18 mars 2019

Les forêts : des sanctuaires, pas des réserves à papier-cul

Nos forêts sont précieuses, et celles-ci ne devraient finir en papier de toilette doux et luxueux pour torcher le cul nos voisins américains. Depuis 1996, 28 % de notre forêt boréale, l’équivalent de l’état de la Pennsylvanie, a été rasé à cet effet. Dégueulasse.
   «L’amour des Américains pour le papier de toilette de luxe tue la forêt canadienne. Deux organisations américaines ont publié un rapport conjoint qui illustre à quel point la forêt boréale canadienne est affectée par l’amour inconditionnel des Américains pour le papier de toilette plus doux. En fait, le rapport du Natural Resources Defense Council et de StandEarth explique que l’impact de cette habitude sur la forêt boréale canadienne «est dramatique et irréversible», contribuant en même temps au réchauffement du climat, résume le Guardian.
   L’ingrédient clé, la pulpe vierge, représente 23 % des exportations de produits forestiers canadiens. Les Américains sont particulièrement à blâmer. Ils représentent 4 % de la population mondiale, mais ils consomment 20 % de la production de papier de toilette.»

Parmi les pires grandes compagnies : Charmin Ultra Soft, Kirkland Signature et Angel Soft.  

https://www.theguardian.com/world/2019/mar/01/canada-boreal-forest-toilet-paper-us-climate-change-impact-report


«Voulons-nous vraiment transmettre aux générations à venir le désastre d’un «progrès» dicté par un égoïsme insoutenable aux dépens des autres règnes et de la planète tout entière? Du haut des échelles de notre vision perverse actuelle du progrès, il serait sage de bien peser notre prochain pas en avant.» (Daniel Laguitton, été 2018)

Le koala : un vrai ‘tree hugger’ selon les scientifiques.


Ce que j’ai appris des arbres
Hermann Hesse

«Rien de plus sacré, rien de plus exemplaire qu’un arbre beau et vigoureux. Quand on abat un arbre et que sa plaie mortelle s’ouvre béante au soleil, on peut lire toute son histoire sur le disque lumineux de son fût : dans les cercles qu’y ont gravés les saisons sont fidèlement inscrits ses combats, ses blessures, ses peines, ses maladies, ses bonheurs et sa plénitude, ses années maigres et ses années grasses, les attaques qu’il a refoulées et les tempêtes qu’il a essuyées. Tout enfant des campagnes sait que le bois le plus dur et le plus noble cache sous son écorce les cercles de croissance annuelle les plus serrés, que c’est dans les montagnes et dans le péril perpétuel que croissent les arbres les plus indestructibles, les plus robustes et les plus exemplaires. [...]


Les arbres sont des sanctuaires. Celui qui sait leur parler et les écouter accédera à la vérité. Ils ne prêchent ni doctrines ni préceptes mais, indifférents aux circonstances individuelles, ils prêchent la loi antique de la vie. [...]  

Les arbres bruissent donc le soir quand le doute qu’engendrent nos pensées puériles nous étreint. Les arbres ont des pensées longues, des pensées au souffle lent et reposantes, tout comme ils ont des vies plus longues que les nôtres. Ils sont plus sages que nous tant que nous n’avons pas appris à les écouter. Mais dès que nous avons appris à écouter les arbres, la brièveté, la rapidité et la précipitation enfantine de nos pensées fait jaillir en nous une joie incomparable. Quiconque sait écouter les arbres n’a plus envie d’être un arbre. Il ne veut pas être autre chose que ce qu’il est. C’est cela, être chez soi. C’est cela, le bonheur.»

Texte original en allemand : Hermann Hesse, Bäume, une compilation de Volker Michels, Insel-Bücherei No 1393
Traduction : Daniel Laguitton, Sutton, QC

14 mars 2019

En lambeaux, mais vivant pour raconter

«Il regarde ce malaise [mal de vivre, spleen] en pleine face, contemple le gouffre et il en fait de la poésie.» ~ Thomas Hellman (à propos de Baudelaire)
Plus on est de fous, plus on lit!, le 13 mars 2019    

Baudelaire a double corrélation avec mon billet sur le livre de Philippe Lançon, «Le lambeau». D’abord ce poème qui en quelque sorte colle à l’ambiance psycho-émotionnelle de l’ouvrage. Ensuite, le bon vieux débat «morale contre liberté d’expression» aussitôt ravivé après l’attentat à Charlie Hebdo. Pour mémoire : le recueil Les Fleurs du Mal fit l’objet d’une poursuite pour «offense à la morale religieuse» et «outrage à la morale publique et aux bonnes mœurs» – de l’époque. Est-ce si différent aujourd’hui (1).   


LXXVI – SPLEEN
Charles Baudelaire

J’ai plus de souvenirs que si j’avais mille ans.
Un gros meuble à tiroirs encombré de bilans,
De vers, de billets doux, de procès, de romances,
Avec de lourds cheveux roulés dans des quittances,
Cache moins de secrets que mon triste cerveau.
C’est une pyramide, un immense caveau,
Qui contient plus de morts que la fosse commune.
– Je suis un cimetière abhorré de la lune,
Où comme des remords se traînent de longs vers
Qui s’acharnent toujours sur mes morts les plus chers.
Je suis un vieux boudoir plein de roses fanées,
Où gît tout un fouillis de modes surannées,
Où les pastels plaintifs et les pâles Boucher
Hument le vieux parfum d’un flacon débouché.

Rien n’égale en longueur les boiteuses journées,
Quand sous les lourds flocons des neigeuses années
L’ennui, fruit de la morne incuriosité,
Prend les proportions de l’immortalité.
– Désormais tu n’es plus, ô matière vivante,
Qu’un granit entouré d’une vague épouvante,
Assoupi dans le fond d’un Sahara brumeux,
– Un vieux sphinx ignoré du monde insoucieux,
Oublié sur la carte, et dont l’humeur farouche
Ne chante qu’aux rayons du soleil qui se couche.

