7 août 2015

La culture du viol vue par un homme sain d’esprit

Donald Trump ne donne pas sa place en matière de propos sexistes – Une journaliste énumérait à Trump les insultes qu’il avait proférées à l’égard des femmes – «grosses cochonnes, baveuses, chiennes dégoûtantes, etc.» Trump s’est défendu en disant que c’était des blagues adressées à l’actrice Rosie O’Donnell, avec qui il avait eu des disputes dans le passé. Il a aussi déclaré qu’il n’avait pas le temps d’être politiquement correct en période électorale. (!)

Mais il y a plus répugnant. La culture du viol fait l’objet de débats sulfureux en ce moment, en raison d’interdictions de séjour et/ou de représentation publique visant deux misogynes notoires : Roosh V et Action Bronson.

Daryush Valizadeh alias Roosh V – Ce blogueur américain est connu pour ses propos misogynes banalisant le viol. À la suite d’une pétition, l’hôtel torontois où il devait donner des conférences les 8 et 15 août a annulé sa réservation. L’homme est interdit de séjour en raison de ses propos haineux et ses incitations à la violence. En 2015, il proposait la légalisation du viol, ni plus ni moins – «comme ça les femmes ne sortiraient pas sans chaperons* et elles apprendraient à protéger leur corps». Dans son livre Bang: The Pickup Bible That Helps You Get More Lays il décrit les meilleures méthodes pouvant convaincre les femmes de se soumettre à des rapports sexuels. Il conseille aux hommes, entre autres, de choisir des femmes ivres ou qui souffrent de troubles alimentaires. Il soutient qu’une relation sexuelle avec une conjointe non consentante ne devrait pas être considérée comme un viol. 
   * Avec le nombre croissant de psychopathes qui courent les rues, ce ne serait pas un luxe de se payer un garde-du corps en effet.

Arian Asllani alias Action Bronson – Le concert du rappeur américain Action Bronson au festival Osheaga de Montréal a été annulé en raison d'une interdiction d'entrée au Canada qui lui a été signifiée. La programmation de ce rappeur, accusé par ses détracteurs de «glorifier le viol» dans ses textes, a déclenché une levée de boucliers jusque dans les rangs politiques. Selon la pétition publiée sur change.org «Action Bronson glorifie le viol, la violence faites aux femmes et même le ‘féminicide’.» Dans sa chanson Consensual Rape Bronson vante le viol collectif d’une femme qu’il a préalablement droguée. Son vidéoclip Brunch met en scène Bronson tranchant un steak sur le corps inanimé d’une femme avant de se montrer en train de la frapper dans le coffre de sa voiture, de lui arracher les cheveux pour ensuite la jeter à l’eau*. (C'est la description qu'on en donne, je ne l'ai pas vu...)
   * Est-ce une simulation ou un meurtre en direct? Nous n’en savons rien. Un cas d’investigation digne d’Interpol...

Catcalling, street harrasment... Et s’ils décidaient de passer à l’acte, comment pourrait-elle se défendre? «Imaginez seulement que partout où vous allez vous avez toujours peur d’être violée. On ne doit pas seulement enseigner aux femmes à se protéger contre le viol mais plus important encore enseigner aux hommes à ne pas commettre de viols.» (Zaron Burnett)

«Les hommes ont peur que les femmes les ridiculisent. Les femmes ont peur que les hommes les tuent.» ~ Magaret Atwood (Mai 2014, #YesAllWomen)

Francine Pelletier, journaliste au Devoir, disait ce matin que les masculinistes craignent que les femmes ne soient plus sexuellement accessibles et veulent remettre les hommes en selle – dernier soubresaut du Néandertalien...

La lumière élimine la noirceur...

Évidemment, et dieu merci, tous les hommes ne sont pas comme ça.

En contrepartie à la promotion de la violence et du viol, j’ai traduit quelques passages d’un article publié à la suite de la tuerie misogyne à Isla Vista (Californie).

A Gentlemen Guide to Rape Culture
(Manuel sur la culture du viol pour gentlemen)

Par Zaron Burnett 
29 mai 2014, Human Parts – Medium

Si vous êtes un homme, vous faites partie de la culture du viol. Je sais ... ça peut sembler rude. Vous n'êtes pas nécessairement un violeur. Mais vous perpétuez les attitudes et les comportements de ce qu’on appelle communément la culture du viol.
     Vous pouvez penser, «Un instant, Zaron! Tu ne me connais pas! Que je sois damné si je te laisse prétendre que je suis une sorte d’adepte du viol. Ce n'est pas mon cas, mon pote!»      Je sais très bien ce que vous ressentez. J’ai eu exactement la même réaction quand quelqu'un m'a dit que je faisais partie de la culture du viol. C’est horrible. Mais imaginez seulement que partout où vous allez vous avez toujours peur d’être violée. C'est quand même pire! La culture du viol aspire tous ceux qui y participent. Mais ne bloquez pas sur la terminologie. Ne vous concentrez pas sur les mots qui vous offensent en ignorant ce vers quoi ils pointent – l’expression «culture du viol» n’est pas le problème. La réalité qu'elle décrit est le problème. 
     Les hommes sont les principaux agents du maintien de la culture du viol.
     Le viol n'est pas exclusivement commis par des hommes. Les femmes n’en sont pas les seules victimes – les hommes violent des hommes, des femmes violent des hommes – mais qu'est-ce qui fait du viol un problème masculin, notre problème, c'est le fait que les hommes commettent 99 % des viols signalés. 
     Pourquoi faites-vous partie de la culture du viol? Eh bien, je n'aime pas le dire, mais c'est parce que vous êtes un homme. 
     Lorsque je traverse un stationnement la nuit et que je vois une femme devant moi, je fais tout ce qu’il faut pour qu’elle soit consciente de moi : a) je ne la surprends pas b) je lui laisse le temps de se sentir en sécurité/confortable et c) si c'est possible, je peux l’aborder de façon clairement amicale afin de lui faire savoir que je ne représente pas une menace. Je le fais parce que je suis un homme. 
     Fondamentalement, je salue chaque femme que je rencontre dans la rue ou dans un ascenseur, ou dans un escalier, ou ailleurs, d'une manière qui indique qu'elle est en sécurité. Je veux qu'elle puisse se sentir à l'aise comme si je n'étais pas là. J'accepte que n’importe quelle femme que je rencontre en public ne me connaît pas, et donc, qu’elle ne voit qu’un homme – qui soudainement est près d'elle. Je dois préserver son espace de sorte que ma présence ne la fasse pas se sentir vulnérable. Voilà le mot clé –vulnérabilité. 
     Je ne sais pas pour vous, mais je ne passe pas ma vie à me sentir vulnérable. J’ai fini par réaliser que les femmes passent la majorité de leur vie sociale avec de perpétuels, inévitables, sentiments de vulnérabilité. Arrêtez-vous et réfléchissez à ça. Imaginez ce que ce serait si vous vous sentiez toujours à risque, comme si vous viviez dans une peau en verre. 
     Les hommes contemporains cherchent le danger. Nous choisissons des aventures et des sports extrêmes pour nous sentir en danger. Nous jouons avec notre vulnérabilité. C’est ainsi que les hommes voient le monde différemment des femmes. (Évidemment, c’est dit en reconnaissant qu'il existe une collectivité dynamique de femmes athlètes qui risquent régulièrement leur sécurité dans des sports extrêmes. Toutefois, les femmes n'ont pas besoin de pratiquer des sports d'adrénaline pour se sentir à risque.) 
     Je mesure 1,80 m. Je m’entraîne et je peux dire que je suis en bonne forme, ce qui signifie que lorsque je suis seul la nuit, je crains rarement pour ma sécurité. Beaucoup d’hommes savent exactement ce que je veux dire. La plupart des femmes n'ont aucune idée de ce que ça représente - d'aller où vous voulez dans le monde, à toute heure du jour ou de la nuit, et de sentir que vous n'aurez pas de problème. En fait, plusieurs femmes vivent exactement l’expérience inverse.
     Une femme doit prévoir où elle va, à quelle heure de la journée, à quelle heure elle arrivera à destination et à quelle heure elle reviendra, le jour de la semaine, si elle sera seule à un certain moment ... et ainsi de suite car les considérations sont beaucoup plus nombreuses qu’on le suppose. Honnêtement, je ne peux pas m’imaginer être obligé de penser à tout ce que je devrais faire pour me protéger à tout moment dans ma vie. Je me réjouis d’avoir la liberté de me lever et de partir, de jour ou de nuit, qu’il pleuve ou qu’il fasse soleil, à Westside ou au centre-ville. En tant qu'hommes, nous pouvons profiter de ce luxe extrême qu’est la liberté de choix et de mouvement. Afin de comprendre la culture du viol, rappelez-vous qu'au moins la moitié de la population ne jouit pas de cette liberté.
     C'est pourquoi j’ai changé ma manière d’agir afin que mon langage corporel soit clair, non équivoque, et contribue à réduire la peur chez les femmes ainsi que tous les sentiments qui s'y rattachent. Je vous recommande d’en faire autant. Sérieusement, c’est le moins qu’un homme puisse faire en public pour que les femmes se sentent plus à l'aise dans ce monde que nous partageons. Simplement être prévenant et respecter son espace. 
(...) 
     Puisqu’aucune femme ne peut vous évaluer avec précision à première vue, pas plus que vos intentions, elle présume que vous êtes comme tous les autres hommes. Dans 73% des cas, les femmes connaissaient le violeur. Alors, si elle ne peut pas faire confiance et évaluer avec précision les intentions des hommes qu'elle connaît, comment peut-on s'attendre à ce qu'elle vous évalue correctement, vous, un parfait étranger? La prévention du viol ne consiste pas seulement à enseigner aux femmes comment éviter de se faire violer – il s'agit d’enseigner aux hommes à ne pas commettre de viol.
     La prévention du viol c’est aussi faire comprendre aux hommes que «non» ne veut pas dire «oui», que lorsqu'une femme est trop ivre/droguée pour répondre, cela ne veut pas dire «oui», que le fait d’être dans une relation de couple ne signifie pas «oui». Plutôt que de se concentrer sur la façon dont les femmes peuvent éviter le viol, ou comment la culture du viol fait en sorte qu’un homme innocent se sente suspect, notre attention devrait porter sur la question suivante : comment pouvons-nous, en tant qu'hommes, empêcher les viols de se produire, et comment pouvons-nous démanteler les structures qui le permettent et changer les attitudes que le tolèrent? 
     Puisque vous en faites partie, vous devriez savoir en quoi consiste la culture du viol.
     Selon le site web Marshall University's Women's Centre :
La culture du viol est un environnement dans lequel le viol est répandu et où la violence sexuelle envers les femmes est normalisée et excusée dans les médias et la culture populaire. La culture du viol se perpétue à travers l'utilisation du langage misogyne, de la chosification du corps des femmes et de l'apologie de la violence sexuelle, créant ainsi une société qui méprise les droits des femmes et leur sécurité.

