de vastes courants en direction d’un avenir plus qu’humain.
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La destruction de l’univers purement mental édifié par le scientifisme n’est plus qu’une question d’années au sein d’une incessante et dévorante Création.
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[Le Super-Homme] ne sera plus un vaste corps ni un vaste cerveau, un vaste appétit ni une vaste jouissance mais uniquement une dimension supérieure de la conscience humaine merveilleusement adaptée aux problèmes de l’Universel.
       Tel est le postulat auquel on vous invite à adhérer de toutes les forces de votre âme si vous voulez être parmi les survivants d’un âge près de s’abolir.
       Pour cela tous moyens vous seront donnés en force, en compréhension, en harmonie, si seulement vous en êtes avide, si seulement vous les demandez.
 
~ Georges Barbarin
 
Voyage au bout de la raison
La déroute des logiciens
Éditions de l’Âge d’Or; 1962 (Épuisé)
 
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L'âge de fer est fini! :


15 janvier 2013

Quizz palettes

Devinez à quels peintres célèbres du XIXe siècle appartenaient ces palettes.  
(Réponses en fin d’article)  
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Certains artistes obéissaient à la lettre aux théories de la couleur des écoles de leur époque. Par exemple on pouvait bannir le noir parce que les physiciens le considéraient «non-lumineux».
 
Plus on avance vers la fin du 19e siècle, plus on voit les peintres se libérer de ces carcans rigides. Gauguin disait à son élève Paul Sérusier :
«La couleur pure! tout doit lui être sacrifié. Comment voyez-vous cet arbre? Est-il vert? Alors peignez-le en vert, du plus beau vert de votre palette. Comment voyez-vous ces arbres? Ils sont jaunes. Alors, peignez-les en jaune. Et cette ombre est plutôt bleue. Donc, peignez-la avec de l’ultramarine pur. Et ces feuilles rouges? Utilisez du vermillon.»
 
Van Gogh, qui se réjouissait de n’avoir jamais suivi de cours de peinture, écrivait à son frère Théo, en 1882 :
«Il n’y a que trois couleurs fondamentales – rouge, jaune et bleu; les "secondaires" étant orange, vert et violet. En ajoutant du noir et un peu de blanc, on obtient une variété infinie de gris – gris-rouge, gris jaune, gris-bleu, gris-vert, gris-orange, gris violet. Il est impossible de dire, par exemple, combien il peut y avoir de nuances de gris-vert; il y en a une variété infinie. Et toute la chimie des couleurs n’est pas plus compliquée que ces quelques simples règles. Et posséder clairement cette simple notion vaut plus que 70 couleurs différentes de peinture – parce qu’avec ces trois couleurs de base et du noir et du blanc, on peut faire plus de 70 couleurs et nuances. Le coloriste est la personne qui sait tout de suite comment analyser une couleur quand il la voit dans la nature, et il peut dire par exemple : ce gris-vert est un mélange de jaune de noir et de bleu, etc. En d’autres mots, c’est quelqu’un qui sait comment trouver les gris de la nature sur sa palette.»
 
Source : Article de Lucie Davies (en anglais) - vaut la peine d'être lu :  
 
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Pensées du jour :
 
«Il n'y a rien de plus réellement artistique que d'aimer les gens
 
«Il est bon d'aimer autant que l'on peut, car c'est là que gît la vraie force, et celui qui aime beaucoup accomplit de grandes choses et en est capable, et ce qui se fait par amour est bien fait...»
 
~ Vincent Van Gogh 
 
En passant, l’entière correspondance de Van Gogh est disponible sur ce site : http://www.vggallery.com/international/french/letters/main.htm
Extrêmement intéressant!

Des photos d'oeuvres et de l'info biographique sur une multitude d'artistes :
https://www.artsy.net/artist/vincent-van-gogh
 
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Réponses 
1. Edgar Degas  1834-1917  
2. Eugène Delacroix  1798-1863
3. Paul Gauguin  1848-1903 
4. Gustave Moreau  1826-1898  
5. Auguste Renoir  1841-1919  
6. Georges Seurat  1859-1891  
7. Vincent Van Gogh  1853-1890  