SPLEEN ET IDÉAL
Les Fleurs du mal (1857), Poulet-Malassis et de Broise, 1857 (p. 140-141).

Si «Le lambeau» était une fiction, on le classerait dans la catégorie «roman noir». Influencée par la critique élogieuse, je l’ai lu, un peu à reculons – je suis allergique aux descriptions de scènes de crime sanglant  et de souffrances dues à l’acharnement médical/chirurgical.
   Des fois j’ai l’impression que les chirurgiens et les dentistes sont d’anciens bourreaux réincarnés dont la profession leur permet maintenant de faire souffrir et torturer, mais sous le couvert du serment d’Hippocrate et de sa bienveillante mission. Quand nous souffrons, nous sommes prêts à tolérer n’importe quel supplice contre promesse de soulagement ou guérison, pas vrai?
   «Chloé m’avait dit : ‘De toute façon, si ça ne marche pas, on recommencera plus tard de l’autre côté.’ Je l’avais regardé, accablé. Deux anesthésies générales de plus, et de nouveaux mois d’incommodité permanente, sans même parler du goitre artificiel et des soins : jamais je n’en n’aurais le courage. Mais je n’ai rien dit. Les chirurgiens vivent dans un monde où tout ce qui est techniquement possible finit par être tenté. » Les dieux gardent leurs distances, les chirurgiens aussi. Les premiers ont créé l’homme de la glaise, dit-on. Il y a toujours un moment où vous redevenez pour les seconds un tas de viande et d’os à refaçonner.» (p. 230)
   L’état du rescapé était si lamentable que je me demandais pourquoi il n’avait pas réclamé l’aide à mourir. Au sujet du patient Ludo qui avait loupé son suicide, il écrit : «Un jour Linda [aide-soignante], voyant que je le regarde, me dit : ‘Ah! Monsieur Lançon. Si on veut se tuer, il ne faut surtout pas se tirer une balle dans la tête ou se défenestrer. Car si on se rate... Non, le mieux, c’est encore un bon gros gâteau au poison!’ Elle le dit d’un air onctueux, presque gourmand, comme une cuisinière prête à délivrer sa recette de crème pâtissière. Je me suis demandé de quelle couleur serait le gâteau et j’ai pensé : encore faut-il avoir les ingrédients. Le soir même, j’ai écrit à mon frère que je voulais m’inscrire à l’Association pour le droit de mourir dans la dignité. Moi aussi, me dit-il. Nous ne l’avons pas fait.» (p. 181)
   Ha. On dit que l’instinct de mort et de survie se chamaillent constamment dans notre esprit. Qu’est-ce qui fait que l’un prend le dessus sur l’autre? L’espoir, le défi, la peur? Autant de réponses que d’individus.
   Parallèlement au trouble d’hyper vigilance, Philippe Lançon expérimente une intense distanciation par rapport à lui-même et son entourage, sans doute à cause du choc traumatique : «Je suis heureux de les voir : leur présence me rappelle que j’ai vécu. Mais les nerfs entre le souvenir et le cœur, entre le cœur et le corps, semblent coupés. Tout flotte et s’éteint, pour moi, dans une bienveillance partagée. [...] L’attentat fend l’arbre à l’intérieur duquel les gens vivent, aiment, se séparent, se retrouvent, se souviennent, vieillissent. Il crève le tourbillon de la vie. [...] Je me demande s’il faut avoir vécu ça pour obtenir du monde cette espèce de grâce, débarrassée de tout passif, de tout actif, simplement liée à quelques mouvements, quelques regards, à peine quelques mots.» (p. 302)
   Hum, l’extrême simplification des rapports humains éliminerait peut-être un tas de rituels superficiels et hypocrites. Mais, serait-il possible de vivre en société sans hypocrisie?

Cela dit, j’ai aimé ce récit bouleversant, d’autant plus que l’auteur ne s’apitoie jamais sur son sort et qu’il a même glissé humour et autodérision à travers ce parcours du combattant.

Interview accordée à l’émission Médium large (Radio-Canada Première, le 7 janvier 2019) :  

– C’est un livre violent et doux. Ce qu’il décrit est d’une grande brutalité, notamment la violence de l’attentat et tout le processus de rééducation qui est rempli d’inconfort et de douleurs extrêmes. Mais, comme il le fait sans hargne, sans esprit de revanche, sans colère, et avec un regard minutieux, patient et bienveillant sur lui-même, son livre dégage une impression de douceur. ~ Noémi Mercier
– C’est une leçon d’humanisme. Si vous trouvez que le monde est déshumanisé, allez lire ce livre. ~ Thomas Leblanc
Plus on est de fous, plus on lit, le 23 mai 2018 :

Excellent résumé/critique :

«Le lambeau»: l’homme qui a vu l’ours
Christian Desmeules | Le Devoir / Critique | le 5 mai 2018

Photo : Catherine Hélie Gallimard. De la veille de l’attentat de «Charlie Hebdo» jusqu’à ceux du Bataclan la même année, Philippe Lançon raconte son «petit Golgotha hospitalier», faisant le récit de sa vie avant, pendant et après l’événement.

Lorsque le silence fait surface après la tornade, le matin du 7 janvier 2015, Philippe Lançon reprend ses esprits couché dans un bain de sang, comme un enfant jouant à l’Indien mort. Ses collègues gisent décimés autour de lui, rappelés à l’ordre, effacés.
   Comment vivre et comment écrire après l’impensable, la perte et la douleur? Pourquoi avoir survécu et quel sens donner à cette seconde chance?
   La veille, le journaliste de 51 ans avait livré au quotidien Libération une critique de Soumission, le dernier roman de Michel Houellebecq – où il est question d’une France islamisée. Quelques minutes après son arrivée à la réunion hebdomadaire de la rédaction du magazine, deux hommes cagoulés font irruption et vengent leur prophète avec méthode en scandant «Allah Akbar!» au rythme des rafales de leurs fusils d’assaut. Douze morts et onze blessés.
   «Le silence fabriquait le temps et, parmi les blessés et les morts, les premières formes de la survie», écrit-il dans Le lambeau, le récit magnifique et bouleversant qu’il consacre aujourd’hui à cette expérience.
   Journaliste depuis 1994 à Libération, où il était devenu l’un des critiques culturels qui comptent, écrivain (Les îles, L’élan), Philippe Lançon était aussi depuis quelque temps chroniqueur à l’hebdomadaire satiriste Charlie Hebdo, «ce petit journal qui ne faisait de mal à personne».