Exemples d’attitudes et de comportements associés à la culture viol :
- blâmer la victime («elle l’a cherché!»)
- banaliser l'agression sexuelle («les gars sont des gars!»)
- proférer des blagues sexuelles explicites
- tolérer le harcèlement sexuel
- gonfler les statistiques de faux viols
- analyser publiquement les vêtements d’une victime, son état mental, ses intentions et son histoire
- promouvoir la violence sexuelle gratuite au cinéma et à la télévision
- définir la «masculinité» comme dominante et sexuellement agressive 
- définir «féminité» comme assujettie et sexuellement passive
- faire pression sur les hommes pour qu’ils «marquent des points» (score)
- faire pression sur les femmes pour qu’elles paraissent «frigides»
- prétendre que seules les femmes s’adonnant à la promiscuité sexuelle sont violées
- prétendre que les hommes ne se font pas violés ou que seuls les hommes «faibles» le sont
- refuser de prendre les accusations de viol au sérieux
- enseigner aux femmes à éviter de se faire violer au lieu d'enseigner aux hommes à ne pas violer 

On constate rapidement que la culture du viol joue un rôle central dans toutes les dynamiques sociales de notre époque. Elle est au coeur de toutes nos interactions personnelles. Elle fait partie de toutes nos mesures sociales, luttes sociales et environnementales. La culture du viol ne porte pas uniquement sur le sexe. Elle est le produit d'une attitude généralisée de suprématie masculine. La violence sexuelle est l’une des expressions de cette attitude. (...) Les hommes ne doivent pas se sentir menacés ou attaqués quand les femmes pointent du doigt la culture du viol – elles nous parlent de notre ennemi commun. Nous devrions les écouter.

Maintenant que vous savez ce qu'est la culture du viol, que pouvez-vous faire pour l’éliminer?
- évitez d'utiliser le langage qui chosifie ou dégrade les femmes
- contestez si vous entendez des blagues dégradantes ou qui banalisent le viol
- si une amie vous dit qu'elle a été violée, prenez-la au sérieux et aidez-la
- réfléchissez de manière critique aux messages diffusés par les médias à la fois sur les femmes, les hommes, les relations de couple et la violence
- respectez l’espace physique d'autrui même dans les situations informelles
- communiquez toujours clairement avec les partenaires sexuels; ne présumez pas le consentement tacite
- définissez votre propre virilité ou votre propre féminité; ne laissez pas les stéréotypes déterminer vos actes
(...) 
     Ne vous limitez pas à être un homme. Soyez un homme exceptionnel. Soyez un être humain.
     Lorsque un partage comme #YesAllWomen se produit et que les femmes du monde entier sont là pour parler de leurs expériences, leurs traumatismes, leurs histoires et leurs points de vue personnels, en tant qu’hommes, nous n'avons pas besoin de participer à l’échange. Ce que nous devons faire, c'est écouter et réfléchir, et laisser leurs témoignages modifier notre point de vue. Notre travail consiste à nous demander ce que nous pouvons faire pour nous améliorer.

[L’auteur propose aussi aux gentlemen d’intervenir lorsqu’ils sont témoins de comportements typiques de la culture du viol : aider les personnes (femmes ou hommes qui montrent des signes de détresse) harcelées ou violentées en public (en alertant les autorités policières, etc.); refuser d’écouter des propos misogynes ou des plaisanteries sur le viol et dire aux collègues ou amis que c’est intolérable, personne n’est obligé de supporter ces conneries, pas plus que le Catcalling.]

Article intégral (en anglais) :
https://human.parts/a-gentlemens-guide-to-rape-culture-7fc86c50dc4c

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En complément (09.08.15) : Je suis en train de terminer L’île sous la mer d’Isabel Allende. Un roman marquant et particulièrement bien documenté. L’histoire débute en 1770, à Saint-Domingue, à la veille des révoltes d’esclaves noirs et métis qui précédèrent l’Indépendance.
 
Peu avant, j’avais lu Tout bouge autour de moi de Dany Laferrière. Je cite :
«Le XXIe siècle a commencé en Haïti le 12 janvier 2010 à 16 h 53. On ne peut pas être plus précis. C’est un événement dont les répercussions seront aussi importantes que celles de son Indépendance, le 1er janvier 1804. Au moment de l’Indépendance, le monde occidental s’est détourné de cette nouvelle république qui a dû savourer seule son triomphe. Tel était le destin de ce peuple qui venait de sortir du long tunnel noir et gluant de l’esclavage. L’Occident a toujours refusé de reconnaître cette arrivée au monde. L’Europe comme l’Amérique lui ont tourné le dos. En fous de solitude, ces nouveaux libres se sont entre-déchirés comme des bêtes. Et depuis, l’Occident donne Haïti en exemple à tous ceux qui voudraient  un jour se libérer de l’esclavage sans sa permission. Une punition qui a duré plus de deux siècles. Tu seras libre, mais seul. Rien n’est pire qu’être seul sur une île. Et voilà qu’aujourd’hui tous les regards se tournent vers Haïti.»
 
On s’imagine qu’esclavage et viol (les deux vont de paire) ça n’arrive qu’ailleurs – en Asie, en Inde, aux Philippines, etc. Mais si vous regardez ces deux documentaires, vous constaterez que c’est omniprésent sur tous les continents, en ce moment même. À vous d’en juger... Vous n’avez pas besoin de comprendre l’anglais pour «comprendre».
 
