11 juillet 2013

Rêver grand

Il y a toujours un rêve qui veille. ~ Louis Aragon

Un rêve est la moitié d’une réalité. ~ Joseph Joubert

(Photographe inconnu) 

Tout redeviendra grand et immense

Tout redeviendra grand et immense
les terres simples et les eaux ridées,
les arbres géants et très petits les murs;
et dans les vallées, fort et multiple,
un peuple de bergers et d’agriculteurs.
Et plus d’églises qui enserrent Dieu
comme un fuyard, et qui se lamentent sur lui
ainsi qu’un animal pris au piège et blessé, –
à ceux qui frapperont à la porte, les maisons se feront accueillantes
et une senteur d’offrande sans limite
dans toutes les mains et en toi et en moi.
Aucune attente de l’au-delà et aucun regard vers l’ailleurs,
que désir, surtout de ne pas profaner la mort
et se faire humble serviteur des choses de la terre,
et de n’être plus chaque fois nouveau à ses mains.

~ Rainer Maria Rilke (20.9.1901, Westerwede)

10 juillet 2013

La vie a-t-elle un sens?


Le point de vue de Carl Sagan* 

Durant les dernières décennies, les États-Unis et l'Union Soviétique ont accompli quelque chose – à moins que nous nous détruisions d'abord – dont on se souviendra dans mille ans : une première exploration en close-up d’une douzaine d'autres mondes. Ensemble, nous avons trouvé là-bas beaucoup de choses magnifiques, instructives, ayant une valeur utilitaire. Mais nous n'avons trouvé aucune trace, aucun indice de vie. La terre est une anomalie. Dans tout le système solaire, il s’agit, à notre connaissance, de la seule planète habitée.

Nous, les humains, sommes une espèce parmi des millions d'espèces distinctes qui vivent dans un monde en pleine croissance, débordant de vie. Et pourtant, la plupart des espèces qui ont existé ont disparu. Après avoir proliféré pendant 150 millions d'années, les dinosaures se sont éteints. Jusqu’au dernier. Aucune espèce ne peut garantir sa permanence sur cette planète. Et les humains, les premiers êtres à concevoir les moyens de leur propre destruction, sont ici depuis seulement quelques millions d'années.

Nous sommes rares et précieux, parce que nous sommes vivants, parce que nous pouvons penser. Nous avons le privilège d'influencer et de peut-être contrôler notre avenir. Nous avons l'obligation de lutter pour la vie sur terre – pas seulement pour nous-mêmes mais pour tous ceux, humains et autres, qui sont venus avant nous et dont nous sommes redevables, et pour tous ceux qui, si nous sommes assez sages, viendront après. Il n'y a pas de cause plus urgente que de survivre pour éliminer de façon globale les menaces croissantes de guerre nucléaire, de catastrophes écologiques, d'effondrement économique et de famine massive. Ces problèmes ont été créés par les humains et ne peuvent être résolus que par les humains. Aucune convention sociale, aucun système politique, aucune hypothèse économique, ni aucun dogme religieux, n'est plus important.

La dure vérité semble être celle-ci : nous vivons dans un univers vaste et impressionnant, dans lequel, à chaque jour, des soleils sont créés et des mondes détruits, où l'humanité s'accroche à une obscure motte de roche. Le sens de nos vies et de notre fragile royaume dérive de notre propre sagesse et courage. Nous sommes les gardiens du sens de la vie. Nous aurions préféré qu'il en soit autrement, bien sûr, mais il n'y a aucune preuve convaincante qu’un Parent cosmique prendra soin de nous et nous sauvera de nous-mêmes. Nous sommes responsables.

Source :
Anthologie (1991) intitulée – The Meaning of Life: Reflections in Words and Pictures on Why We Are Here
http://www.brainpickings.org/index.php/2013/07/08/carl-sagan-meaning-of-life/

* Carl Edward Sagan (1934-1996) est un scientifique et astronome américain, et l'un des fondateurs de l'exobiologie. Il était professeur et directeur de laboratoire à l'Université Cornell et a contribué à la plupart des missions non-habitées d'exploration spatiale du système solaire. Sagan est surtout connu du grand public pour ses œuvres de vulgarisation scientifique et sa série télévisée Cosmos.