Une lente reconstruction
Il aura tout le bas du visage arraché par une balle : menton, dents, lèvres. On imagine sans peine le travail minutieux de reconstruction, d’abord à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, où on lui fera une greffe de péroné pour lui fabriquer une mâchoire, puis à l’hôpital des Invalides, où il va passer sept mois en rééducation.
   Au cours du long huis clos hospitalier qui va s’amorcer, d’un bout à l’autre du couloir des gueules cassées, de chambre en chambre vont le suivre quelques indéfectibles compagnons de route : la musique de Bach, des lettres de Kafka à Milena, le début de La montagne magique de Thomas Mann et la scène de la mort de la grand-mère imaginée par Proust dans le troisième tome d’À la recherche du temps perdu – passage lu et relu sans relâche, à la fois bouée, parachute et bouclier.
   «La musique de Bach, comme la morphine, me soulageait. Elle faisait plus que me soulager : elle liquidait toute tentation de plainte, tout sentiment d’injustice, toute étrangeté du corps», écrit-il. La douleur et le sentiment d’impuissance vont vite se mêler à l’angoisse d’être achevé par un commando terroriste, malgré les deux policiers qui lui étaient assignés en permanence.
   De la veille de l’attentat de Charlie Hebdo jusqu’à ceux du Bataclan le 13 novembre de la même année, Philippe Lançon nous raconte ainsi son «petit Golgotha hospitalier», faisant le récit de sa vie avant, pendant et après l’attentat. Les visites des parents et des amis, le ballet du personnel soignant, les passages nuageux de sa vie amoureuse, la culpabilité.
   Dix-sept opérations plus tard, le visage refait et «un os de jambe à la place du menton», il se reconstruit avec un livre ultrasensible, à l’écriture pudique et précise, souvent somptueuse, dont on voudrait citer des passages par dizaines.

Le temps retrouvé
On ne trouvera pas d’amalgames et encore moins de colère dans Le lambeau – si l’auteur en éprouve, rien ne transparaît le long des cinq cents pages de son récit. «Tout homme qui tue est résumé par son acte et par les morts qui restent étendus autour de moi. Mon expérience, sur ce point, déborde ma pensée.» Difficile de penser face à la terreur, à la mort, face à quelque chose comme le mal. «C’était un génie qui sortait d’une lampe noire, et peu importe la main qui l’avait frottée. L’abjection vivait sans limites et d’être sans limites.»
   Le lambeau est aussi le drame d’un homme transformé d’un coup de baguette magique en survivant, en symbole, en ce qu’il n’a jamais souhaité être. «J’ai toujours l’impression d’écrire à côté de moi-même, quand j’écris pour ceux qui n’ont pas connu la chambre et le silence qui l’enveloppait. La chambre est l’endroit où les mots crèvent, s’éteignent. Je n’en suis pas sorti. J’ai toujours l’impression que ce que j’écris est de trop.»
   Et il est facile, sans doute, de se sentir de trop lorsqu’on se retrouve dépossédé de son existence, parmi les fils et les tuyaux, couvert de «plaies organisées» et de pansements. Pourvu d’un visage nouveau auquel lui-même et ceux qui l’entourent devront désormais s’habituer.
   «J’étais non seulement leur ami et l’homme qui avait vu l’ours, mais celui qui en avait éprouvé le poids et la griffe – celui dont la simple présence leur rappelait, malgré lui, malgré eux, sans discours, combien nos vies sont incertaines, et combien il est audacieux ou inconscient de l’oublier.»
   Avec ce récit calme et puissant, Lançon effectue surtout une plongée dans le temps à la recherche de sa mémoire lointaine. Témoignage et exorcisme, il lui faut trouver un sens à cette expérience du terrible, apprendre à vivre avec cet instant sans fin, mesurer les pertes, dompter les visions et les sensations au fil d’une patiente reconstruction du réel.
   C’est une tâche que seule la littérature semble capable de rendre avec pareil mélange de force et de nuance.

Extrait de «Le lambeau»
«Quand je parle, j’ai l’impression qu’une bouillie de mots sort de la bouche, mâchée par les dents que je n’ai plus. Je ne comprends pas pourquoi les gens semblent me comprendre et je me demande parfois s’ils ne le feignent pas. Je ne sais pas davantage si ma bouche, pas encore reconstituée, est ma bouche : cette étrange lèvre inférieure fendue, asymétrique et pendante qui rabat lentement et difficilement vers l’intérieur édenté le peu d’aliments liquides qu’on lui donne, cette lèvre me dégoûte et je la mets à distance en l’appelant la membrane. La greffe sur le mollet est devenue inflammatoire et ressemble à un steak haché de mauvaise qualité, suant sa graisse.»