Rape in The Fields
Lowell Bergman 2015 

Rape in The Fields is the first part of a year-long reporting effort into the systemic abuse of migrant women working in the fruit and vegetable fields, packing plants and industry of the United States. The film travels from the almond groves of California’s Central Valley to the packing plants of Iowa, from the apple orchards of Washington’s Yakima Valley to the tomato fields of Florida, speaking with dozens of women who have been sexually assaulted and abused on the job. What is shown is that in the vast fields and orchards of today’s vast agribusiness, it’s easy for a rapist to stalk his victims, and the systems function in such a way to protect the rapist, rather than the workers. Many workers are also immigrants who dare not even denounce their attackers for fear they’ll be deported. The situation on the whole is rife for ensuring abuses. A Human Rights Watch report published in May of 2014 found that rape and other forms of sexual abuse and harassment of female workers was a common problem. This report sets out to shed a light on that problem and expose the new-style slavery and abuse of workers that still continues to this day.

https://thoughtmaybe.com/rape-in-the-fields/

Rape on the Night Shift
Lowell Bergman 2015

Rape on the Night Shift is a harrowing investigation into the rampant sexual abuse of the many thousands of unseen women who clean the shopping centres, banks and offices of some of the largest companies throughout the United States. The cleaning companies and contractors themselves are some of the largest companies throughout the country and the world. This report follows a prior investigation about systemic abuse of migrant women working in America’s fruit and vegetable fields, as well as packing plants and industry. Both set out to document the many aspects of a booming rape culture, driven in part by the synergy of a failure of criminal prosecutions, the legal system, a culture of pornography, the realities for migrant workers, and a perfect storm for human trafficking.

https://thoughtmaybe.com/rape-on-the-night-shift/ 
 

6 août 2015

Food for thought

Il y a assez de tout dans le monde pour satisfaire aux besoins de l'homme, mais pas assez pour assouvir son avidité. ~ Gandhi


[...] le désir de l'ordre veut transformer l'univers humain en un règne inorganique où tout marche, où tout fonctionne, où tout est assujetti à une règle supérieure à l'individu. Le désir de l'ordre est en même temps désir de mort, parce que la vie est perpétuelle violation de l'ordre. Ou, inversement, on peut dire que le désir de l'ordre est le prétexte vertueux par lequel la haine de l'homme justifie ses forfaits. ~ Milan Kundera (La valse aux adieux



Marjolein Bastin. Cette artiste est une fée – elle nous ramène aux rêves de beauté et de magie de l’enfance. Je ne me lasse pas de regarder la finesse des détails.   http://www.marjoleinbastin.com/en

3 août 2015

La face cachée de Facebook

«Il n’était pas aussi fascinant qu’il en avait l’air au départ»

Peut-on croire à tout ce qu’on voit et lit? Il faudrait accéder à la face cachée des clichés pour se faire une idée de la réalité...

Les gens heureux n’ont pas d’histoire, dit-on. À en croire Facebook, c’est faux puisque les histoires de bonheur parfait sont légions. On peut se demander si le but de ces plateformes n’est pas de maintenir les gens dans une superficialité hyper matérialiste pour qu’ils continuent à consommer et à polluer sans se poser de questions. C’est un divertissement qui peut coûter cher à plusieurs niveaux... Chose certaine, les gens n'ont pas à se déculotter (au propre et au figuré) pour être intéressants s'ils ne sont pas "vides" intérieurement...

Le problème, c’est que la vie heureuse sans accrocs est impossible mais on refuse de le reconnaître. Le bonheur, la prospérité, le succès, les amours, les amitiés formidables alternent avec le malheur, les difficultés financières, les échecs, les ruptures, la solitude. Ça fonctionne comme le pendule d’une horloge, celui-ci ne reste jamais au milieu. La quête du bonheur permanent et l’évitement des coups durs sont totalement futiles. Mais bon, c’est peut-être avec le vécu qu’on finit par le comprendre.

«Quand on a assez vécu, on sait que personne ne s'intéresse à personne. On sait qu'on n'a pas besoin de se cacher pour être caché.» ~ Pascal Quignard (Vie secrète)

«Je m'éloigne des gens encombrés d'amis. Que faire autour d'eux, sinon, comme dans les incendies, la chaîne?» ~ Anne Barratin, 1845-1911 (http://www.gilles-jobin.org)



Un article intéressant sur l’esprit de compétition qui règne sur les réseaux, et la jalousie et la dévalorisation qui peuvent en découler : Pourquoi Facebook et Instagram font-ils de nous des losers? (par Julia Tissier, Cheek magazine).

Extraits

Plages paradisiaques, hamburgers alléchants et soirées déjantées, voilà que ce l’on voit passer en quasi-permanence sur nos timelines Facebook et Instagram. Et pour cause, sur les réseaux sociaux, armes fatales du personal branding, on ne dévoile que ce l’on veut bien et en particulier ce qui est susceptible de faire saliver nos voisins virtuels. Ces mises en scène incessantes, celles des autres mais aussi les nôtres, peuvent-elles nous impacter négativement et nous rendre, au final, malheureux?

Le psychologue Sébastien Dupont, qui travaille notamment sur le sentiment de solitude des jeunes, estime qu’il peut y avoir «une impression de grossissement de l’effet de solitude face à la mise en scène de la sociabilité des autres». La sensation d’être seul est «très subjective et très dépendante de ce que l’on voit autour de soi, continue-t-il, c’est comme le sentiment de pauvreté, on se sent davantage pauvre au milieu de gens riches et ça fonctionne de la même façon sur la richesse émotionnelle». Résultat? «Face à des gens qui ont plein d’amis, plein d’activités, on dévalorise son propre capital social alors même qu’il était satisfaisant», conclut Sébastien Dupont.

La vie rêvée des autres...
– Et quand elle [Marine Normand] est tombée sur « cette blogueuse maman qui vit à Nashville dans ce qui ressemble à un catalogue Bonton, qui joue du ukulélé et qui a un portrait de Bob Dylan dans son salon », la vingtenaire, dont les poils de chien envahissent son appart, s’est posé cette question : «Pourquoi ça ne ressemble pas à ça chez moi, pourquoi je n’arrive pas à vivre dans un truc aussi joli?» Avant de s’interroger sur elle : «Je ne comprends pas pourquoi je suis jalouse de ces filles qui ont le temps de faire ça alors qu’en réalité, je n’ai pas envie de faire la même chose, c’est assez paradoxal.»
– ...Cette évolution a «le même effet pervers que la publicité : on a l’impression qu’il existe une vie parfaite, une bouffe parfaite, une maison parfaite, une déco parfaite, un mec parfait et des enfants parfaits». Résultat, «ça crée une espèce de frustration permanente car, comme pour la pub, on a beau acheter des crèmes, on n’aura jamais la peau parfaite de la nana. C’est pareil avec la vie parfaite, on ne l’aura jamais non plus». (Titiou Lecoq, auteure, blogueuse, et journaliste spécialiste des réseaux sociaux)

... Et la sienne
– Pourtant, c’est parfois ce que l’on essaye de faire croire aux autres. Lili, 34 ans, s’est déconnectée de Facebook il y a quelques mois après y avoir passé cinq ans. À l’époque, elle est au chômage, elle vient de rompre et Facebook lui fait plus de mal que de bien : «Je trouvais ça très désagréable de tomber sur des photos de mon ex, je l’ai bloqué mais avec tous les amis qu’on avait en commun, je tombais encore dessus et je savais quand il passait une bonne soirée». C’est plus fort qu’elle, la trentenaire a envie de «répliquer»: «Je postais des photos juste pour qu’elles soient vues. Je me souviens d’une fois, j’étais en vacances, j’ai demandé à une pote de me prendre en photo sur la plage, à ce moment-là, c’était juste après ma rupture, j’étais hyper triste et sur le cliché, je suis bronzée et je souris. Tout le monde a commenté en disant ‘trop bien’ alors qu’en vrai, j’avais envie de me noyer, de m’accrocher une pierre autour du cou et de sombrer», raconte-t-elle aujourd’hui en riant.