13 janvier 2013

Plénitude intérieure


«Lorsqu’on se désintéresse des mélodrames et des histoires romanesques qui occupent tant de gens, l’on s’ouvre à l’amour vrai, inconditionnel, dénué d’attentes et d’exigences. Il s’agit d’une qualité supérieure d’amour née de la plénitude intérieure.
       Quand vous trouvez la sérénité en vous, beaucoup d’amour survient spontanément. Être seul est alors merveilleux, et être en compagnie de quelqu’un tout autant. Et tout est simple. Vous ne dépendez plus d’autrui et ne rendez personne dépendant de vous. Vous êtes libéré des attachements et savez enfin ce qu’est une vraie relation où chacun apprécie la présence de l’autre, le partage de joie, de plaisirs et de moments précieux.»
~ Chandra Mohan Jain 

11 janvier 2013

L’or des arbres


On dit que l’or ne pousse pas dans les arbres…
 
J’ai connu un artiste qui peignait des arbres, que des arbres. Une obsession. Il traduisait à sa manière leur majesté, leur force tranquille, avec toute la lumière filtrant au travers du feuillage coloré ou des branches dégarnies, selon les saisons. Il souhaitait éveiller chez les gens l’amour qu’il éprouvait envers ces créatures vivantes.
 
Un jour, alors qu’il se promenait en forêt, il vit des lingots d’or au pied d’un arbre. Stupéfait, il les observa en se demandant ce que signifiait cette hallucination. Soudain, une brise secoua joyeusement le feuillage au-dessus de sa tête, et il entendit une voix lui dire : «Tes semences ont germé et tu cueilleras bientôt l’or de ton rêve.»
 
Peu de temps après, un ami de l’artiste lui présenta un agent qui, fasciné par tant de beauté, s’organisa pour faire exposer ses œuvres dans plusieurs galeries d’art. Tous les tableaux se vendirent dans le temps de le dire.
 
Un vrai conte de fées…! 
 
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Tableau : Jonathan Kingdon, zoologiste
 
«Si nous pouvons comprendre que le pain vient des graines, qui viennent des plantes, qui viennent du sol, de l’eau, de l’air et de la lumière, et de l’énergie des gens qui travaillent dans les champs, alors, ce qui doit être fait pour sauver le monde et toutes les créatures vivantes se fera naturellement.
 
Les plantes nous nourrissent, nous soignent, nous habillent, fournissent les industries et procurent abris et santé à toutes les créatures vivantes. La couverture verte de la planète maintient l’air que nous respirons, les sols et l’eau que nous utilisons, et la stabilité des climats.
 
Aujourd’hui, la destruction accélérée force la flore à se retirer du décor, et son déclin aura des conséquences incroyables sur nous tous.»
 
~ Lee Durrell
State of The Ark, An atlas of conservation in action
A Gaia Book, 1986

Je pense que nous n’avons rien compris…

Il en est de l’Amour divin comme des richesses terrestres. Celles-ci sont en quantité supérieure aux besoins de l’humanité. Mais les hommes sont impuissants à se les répartir par calcul et par ignorance, et l’humanité meurt de faim sur des biens inutilisés.
~ Georges Barbarin

 

8 janvier 2013

Un mot sur Jim Unger

Jaquette arrière de mon vieil exemplaire...
 
Étant donné que Jim Unger est décédé en mai dernier, j’ai envie de partager quelques passages autobiographiques extraits de The Second Herman Treasury (1980).
 
Il restera un bon exemple de quelqu’un qui a décidé de suivre sa propre voie, son inspiration. Tous les gens qui le font n’obtiennent pas le même succès, bien sûr, mais je suis persuadée qu’ils sont heureux; et voilà ce qui importe.
 
Je vois une parenté entre Mark Twain et lui, de par leur vivacité d’esprit, leur intelligence et leur style d’humour sagace.
 
***
Dès ma tendre enfance, j’étais absolument certain que le monde était fou. J’étais un enfant sans défense, et ils avaient déjà tout planifié avant que j’arrive. Ils avaient tout organisé, et c’était franchement le chaos. Pour envenimer les choses, quelqu’un larguait des bombes sur Londres, où je vivais, et je n’avais rien fait!
 
Durant les premières années, ils me laissèrent tranquillement regarder les canards. Les choses se sont gâtées quand j’ai dû apprendre la langue locale. Aussitôt que j’ai pu la comprendre, ils m’ont dit qu’ils m’avaient assigné une nationalité, une race, et une religion. Inutile de dire qu’ils m’avaient déjà trouvé un nom.
 
Quand vous êtes enfant, les deux premiers mots qu’ils vous apprennent sont : «bon» et «mauvais». Ils ne vous les expliquent pas vraiment à ce moment-là, mais cela devient bientôt évident : si vous faites quelque chose qui reçoit l’approbation de l’entourage, c’est «bon». «Mauvais» signifie quelque chose que l’entourage trouve désagréable.
 