LE LAMBEAU
Philippe Lançon
Gallimard, Paris, 2018, 512 pages

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(1) Aujourd’hui il est de bon ton de pourfendre des auteurs et des ouvrages considérés haineux ou racistes, à tort ou à raison. Faudrait-il indexer les livres d’histoire truffés de violence? Bannir Henry Miller ou Céline des bibliothèques? Si oui, pour être cohérents, il faudrait bannir la Bible et ses nombreux dérivés remplis de discours haineux qui encouragent définitivement les assassinats :
   «On peut dire que, de toutes les œuvres de fiction, le Dieu de la Bible est le personnage le plus déplaisant : jaloux, et fier de l'être, il est impitoyable, injuste et tracassier dans son obsession de tout régenter; adepte du nettoyage ethnique, c'est un revanchard assoiffé de sang; tyran lunatique et malveillant, ce misogyne homophobe, raciste, pestilentiel, mégalomane et sadomasochiste pratique l'infanticide, le génocide et le «fillicide». (p.38) La religion est une étiquette marquant l'hostilité et la vendetta entre groupe intérieur et groupe extérieur; elle n'est pas nécessairement pire que d'autres étiquettes comme la couleur de la peau, la langue ou l'équipe favorite de football, mais elle est souvent là quand les autres font défaut.» (p.269)
~ Richard Dawkins (Pour en finir avec Dieu, trad. Marie-France Desjeux-Lefort, Robert Laffont, 2008)

Thomas Paine (1737-1809) disait sensiblement la même chose : “It is from the Bible that man learned cruelty, rape and murder. For the belief in a cruel God makes a cruel man. And the Bible is a history of wickedness that has served to corrupt and brutalize mankind. It is not a God, just and good, but a devil, under the name of God, that the Bible describes.”

«Au cours de l'histoire, les fanatiques, essayant d'imposer leur religion, leur système politique et leurs croyances morales aux autres, ont infligé plus de tourments et de souffrances que n’importe quel autre domaine. Plus de gens ont été tués lors des guerres de religions et de l'Inquisition qu’en d’autres conflits (à l'exception des batailles autour de la télécommande...). Ceux qui prétendent que Dieu est seulement de leur côté sont en effet seuls. La plus haute valeur morale est l’intégrité personnelle – soit, vivre en accord avec son propre système de valeurs.» ~ Alan Cohen

Étrange coïncidence, la veille de l'attentat, Philippe Lançon était au théâtre pour voir «La nuit des rois» de Shakespeare. Le personnage machiavélique et puritain Malvolio «qui veut punir les hommes de leurs plaisirs et de leurs sentiments au nom du bien qu'il croit porter, au nom d'un dieu, se croit autorisé à faire tout le mal possible pour y parvenir».

La «mission» de Charlie Hebdo, décrite sans ambiguïté par Lançon :
«’Ce petit journal qui ne faisait de mal à personne.’ C’est de Charlie que je parlais – avec une naïveté un peu criarde, une naïveté d’enfant désemparé, mais pas seulement. [...] Moi, quoique étant dans les limbes et si peu écrivain, j’écrivais maintenant mes «premières phrases». Et, comme je suis volontiers pompeux et sentimental, celle-ci, «Ce petit journal...», penchait naturellement de ce côté-là. [...] Ce «petit journal» avait une grande histoire et son humour avait, bienheureusement, fait du mal à un nombre incalculable d’imbéciles, de bigots, de bourgeois, de notables, de gens qui prenaient leurs ridicules au sérieux. Depuis quelques années il était moribond; depuis la veille il n’existait plus. Mais il existait déjà autrement. Les tueurs lui avaient donné sur-le-champ un statut symbolique et international dont nous, ses fabricants, aurions préféré nous passer. Nous ne voulions pas de cette gloire-là, de ces gens-là [...], mais on ne nous avait pas laissé le choix, et il faudrait désormais en profiter, certes, mais aussi le supporter. Nous étions devenus un grand journal qui faisait du mal à plein de monde.» (p. 122)

Je ne peux commenter le contenu rédactionnel du journal Charlie Hebdo puisque je ne le lisais pas. Je ne connais que certaines couvertures abrasives qui ont circulé sur le web.

Plusieurs questions demeurent. Faut-il tuer ou mourir pour des croyances? Est-il indispensable d’user de vulgarité, grossièreté, mépris et méchanceté pour livrer un message humoristique efficace? Y a-t-il une ligne rouge à ne pas franchir?

Voici ce qu’en pensaient deux internautes au lendemain de l’attentat :
   1. «Quino, le créateur de Mafalda, un humoriste politique raffiné, n’a jamais eu à recourir à la vulgarité sensationnaliste, ni au ‘tout est permis’, ni à la moquerie des exclus, pour générer une réflexion et une pensée critique. Une pensée critique de plus en plus difficile dans le monde du ‘hashtag’ et des messages transnationaux de deux lignes en ‘temps réel’
   2. «Je suis solidaire de tous ceux qui souffrent à cause de la bêtise et de la cupidité humaine. Je suis horrifiée quand j’apprends que des gamins ont reçu des jets de pierres de la part d’autres enfants. Quels discours de haine entendent-ils à la maison?
   Ce que je vois encore, c’est que pendant que l’«unité nationale» se fait autour de la liberté d’expression et de la défense de la «démocratie» on ne parle pas des vrais problèmes de la France. C’est bien... On trouve toujours un bouc émissaire pour détourner les esprits. J’aimerais bien voir un jour une unité nationale contre les lobbys, une unité nationale pour réclamer que le peuple soit écouté et entendu, pour ne plus subir des choix de société qui nous rendent malades, qui exploitent les ressources naturelles et d’autres peuples...
   Je me pose aussi des questions sur la liberté d’expression. On dit que la liberté des uns s’arrête où commence celle des autres. Qu’en est-il de la liberté d’expression? Pour moi, liberté va de paire avec respect. Je ne suis pas catholique, je ne suis pas musulmane. Et je trouve que sous le couvert de la liberté d’expression on laisse passer trop de messages irrespectueux, méprisants. Ça relève de la provocation pour un humour d’un niveau douteux. Il y a des fêlés partout. Et d’autres fêlés qui n’attendent qu’une occasion pour se lâcher. Posons-nous les bonnes questions : à qui profite le crime? Et ne nous trompons pas d’ennemi...» ~ Gaëlle Allard, 8 janvier 2015

Quoiqu’il en soit c’est une histoire infiniment triste. Et nous savons que même si l’on traque les humains à la grandeur de la planète, rien n’empêchera des fanatiques religieux ou idéologiques, des frustrés, des jaloux ou des psychopathes de commettre des actes terroristes. Le propre des fanatiques et des attentats est d’être imprévisible...  