Si cette scénographie virtuelle peut devenir «galvanisante de puissance car on maîtrise sa propre image et on l’embellit», elle peut aussi nous amener à penser que «notre vie est fausse», estime Sébastien Dupont. En somme, la photo est belle mais on sait qu’elle n’est pas l’exact reflet de ce que l’on vit. Le psychologue se souvient d’ailleurs d’une scène qu’il a vécue un jour dans un restaurant à Prague. Ce dernier dîne à côté d’un couple qui semble passablement se faire chier. À un moment, les deux amoureux décident de faire un selfie, la séance photo est assez longue, ils sourient, ils ont l’air heureux. «Si jamais ils ont publié cette photo sur Facebook ou ailleurs, leurs amis ont dû avoir l’impression qu’ils avaient passé une super soirée, alors que moi, qui ai vu les coulisses, je sais qu’ils se sont emmerdés comme des rats morts, raconte Sébastien Dupont. Cette photo outrageusement heureuse n’accentue-t-elle pas l’amertume de leur vraie vie? Sans elle, l’ennui paraîtrait peut-être moins dur.» Ce n’est donc plus tant le bonheur qui compte que la démonstration de ce dernier.

Ces réseaux sociaux vont-ils définitivement plomber le moral de la génération Y? Non, pas forcément. Pour commencer, tout le monde ne montre pas qu’une vie idéalisée. «Je montre aussi ma vie lambda, mon quotidien, assure Marieke, 23 ans, je ne mens pas sur mes photos, je suis bien dans mes pompes, je n’ai pas besoin de mise en scène.»

Article intégral :
http://m.cheekmagazine.fr/societe/pourquoi-facebook-et-instagram-font-ils-de-nous-des-losers/

31 juillet 2015

Bon weekend!

L’avantage le plus redoutable du travail autonome ou de la retraite c’est qu’on sait rarement quel jour on est. Ou bien c’est toujours samedi. Mais, on évite l’hystérie du vendredi soir et l’angoisse du dimanche soir. Les prévisions de Miss Météo pour le weekend? Bof. (Boudacool)

Friday night look

«Si un jour on supprime les fonctionnaires, qu'on le fasse au moins un vendredi à 17 heures.» ~ Philippe Geluck

“It's Friday... any plan of being a productive member of society is officially thrown out the window.” (Unknown)

“Weekends don't count unless you spend them doing something completely pointless.” ~ Bill Watterson

“There is little chance that meteorologists can solve the mysteries of weather until they gain an understanding of the mutual attraction of rain and weekends.” 
~ Arnot Sheppard

30 juillet 2015

Industrie du sexe 1 : Séduction et popularité

30 juillet : Journée mondiale de la dignité des victimes de la traite d’êtres humains (ONU)

Pour marquer cette journée j’ai choisi d’aborder une réalité épouvantable : l’exploitation sexuelle. Le marketing dont l’industrie du sexe nous gave (ça déborde dans les canaux d’égouts!) est horrifiant. La sexualité est omniprésente et accablante, une véritable épidémie. On a troqué les interdits et les tabous contre la débauche tous azimuts au point qu’on ne fait plus la différence entre érotisme et porno. Dans l’érotisme, on a encore affaire à des personnes. Dans le porno, on a affaire à des morceaux de viande, à des êtres-objets qu’on peut droguer, torturer et même assassiner en direct et publier sur le Net.

Ces trois articles n’ont pas pour but de nous renvoyer au puritanisme – victorien* ou autre, bien évidemment. Ce sont simplement des repères de réflexion sur une question qui demeure extrêmement troublante car il semble que nous n’ayons pas du tout évolué, mais plutôt régressé en la matière.

Je démarre avec Marilyn Monroe parce qu’elle fut un archétype de glamour et de sex-appeal au début des Soixante Glorieuses de la pornographie. L’industrie du sexe et du cinéma, ainsi que l’establishment politique, se sont payé sa tête, son cœur et son corps, et s’ils avaient pu lui dérober son âme pour la marchandiser, ils l’auraient fait (1).

Séduction et popularité

Une brunette en réalité, avant que l'industrie en fasse une blonde insignifiante (ce qu'elle n'était pas au départ; mais elle l'est devenue à force de brainwashing et de consommation d'alcool et de stupéfiants)

«Une blonde s'adapte inconsciemment à ses cheveux. Surtout si cette blonde est une brune qui se fait teindre en jaune. Elle veut être fidèle à sa couleur et se comporte comme un être fragile, une poupée frivole, une créature exclusivement préoccupée de son apparence, et cette créature exige de la tendresse et des services, de la galanterie et une pension alimentaire, elle est incapable de rien faire par elle-même, elle est toute délicatesse au-dehors et au-dedans toute grossièreté. Si les cheveux noirs devenaient une mode universelle, on vivrait nettement mieux en ce monde. Ce serait la réforme sociale la plus utile que l'on ait jamais accomplie.» ~ Milan Kundera (1929 - )

Le lien entre cette remarque et Marilyn est inévitable. Dans son récit autobiographique «Confession inachevée», écrit en collaboration avec Ben Hecht, celle-ci avoue qu’elle avait choisi la séduction et la popularité pour se prouver qu’elle «existait». On peut supposer  aussi qu’elle avait adopté une apparence et des allures non pas pour susciter l’amour mais plutôt le désir : I guess I am a fantasy (je crois que je suis un fantasme), disait-elle au biographe Donald Spoto en 1959.

Le parallèle avec les selfies de réseaux saute aux yeux. Grâce à internet, la séduction et la popularité ne sont plus le monopole de quelques stars privilégiées – chacun(e) peut jouer, et le nombre de «Like» sera le baromètre. Dans le documentaire Instafame, une psychologue décrit le phénomène ainsi : «Chasing fame without substance» (recherche de popularité sans substance). https://thoughtmaybe.com/instafame/

Cette conversation entre Marilyn et Michael Tchekhov (neveu d’Anton, écrivain et acteur dont elle fut l’élève) exprime bien le conflit identitaire de Marilyn, pour le moins ambigu : 

Il ne m’a pas seulement appris à jouer. Il m’a fait découvrir la psychologie, l’histoire, la beauté dans l’art et ce qu’on appelle le goût. 
   Au milieu de notre scène de La Cerisaie, Michael s’interrompit soudain, puis me considéra, un sourire plein de douceur aux lèvres.
-- Puis-je vous poser une question personnelle? demanda-t-il.
-- Tout ce que vous voulez.
-- Vous me répondrez en toute sincérité? reprit Michael. Étiez-vous en train de penser au sexe pendant que nous jouions?
-- Non, répondis-je, le sexe ne joue aucun rôle dans ce passage. Je n’y pensais pas du tout.
-- Vous n’aviez dans l’esprit aucune image d’étreinte ou de baisers? insista Michael.
-- Aucune. Je me concentrais complètement sur nos répliques.
-- Je vous crois, déclara Michael. Vous dites toujours la vérité.
-- À vous, oui.
   Il se mit à faire les cent pas pendant quelques instants, puis reprit :
-- C’est bien étrange. Pendant tout le temps où vous avez joué cette scène, je n’ai cessé de ressentir des vibrations sexuelles émanant de vous. Comme si vous aviez été une femme dans les affres de la passion. Je me suis arrêté parce que j’ai pensé que vous deviez être trop accaparée par le sexe pour continuer. 

   Je me mise à pleurer. Sans prêter attention à mes larmes, il poursuivit d’une voix intense :
-- Je comprends maintenant les problèmes que vous pouvez avoir au studio, Marilyn, vous émettez réellement des vibrations sexuelles – quoi que vous soyez en train de faire ou de penser. Le monde entier a déjà réagi à ces vibrations. Elles sont retransmises par les écrans de cinéma quand vous y apparaissez. Et vos grands patrons ne s’intéressent qu’à vos vibrations sexuelles. Elles suffisent à leur apporter une fortune. Voilà pourquoi ils refusent de vous considérer comme une comédienne. Tout ce qu’ils veulent, c’est tirer parti du stimulant sexuel que vous représentez. Leurs motifs et leurs projets sont très clairs. 