Citations corrélées :

Je me suis demandé ce que je faisais ici presque toute ma vie. S’il y a un but, je m’en fiche maintenant. J’ai 74 ans. Je suis sur mon départ. Laissons les jeunes apprendre à la dure, comme je l’ai fait. Personne ne m’a jamais rien dit.
~ Frank Donofrio, barbier

Pour ceux qui croient en Dieu, la plupart des grandes questions sont résolues. Mais pour ceux d'entre nous qui n'acceptent pas facilement la formule de Dieu, les grandes réponses ne restent pas gravées dans la pierre. Nous nous adaptons aux nouvelles situations et découvertes. Nous sommes flexibles. L'amour n’a pas besoin d’être un commandement ou un dictat de la foi. Je suis mon propre Dieu.
Nous sommes ici pour désapprendre les enseignements de l'Église, de l’État et de notre système d’éducation.
Nous sommes ici pour boire de la bière.
Nous sommes ici pour tuer la guerre.
Nous sommes ici pour rire des désagréments et vivre notre vie, si bien que la Mort tremblera et craindra de nous emporter.
Nous sommes ici pour lire les paroles de tous ces hommes et de toutes ces femmes sages qui disent que nous sommes ici pour des raisons différentes et pour la même raison.
~ Charles Bukowski, poète

Source des citations :  
http://www.brainpickings.org/index.php/2012/09/17/the-meaning-of-life/

Autres :
- Nous sommes comme des papillons qui battent des ailes pendant un jour en pensant que c'est l'éternité.
- Un clergé célibataire, voilà une bonne idée, car elle permet de freiner la tendance au fanatisme héréditaire.
~ Carl Sagan

9 juillet 2013

L’ami

Les amis ont une manière de se parler sans mots.

À M. V. H.

Il faut, dans ce bas monde, aimer beaucoup de choses,
Pour savoir, après tout, ce qu’on aime le mieux,
Les bonbons, l’Océan, le jeu, l’azur des cieux,
Les femmes, les chevaux, les lauriers et les roses.

Il faut fouler aux pieds des fleurs à peine écloses;
Il faut beaucoup pleurer, dire beaucoup d’adieux.
Puis le coeur s’aperçoit qu’il est devenu vieux,
Et l’effet qui s’en va nous découvre les causes.

De ces biens passagers que l’on goûte à demi,
Le meilleur qui nous reste est un ancien ami.
On se brouille, on se fuit. Qu’un hasard nous rassemble,
On s’approche, on sourit, la main touche la main,
Et nous nous souvenons que nous marchions ensemble,
Que l’âme est immortelle, et qu’hier c’est demain.

~ Alfred de Musset

8 juillet 2013

Un peu de baume sur le coeur


Full Moon Silhouettes from Mark Gee on Vimeo.

Du tout est beau, tant les images que la musique. À voir plein écran...  

Silhouettes à la pleine lune
Par Mark Gee

"Ce clip a été réalisé en temps réel au belvédère du Mont Victoria à Wellington, en Nouvelle Zélande. Les gens s'étaient rassemblés pour avoir le meilleur point de vue possible de la lune montante. J'ai filmé à 2,1 km de l'autre côté de la ville. C’est quelque chose que j’ai finalement réussi après plusieurs tentatives et beaucoup de planification. Et, le 28 janvier 2013, la lune s’est levée, tout s'est mis en place et j'ai tourné. La vidéo est telle qu’enregistrée sur la carte-mémoire; il n'y a eu aucune manipulation. Techniquement, c'était tout un défi."

Musique : Tenderness par Dan Phillipson premiumbeat.com/royalty_free_music/songs/tenderness

7 juillet 2013

Catastrophe imprévisible?

Crédit photo : Robert Skinner 
Les sinistrés ne me liront sans doute pas, mais je veux quand même exprimer mes regrets à cette petite communauté du Lac-Mégantic qui semble tricotée serré et solidaire. Les mots adéquats manquent, de toute façon.

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Comme dit l’auteur de Sans commune mesure (ci-après), il est dans la nature humaine de vouloir parer à l’imprévisible, même si c'est impossible.

Personne n’ignore que transporter des matières dangereuses (quels que soient les moyens – trains, oléoducs, cargos, etc.) c’est jouer avec le feu avec l’assurance que des catastrophes se produiront en bout de ligne, un jour ou l’autre. Mais, quand de surcroît elles sont dues à la négligence ou au terrorisme, c’est encore pire.

Faute de lois intelligentes, respectées à la lettre, la situation continuera de se dégrader jusqu’à l’extinction totale du vivant. En dépit des visites de politesse des dirigeants sur les sites dévastés, nous sommes en droit de nous questionner du peu de cas qu’on fait des humains et de l’environnement dans tout ça.

