Cependant, on considère normal et légitime d’envoyer
de jeunes militaires combattre dans des pays avec lesquels nous ne sommes pas
en guerre... Entre 2002 et 2014, 40 000 soldats canadiens furent envoyés en
Afghanistan. Bilan : 158 sont morts, n’incluant pas le nombre important de
soldats qui se sont suicidés après leur retour en raison des chocs
post-traumatiques.
«Faut-il que les hommes soient bêtes de fabriquer des machines comme ça, pour se tuer… comme si on ne claquait pas assez vite tout seul!» ~ Alphonse Allais (1854-1905)
"Le discours dominant cristallisé dès le début de
la guerre dans les différents pays belligérants est destiné à persuader de la
légitimité du conflit et de la nécessité pour les hommes de défendre leur
nation. La guerre pour laquelle on s’engage massivement en 1914 n’est pas la
guerre réelle mais une guerre imaginée et souvent euphémisée, sans commune
mesure avec les conditions de vie et de mort dans les tranchées." ~ Collectif de Recherche
International et de Débat sur la Guerre de 1914-1918 (CRIDG) http://www.crid1418.org/
On peut dire la même chose de la guerre au Vietnam, en Irak, en Syrie, etc.
Quoiqu’il en soit, nous passons notre vie à tenter
d’esquiver la mort et simultanément à courir après par toutes sortes de
moyens...
~~~
La vie et
la mort forment un tout indissociable
On ne peut les séparer l’une de l’autre…
Extrait
de : The
Five Invitations: Discovering What Death Can Teach us About Living Fully; Frank
Ostaseski; Flatiron Books
Dans le Zen japonais, le mot Shoji se traduit par
«naissance-mort». Il n'y a pas de séparation entre la vie et la mort autre
qu'un petit trait d'union, une fine ligne qui relie les deux. Nous ne pouvons
pas être réellement vivants sans maintenir une conscience de la mort.
La mort ne nous attend pas à la fin d'une longue
route. La mort est toujours avec nous, dans la moelle de chaque moment qui
passe. Elle est le tuteur secret qui se cache mais que tout le monde voit. Elle
nous aide à découvrir ce qui importe le plus. Et la bonne nouvelle est que nous
n'avons pas à attendre jusqu'à la fin de notre vie pour découvrir la sagesse
que la mort a à offrir.
Au cours des trente dernières années, j'ai été
assis avec des milliers de personnes sur le bord du précipice de la mort.
Certains approchaient de la mort avec une immense déception. D'autres
s’épanouissaient et franchissaient la porte avec émerveillement. Ce qui faisait
la différence, c’était la volonté de vivre progressivement dans la dimension
plus profonde de ce que signifie être un humain.
Imaginer qu'au moment de notre mort, nous aurons
la force physique, la stabilité émotionnelle et la clarté mentale pour accomplir
le travail d'une vie est un pari ridicule. Ce livre est une invitation – cinq invitations, en fait – à vous asseoir avec la mort, à prendre le thé
avec elle, à la laisser vous guider vers une vie plus significative et affectueuse.
Réfléchir sur la mort peut avoir un impact profond
et positif non seulement sur notre façon de mourir, mais aussi sur notre
manière de vivre. À la lumière de la mort, il est facile de distinguer les
tendances qui nous mènent vers l'intégrité de celles qui nous inclinent vers la
séparation et la souffrance.
Nos habitudes de vie ont un puissant impact qui
nous propulse vers l'instant de notre mort. Une question évidente se pose :
quelles habitudes voulons-nous créer? Des opinions et des habitudes rigides
réduisent notre esprit au silence et nous font tendre vers une vie robotisée. Les
questions ouvrent l’esprit et expriment le dynamisme d'être un humain. Une
bonne question a du coeur, elle découle d'un intérêt profond pour découvrir ce
qui est vrai. Nous ne saurons jamais qui nous sommes et pourquoi nous sommes
ici si nous ne nous posons pas des questions inconfortables.
Sans le rappel de la mort, nous avons tendance à
prendre la vie pour acquis et à nous perdre dans la poursuite de l'autosatisfaction.
Quand nous gardons la mort à l’esprit, elle nous rappelle de ne pas nous accrocher
trop étroitement à la vie. Peut-être que nous nous prendrions moins au sérieux ainsi que nos idées, que nous
lâcherions prise un peu plus facilement. Lorsque nous reconnaissons que la mort
arrive à tout le monde, nous sommes conscients que nous sommes tous ensemble
dans le même bateau. Cela nous aide à devenir un peu plus bienveillants et gentils
envers les autres.
Être conscient de la mort nous aide à apprécier le
fait d’être vivant, à favoriser l'introspection, à clarifier nos valeurs, à
trouver un sens, et à générer des actions positives. C'est l'impermanence de la
vie qui nous donne de la perspective. Comme nous sommes en contact avec la
nature précaire de la vie, nous apprenons également à apprécier son caractère
précieux. Alors, nous ne voulons pas perdre une minute. Nous voulons entrer
pleinement dans notre vie et l’utiliser de façon responsable. La mort est un
bon compagnon de route pour bien vivre et mourir sans regret.