Mise à jour, 15 mars 2019 – attentat en Nouvelle-Zélande

Le Lambeau s'achève le 13 novembre, jour de l'attaque de plusieurs restaurants et de la salle de concerts du Bataclan à Paris. Philippe Lançon est à New York : «J’étais dans la rue, et j’ai pensé qu’il n’y avait pas de bonne façon d’apprendre une chose pareille, ce hoquet sanglant de l’Histoire et de ma propre vie. [...] À cet instant, l’air gris sombre aux odeurs de poudre est descendu des gratte-ciel, comme un nuage lourd empli de plomb froid. Il m’a enveloppé, décollé par l’effroi de tout ce qui m’environnait et qu’on appelle la vie. C'était de nouveau, comme au réveil après l'attentat, un décollement de conscience, et j'ai senti que tout recommençait, ou plus exactement continuait, en moi et autour de moi, parallèlement à tout ce qui défilait sous mes yeux. Dans ce nuage il y avait les cris dans l’entrée de Charlie, le geste trop lent de Franck, les corps de mes amis morts, la cervelle de Bernard, les regards de Sigolène et de Coco, et par-dessus tout le souffle et la présence des tueurs aux jambes noires qui ressurgissaient comme par une faille dans l’espace-temps. [...] New York, un endroit où je me sentais à l’abri du rayonnement maléfique, ne me protégeait de rien.» (p. 509) [Entre janvier 2015 et mars 2018 les attentats djihadistes ont fait 244 morts en France.]

Et voilà un massacre de plus, cette fois-ci perpétré par un fanatique d’extrême droite anti-immigration, et non par des islamistes offensés par des caricatures de Mahomet.

RÉSUMÉ

Radio-Canada / nouvelles – Au moins 49 personnes sont mortes et plusieurs autres ont été grièvement blessées dans des fusillades survenues dans deux mosquées de Nouvelle-Zélande remplies de fidèles pendant les prières du vendredi. Le suspect principal, considéré comme le ou l'un des tireurs, est un Australien du nom de Brenton Tarrant.  
   Juste avant les attaques, il a publié un manifeste raciste sur Twitter avant de diffuser en direct sur Facebook Live une vidéo de l'assaut contre la mosquée Al Noor grâce à une caméra GoPro. La police ainsi que la première ministre implorent les gens de ne pas partager ces images.
   Dans son manifeste anti-immigration, Tarrant explique les motivations de l'attaque. Intitulé «le Grand Remplacement», une référence à une thèse de l'écrivain français Renaud Camus connaissant une popularité grandissante dans les milieux d'extrême droite, le document fait 73 pages. Le tireur y raconte qu'il est né en Australie dans une famille aux revenus modestes et qu'il a 28 ans.
   Les moments clés de sa radicalisation, écrit-il, ont été la défaite de la dirigeante d'extrême droite Marine Le Pen à la présidentielle française de 2017 ainsi qu'une attaque au camion, qui a fait cinq morts à Stockholm en avril 2017, dont une fillette de 11 ans. Fait troublant, le tireur avait couvert ses armes de noms d'individus qui ont commis des tueries de masse, dont celui d'Alexandre Bissonnette, le tireur de la mosquée de Québec.

La Presse – Le document publié par le principal suspect détaille deux années de radicalisation et de préparatifs avant le passage à l'acte. L'un des principaux épisodes de tension ces dernières années [en Nouvelle-Zélande] a été provoqué par des caricatures de Mahomet considérées comme blasphématoires par les musulmans, publiées dans la presse danoise, et reprises par des médias locaux en 2006. Ces caricatures ont déclenché de vives réactions dans la communauté musulmane et fait descendre dans la rue des centaines de manifestants. La première ministre d'alors, Helen Clark, avait défendu la liberté de la presse tout en estimant que ces publications étaient malvenues.

Bien sûr, on «envoie des pensées bienveillantes» aux victimes et à leurs familles. Mais ça change quoi? Rien. Alors, je me permets de citer Krishnamurti pour la énième fois :
   Homme contre homme, race contre race, culture contre culture, idéologies contre idéologies, religions contre religions (musulmans, chrétiens, juifs...). Pourquoi toutes ces divisions?
   Le nationalisme, avec son malheureux patriotisme, est réellement une forme de tribalisme glorifié, ennobli. La petite ou la grande tribu suscite un sentiment d’appartenance parce qu’on parle la même langue, qu’on a les mêmes superstitions et le même genre de système politique et religieux. Dès lors, on se sent en sécurité, protégé, heureux, réconforté. Et, au nom de cette sécurité, de ce bien-être, nous voilà prêts à tuer ceux qui ont le même désir de sécurité, de protection et d’appartenance. Ce terrible désir d’identification à un groupe, à un drapeau, à un rituel religieux, etc., nous donne l’impression d’avoir des racines, de ne pas être des vagabonds sans port d’attache.
   L’industrie lourde est peut-être l’une des principales causes de la guerre. Lorsque l’industrie et l’économie marchent main dans la main avec la politique, elles doivent inévitablement semer la division pour préserver leur stature économique. Tous les pays, grands et petits, agissent de la sorte. Les petits pays sont armés par les grandes nations – certains discrètement, clandestinement et d’autres ouvertement.
   Le besoin d’afficher son arrogance ou de se montrer supérieurs aux autres serait-il la cause de toute cette souffrance et de cet énorme gaspillage d’argent en armements?

Texte intégral : onglet «Introduction», blogue Situation planétaire

8 mars 2019

Femmes 2019. L’histoire continue.