«La civilisation est une maladie produite par la pratique de bâtir des sociétés avec des matériaux pourris.» ~ George Bernard Shaw

«Ne nous flattons pas trop de nos victoires sur la nature; elle se venge de chacune d’elles.»  ~ Engels

«La forêt précède les peuples; le désert les suit.» ~ Chateaubriand

Crédit photo : Ryan Remiorz, PC

Sans commune mesure
Marie-Noëlle Agniau

[Extrait]

Tenez, l’autre jour, je  vous parlais de la vulnérabilité humaine. Et de cette tendance que nous pouvons avoir de la nier, en prévenant sans cesse le cours de notre existence. Comme si pour exister, il nous fallait un peu plus de certitude que ça, comme si on pouvait l’impossible : ôter au devenir son devenir. Nous avions alors une exigence : assumer sans terreur mais sans irresponsabilité non plus, notre condition en laquelle tout survient. Ce qu’il fallait, c’est alors beaucoup de courage pour accueillir les «accidents» de la vie, ses contretemps, toutes ces choses auxquelles on n’aurait jamais pensé, et tant mieux car l’imagination aussi sait être terroriste, et qui pourtant nous forcent à «dérouter» nos actions, nos projets, nos pensées et nos solides théories philosophiques.

Ironie du sort, comme on dit. Comme on dit d’ailleurs quand les causes (le tenace pourquoi) nous sont incompréhensibles, obscures, cachées, hors de portée, c’est-à-dire quand on vient de buter précisément sur cet obstacle du devenir, son pur et indéfectible surgissement. Ironie du sort donc (…) l’accident eut lieu, l’imprévisible, l’entrée fracassante dans la douleur, dans le choc qui met à mal la matière humaine. L’accident eut lieu, quelques jours après ce billet de philosophe sur le Fragile de l’existence. Comme si nous étions faits de verre et de cristal. Le petit billet était-il intéressant, sujet au débat, au questionnement, peu importe. Il est désormais inconséquent, sans proportion, sans commune mesure avec la réalité de l’événement. Avec la réalité vécue de la fragilité humaine, sa douleur en chair et en os. Pire que cela, le petit billet est relégué dans la théorie. Ce creux inutile, ce bavardage pour rien.

Et en effet, il n’est pas facile d’être philosophe, ami de la sagesse, ami de la pensée qui cherche à penser en vérité ce que nous sommes. En effet, il n'est pas facile d’être stoïque avec la douleur, surtout quand c’est l’être aimé qui en souffre, surtout quand nous en sommes les témoins impuissants, nous aussi relégués comme une vieille théorie, creuse et vaine, pas facile de garder le sang froid, la raison pure, de ne pas paniquer ou nous mettre en colère. Pas facile de suspendre le jugement. De fait, celui-ci se suspend tout seul. Le scandale de la douleur est trop grand. La vie prend tout à nouveau, et emporte. Je n’ai rien à penser, rien à théoriser, je panique, mes gestes s’enchaînent avec désordre, les mots ne sont pas trouvés, une guerre secrète se déclare en moi. Que dois-je faire? Ai-je bien fait? J’aurais pu… Je suis prise entièrement dans le cours accidentel de la vie humaine, je réconforte, soigne, observe, appelle le docteur, accompagne, console, attends. (…) Il n’est pas facile d’être à la hauteur de la théorie, ou mieux, quel décalage entre la vie vécue et la vie pensée! Quel abîme, aussi grand et intense parce que intensément vécu que l’abîme entre le corps qui souffre et «celui qui assiste sans souffrir à la souffrance». (…) La sagesse qui consiste à supporter et à s’accorder à l’événement – même fait de douleur – est ce vers quoi l’homme doit tendre puisqu’il n’est pas un dieu. Notre action (et ce que nous subissons en elle) peut désormais avoir un sens.
(…)
Ce qui importe, c’est non pas de ne plus jamais souffrir (autre illusion) mais que quelque chose de la douleur soit articulé, dégagé d’elle, transfiguré et comme mis en commun, comme partagé contre ce qui en elle, sépare et atomise. Ce quelque chose est universel : en lui, nous nous regardons comme humanité généreuse.

MÉDITATIONS DU TEMPS PRÉSENT
La philosophie à l’épreuve du quotidien
L’Harmattan 2008
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Pour ma femme enceinte
Pierre Della Faille (1906-1989)  

C’est trois yeux qu’il aura, notre enfant, tant nous aurons écarquillé nos yeux sur l’horreur de l’atome – deux nez, entends-tu, tant nous aurons reniflé de charniers.

La mule aura huit pattes pour notre fuite au bout des ossuaires – et si Dieu est juste, il n’aura pas de sexe notre enfant, pour qu’un jour les oiseaux vivent en paix dans la forêt reverdie.