À dix-huit ans, j’ai dû passer deux ans dans l’armée. Il n’y avait pas de guerre à ce moment-là, mais j’étais pas mal certain que quelqu’un allait en partir une d'ici vingt-quatre mois. J'avais hâte de porter mon uniforme macho et d’aller m’allonger sous les palmiers d'une ile tropicale quelconque. Je n’étais pas stupide, j’avais vu les posters. Mais, je n’avais sans doute pas vu les bons, puisque j’ai passé presque la totalité des deux ans en plein champ, dans des cabanes en bois.
 
L’idée d’aller travailler à chaque jour dans un endroit étrange avec des gens sérieux me faisait horreur. Aussitôt que j’ai réalisé que je ne serais jamais un humain, je me suis senti beaucoup plus heureux. J’ai commencé à travailler pour moi-même. En plus de l’ennui d’aller quelque part à tous les matins et de revenir chez moi à tous les soirs, quand je travaillais pour quelqu’un d’autre, je ne pouvais pas penser; et je me sentais toujours coupable si je n’étais pas en train de «faire quelque chose». Il m’arrivait parfois d’essayer de penser en fixant un mur, mais la seule chose à laquelle je pouvais penser était que quelqu’un allait entrer et me surprendre en train de penser. Alors, je ne pensais jamais à rien.
 
Maintenant j’aime vraiment dessiner Herman. J’apprécie particulièrement tous les gens formidables que j’ai rencontrés partout en Amérique du Nord, et toutes les lettres que je reçois. J’essaie encore de comprendre d’où vient Herman. Tout dans ma vie, jusqu’à maintenant, est incroyablement normal.
 
~ Jim Unger
 
Je devrais vous congédier, mais je crois
qu'il ne faut pas mêler business et plaisir."

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Pensée du jour :
 
«Si une activité quelconque, aussi étrange qu’elle paraisse, vous apporte un sentiment de profonde satisfaction, pratiquez-la. Ces activités peuvent vous mener à des expériences de joie, de guérison naturelle, voire d’illumination.»
~ Seth

6 janvier 2013

Histoire d’amour-amitié

Il n’y a pas de limites à l’AMOUR. C’est l’énergie universelle de base, même si nous nous plaisons à la défigurer et à y faire obstacle souvent en raison de croyances et de scrupules qui ne tiennent pas debout. Par exemple, l’amitié entre animaux et humains est encore l’objet de divers tabous.
 
La semaine dernière j’ai reçu cette histoire au sujet d’une fillette et d’un bébé orang-outan :
Barry Bland devait aller photographier l’orang-outan Rishi au parc animalier T.I.G.E.R.S.** Il décida d’amener sa petite fille Emily. L’enfant et le singe commencèrent spontanément à jouer ensemble. Le fondateur du parc, Bhagavan Antle, n’était pas du tout surpris de leur complicité :
       «Les orangs-outans sont intelligents, et certainement les plus sociables de tous les singes de la planète. Les jeunes singes aiment jouer, cherchent constamment à expérimenter de nouvelles choses et à se faire de nouveaux amis. Emily est venue au bon âge pour se familiariser. Tous les enfants ont la capacité de se lier ainsi aux animaux parce que les barrières entre espèces n’existent pas à cet âge-là
 
Comme on le voit sur les photos, Emily et Rishi ont grandi mais ils semblent être restés les meilleurs amis du monde… Photos : Barry Bland, Barcroft Media
 
Cette citation de Marc Chagall accompagnait le pps :
«Dans notre vie, comme sur la palette d'un artiste, une seule couleur donne tout son sens à l'art et à la vie; c'est la couleur de l'amour.»
 
 
 
 

 
** Le fion écolo et zoofriendly :
Les orangs-outans sont les singes les plus menacés d’extinction en ce moment. L’expansion des plantations de palmiers et le déboisement inconsidéré de leurs forêts à Bornéo et Sumatra a considérablement réduit leur habitat. T.I.G.E.R.S. (The Institute of Greatly Endangered and Rare Species; Miami, Florida) promeut la préservation globale à l’aide de programmes d’information, de sensibilisation et d’éducation. Sous la supervision du personnel de l’Institut, animaux et visiteurs peuvent se promener librement et établir des contacts.
 