   Michael Tchekhov me sourit.
-- C’est vrai dit-il. Rien qu’en apparaissant sur l’écran, sans vous donner la peine de jouer, vous pourriez rouler sur l’or.
-- Mais il n’en est pas question! m’écriai-je.
-- Pourquoi? me demanda-t-il avec douceur.
-- Parce que je veux devenir une artiste, répondis-je, pas un gadget érotique. Je ne veux pas être vendue au public comme un aphrodisiaque sur pellicule : regardez-moi et mettez-vous à trembler! C’était acceptable les premières années. Mais, cette fois, les choses vont changer. 

   Je me rendis compte que, tout comme j’avais dû me battre pour faire du cinéma et devenir une actrice, je devrais maintenant me battre pour obtenir le droit d’être moi-même et d’utiliser mes talents. Si je ne me défendais pas, je deviendrais une marchandise bonne à être vendue dans les vitrines des cinémas.
   J’étais décidée à ne pas accepter leur million. Je voulais être moi-même et non pas un vulgaire adjuvant érotique, une pourvoyeuse de fric pour les trafiquants en chair fraîche du studio.


(Extrait de Conversation inachevée)

Marilyn avait une obsession majeure. Très centrée sur son apparence physique, elle avait une peur bleue de devenir grosse et laide. Eh bien, elle n’aura pas eu le temps de le devenir...  

Marilyn a-t-elle été assassinée?
C’est tout à fait plausible. Sex in politics... Dans le documentaire Le commerce du sexe, une travailleuse du sexe déclare que sa clientèle inclut beaucoup de fonctionnaires. 

Quoiqu'on pense de Marilyn, elle a eu une fin odieuse, non méritée à mon humble avis.

«Bobby Kennedy arrive vers 16 heures. Une violente altercation éclate. (Des policiers ont reconnu avoir entendu ces enregistrements et le coiffeur de Marilyn confirme cette visite). Les écoutes avaient enregistré en continu une querelle entre Marilyn et Bobby Kennedy tandis qu'ils passaient d'une pièce à l'autre. «Marilyn et Bobby se disputaient violemment, et elle lui a dit : «J'ai l'impression d'être jetée! J'ai l'impression d'avoir été utilisée.» Elle cria qu'on la traitait comme un «morceau de viande». Earl Jaycox, l'assistant d'Otash, a confirmé que Marilyn hurlait tandis que Bobby Kennedy essayait de la convaincre de lui donner son journal et les papiers dans lesquels elle a consigné les promesses de John et les secrets d'État que Bobby, volubile après l'amour, lui a confiés : «Où est-il? Où est-il?» Elle explose. Bobby la menace. Selon plusieurs sources, elle se disait prête à contacter la presse. C'est l'hallali. «Elle avait une trouille noire, je n'avais jamais vu ça», dit Jefferies. «Elle était incontrôlable», confirma également, enfin, la gouvernante Murray, qui d'urgence rappela le docteur Greenson. Il calma Marilyn. Mais selon Jefferies, vers 21 heures 30, Bobby est revenu avec deux hommes. Elizabeth Polards, une voisine, l'aurai vu aussi. Ils ordonnent aux deux domestiques de «déguerpir». Ils vont chez les voisins. Bobby et ses hommes quittent la villa. À leur retour, Eunice Murray et Jefferies trouvent Marilyn comateuse sur le parquet du pavillon d'amis. Ils appellent le docteur Greenson. Il tente une piqûre d'adrénaline et appelle une ambulance. «Ce fut la folie» se souvient Jefferies. Hall, l'ambulancier, certifie avoir trouvé Marilyn inanimée et l'avoir mise sur le dos pour tenter de la ranimer. Une douzaine de policiers en civil s'agitent dans la maison. Marilyn serait morte peu après la piqûre ou dans l'ambulance (selon le biographe de Peter Lawford) qui rebroussa chemin vers la villa. À minuit passé, «la version d'un suicide en huit clos est adoptée». Ambulance et policiers disparaissent. Bobby quitte Los Angeles. À 4 heures 45, on prévient enfin l'officier de service Clemmons...»

http://www.thinesclaude.com/marilyn--son-assassinat.php

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(1) J’ai vu le documentaire d’Ève Lamont, «Le commerce du sexe», une activité structurellement liée à des mécanismes d’exploitation contrôlés par le milieu criminel et menaçant les droits de la personne et l’intérêt collectif. Une production du Rapide-blanc en collaboration avec l’office National du Film du Canada :
   À qui profite l'industrie du sexe? Prostitution, agences d'escortes, salons de massage, bars de danseuses et tourisme sexuel... La marchandisation sexuelle s'est développée à un rythme effréné depuis une trentaine d'années. Mais au-delà de la banalisation de ce commerce, qui a souvent pignon sur rue, quelle est la réalité de ceux et celles qui en font l'objet? Le commerce du sexe propose une incursion dans cet univers brutal et révèle l'envers du décor d'un nouvel esclavage des temps modernes.

J’ai vu aussi À quoi rêvent les jeunes filles? : la sexualité féminine à l'âge du porno (disponible sur Youtube). Plutôt ambivalent; on se demande s’il ne s’agit pas d’un portrait édulcoré du porno (prétendument) féministe et s’il n’incite pas à le trouver «cool» plutôt qu’à le remettre en question.

De la vie en rose à la dure réalité. Beaucoup de jeunes femmes de 18 à 25 ans s’engagent dans l’industrie du porno dans l’espoir de se sentir libre et de faire beaucoup d’argent. Tout baigne au début, mais comme on dit, when the shit hits the fan, elles sont dans de beaux draps… Toutes les adolescentes devraient voir ce documentaire :  
   Hot Girls Wanted
   Brittany Huckabee, Jill Bauer, Ronna Gradus 2015
   Hot Girls Wanted is an up-close and personal view into the lives of several 18 to 25 year-old girls who are lured into the world of amateur pornography on the Internet. The film sets out to illustrate just some of the many ways the industry really works as opposed to how it appears, as well as providing an insight into the modern recruitment process — the pundits on the inside call it ‘The Game.’ And there are many tricks. According to the teens themselves, many come to porn by the promise of rich extravagant lifestyles, as well as fame and visibility. And while the money can be good for some, at least for a little while, that’s only a small part of the picture. The myths are many and there is a brutal reality of life in the industry, causing high turnovers of girls—once they cotton-on to The Game
https://thoughtmaybe.com/hot-girls-wanted/

Si le sujet vous intéresse voyez : Industrie du sexe 2 Le peak de l’exploitation sexuelle (notes tirées du documentaire Le commerce du sexe) et Industrie du sexe 3 Les Soixante Glorieuses de la pornographie

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* La reine Victoria, n’était peut-être pas «victorienne» en tous points, mais elle n’était assurément pas «féministe». 
   Elle s’éleva énergiquement contre l’ingérence du sexe féminin dans la politique et contre l’activité professionnelle des femmes. C’est ce qui ressort d’une lettre adressée au député libéral William Ewart Gladstone. … En 1869, au Royaume-Uni, les femmes avaient recouvré, pour les élections municipales, un droit de vote partiel aboli plus de trente ans auparavant. L’année suivante, une nouvelle loi accordait aux femmes une forme de droit à la propriété même en cas de dissolution du mariage. En 1870, un autre projet de loi, qui prévoyait d’accorder aux femmes un droit de vote illimité, fut rejeté par Gladstone. … Un débat passionné se déchaîna dans l’opinion publique sur la question de savoir quelle était finalement la véritable sphère naturelle de la femme. L’idée d’une stricte séparation entre vertus privées et publiques fut de plus en plus attaquée. La reine elle-même n’était-elle pas l’illustration de la capacité des femmes à jouer le rôle d’un homme dans le règlement des affaires politiques et sociales? Toutefois Victoria s’éleva énergiquement contre toutes les tentatives d’étendre le champ d’activité de ses consœurs au-delà des œuvres de bienfaisance. 