L’Homme inhabitable

5 juillet 2013

Gratte-ciels et esclaves


Le gratte-ciel
Max Horkheimer (1895-1973)
Crépuscule, Notes en Allemagne; 1926-1931
Payot & rivages, 1994, p.81-83

Une coupe à travers l’édifice de la société actuelle donnerait à peu près ceci : au sommet, les magnats des trusts des différents groupes de pouvoir capitalistes, qui dirigent mais se combattent entre eux; en dessous, les petits magnats, les grands propriétaires terriens et tout l'état major des collaborateurs importants; en dessous réparties par couches séparées, les masses des professions libérales et des petits employés, des exécutants politiques, des militaires et des professeurs, des ingénieurs et des chefs de bureau jusqu'aux dactylos; encore en dessous, les restes de petites existences indépendantes, les artisans, commerçants, paysans e tutti quanti, puis le prolétariat, depuis les couches de travailleurs qualifiés hautement payés, en passant par les ouvriers spécialisés, jusqu'aux chômeurs perpétuels, aux pauvres, aux vieillards, aux malades. Au dessous de tout cela commence le véritable socle du dénuement, sur lequel s'élève cet édifice, car nous n'avons jusqu'ici parlé que des pays du grand capitalisme; or toute leur existence est supportée par ce terrible appareil d'exploitation qui fonctionne dans les territoires à moitié ou entièrement colonisés, donc dans la partie de la terre de loin la plus grande. De vastes régions des Balkans sont une maison de torture, la misère des masses indiennes, chinoises, africaines dépasse tout ce que l'on peut concevoir. Au dessous des espaces où les coolies de la terre crèvent par millions, il faudrait encore représenter l'indescriptible, l'inimaginable souffrance des animaux, l'enfer animal dans la société humaine, la sueur, le sang, le désespoir des animaux.

On parle beaucoup aujourd'hui de «vision essentialiste». Celui qui a «contemplé» une seule fois l'«essence» du gratte-ciel, dans les étages supérieurs duquel nos philosophes ont le droit de philosopher, ne s'étonne plus qu'ils connaissent si mal la hauteur réelle où ils se trouvent, mais ne fassent toujours que discourir à propos d'une hauteur imaginaire; il sait, et eux-mêmes peuvent le pressentir, que, sinon, ils pourraient être pris de vertige. II ne s'étonne plus qu'ils préfèrent édifier un système des valeurs plutôt qu'un système des non valeurs, qu'ils préfèrent traiter «de l'homme en général» plutôt que des humains en particulier, de l'Être tout court plutôt que de leur être propre : sinon, ils pourraient être obligés, en punition, d'aller s'installer à un autre étage, plus bas. II ne s'étonne plus qu'ils bavardent de l'«Éternel», car leur bavardage est une composante du mortier qui fait tenir la maison de l'humanité actuelle. Cette maison, dont la cave est un abattoir et le toit une cathédrale, offre en fait, depuis les fenêtres des étages supérieurs, une belle vue sur le ciel étoilé.

Source : http://bibliodroitsanimaux.voila.net/index.html

Gratte-ciel... «griffé»!  
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Tu n’es pas obligé de rester dans ce misérable job de merde.
En travaillant fort, un jour tu pourrais avoir le misérable job de merde de ton patron.
 
Dialogue entre esclaves 
Gerry Spence
 
Oui, tous les vivants sont soumis à une forme quelconque d'esclavage. Quelques esclaves sont plus favorisés que d’autres. Au temps de l'esclavage sudiste, les esclaves vivant plus près de la résidence du maître bénéficiaient d’un confort auquel les malheureux esclaves travaillant dans les champs n’avaient pas droit. Les contremaîtres, des esclaves eux aussi, faisaient claquer leurs fouets sur le dos des autres esclaves. Mais l'esclavage, non pas la pauvreté, consume la vie des riches et des pauvres, des patrons et des directeurs généraux qui, étant eux-mêmes des esclaves, font claquer leurs fouets économique et émotionnel sur le dos des travailleurs-esclaves.
 
Le maître (le système corporatif) jouit d’une pernicieuse assurance contre toute réforme, lui garantissant un pouvoir perpétuel. L'esclave riche exploite l’esclave pauvre. Souvent l'esclave riche accumule cent fois plus (voire mille fois plus) de richesses que l’esclave pauvre – généralement à même la sueur et le labeur de ce dernier. Pour légitimer ses excès, l'esclave riche proclame qu'il a travaillé très dur et qu'il est parti de rien, tandis qu’il tient l’esclave pauvre pour irresponsable, paresseux ou stupide, et ne méritant qu’un salaire de famine. En raison de son égocentrisme, l’esclave riche refuse de reconnaître et de renoncer à son propre esclavage, et se joindre aux esclaves pauvres en vue d’une mutuelle de liberté. L'esclave riche se bat plutôt pour le maître et le système corporatif, se dressant contre ses frères et sœurs plus pauvres. Mais certains esclaves riches commencent à comprendre que la richesse n’est pas garante de liberté. Les richesses créent seulement un style d'esclavage différent.
 