«Isabella Beecher Hooker* s'est lancée dans le mouvement des droits de la femme il y a une soixantaine d'années, et elle a travaillé avec toute son énergie pour cette grande cause toute sa vie; en tant que travailleuse compétente et efficace, elle se classe immédiatement après ces grandes figures : Susan B. Anthony*, Elizabeth Cady Stanton*, et Mme [Mary] Livermore*. Lorsque ces femmes fortes ont commencé à occuper l’espace public en 1848, la femme était ce qu'elle avait toujours été dans tous les pays, dans toutes les religions, toutes les cultures barbares, toutes les civilisations – une esclave, un objet de mépris. Les lois touchant les femmes étaient une honte pour notre législature. Ces femmes courageuses ont assiégé les assemblées législatives du pays, année après année, souffrant et endurant toutes sortes de reproches, de réprimandes, le mépris et l’humiliation, mais sans jamais se rendre, sans jamais battre en retraite. Leur magnifique campagne a duré de nombreuses années et c’est la plus belle de l'histoire, car elle a accompli une révolution – la seule de l'histoire de l'humanité qui a permis l’émancipation de la moitié d’une nation et qui n'a pas coûté une goutte de sang. Elles ont brisé les chaînes de leur sexe et se sont libérées.»
~ Mark Twain (Autobiographical dictation, 1 March 1907. Published in Autobiography of Mark Twain, Volume 3; University of California Press, 2015)

* Isabella Beecher Hooker, née le 22 février 1822 et décédée le 25 janvier 1907, était une leader, conférencière et activiste du mouvement suffragiste américain.  
* Susan Brownell Anthony, née le 15 février 1820 et décédée le 13 mars 1906, était une militante américaine des droits civiques, qui joua notamment un rôle central dans la lutte pour le suffrage des femmes aux États-Unis. Cofondatrice, avec Elizabeth Cady Stanton, de la National Woman Suffrage Association, elle sillonne les États-Unis et l'Europe en donnant de 75 à 100 conférences par an pour les droits des femmes, pendant plus de 45 ans. Lors de l'élection présidentielle de 1872, qui voit la réélection du président Grant pour un second mandat, Susan Anthony est arrêtée et condamnée pour avoir tenté de voter.
* Elizabeth Cady Stanton, née le 12 novembre 1815 à Johnstown (New York) et décédée le 26 octobre 1902 à New York, était une féministe abolitionniste et suffragiste américaine.
* Mary Livermore (Mary Ashton Rice), née le19 décembre 1820 et décédée le 23 mai 1905, était une journaliste américaine et militante des droits des femmes.

Collage : ONU FEMMES. Elizabeth Cady Stanton et Lucretia Mott, 1848. Dans une Déclaration de sentiments et de résolutions elles disaient : «Nous tenons comme vérités allant de soi que tous les hommes et les femmes sont créés égaux.»

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Un document fascinant sur l’histoire américaine du féminisme.   

Université Toulouse-Le Mirail Études nord américaines
LE CHOIX INTOLÉRABLE ou
L’évolution des mouvements féministes aux États-Unis
HAL Id: tel-01353790 Submitted on 13 Aug 2016


Extraits

Ce qui est sûr, c’est que bien avant l’arrivée des Européens en Amérique du Nord, la femme avait été asservie. La vente des filles, le port du voile, le bandage des pieds, la lapidation de la femme adultère, en sont autant de signes. Il nous faut surtout considérer le rôle joué par l’Église dans ce domaine, et surtout ce que dit la Bible sur les femmes,  car les pionniers lisaient assidûment la Bible (beaucoup fuyaient les persécutions religieuses). Jusqu’à la fin du 19èmesiècle, les femmes se battirent sur ce terrain-là, et allèrent même jusqu’à réécrire la Bible. Dans la Genèse déjà, l’on voit que Dieu a créé Ève en tant que compagne d’Adam. Elle n’est pas sur un pied d’égalité dès le départ. Elle est créée pour lui. Paul, dans la première épître aux Corinthiens, enseigne que l’homme est la tête de la femme (chapitre 11, verset 3) et que la femme a été créée pour l’homme et non l’inverse (chapitre 11, verset  8). Dans l’épître aux Éphésiens, Paul  recommande aux femmes de se soumettre à leur mari comme au Seigneur (chapitre 5,  verset 22). L’homme doit aider sa femme mais la femme doit respecter son mari (chapitre 5, verset 33). Ils sont une même chair et cette même chair c’est l’homme, bien sûr, comme beaucoup l’ont déjà dit.
   Les Puritains de la Nouvelle-Angleterre réglaient leur vie d’après la Bible et ces quelques lignes ne leur ont pas échappé. Il n’y avait pas que des chrétiens dans les treize colonies; mais les Indiens et les noirs étant considérés comme inférieurs, sinon  comme des animaux, leur culture dans ce domaine n’eut aucune influence sur les blancs (dont un des soucis était d’ailleurs d’évangéliser ces “barbares”).
   La famille du 17ème siècle était une famille élargie. Notons en passant l’origine du mot “famille” qui, comme le fait remarquer Engels fort pertinemment, vient des mots latins famulus signifiant esclave  domestique et familia, l’ensemble des esclaves appartenant à un même homme. Une famille élargie comprenait non seulement le couple et ses enfants, mais aussi les grands-parents, les oncles, tantes ou cousins célibataires. Le père était le chef de famille, investi de tous les droits sur sa famille et sa propriété (sa famille était d’ailleurs considérée comme sa propriété). Se marier pour une femme équivalait à une “mort civile”. Le droit commun britannique faisait la comparaison suivante :
   “Man and wife are one person, but understand in what manner. When a small brooke or little river incorporateth with Rhodanus, Humber or the Thames, the poor rivulet looseth its name, it is carried and recarried with the new associate, it beareth no sway, it possesseth nothing during coverture. A woman as soon as she is married, is called covert, in Latin, nupta, that is, veiled, asit were, clouded and over-shadowed, she hath lost her streame [...] To a married woman, her new self is her superior, her companion, her master.”  
   L’expression anglaise man  and  wife (l’homme et l’épouse) montre bien que la femme est considérée uniquement en relation avec un homme et non pas en tant que personne, comme pour l’homme. Le mot femme en français est plus ambigu.