Sur une planète barbare tout près de chez vous, en 2012, il y a des proxénètes qui utilisent des femelles orang-outan pour la prostitution avec des mâles humains :  

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Bernard Pivot raconte (Les mots de ma vie) que dans son enfance, il lui arrivait de pensionner à une ferme lors de ses vacances.
       Avec un autre petit garçon de son âge, il s’occupait d’un troupeau de chèvres et de moutons. Les chèvres avaient mis bas et l’auteur se prit d’affection pour les cabris qui devinrent «ses amis et ses jouets[] Chaque matin, avant de partir avec le troupeau, je leur disais au revoir, les embrassais et les serrais contre moi avec toute la tendresse de mes jeunes années.»
      Or en revenant du pré un avant midi, il s’approcha de l’étable et vit «comme crucifiés sur la grande porte de bois  les corps dépouillés, sanguinolents, des cabris. [] Je poussai un cri. D’horreur? De colère? De Détresse? De révolte? [] Ce cri, il me semble encore l’entendre, comme s’il était gravé dans le disque dur de mon enfance.»
 
Quelle horreur, on peut comprendre son désarroi!
 
 
Et ce qu’on fait aux animaux, on le fait aux humains… 
En Inde, il y a un viol à toutes les 20 minutes.
 
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4 janvier 2013

Faut pas croire tout ce qu’on lit

 
La distance ne vous rend pas plus petit, mais elle fait de vous une parcelle de l’image beaucoup plus grande.
~ Ashleigh Brilliant
 
La nature humaine est prompte à imposer ses dogmes et ses lois, surtout lorsqu’elle commande au nom de Dieu.
 
L’homme est incapable d’abjuration. En lui, les croyances se superposent les unes aux autres comme des couches de peinture, sans se mêler, sans s’annuler.
~ Henri Fauconnier

Accepter la réalité individuelle de l’autre, découvrir la vérité qui s’y trouve, créer des ponts pour communiquer de l’un à l’autre, cela constitue le travail de l’existence. Cela ne peut se faire que par le cœur, en permettant à l’autre d’y pénétrer. C’est de cette façon que vous pouvez penser par vous-mêmes et aussi permettre à l’autre de penser par lui-même. Ainsi les vérités individuelles pourraient se côtoyer malgré leurs apparentes différences, ou même avec des désaccords, selon la perspective dualiste. En même temps, à un niveau supérieur de vérité spirituelle, elles ne seraient pas différentes.
~ Heyoan (Light Emerging, Barbara Ann Brennan)

Comment se fait-il que lorsque nous parlons à Dieu, on nous dit en prière, et que lorsque Dieu nous parle, on nous dit schizophrènes?
~ Lily Tomlin

Créer n’est pas un jeu quelque peu frivole. Le créateur s’est engagé dans une aventure effrayante qui est d’assumer jusqu’au bout les périls risqués par ses créations.
~ Jean Genet

2 janvier 2013

Que nous réserve l’avenir? – 2

SCHULZ - blues

Le problème central de la viesuite
 
Notre esprit est encombré au point d’être dans la confusion et de tout compliquer. Quand l’esprit, n’est pas simple, on peut vouloir vivre simplement, mais on ne vit pas vraiment dans la simplicité.
 
N’avoir que peu de biens matériels, ne signifie pas qu’on est simple. Et, quand intérieurement on n’est pas simple, on n’est pas libre. La liberté ne vient qu’avec la simplicité. De même, on ne peut être humble quand on est attaché à des possessions ou à un statut social qui nous forcent à agir suivant l’image que nous voulons avoir de nous-mêmes, à projeter cette image dans nos actes et notre comportement. On ne peut appeler cela être libre. De regarder jette en nous un trouble, car la peur étant en nous, notre regard n’est pas libre. Ainsi, voyant une personne qui souffre, nous nous en détournons. Bien des gens ne peuvent parler de la mort parce qu’ils la craignent. Sans la liberté, on ne voit ni n’écoute vraiment. On se projette dans des situations fictives. L’esprit conditionné et compliqué crée toutes sortes d’images et de fantasmes. Il vit dans l’illusion et l’irréalité. Être dans le réel implique l’existence de la solitude intérieure, inconditionnelle et inconditionnée. La solitude physique n’entraîne pas forcément la solitude psychologique, car on peut vivre dans celle-là et, à la vue de celle-ci, être paniqué. Nous voyons donc maintenant pourquoi la liberté est le point central de la vie; pourquoi elle en est l’élément vital. Peut-être avons-nous le sentiment que la liberté serait un frein à l’appréciation de la vie, aux expériences «sensationnelles». Encore une projection de l’esprit conditionné, qui ne sait franchir ses propres limitations.
 