J’affirme que le maître est mort parce que le système corporatif ne peut ni respirer, ni aimer, ni ressentir. La durée de vie peut se calculer en respirations; et contribuer à l'avidité d'un maître mort, à même le nombre limité de nos respirations, est pour le moins monstrueux. Et l'esclavage est en soi une forme de mort. Certes, on peut apprendre aux esclaves à accepter presque n'importe quelle condition de vie dégradante et inhumaine – à adorer ça, à se battre et à mourir pour elle, et même à en éprouver de la gratitude. La façon dont le maître mort a établi son pouvoir illimité sur nous s'appelle propagande. Nos maîtres contrôlent les ondes-radio que nous écoutons, les chaînes de télévision que nous regardons et les journaux que nous lisons. Nos maîtres sont passés maîtres en propagande et nous bombardent sans pitié tout au long de notre vie de faux messages au sujet de notre liberté.
 
En conséquence, nous, les bons et obéissants esclaves (riches ou pauvres) croyons que nous sommes libres. Nous avons cru à cette fable, d’abord parce que nous pouvions comprendre les idées les plus simples. Quand nous étions enfants, on nous enseignait que nous vivions dans une nation de gens libres où liberté, justice et chances égales étaient offertes à tous. Une fois devenus adultes nous avons candidement glorifié cette fausse liberté, et en son nom, nous avons simplement acquis la liberté d’imposer souffrances et misère aux esclaves pauvres qui se croyaient inférieurs parce qu’ils n’avaient pas réussi à obtenir leur juste part de cette vie promise. Et, au nom de leur liberté, nous soutenons des guerres funestes menées contre d’autres esclaves dans d'autres pays; des guerres qui, en définitive sont livrées par nos propres enfants qui perdent leur sang et leur vie pour enrichir le maître.
 
Notre maître mort continuera d'exister longtemps après notre départ. Le plus fou dans tout ça est que le maître corporatif, bien que mort, jouit d'une vie éternelle et qu’il continuera d'éduquer les générations successives d'esclaves qui se croiront libres. Et le maître continuera d’en tirer profit tant que nous nous croirons libres – tant que nous ne réaliserons pas que, riches ou pauvres, nous sommes tous des esclaves.
 
Alors, comment pouvons-nous dialoguer entre esclaves? Ne devrions-nous pas dialoguer avec nos frères et sœurs avec respect et amour? Ne sommes-nous pas à même de comprendre les sinistres maux de l'esclavage chez nos frères les plus pauvres, pour les avoir nous-mêmes connus? Notre propre servitude ne devrait-elle pas nous  pousser à nous entraider les uns les autres par des moyens différents, inexplorés jusqu’à maintenant?  

(Traduction/adaptation maison) 
Source : http://gerryspence.wordpress.com/2011/03/23/848/ 

COMMENTAIRE

Notez que je n’ai rien contre les Américains en particulier puisque le système esclavagiste soutenu par toutes les grandes puissances du monde existe depuis l’aube des temps… Sauf qu’en ce moment, il y a près de 7 milliards d’esclaves qui ne comptent pas du tout aux yeux des organisateurs de cette structure pyramidale. Voilà ce qui me rebute, quel que soit le pays d’origine.

L’on prétendait que l’industrialisation, la robotisation, l’électronique et les technologies informatiques allaient libérer les humains. Avons-nous jamais vu autant d’esclaves qu’aujourd’hui?!

Liberté…? (photos tirées d’un diaporama)

 

4 juillet 2013

Sommes-nous racistes?

La vérité sort de la bouche des enfants
Anti-proverbe : De la bouche des enfants sortent les paroles des parents.
(Michel; site de B. Werber)

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Jane Elliott – une femme brillante et lucide, résolue à déplanter le racisme :  

«Éducatrice, conférencière, trainer en diversité, et récipiendaire d’un National Mental Health Association Award for Excellence in Education, Jane Elliott expose les préjugés et le sectarisme pour ce qu'il est, c’est-à-dire un système de classement irrationnel fondé sur des facteurs purement arbitraires. Et si vous pensez que cela ne s'applique pas à vous... vous risquez un brutal réveil. Dans ses ateliers, elle explore le racisme, le sexisme, l’âgisme, l'homophobie et l'ethnocentrisme, et la responsabilité qui incombe à tous et chacun de les dévoiler et de les éliminer, en nous et dans notre environnement.» (Réf. : janeelliott.com)

En 1968, elle débutait par une expérience avec des élèves de troisième année. Le documentaire, Blue eyes, Brown eyes, montre comme il est facile d’amener des enfants à se mépriser en leur inculquant des valeurs subjectives de supériorité et d’infériorité basées, aux fins de l’expérience, sur la couleur des yeux. La métaphore voulait démontrer que le racisme et la ségrégation résultent en effet de fausses affirmations (croyances) présentées et acceptées comme des vérités absolues.