Peu après avoir subi une crise cardiaque, le célèbre
psychologue Abraham Maslow écrivait dans une lettre : «Être confronté à la mort
– et en revenir – rend chaque chose si précieuse, si sacrée et si belle
que je me sens plus que jamais capable de l'aimer, de l’accueillir, et de me
laisser emporter. Ma rivière n'a jamais été aussi belle... La mort, et sa
possibilité toujours présente, rend l'amour, l'amour passionné, davantage
possible.»
Je ne vois pas la mort de façon romantique. C'est un
travail dur. Ce sera peut-être le travail le plus difficile de notre vie. Ça ne
finit pas toujours bien. Ça peut être triste, cruel, sale, beau et mystérieux.
Par-dessus tout, c'est normal. Nous passerons tous par là.
Personne ne sort d'ici vivant.
À titre de co-fondateur du Zen Hospice Project et d’accompagnateur,
la plupart des gens avec qui j'ai travaillé étaient des gens ordinaires. Des personnes
en face à face avec leur propre mort qu'elles croyaient impossible ou
insupportable, et avec d’autres qui prenaient soin d'une personne chère en
train de mourir. La plupart trouvaient en eux-mêmes et dans l'expérience de la
mort, les ressources, l’inspiration, la force, le courage et la compassion pour
affronter l'impossible de façon extraordinaire.
Certaines personnes avaient vécu dans des
conditions terribles – dans des hôtels infestés de rats ou sur des bancs de
parc derrière l'hôtel de ville. Des alcooliques, des prostituées, des sans-abri
et des gens qui arrivaient à peine à survivre en marge de la société. Souvent
leur visage exprimait la résignation ou la colère à cause de la perte de
contrôle. Plusieurs avaient perdu toute confiance envers les humains.
Certains venaient de cultures que je ne
connaissais pas, parlant des langues que je ne pouvais pas comprendre. Certains
avaient une foi profonde qui les aidait à traverser les moments difficiles,
alors que d'autres juraient contre la religion. Nguyen craignaient les
fantômes. Isaiah était réconforté par les «visites» de sa mère décédée. Il y avait
un père hémophile qui avait contracté le virus du VIH à la suite d’une
transfusion de sang. Des années avant sa maladie, il avait renié son fils gay.
Mais en fin de vie, le père et le fils étaient tous deux en train de mourir du sida,
l’un à côté de l'autre dans les lits jumeaux d’une chambre commune, pris en
charge par Agnès, épouse du père et mère du fils.
J'ai travaillé avec beaucoup de gens qui sont
morts au début de la vingtaine, ayant à peine commencé leur vie. Mais il y
avait aussi une femme que j'ai soignée, Elizabeth, qui, à quatre-vingt-trois
ans, m’a demandé : «Pourquoi la mort vient-elle si tôt?» Certains étaient
extrêmement lucides, alors que d'autres ne se souvenaient même pas de leurs
propres noms. Certains étaient entourés d'amour par leur famille et leurs amis.
D'autres étaient entièrement seuls. Alex, qui n’avait aucun proche pour l’aider,
est devenu si confus à cause de la démence causée par le sida, qu'une nuit, il s’est
enfermé dans l'escalier de secours et il est mort gelé.
Nous apprécions les policiers et les pompiers qui sauvent
de nombreuses vies; les infirmières qui soulagent la souffrance d'autrui; les
médecins qui sauvent des patients de la mort mais qui ensuite sont ravagés par
la même maladie. Les gens qui ont du pouvoir politique s’enrichissent et peuvent
se payer de bonnes assurances en soins de santé. Et, les réfugiés qui n’ont
guère plus qu’un t-shirt sur le dos, meurent du sida, du cancer, de maladie
pulmonaire, d'insuffisance rénale et d'Alzheimer.
Pour certains, la mort a été un grand cadeau. Ils s’étaient
réconciliés avec leur famille, ils avaient pu librement exprimer leur amour et leur
pardon ou trouver la bonté et l'acceptation qu'ils avaient cherchées toute leur
vie. D'autres encore se tournaient vers le mur, s’isolaient par désespoir, et
ils ne sont jamais revenus [au
centre].
Tous ont été mes professeurs.
The Five
Invitations est ma tentative d'honorer les leçons que j'ai apprises, assis
au chevet de tant de mourants. Ce sont cinq principes de soutien mutuel
imprégné d'amour. Ils furent mes précieux guides pour faire face à la mort. Et,
en fait, ce sont aussi des guides pertinents pour vivre une vie intègre.
Ceci n’est pas une invitation à participer à un
événement particulier. L'événement c’est votre vie, et mon livre est une
invitation à être pleinement présent dans chacun de ses aspects.
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