Il y a des états transcendant ceux qu’on expérimente avec un esprit conditionné, mais qui ne se lèvent que dans un esprit libre : la vraie joie, l’extase, la paix, la sérénité. La joie, c’est la béatitude intérieure, la paix spirituelle. Elle n’est pas une création du mental, c’est pourquoi elle ne se lève qu’avec son extinction. Quand le mental agit, pense, imagine, rêve, on ne peut connaitre la vraie joie. Peut-être vous demandez-vous si, ayant la liberté, on peut encore expérimenter la douleur. Certes oui, mais elle perd sa force. L’on peut éprouver une douleur physique ou de la fatigue, par exemple quand on est resté assis trop longtemps. Mais, comme on sait qu’elle ne concerne que le corps, elle ne pénètre pas dans l’esprit, en sorte qu’il reste imperturbé. Le corps sait retrouver sa forme de lui-même Sinon, l’esprit étant libre, il peut l’aider.
 
Considérons maintenant la question du moyen d’obtention de la liberté. Le moyen, c’est aussi la fin; on ne peut séparer l’un de l’autre. Ce moyen et cette fin, c’est la méditation. Peut-être allez-vous dire que d’apprendre à méditer en vue d’obtenir la liberté, c’est encore cultiver l’idée de but. En fait, on ne peut pas méditer vraiment quand on n’est pas libre. C’est pourquoi, pour la méditation, la qualité primordiale c’est la liberté. Pour pouvoir observer, que ce soit vos activités, vos sentiments, vos attitudes ou n’importe quoi d’autre, il vous faut être libres. Parce que si votre observation est teintée de préjugés, d’idées, vous ne pouvez vous voir tels que vous êtes et, par-là, la méditation perd son sens. Méditer signifie regarder, observer, transporter avec soi le miroir de l’attention. C’est grâce à la vision répétée de nous-mêmes, que notre être intérieur se purifie.
 
La purification est en quelque sorte une transformation issue de l’attention soutenue, du mouvement constant d’observation. Il nous faut observer nos propres pensées; observer tout cela avec soin, sans quoi il ne peut y avoir de pensées objectives. Toute pensée se conformant à un système, des connaissances établies ou des croyances, est subjective; elle n’est qu’un fragment du sujet, un reflet du moi. Avec elle, on ne peut voir la vérité ou un événement tel qu’il est, on n’en voit qu’une image, un reflet de soi-même. Pour voir la totalité, il faut pouvoir penser librement. Quand on ne pense qu’à ce qu’on aime et évite de penser au reste, notre mode de penser procède du mouvement d’attraction et de répulsion et en cela il n’y a pas de liberté. L’esprit libre perçoit les choses de façon strictement impersonnelle, avec clarté et sans se conformer à rien. Seul un tel esprit a des vues justes et une compréhension vraie, deux qualités figurant du reste dans le Noble Sentier Octuple, tel que défini par le Bouddha.
 
La sagesse concerne aussi bien la compréhension que la pensée. Il ne peut y avoir de compréhension claire en l’absence de pensée claire, et inversement; les deux sont inséparables. La pensée au sens commun n’est qu’une réaction de la mémoire ou réaction à un problème. Si, vous trouvant devant un problème, vous vous dites «Que dois-je faire?», cela signifie que vous allez réagir selon votre expérience, votre éducation ou vos connaissances. Il arrive parfois aussi que vous ne vouliez pas penser ou que vous pensiez trop, auquel cas vous vous paralysez. Il vous faut donc aller à fond dans cette question d’obtention de la liberté, apprendre à vivre avec elle. Ce faisant, vous vous instruisez en même temps dans le mode d’action juste puisque, en sondant les raisons de l’absence de liberté, vous distinguez peu à peu les empêchements à la liberté et, les voyant, les dépassez.
 