Étant malléables, les enfants n’ont aucune difficulté à gober les «croyances» des parents et des éducateurs. Et, si les jeunes n’apprennent pas à penser par eux-mêmes, garanti qu’une fois adultes ils perpétueront d’insensées croyances de masse.

En outre, elle démontrait (une fois de plus) que la meilleure façon de comprendre l’intolérance et la discrimation, consistait à être soi-même jugé comme on juge les autres. Jane Elliott propageait ainsi le proverbial «ne fais pas aux autres ce que tu ne veux pas qu’on te fasse»; et parallèlement «tu récoltes ce que tu sèmes».

Depuis plus de 40 ans, Jane Elliott n’a jamais cessé d’œuvrer pour nous ouvrir les yeux sur notre propre arrogance. (She is indeed an eye opener!)

BLUE EYES, BROWN EYES
(Sous-titrage français)


Classe CE2 divisée par mpe3
 
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THE ANGRY EYE
 
Description : Ce documentaire intercale des scènes montrant les jeunes adultes pendant l'exercice et des témoignages d’après session où certains participants expriment leur malaise par rapport à l’expérience. À travers les émotions intenses et souvent douloureuses que provoque l'exercice brille l’espoir qu'un jour, nous surmonterons les capricieuses démarcations qui nous divisent – si seulement nous pouvions apprendre à accepter et à apprécier nos différences.
 
«Le racisme est un système de prérogatives fondé sur la race. Croyez-vous que le racisme blanc existe? Croyez-vous que le racisme noir existe? Comment le racisme blanc a-t-il affecté négativement la vie des noirs en Amérique? Comment le racisme noir a-t-il affecté négativement la vie des blancs en Amérique? Les noirs (ou n’importe quelle autre race minoritaire) peuvent haïr les blancs tant qu'ils voudront, cela n'aura aucun impact sur la majorité des blancs.
       Des siècles d'esclavage suivis de racisme systémique – par exemple le métayage, les Black codes, Jim Crow – ont agi comme des lois «d'esclavage virtuel» qui se perpétuent aujourd'hui. La pratique du lynchage existait parce que les familles, les femmes et les enfants participaient en riant et ridiculisant les noirs pendus ou attachés derrière des camions et traînés dans les rues jusqu'à ce qu’ils se démembrent. Tout le monde n’a pas vécu pareil un incident, mais l'esclavage ne se limite pas à un seul incident, c’est toute une vie d'incidents.» ~ J.E.

Part 1:

 
 
Plusieurs documentaires disponibles, dont un sur les gentils Canadiens qui discriminent les autochtones...) :

Testez votre propension au racisme :

3 juillet 2013

Calcul de l’âge

 
Il ya quelques années j'ai commencé à calculer mon âge, non pas en années, mais en jours.

Le jour est le cycle naturel de la vie. Le cycle de la lumière et de l’obscurité, de l’éveil et du sommeil, est plus marquant que le cycle des saisons. En effet, dans les latitudes équatoriales, vous remarquez à peine le passage des saisons. C’est le jour qui compte.

Chaque jour est complet en soi. À la fin de la journée, je peux récapituler, faire le point. Qu’ai-je éprouvé? Qu'ai-je appris? De quoi puis-je être reconnaissant?

Je peux assez facilement réviser ma journée mentalement. Essayer de faire le bilan d'une année entière est plus difficile. Nombre d’incidents et de découvertes ont inévitablement été oubliés.

Je trouve plus significatif de penser que j'ai vécu près de vingt mille jours au lieu de 50 années. Et cela relativise le futur. J'ai (probablement) encore des milliers de jours devant moi. Des milliers de nouvelles journées à découvrir, à apprécier, et qui m’instruiront.

Vivre au présent

Il est facile de passer nos journées sur le pilote semi-automatique. Pris dans l'action et les réflexions sur le passé et l'avenir, la plénitude du moment présent nous échappe complètement.

~ Peter Russell, mathématicien et physicien

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«Ils n’en mouraient pas tous…»

      
Maria (33,000 jours?) et l'éternel Popeye. Possible match...  