La reine Victoria à William Ewart Gladstone
[Forme impersonnelle selon protocole royal en vigueur]

Osborne, 6 mai 1870

«Les circonstances se rapportant à la loi qui voudrait donner aux femmes l’égalité des droits pour les élections au parlement conduisent la reine à faire remarquer qu’elle s’est efforcée depuis un certain temps d’attirer l’attention de Mr Gladstone sur les actuels efforts extravagants et complètement démoralisants qui entendent ménager aux femmes les mêmes positions professionnelles qu’aux hommes, entre autres dans le domaine de la médecine. (…) Elle attache beaucoup de prix à faire savoir que non seulement elle réprouve, mais elle abhorre ces tentatives qui mènent à la ruine de toute bienséance et de tout sentiment féminin – car tel serait le résultat inévitable de ces propositions. La reine est femme elle-même et sait combien sa propre position est anormale. Celle-ci peut manifestement s’accorder avec la bienséance et la raison, encore que cela soit terriblement pénible et pesant. Mais supprimer toutes les barrières et proposer que des femmes étudient avec des hommes, et des choses qui ne peuvent même pas être nommées en leur présence, et certainement pas dans une dans une assemblée mixte, signifierait l’oubli de tout ce qui doit être considéré comme faisant partie des lois et principes de la morale. 
   Les sentiments de la reine face à ce cri de guerre dangereux, antichrétien et antinaturel, et à ce mouvement des «droits de la femme» sont si violents (…) qu’il lui importe beaucoup que Mr Gladstone et d’autres entreprennent quelque chose pour écarter ce danger alarmant, en se servant de son nom autant qu’ils le voudront (…).»

Source : Les plus belles lettres de femmes, Laure Adler & Stefan Bollmann; Flammarion 2012

Industrie du sexe 2 : Le peak de l’exploitation sexuelle

30 juillet : Journée mondiale de la dignité des victimes de la traite d’êtres humains (ONU)

Je crois que la majorité des gens ne soupçonne pas l’ampleur des ravages de l’industrie du sexe. Parmi les aspects choquants et révoltants de ce commerce il y a la façon dont les proxénètes, les propriétaires de bars de danseuses et les agences d’escortes traitent leurs «employées», c’est-à-dire comme du raw material (des matières premières ou du bétail). Enfants, adolescents et adultes sont kidnappés ou achetés et revendus à des fins d’esclavage sexuel. La pauvreté et la survie sont parallèlement responsables de ce fléau mondial propagé par l’industrie. 
   Certains adolescents s’engagent volontairement dans cette voie parce qu’ils croient que ce sera un moyen de faire de l’argent rapidement et facilement, et aussi parce qu’ils trouvent ça glamour, cool... Ils ignorent dans quelle sorte de machine infernale ils se jettent. Et puis, il y a une minorité de travailleuses du sexe qui prétend s’adonner à la prostitution par plaisir. Je me permets de douter. 
   Quand on songe qu’un(e) prostitué(e) peut avoir jusqu’à une douzaine de clients qui lui passent sur le corps (au cours d’une seule journée), on se demande comment on peut supporter ça sans se «geler». Faut-il trouver un moyen de se déconnecter de son corps, de réprimer toute sensibilité? Je suppose que la drogue joue ce rôle et que cela explique le mariage prostitution/drogues – des inséparables.

Le peak de l’exploitation sexuelle


Le documentaire Le commerce du sexe nous balance l’ampleur du fléau en pleine figure (accessible sur le site de l’ONF ou de Télé Québec si vous avez accès à la zone : http://zonevideo.telequebec.tv/a-z/392/le-commerce-du-sexe ). 

Quelques commentaires tirés du documentaire

Victor Malarek, journaliste et écrivain. Il a réalisé plusieurs enquêtes sur le sujet et il a publié The Johns: Sex for Sale and the Men Who Buy It, Key Porter 2009 (pourquoi les hommes utilisent-ils les services de prostituées)  

Beaucoup de monde pense qu’un club de danseuses est simplement un club de danseuses, mais c’est faux. Quand on regarde les sites où les clients écrivent, ils  décrivent exactement ce qu’ils obtiennent dans un club :
-- Est-ce qu’il y a une place pour des extras et combien ça coûte pour une pipe? 
-- Tu peux obtenir la totale pour 200$.
Le gars répond :
-- 200$!!
-- Hé, les boys!, il faut négocier. 

Sérieusement... Tu découvres l’existence sur Internet d’une fraternité de clients. Ils sont complices mais personne ne donne son vrai nom parce que ce serait trop gênant de révéler son vrai nom. Parfois tu trouves cette fraternité en train de partager des informations comme celles-là : 
«Elle est ma toute première expérience. Je suis pas mal certain qu’elle sera ma deuxième, aussi.»
«Après cette action, on commence le datty, le bbbj, le cowgirl, le doggy, le 69...» Ensuite  il évalue  son visage : 8; son corps : 10; ses fesses : 10; son service : 10; sa chambre : 9,5.

Tout ce qu’ils font c’est raconter ce qu’ils ont obtenu des femmes pour s’assurer que leurs copains disent : Wow! Ils se vantent constamment, message après message. Le but est de vivre leurs fantasmes; et ce fantasme est strictement d’éjaculer. Mais, si le type ne bande pas, alors il accuse la fille, c’est elle la coupable.

Quand j’ai commencé mon enquête au sujet de l’implication des hommes dans la prostitution, j’étais horrifié par ce que j’ai constaté : leurs propos sur Internet, ce qu’ils me racontaient dans les bars quand je me faisais passer pour un client, ce qu’ils racontaient au cours des interviews. Je les regardais en disant :
-- Mais tu parles d’un être humain! 
-- Non, mon gars, je parle d’une pute, une prostituée.
Les hommes déclarent : «C’est une pute, une prostituée. Elle choisit d’être là pour faire de l’argent facile.»

Ils ont besoin de le croire, de croire que dès qu’un homme donne de l’argent à une femme, elle est consentante, et donc qu’il n’y a pas de viol. Il veut la voir avec le sourire aux lèvres, et puisqu’elle prend de l’argent, lui, il n’éprouve aucun remords.

[Au sujet des Asiatiques] 
Sur Internet, on offre du tourisme sexuel organisé pour les clients à partir de leur propre pays. Ils disent : «Je serai en Thaïlande, aux Philippines, au Cambodge, ou en Indonésie, n’importe où, à telle date.» Et tout est organisé pour eux à l’avance. On peut obtenir les services de ce genre de filles pour une somme variant entre 20$ et 50$ USD pour une nuit complète. 
   Voici un gars qui écrit : «Je fais du tourisme sexuel pendant 39 ans, de 1974 à 2013, et ça me plaît toujours. Des relations saines, sécuritaires avec de jeunes putes, des escortes ou des filles sexy.» 
   Dans le fond, ces filles ont souvent l’âge de leurs filles, ou plutôt de leurs petites-filles. Elles offrent leurs services à ces vieux Blancs gros et laids en provenance du Canada, des États-Unis, de l’Europe...

Qu’elle soit légale ou illégale, la prostitution est étroitement liée au crime organisé. Le crime organisé ne se privera jamais de 20 milliards de dollars au bénéfice d’affaires légitimes. Ce commerce fait tellement de profit que le crime organisé y restera toujours. Quand on découvre qui est derrière la prostitution dans ce pays, par exemple, le Canada, les Hells Angels contrôlent d’énormes réseaux de prostitution. Les Yakuzas au Japon, les Triades en Chine, les mafias albanaises et russes à travers l’Union européenne, contrôlent la prostitution. Ça représente énormément d’argent, au deuxième ou troisième rang derrière les profits de la drogue ou de la vente d’armes dans les pays du tiers-monde.

Tout ça dépend des hommes qui exigent des rapports tarifiés avec des femmes et des enfants. Et si on arrêtait cette folie, on verrait l’explosion du commerce du sexe et de la traite des femmes et des enfants prendre fin! (1)

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Rita Acosta, Mouvement contre le viol et l’inceste 

On sait que la prostitution commence à l’âge de 15-16 ans, même 13-14 ans. Les femmes ont généralement entre 14 et 22 ans. Le recrutement se fait partout, dans les restos, les écoles et sur la rue. C’est un commerce. Quand tu veux démarrer un commerce tu fais une étude marché, tu regardes les possibilités et tu fais du marketing. C’est exactement la même chose sauf que là, ce sont des humains, ce sont des femmes.