L’investigation profonde nettoie la demeure intérieure, qui ainsi augmente en clarté et en pureté. Après quoi, on se sent plus léger, plus heureux, plus serein. Dans une vie, ou une demeure intérieure dans le désordre et les complications, il n’y a ni sérénité ni pureté; il n’y a que pesanteur et agitation. Ce fait-là, il faut l’observer intimement car l’acte même de voir vous fait comprendre la vérité de la situation observée et, par-là, mène à la liberté. La méditation juste, c’est observer toutes choses se présentant dans le champ de la conscience, avec soin et immédiatement, grâce à l’attention soutenue et la totale réceptivité. La vigilance balaie la pesanteur et la confusion, rendant l’esprit limpide et le libérant de ses complications. Il vous faut agir, non pas réagir; ne pas cultiver l’espoir que la liberté s’établit toute seule, ni méditer avec l’idée d’obtenir la liberté; dans un cas comme dans l’autre, vous cultiveriez l’attente et le risque de désappointement et de désarroi, donc la souffrance. Il est communément admis que c’est l’action qui motive l’agir. Cela est inexact, l’acte juste étant un acte libre. Il n’est plus besoin d’espérer que vienne la liberté : elle est là. Quand on travaille à une tâche de façon appropriée, de tout son être, elle s’accomplit d’elle-même, tandis qu’en travaillant dans l’espoir d’un résultat, on dissipe son énergie et on se fatigue. L’énergie s’épuise parce qu’on l’utilise indûment et les problèmes surgissent parce qu’on ne sait pas la diriger en flot continu.
 
Le but suprême de toute religion, c’est la libération, même si elle est connue sous des noms divers : les bouddhistes et les hindous emploient ce terme, tandis que les chrétiens parlent de communion avec l’Être suprême, état exempt du sentiment de moi ou d’individualité. La réalisation suprême, but de toutes les religions, c’est l’extinction complète du moi, autrement dit la liberté. Quand le moi intervient dans l’action, c’est pour dicter sa volonté, en cela il n’y a pas de liberté. Évitez d’aller vers les autorités pour leur demander de vous renseigner sur votre nature ou votre destin. Regardez en vous-mêmes, observez votre structure mentale et affective, comprenez comment vous pensez, percevez et agissez. Ainsi, vous apprenez à vous connaître tel que vous êtes. C’est ce qu’il faut entendre par la pratique de la méditation.
 
Si vous voulez atteindre à un stade de méditation encore plus avancé, il vous faut trouver le temps de rester assis, tranquillement, à observer vos réactions alors que vous êtes dans le silence, complètement seul avec vous-même. Cela peut être une expérience effrayante mais, si vous êtes persévérants, nombre de choses profondément enfouies viendront à la surface de votre psyché. Toutes vos complications, toutes les choses troublantes que jusque-là vous réprimiez, monteront au conscient. Réprimées, elles sont très dangereuses, surtout quand elles sont logées dans l’inconscient. Car, bien que vous ne soyez pas conscients d’elles, elles agissent tout de même. C’est elles qui sont la cause des attitudes compulsives, par lesquelles on perd tout contrôle sur soi-même et subit les situations. La vision de soi est très importante : elle permet de se connaître tel qu’on est. Soyons disposés à faire face à nous-mêmes, en sorte de comprendre la vraie structure de notre mental, le centre à travers lequel nous opérons le plus souvent. Quand on comprend ce centre, il devient très facile d’affronter toutes les situations, car dès qu’il y a réaction à un stimulus extérieur, on le voit se mettre en action. L’aptitude à la maîtrise étant là, le censeur devient inutile. À ce moment précis, il y a vision, réalisation et compréhension. C’est cela le problème central de la vie.
 
V.-R. Dhiravamsa
La voie du non-attachement
Pratique de la méditation profonde
Éditions Dangles

1 janvier 2013

Que nous réserve l’avenir? – 1


Voilà bien l’une de nos préoccupations les plus grignoteuses d’énergie, de temps et d’argent. À chaque nouvel an, les astrologues et les diseurs de bonne aventure font fortune. On consulte sa cartomenteuse préférée pour connaitre sa bonne (ou mauvaise…) fortune. 
 
Il semble que certaines personnes craignent encore plus 2013 que 2012 à cause du chiffre 13 réputé malchanceux, du moins en Occident. Pourquoi ne pas recourir à la numérologie pour dérouter le subconscient : 2+0+1+3 = 6 – ouf, on est sauf! Mais ne cherchons pas à connaitre la valeur symbolique du 6, nous risquons de déprimer. 
 
Bref, des probabilités patentes existent, mais ce ne sont que les conséquences de choix antérieurs que souvent nous avons oubliés.
 
Par exemple, si vous levez le coude un peu trop au réveillon, il est probable que vous aurez un mal de bloc le lendemain. À plus grande échelle, nous avons pris des décisions dont les conséquences nous pendent au-dessus de la tête, à court et moyen terme.
 