Quels étaient les pouvoirs exorbitants de l’homme?
Les femmes travaillaient et payaient des impôts (directement ou non) mais n’avaient pas le droit de vote; or la Déclaration d’Indépendance disait : “Taxation without representation is tyranny”.Les jurys excluaient les femmes, donc la femme était jugée par son oppresseur. La femme mariée ne pouvait rien posséder et rien vendre. Elle ne pouvait ni signer de contrat, ni disposer de son salaire. Sa personne son temps, ses services étaient la propriété d’un autre. Elle ne pouvait se défendre elle-même devant les tribunaux, ni attaquer quiconque en justice, ni être attaquée  elle-même. Elle n’était pas tenue pour moralement responsable d’un crime commis en présence de son mari. Un homme pouvait mettre un enfant en apprentissage sans le consentement de sa femme.
   S’il était sur le point de mourir, il pouvait disposer de ses enfants comme il l’entendait et ainsi en priver la mère. En cas de séparation, la loi donnait les enfants au père ou à la famille de celui-ci. D’autres lois, plus bénignes mais tout aussi révélatrices, existaient. Dans le Massachusetts avant 1840, une femme ne pouvait légalement être trésorière de  son propre club de couture, à moins qu’un homme n’accepte de la prendre sous sa responsabilité. Un homme avait le droit de prescrire quels médicaments sa famille devait  prendre et en quelles quantités, quelle sorte de nourriture manger.
   En plus des lois, des coutumes restreignaient encore le champ d’activité des femmes. Par exemple, une femme n’avait pas le droit d’assister à un procès ou de se promener seule sur les docks. Nathaniel Hawthorne, dans The Scarlet Letter, a remarquablement décrit le destin d’une femme adultère. La religion achevait ce que la loi ne suffisait à faire. La femme devait payer pour le péché d’Ève.
   La femme, propriété de l’homme, remplissait trois fonctions : celle de servante, celle de génitrice et celle d’objet sexuel (le mariage sans consentement des filles était chose courante). Mais après tout, comme disait le Dr. Johnson : “Nature has given women so much power that the law has wisely given them very little.”
   Et les hommes, et bien des femmes, pensaient en effet que la femme dispose d’autres pouvoirs, que tout est bien ainsi. C’est encore une forme de pensée courante aujourd’hui. La femme est donc une mineure légale au 17ème siècle. Va-t-elle continuer à l’accepter? Le nouveau continent va-t-il la libérer?

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Toutes les religions ont joué et jouent un rôle intrinsèque dans la répression et la violence à l’égard des femmes. Plus l’emprise religieuse est puissante sur les croyants, plus la répression est intense. Je suis allergique aux prescriptions misogynes répandues dans les religions traditionnelles et les sectes. Les organisations religieuses imposent à leurs adeptes des diktats contraires à l’intelligence et à la raison. Au top des extrêmes barbares, le salafisme, un mouvement religieux de l’islam sunnite dont le développement contemporain est depuis les années 1960-70 largement lié au généreux mécénat saoudien. Je plains de tout mon coeur les femmes qui vivent sous le joug du salafisme et de la charia sans possibilité de s’évader sinon par la mort.

Des jeunes femmes brandissent des pancartes lors de la manifestation des étudiants contre la candidature d’Abdelaziz Bouteflika pour un cinquième mandat le 5 mars 2019, place Maurice-Audin à Alger. Depuis plusieurs années, des avocates, des médecins sont parties à la conquête de l’espace public. Photo : Nacerdine Zeba. 

Le «chick lit» des salafistes, par Hasna Hussein
Article intégral :

Les librairies islamiques ciblent intelligemment un jeune public, un peu à la façon des magazines féminins. Quelques ouvrages : «les Secrets du hijab…», «Main dans la main pour ta réussite mon cher mari» ou encore «Femme au foyer : redécouvre ton chez-toi». Les voix de la radicalisation sont impénétrables.
   Ces ouvrages destinés aux femmes, souvent traduits de l’arabe, véhiculent une image unique de «la femme» musulmane, nécessairement «voilée», «pieuse», bonne épouse et mère exemplaire. On lit dans l’un de ces ouvrages : «Certaines femmes négligent le fait de servir l’époux. L’une d’elles ne se charge pas de satisfaire ses besoins comme préparer à manger, lui laver ses vêtements, etc. Elle ne se soucie guère du rangement de son foyer, ni même de sa propreté. [...] Tout ceci pour une seule raison : sa négligence et sa paresse. [...] C’est un devoir qui est obligatoire selon l’avis le plus juste.» En plus d’inonder les chaînes satellitaires arabes et Internet de leurs avis juridiques (fatwas) sexistes, machistes et misogynes, des auteurs à succès, comme les Saoudiens Muhammad ibn Ibrahîm al-Hamad ou Ibn Bâz diffusent dans leurs ouvrages des avis comme l’urine d’un bébé fille annule les ablutions car elle est impure alors que celle d’un bébé garçon ne l’est pas! Le livre en question, intitulé Recueil de fatwas concernant les femmes, contient plus de 535 fatwas, qui prennent madame par la main pour lui dire que faire dans les moindres détails de sa vie (au foyer) et figure parmi les best-sellers des librairies de la rue Jean-Pierre-Timbaud.

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Ce magnifique document graphique produit par ONU FEMMES retrace des faits marquants qui ont jalonné les revendications des femmes et fait évoluer la cause.