Les trafiquants proxénètes ne séquestrent pas les femmes comme tel, mais ils utilisent les menaces, la violence et la manipulation pour les garder sous contrôle.

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Commentaires d’un policier du SPVM, prostitution et traite de personnes à des fins d'exploitation sexuelle. Il chasse littéralement les proxénètes 

Le Canada est considéré par les Américains comme un endroit extraordinaire, en particulier Montréal. Ils disent que Montréal est fantastique : ‘Tu regardes les journaux, ou Internet, et tu choisis ta fille comme une pizza, c’est-à-dire que tu choisis la couleur de ses cheveux, de ses yeux, ses mensurations, sa grandeur, son poids, puis elle va t’être livrée à la maison ou à ton hôtel, à l’heure que tu veux; et tu la payes comme une pizza’.

Vous voyez? Ce proxénète habite un secteur huppé du Vieux-Montréal, dans un condo de luxe qui lui coûte 3000$ par mois. Dans le stationnement c’est plein de voitures de luxe, Porsche, etc. 

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Commentaires de travailleuses du sexe 

Les filles sont enfermées entre 12 et 16 heures par jour à attendre que le proxénète leur envoie des clients. Elles sollicitent sur la rue également. Si elles veulent quitter le milieu, on les menace de mort, on use de violence, ou certains proxénètes réclament des montants compensatoires variant entre 10 000$ et 50 000$. Difficile de sortir du cercle vicieux.

Une travailleuse raconte que son père a commencé à l’abuser sexuellement à l’âge de 5 ans. Quand elle eut autour d’une dizaine d’années, le bonhomme invita des amis de son réseau de pédophiles à participer aux agressions. «Tout ce que tu veux, c’est te ‘geler‘ pour être inconsciente, parce que t’es pas capable de t’en sortir», dit elle. 

«J’ai des clients de toutes les classe sociales : retraités, camionneurs, travailleurs de la construction, hommes d’affaires de l’extérieur.»

«J’ai comme clients des hommes d’affaires, beaucoup d’ingénieurs, des avocats, beaucoup de fonctionnaires, et aussi des gens du milieu de l’humour.»

Une escorte de luxe – L’agence l’envoyait en Californie, à Hawaï, etc., faisant valoir qu’elle pourrait gagner plusieurs milliers de dollars par semaine. Or une fois les frais payés : billets d’avion, vêtements, chambres d’hôtel de luxe et repas, ainsi que le pourcentage de l’agence, c’était loin d’être mirobolant.
   «Tu dois voir plusieurs clients par jour, être toujours souriante, impeccable et fraîche jusqu’au dernier, faire semblant qu’il n’y en a pas eu d’autres avant. ... Le jour où j’ai décidé de cesser c’est parce que j’étais plus capable de vivre avec ça. Ces lourdeurs d’hommes sur mon corps. J’étais plus capable d’être une marchandise. J’étais plus capable de me taire. On ne peut pas exister quand on fait ça. Qu’on soit escorte de luxe ou simplement travailleuse du sexe, c’est impossible de pouvoir se laisser être, se laisser vivre. Se respecter c’est impossible. L’homme achète notre silence, complètement.»

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(1) L’écrivaine et auteur de séries télévisées Janette Bertrand disait : «le sexe c’est comme l’appétit, certains en ont plus que d’autres». Pas faux. Il y a des gens qui ont des fixations sur le sexe, d’autres sur la nourriture, l’alcool, l’argent, le jeu, etc. Nous sommes une civilisation de compulsifs. Les compulsifs ne connaissent pas la satiété. Le marketing a une immense part de responsabilité; le rabâchage publicitaire poussant les gens à une consommation/dépendance effrénée. 
   Je me souviens de l’époque où l’on avait interdit les messages subliminaux en publicité. Ce ne fut jamais respecté. Pour la petite histoire : le message subliminal incorpore un stimulus (images/mots) diffusé à une vitesse telle qu’il ne peut être perçu consciemment; par contre le subconscient l’enregistre. Alors, imaginez ce que nous gobons sur internet en matière de messages subliminaux! Comprendre la façon dont le subconscient est influencé ou même programmé peut aider à éviter certaines influences. Mais, la simple prise de conscience ne suffit pas. Pour se retirer du jeu, il faut cesser de jouer. Il faut rendre l’inconscient conscient, identifier ses pulsions, laisser tomber les mensonges auxquels on croit, éviter de les refiler aux autres et cesser de se mentir et de mentir aux autres.

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La sexualité est notre instinct le plus primaire et de loin le plus facile à exploiter. L’industrie du sexe l’utilise à grande échelle pour faire croître la dépendance, car cela rapporte gros. Par toutes sortes de moyens, l’on invite le mental à se centrer sans relâche sur l’activité sexuelle en la juxtaposant à presque tous les aspects de la vie courante. L’individu qui n’a aucune maîtrise mentale et émotionnelle est facile à droguer et à manipuler (physiquement, chimiquement, émotionnellement, mentalement) et il donnera dans le fast-food sexuel sans hésitation. (L’identification au robot, Parenthèse sur le sexe, Air Karma)

Dans la même veine :

Le viol télépathique
http://artdanstout.blogspot.ca/2014/10/le-viol-telepathique.html

Intimidation et autodéfense
http://artdanstout.blogspot.ca/2014/10/intimidation-et-autodefense.html

Industrie du sexe 3 : Les Soixante Glorieuses de la pornographie

30 juillet : Journée mondiale de la dignité des victimes de la traite d’êtres humains (ONU)

Cinquante nuances de Grey – que je n’ai pas lu ni vu – semble promouvoir les pratiques sexuelles perverses du courant BDSM (bondage, domination, soumission, sadomasochisme). Les adeptes contemporains n’ont rien à envier à Caligula qui disait cyniquement à chaque fois qu’il embrassait la nuque de son épouse ou d’une concubine : «cette si jolie nuque sera tranchée dès que j’en donnerai l’ordre!» 


On ne peut s’empêcher de penser à Jian Ghomeshi. L’ex-animateur de l'émission culturelle Q à la radio de CBC est accusé d'avoir vaincu la résistance de ses victimes par l'étouffement pendant des relations sexuelles à caractère BDSM. Après que CBC ait mis fin à sa relation avec l’animateur en octobre 2014 la police de Toronto a ouvert une enquête criminelle et déposé une série d’accusations à son endroit.

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«Parallèlement à la croissance de la pornographie, il y a eu explosion des violences liées au sexe, y compris des abus domestiques, des viols et des viols en groupe. Un viol est signalé toutes les 6,2 minutes aux USA, mais le total estimé, qui prend en compte les assauts non-rapportés, est peut-être 5 fois plus élevé. Il y a tellement d’hommes qui assassinent leurs partenaires et anciennes partenaires, que nous avons bien plus de 1000 homicides de ce type chaque année – ce qui signifie qu’à tous les trois ans le nombre total de morts est la première cause d’homicides relevés par la police, bien que personne ne déclare la guerre contre cette forme particulière de terreur.»