Le problème central de la vie
 
Peut-être pourrions-nous essayer d’aborder la question du problème central de la vie. Chacun de nous envisage la vie à sa façon et, selon les idées qu’il cultive, il accorde de l’importance à certaines choses et non à d’autres. Voyant cela, on peut se demander s’il existe une raison de vivre, une finalité à la vie, d’ordre universel, complètement indépendante de toute idée, opinion ou philosophie spécifique. Il est capital de se poser cette question en toute objectivité.
 
Il y a sûrement une finalité universelle à la vie et chacun de nous connaît des êtres qui la recherche dans une voie ou une autre : la religion, la politique ou le social. Elle se nomme liberté, même si on lui donne des noms différents.
 
Pourquoi n’avons-nous pas la liberté? C’est ce qu’il nous faut découvrir en nous-mêmes. Quand nous le saurons, la voie de sa réalisation se dessinera aussitôt devant nous. À condition, bien sûr, que notre découverte soit profonde, qu’elle ne relève pas du plan de l’intellect. Regardons en nous-mêmes, afin de distinguer quelle autorité ou quel autre obstacle nous empêche d’y accéder. Il y a en nous la peur, le doute et l’insécurité, rendant impossibles l’investigation et l’action libres.
 
La cause profonde du manque de liberté est la peur, résultat de notre propension à l’attachement. Nous nous attachons à la vie, à un idéal, à la réussite. Quand on s’attache, par exemple à l’idée de réussite, la peur de l’échec naît aussitôt; elle peut même s’amplifier au point de compromettre toute réussite. Avec elle, il n’y a pas liberté d’action, en sorte que la vision intuitive ne peut opérer. Force est, dans ce cas, de nous accommoder de connaissances superficielles.
 
Il nous faut observer ce mécanisme avec soin. La peur traîne dans son sillage l’attachement, l’ignorance et l’anxiété; en cela elle est un grave handicap. La question qui se pose alors, c’est de comprendre la nature de la peur : la peur a-t-elle une réalité propre ou bien n’est-elle que le résultat d’un conditionnement psychologique? En créant la peur et l’angoisse, nous nous conditionnons et vivons dans un monde limité. Mais, en même temps, cette vie étriquée nous gêne et nous aspirons aux vastes espaces de la liberté. Quand on s’observe, on décèle en soi d’étranges contradictions!
 
Pour comprendre la peur, regardons en nous-mêmes avec un regard clair; observons comment elle naît. C’est nous-mêmes qui créons tous nos problèmes. J’irai jusqu’à dire que nous sommes nos problèmes; Il n’y a pas de problème impersonnel, c’est-à-dire existant par lui-même. Les problèmes sont des mirages. Et les mirages ne sont qu’illusion, chose irréelle. Vus de loin, ils paraissent très réels, mais quand on s’en approche, on comprend sa méprise. C’est la compréhension qui nous libère. Dans le monde de l’illusion, il y a peur, insécurité, doute et attachement, cela est inévitable. Il faut donc nous sortir de là. Mais comment? Si on essaie de le faire par la volonté, on s’embrouille et l’on dissipe son énergie. Ce n’est pas par l’effort qu’on parvient à résoudre à fond un problème. En faisant un effort, on applique un concept ou une technique, le savoir ou l’expérience du passé et cela ne fait que renforcer et élargie le conditionnement. Nous sommes vraiment des êtres curieux, nous voulons la liberté et en même temps nous lions à des conditions. Pour vaincre la peur, l’attitude juste c’est de voir les choses telles qu’elles sont, d’avoir une perception intuitive de ce qu’on expérimente au moyen des sens. Comprendre notre situation présente, c’est faire un premier pas vers la libération. Évitez cependant de concevoir la liberté comme étant la fin de la vie – elle n’en est que le commencement – sans quoi vous tombez dans le piège du finalisme et, par-là, dans l’incapacité de réaliser l’objet de votre recherche.
 