2 juillet 2013

Composer avec la peur

À propos de la peur
Gerry Spence
(17/07/2001)

John Johnson et Gerry Spence

J'ai toujours eu peur. La peur est un sentiment douloureux. Elle s’installe dans le bas de l’abdomen et ça fait mal. Mais c'est l'énergie de la survie. J'ai toujours eu peur de la peur, et en même temps j’en étais reconnaissant – effrayé et reconnaissant de sa douleur parce que je pouvais m’arranger pour l'éradiquer en triomphant de ce qui me faisait peur.

Quand on a peur on réagit comme n’importe quel animal. Si l'on est un lièvre, on court se cacher dans son trou. Si l'on est une tortue on se recroqueville sous sa carapace. Nous avons tous connus des gens qui réagissent à leur peur de cette façon. Certains les qualifient de poltrons. D’autres les qualifient, erronément, de lâches. Ne mettez jamais la main dans un clapier pour en sortir un lièvre. Vous n’en retirerez qu’un doigt ensanglanté.

Mais certaines personnes, moi y compris, réagissent à la peur comme des lions. Nous devenons colériques. Il est plus facile d'être en colère que d'avoir peur. C’est moins douloureux. Le lion effrayé s'attaque à tout ce qui lui fait peur. Le grizzli également. Moi aussi. Mais c'est la peur néanmoins qui motive l'attaque. Et notre peur génère de la peur chez les autres, ce qui n’est pas forcément ce que nous souhaitons.

La peur nous a été donnée pour que nous puissions détecter les dangers de notre monde complexe. Pour éviter les blessures de diverses natures, nous devons reconnaître le danger, quel qu’il soit. La peur nous permet de déterminer la cause de notre peur et de l'évaluer. Elle nous permet de réaliser qu’il n’y a pas lieu d'avoir peur de telle personne ou de tel emploi. Nous pouvons composer avec ça. Elle nous donne l'occasion de comprendre que l'autre a sans doute autant peur de nous que nous avons peur de lui. Elle nous donne la chance de faire face à notre peur. Craignons-nous pour notre santé? Quelle que soit notre peur, est-elle justifiée? Si c'est le cas, nous devons l’écouter et prendre les mesures appropriées.

En fin de compte, la peur est un cadeau. Le jeune cerf mâle n'a pas peur. Mais c’est lui qui, en général, finit sur le capot du pick-up du chasseur tandis que le vieux mâle, avec son magnifique panache et sa noble posture, est le premier à bondir et à fuir quand il entend une brindille craquer sous la botte d’un chasseur.

La peur nourrit aussi le courage. Nous ne pouvons pas être courageux sans la peur. Celui qui fait face à un grand danger ne peut pas être courageux s’il n’a pas d’abord ressenti de la peur et décidé de la dépasser. Autrement, il est simplement insensé. Je ne connais  pas de gens courageux qui n’aient pas d'abord éprouvé de la peur. Finalement, la peur est notre amie. Écoutez-la. Elle nous parle fort. Elle ne doit pas être ignorée. On doit l’accueillir comme un partenaire, une protection.

Source :
http://www.gerryspence.com.php53-12.dfw1-1.websitetestlink.com/on-being-afraid/
http://gerryspence.wordpress.com/2011/03/23/848/

Vous aimerez peut-être :
http://situationplanetaire.blogspot.ca/2013/05/gerry-spence-le-mark-twain-du-droit.html

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Sans peur
Thich Nhat Hanh


Notre est vie remplie de moments merveilleux et de moments difficiles. Néanmoins, même lorsque nous sommes très heureux, il y a de la peur tapie derrière notre joie. Nous craignons la fin de ce moment, de ne pas avoir ce dont nous avons besoin, de perdre ce que nous aimons, ou de ne pas trouver la sécurité. Souvent, notre plus grande peur vient de la prise de conscience qu'un jour notre corps cessera de fonctionner. Alors, même quand nous avons toutes les raisons d’être heureux, notre joie est incomplète.

On peut penser que si nous ignorons nos peurs, elles disparaîtront. Mais si nous enterrons nos peurs et nos angoisses dans notre conscience, elles continuent de nous affecter et de nous apporter plus de tristesse. Nous avons très peur d'être impuissants. Mais nous avons le pouvoir de regarder nos peurs en face, et ce faisant, la peur ne peut pas nous dominer. Nous pouvons transformer notre peur. La peur fait en sorte que nous nous concentrons sur le passé ou que nous nous inquiétons de l’avenir. Si nous prenons conscience de notre peur, nous pouvons réaliser qu’en ce moment même, nous sommes bien-portants. Maintenant, aujourd'hui, nous sommes encore en vie et notre corps fonctionne à merveille. Nos yeux peuvent encore voir le beau ciel. Nos oreilles peuvent encore entendre la voix des êtres que nous aimons.