~ Rebecca Solnit, auteur de «Les hommes m’expliquent des choses» 

Les hommes tuent également leur enfants; encore des meurtres intrafamiliaux récemment. Le manque de maturité émotionnelle et sexuelle est ahurissant : 
   «Je suis horrifiée d’entendre combien de conjoints font référence à l’affaire [Guy] Turcotte pour paralyser les femmes, pour leur inspirer la plus grande peur qui existe, soit celle de voir ses enfants se faire assassiner.»
~ Une intervenante qui a maintes fois entendu cette menace et ressenti la terreur chez les femmes. 
   Il est terrifiant en effet de penser qu'un homme qui a assassiné ses enfants devienne un modèle. À ce propos :
http://situationplanetaire.blogspot.ca/2014/12/femmes-et-enfants-en-otage.html 
http://situationplanetaire.blogspot.ca/2014/12/derriere-la-haine-la-colere-et-la.html

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«Les féministes de la troisième vague ont un avis sur les aspects politiques du sexe, articulés sur les questions du pouvoir, du sexe biologique (mâle/femelle) et de la sexualité. Elles pensent aussi que la hiérarchie qui place les hommes au-dessus des femmes est injuste, mais elles ont des idées différentes en ce qui concerne les moyens d’ébranler cette hiérarchie, particulièrement lorsqu’il est question de sexualité. Ainsi, par exemple, elles pensent qu’une femme défie cette hiérarchie lorsqu’elle joue un rôle de dominatrice, ou lorsqu’elle devient consommatrice sexuelle (par ex., en consommant de la pornographie ou en faisant du «lap dance» dans un club de strip-tease) – c’est-à-dire lorsqu’elle adopte le kit de rôles et d’activités sexuelles conformes aux standards masculins. Une femme résiste également, selon cette logique, quand elle use du «pouvoir» de la féminité – sa beauté, son sex-appeal, son piquant, etc. – pour son supposé propre avantage. Selon la troisième vague, une femme peut promulguer une politique sexuelle libératrice et féministe en adoptant une posture sexuelle soit typiquement féminine soit typiquement masculine et se débrouiller avec – tant qu’elle le fait librement et avec de bonnes attitudes et intentions. Ce faux féminisme nourrit davantage qu’il ne heurte la culture porno. 
   Le concept de «préférences adaptatives» est indispensable pour comprendre les dynamiques d’autoreproduction des systèmes oppressifs. Je pense notamment que ceci peut nous aider à comprendre la nouvelle vague du féminisme à laquelle j’appartiens, et que Marcelle Karp et Debbie Stoller considéraient comme représentatives de cette version qu’on appelle parfois «Dome Feminism», mais pour laquelle il y a également un sobriquet moins poli : «Féminisme baise-moi» («Fuck-me Feminism»). Un blogueur le résume comme suit (pas de manière très sympathique mais avec justesse) : «Le ‘féminisme baise-moi’ (…) est un courant de pensée qui propose que les femmes s’autonomisent en reprenant et contrôlant le fait d’être un objet sexuel, en réclamant le pouvoir de la pornographie et de l’industrie du sexe pour elles-mêmes, et en vantant leur désir et leur volonté d’avoir des relations sexuelles. En d’autres termes, être l’objet sexuel d’un homme ne peut pas me faire du mal puisque je souhaite être un objet sexuel; la pornographie et l’industrie du sexe ne peuvent me dégrader si ça me plaît ou si j’en tire profit; l’utilisation sexuelle ne peut me dévaluer puisque je l’utilise aussi; être considérée comme une chatte à baiser ne peut pas me déshumaniser puisque je veux qu’il baise ma chatte.» Il nous faut noter ici ce thème important : selon ce point de vue, et en ce qui concerne cette sorte de féminisme : ce n’est pas ce que je fais qui importe, mais plutôt ce que je veux ou choisis de faire. ... 
   «Aujourd’hui, les choses ont changé. Les gens de ma génération veulent que la sexualité occupe une place importante dans leur vie; ils veulent être libres et ouverts dans leur sexualité. Voilà pourquoi ils veulent faire et consommer du porno». Le commentaire de cette jeune femme présuppose deux choses. Pour qu’une expérience, une activité, soit considérée comme importante, réelle, digne de considération, elle doit être mise en images : il faut prendre en photo, faire tourner la caméra, allumer la webcam. Nous vivons dans une culture basée sur l’image. Tout doit être mis en images et nous tirons notre conception de ce que et de qui nous sommes principalement des images qui nous entourent. En outre, pour qu’une expérience, une activité, soit perçue comme importante, réelle, digne de considération, elle doit être transformée en produit achetable et vendable. On rencontre un phénomène étrange dans de nombreuses discussions sur la pornographie : lorsqu’il est question de sexualité, des personnes progressistes et de gauche prétendent que la mettre sur le marché capitaliste la rendra plus libre (ou serait la preuve qu’on est plus libre ainsi).»

~ Rebecca Whisnant (colloque de la National Feminist Antipornography Conference, Wheelock College de Boston, le 24 mars 2007) Article intégral :
http://sisyphe.org/spip.php?article4191

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«On dit aux femmes qu’elles ont deux choix dans notre société. Elles sont soit baisables soit invisibles. Être baisable signifie se conformer à la culture du porno, avoir l’air sexy, être soumise et faire ce que veut l’homme. C’est la seule façon d’être visible. Vous ne pouvez pas demander aux filles adolescentes, qui aspirent plus que tout à se faire remarquer, de choisir l’invisibilité. 


Le porno a émergé de la culture de la marchandise, du besoin de vendre des produits qu’ont les capitalistes corporatistes. Après la guerre, ce dont [les capitalistes] avaient besoin pour faire démarrer l’économie c’était des gens prêts à dépenser leur argent pour des choses dont ils n’avaient pas besoin. ... Qui a appris aux hommes à dépenser leur argent? Ce fut le génie de Hugh Hefner qui en 1953 lança son magazine Playboy. Il a compris qu’il ne suffisait pas de marchandiser la sexualité, mais qu’il fallait sexualiser les marchandises. Playboy ne promettait pas les filles où les femmes, il disait que si vous achetiez beaucoup, que si vous consommiez au niveau promu par Playboy, alors vous obtiendriez la récompense que sont les femmes. La condition cruciale pour obtenir la récompense était la consommation de marchandises. Il a introduit le porno, qui sexualisait et marchandisait le corps des femmes, dans le manteau de la classe moyenne. Il lui a donné un vernis de respectabilité. 

Marilyn sur la couverture du premier numéro de Playboy Magazine. Appelons un lapin un lapin : Hefner était en fait un proxénète.  

L’Amérique, et la majeure partie du reste du monde, se pornifia. Les revenus de l’industrie mondiale du porno sont estimés à 96 milliards de $, le marché des USA comptant pour environ 13 milliards. Il y a 420 millions de pages porno sur internet, 4,2 millions de sites web porno, et 68 millions de requêtes porno dans les moteurs de recherches chaque jour. 
    Avec un téléphone mobile vous pouvez fournir du porno aux hommes qui vivent dans les zones densément peuplées du Brésil et de l’Inde. Si vous avez un seul ordinateur portable dans la famille, l’homme ne peut pas s’assoir au milieu du salon et se masturber. Avec un téléphone, le porno devient portable. L’enfant moyen regarde son porno sur son téléphone mobile.»

~ Gail Dines, auteur de Pornland: How Porn Has Hijacked Our Sexuality

28 juillet 2015

En harmonie avec la canicule

Marcio Faraco (que j'aime d'amour inconditionnel pour la douceur de sa voix) 
Efemera



Far-niente

Quand je n’ai rien à faire, et qu’à peine un nuage
Dans les champs bleus du ciel, flocon de laine, nage,
J’aime à m’écouter vivre, et, libre de soucis,
Loin des chemins poudreux, à demeurer assis
Sur un moelleux tapis de fougère et de mousse,
Au bord des bois touffus où la chaleur s’émousse.
Là, pour tuer le temps, j’observe la fourmi
Qui, pensant au retour de l’hiver ennemi,
Pour son grenier dérobe un grain d’orge à la gerbe,
Le puceron qui grimpe et se pend au brin d’herbe,
La chenille traînant ses anneaux veloutés,
La limace baveuse aux sillons argentés,
Et le frais papillon qui de fleurs en fleurs vole.
Ensuite je regarde, amusement frivole,
La lumière brisant dans chacun de mes cils,
Palissade opposée à ses rayons subtils,
Les sept couleurs du prisme, ou le duvet qui flotte
En l’air, comme sur l’onde un vaisseau sans pilote;
Et lorsque je suis las je me laisse endormir,
Au murmure de l’eau qu’un caillou fait gémir,
Ou j’écoute chanter près de moi la fauvette,
Et là-haut dans l’azur gazouiller l’alouette.

Théophile Gautier (Premières Poésies) 

http://www.poetica.fr/a-propos/

Une de mes photos modifiée avec FotoSketcher