Le point central de la vie, c’est de vivre d’instant en instant, dans l’équanimité. Quand on s’agite, on est toujours exposé aux crises. L’on en revient à la question fondamentale, à savoir que nous sommes le problème. Ce qui signifie que pour les résoudre, il nous faut d’abord nous comprendre nous-mêmes, ainsi que la manière dont nous les créons. Ne blâmez pas les autres, ni l’infortune de leur existence, encore moins vous-mêmes. Dire que nous sommes les problèmes n’est pas une condamnation, mais un fait ressortissant à la vision claire des choses, qui nous fait constater qu’ils sont le produit de tel ou tel état d’esprit ou de telle ou telle condition intérieure. On ne résout pas les problèmes; on les comprend. Cela est notamment vrai des problèmes psychologiques car, en leur absence, les problèmes terrestres n’on plus guère de prise sur nous. La question qu’il font donc se poser est de savoir si vous voulez vous ouvrir à la vie, la regarder en toute impartialité, indépendamment de toute tendance, attitude, idée. Dans le cas où vous ne pouvez le faire, comprenez pourquoi : pourquoi vous avez l’esprit de conformité, pourquoi vous subissez des autorités intérieures.
 
Les autorités intérieures sont pires que celles exercées par l’État, les parents, les enseignants, ou n’importe qui d’autre. L’on trouve des autorités et des croyances en tous genres dans tous les milieux, qu’ils soient religieux, politiques ou philosophiques. Les scientifiques ont eux recours à des hypothèses, qui sont en quelque sorte leurs propres autorités. Puis il y a le savoir et l’expérience qui sont nos guides et nos directeurs. Avec la croyance viennent la conformité et la volonté de préservation, qui à leur tour suscitent les attitudes défensives et l’isolement. Dès lors, on se replie sur un monde étriqué, limité, dénué de toute liberté. C’est pourquoi, il nous faut explorer les diverses formes d’autorités en nous.
 
La vision juste, la compréhension claire et intuitive de toutes les situations de la vie, c’est cela le début de la liberté. Celles-ci ne devraient jamais nous quitter. Quand vous voyez vraiment les choses telles qu’elles sont, il n’est pas besoin d’aller chercher la liberté, elle est là. On ne la poursuit la poursuit ni ne la crée : elle vient spontanément dès lors qu’on est parfaitement attentif, vigilant et objectif. Il vous faut garder un œil scrutateur sur vos activités et sentiments à chaque instant de votre vie, en sorte que toute action, tout mouvement intérieur se fasse en toute liberté. Au moment où vous avez l’impression qu’une autorité vous domine ou vous guide, reconnaissez ce fait, puis observez-le. Quand une émotion vous assaille et rompt votre équilibre, observez ce fait, en sorte de comprendre comment elle s’est levée et pourquoi elle vous domine.
 
Quand vous regardez et observez une situation, vous en acquérez une compréhension intuitive qui, à la fois vous libère du problème et vous dicte le comportement juste. Peut-être craignez-vous que la vision de la vérité ne vous jette dans l’inaction? Il arrive effectivement que la vision de la vérité suscite l’inaction, notamment quand une situation demande le silence mais, dans ce cas votre inaction devient un mode d’agir. Rien que quelques instants de silence peuvent vous faire voir une difficulté sous une certaine perspective, en sorte qu’elle se résout, grâce précisément au silence. Ce que je dis, ne doit cependant vous inciter à cultiver le silence ou l’action, ce qui serait une forme d’attente et, par-là, un empêchement à la réalisation de la liberté. L’espoir est, à mon sens, l’obstacle majeur à l’établissement de la liberté. Car, il revient à cultiver des idées. Ainsi, si allant à une conférence vous avez des idées préconçues, vous n’écouterez pas l’orateur d’un esprit libre, mais vous battrez avec vos idées, vos pensées ou votre vacarme intérieur.
 
Le bruit n’est pas dans le monde extérieur, il est en vous, notamment quand vous méditez. Nombre d’idées, de mémoires réclament votre attention, s’adressent à vous. Quand à l’avance, vous refusez d’être dérangés, et qu’un événement extérieur survient, il vous dissipe et vous perturbe très facilement. Par contre, quand vous ne nourrissez aucune idée préconçue, que votre esprit est tout à fait vacant, vous ne réagissez pas à l’événement extérieur, mais restez libres. Les réactions ne sont que le produit de la pensée et du conditionnement. Les bouddhistes réagissent selon les écritures bouddhiques, les chrétiens réagissent à leur manière et les hindous à la leur, et ainsi de suite. Il y a réaction aussi longtemps qu’il y a croyance. Et un esprit cultivant des croyances ne peut ni être libre ni voir la vérité.
 
À suivre, prochain post…
 
V.-R. Dhiravamsa
La voie du non-attachement
Pratique de la méditation profonde
Éditions Dangles