Pour aborder notre peur il faut d’abord l’identifier puis l’observer sans jugement. Nous reconnaissons tout doucement qu’elle est là. Ce qui apporte déjà un soulagement. Puis, une fois que notre peur s’est apaisée, nous pouvons l’accueillir et examiner ses racines, son origine. Comprendre les sources de nos angoisses et de nos peurs nous aide à lâcher prise. Notre peur vient-elle de quelque chose qui se passe en ce moment, ou d’une vieille peur de l’enfance que nous avons sauvegardée? Lorsque nous acceptons de regarder nos peurs en face, nous voyons bien que nous sommes encore en vie, que nous avons encore beaucoup de choses à aimer et à apprécier. Si nous n’esquivons pas notre peur et que nous la gérons, nous pouvons profiter du soleil, du brouillard, de l'air et de l'eau. Si vous regardez à fond dans votre peur et que vous en avez une perception claire, alors vous pouvez profiter d’une vie qui en vaut la peine.

Le Bouddha était un être humain ayant également connu la peur. Mais, étant donné qu’il pratiquait quotidiennement la pleine conscience en examinant ses peurs de près, lorsqu’il faisait face à de l'inconnu, il restait calme et serein. On raconte qu’un jour, le célèbre tueur en série Angulimala s’approcha du Bouddha en lui criant de s'arrêter. Mais le Bouddha poursuivit sa marche lentement et calmement. Angulimala le rattrapa et lui demanda pourquoi il ne s’était pas arrêter. Le Bouddha répondit : «Angulimala, je me suis arrêté il y a longtemps. Mais toi, tu ne t’es jamais arrêté.» Il précisa : «J'ai cessé de commettre des actes qui causent des souffrances aux autres êtres vivants. Tous les êtres vivants veulent vivre. Tous ont peur de la mort. Nous devons développer la compassion dans notre coeur et protéger la vie de tous les êtres.» Surpris, Angulimala voulut en savoir plus. À la fin de la conversation, Angulimala promit de plus jamais commettre d’actes violents et décida de se faire moine.
 
Comment le Bouddha pouvait-il rester si calme et détendu en présence du meurtrier? L’exemple est extrême, mais d'une manière ou d'une autre, nous butons tous sur des peurs à chaque jour. La pratique quotidienne de la vigilance peut être une aide précieuse. La respiration et la prise de conscience nous aident à répondre à tout ce qui se présente avec sérénité.
 
L’intrépidité est non seulement possible, mais elle est aussi une source de joie. Lorsque vous touchez à la «non-peur», vous êtes libre. Si jamais je suis dans un avion et que le pilote annonce que l’avion s’apprête à tomber, je pratiquerai la respiration consciente. Si vous recevez de mauvaises nouvelles, j'espère que vous ferez la même chose. Mais n'attendez pas qu’un événement dramatique se produise pour commencer à transformer votre peur et vivre la pleine conscience. Personne ne peut vous donner du courage. Même si le Bouddha était assis ici, à côté de vous, il ne pourrait pas vous le donner. Vous devez l’acquérir par vous-même. Si vous pratiquez la pleine conscience, lorsque des difficultés surgiront, vous saurez déjà quoi faire.
 

Dernier ouvrage de Thich Nhat Hanh :
Vivre sans peur, Cheminer avec sérénité
Le jour (avril 2013)  

«Sans la peur, il y a plus d'espace pour la compréhension et la compassion. Sans la peur, nous sommes vraiment libres.» Vivre sans craindre l'échec, sans avoir de soucis familiaux et sans appréhender la perte d'un être cher, la maladie ou le rejet, est-ce possible? Issus de la démarche de pleine conscience, les préceptes de ce livre visent à tarir la peur profonde dont découlent toutes vos inquiétudes quotidiennes. En suivant ces conseils concrets, accessibles et porteurs de grande sagesse, vous apprendrez à reconnaître vos angoisses, à les dépouiller de leur pouvoir et à les transformer en sources d'apaisement, pour avancer enfin en toute sérénité.


«Je dois mourir un jour, je ne peux pas échapper à la mort. Je peux tomber malade un jour, je ne peux échapper à la maladie. Un jour, je devrai me séparer de celui ou celle que j’aime, c’est inéluctable.» Tout ce que je peux emporter avec moi, ce sont seulement les fruits de mes actions; je ne peux rien emporter d’autre avec moi : ma maison, mon compte en banque, mes diplômes... je ne peux pas emporter ces choses-là avec moi.»

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