L’histoire du militantisme féminin au fil des générations d’hier et d’aujourd’hui

Il suffit d’un instant pour déclencher une révolution, des actions collectives peuvent transformer les lois, l’expression créative peut modifier les comportements, et une invention peut changer le cours de l’histoire. Ce sont ces gouttes d’eau dans la mer qui, en dépit des obstacles, forment ensemble une vague de militantisme en faveur des femmes. Découvrez comment certaines de ces gouttes d’eau, grandes et petites, ont forgé nos vies ainsi que les droits et la vie des femmes et des filles du monde entier.

Aujourd’hui, 1 femme sur 3 subit des violences au cours de sa vie; 830 femmes meurent chaque jour de causes évitables liées à une grossesse; seulement 1 parlementaire sur 4 dans le monde est une femme; au rythme actuel, il faudra attendre jusqu’en 2086 avant de pouvoir combler l’écart salarial si l’on ne fait pas avancer les choses.
   Les inégalités entre les sexes sont monnaie courante. Alors que la communauté internationale se rassemble dans le cadre du Programme de développement durable, il nous incombe, à l’égard des générations futures, de lutter pour un monde où les femmes bénéficient d’une voix, de choix et d’une latitude d’action, et jouissent des mêmes droits que les hommes.

Femmes, hommes, garçons et filles, citoyens du monde, unissez-vous!
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4 mars 2019

Les papillons des réseaux sociaux

Pourquoi nous sommes attirés par les médias sociaux comme des papillons de nuit par une flamme?

Mike Brooks, psychologue  
Psychology Today | 28 février 2019

Photo : BBC

À mesure que nous approcherons du printemps et que la température se réchauffera, vous verrez probablement des papillons de nuit et d'autres insectes sur votre porche ou près de votre feu de camp. Ils semblent flotter inutilement autour de ces lumières pendant des heures et des heures. Ils meurent souvent à cause de la chaleur de ces lumières ou d'épuisement. Ils gaspillent leur courte vie à voleter autour de ces lumières.... pourquoi ? Quel est le but de ce comportement? Tout cela semble plutôt inutile, n'est-ce pas?

L'autre soir, tandis que je regardais des papillons de nuit et des éphémères sur mon porche, j'ai commencé à penser que nous étions un peu comme des papillons attirés par la flamme (ou la lumière du porche) avec les médias sociaux. Bien que nous soyons certainement beaucoup plus évolués que les papillons de nuit et les éphémères, il existe des parallèles intéressants qui méritent d'être explorés.

Comme plusieurs, je me demandais pourquoi les papillons de nuit sont irrésistiblement attirés par les flammes et les sources de lumière artificielle. Alors, bien sûr, je l'ai googlé! Considérant que Live Science est une source de bonne réputation, j'ai vérifié ce qu'on avait à dire sur le sujet. Bref, on ne sait toujours pas pourquoi les papillons de nuit et d’autres insectes sont attirés par les sources de lumière. Une des hypothèses est que de nombreux insectes utilisent le clair de lune et d'autres sources de lumière céleste pour s’orienter. Les lumières brillantes des feux de camp, les lampadaires et les lumières de porche les confondent. Ce qui est assez clair, c'est que ces sources de lumière artificielle détournent beaucoup d'insectes «de leur trajectoire». Ils ont besoin des sources de lumière réelles, celles que la nature leur fournit, mais ne peuvent s'empêcher d'être attirés par les sources de lumière artificielles. Ainsi, même si ces lumières artificielles entraînent des pertes de temps, des souffrances et même leur disparition, elles ne semblent tout simplement pas pouvoir s'éloigner de ces lumières artificielles et se réorienter vers les sources de lumière naturelles.

La cause profonde de l'attraction destructrice des papillons de nuit et d'autres insectes pour les sources de lumière artificielle est un exemple d'inadéquation évolutionnaire. Bien que nous ne sachions pas avec certitude pourquoi les insectes sont attirés par les sources de lumière, nous savons qu'elle doit servir à une certaine évolution. Cependant, les technologies ont évolué rapidement et elles devancent largement l'évolution biologique. Notre environnement a changé si rapidement que les adaptations biologiques qui ont mis des millions d'années à évoluer sont inadaptées dans notre nouveau monde, plus technologique. Les animaux ne peuvent tout simplement pas s'adapter assez rapidement à ces changements. Les papillons de nuit et autres insectes qui sont «câblés» pour être attirés par les sources de lumière naturelle se retrouvent à courir après des sources de lumière artificielle, même si cela signifie leur mort. 

Nous pouvons également considérer les sources de lumière artificielle comme des stimuli supranormaux [tendance évolutive à l'exagération provenant d'un biais sensoriel; ces traits qui attisent les réactions comportementales comme des stimuli supranormaux sont dits hypertéliques]. Ainsi, les organismes qui sont câblés pour être attirés par certains stimuli choisiront souvent des versions amplifiées de ces stimuli plutôt que leurs équivalents naturels. Par exemple, les humains sont naturellement attirés par le sel, le sucre et le gras parce que, d'un point de vue évolutif, elles étaient de bonnes sources d'énergie. Mais nous avons évolué dans un monde où ces sources naturelles de nourriture étaient relativement rares. Il était difficile d'en abuser et, même quand nous le pouvions, cela ne durait pas longtemps (par exemple, les pommes n'étaient plus de saison).

Nous avons maintenant une exubérance d'aliments salés, sucrés et gras sous forme de frites, de biscuits, de chips, de pizza, de sodas et de poulet frit. Habituellement, ces aliments raffinés et transformés sont bon marché, faciles à acheter et disponibles en tout temps. L'attrait pour les stimuli supranormaux explique en partie pourquoi nous choisissons des aliments malsains et transformés plutôt que les fruits et légumes crus. Cette préférence contribue à l'épidémie d'obésité en Amérique. On pourrait penser que nous serions attirés par des aliments sains plutôt que par des aliments malsains parce que manger sainement nous aide à prospérer. Le pouvoir des stimuli supranormaux explique pourquoi nous continuons de choisir les chips au lieu des légumes crus.

Avez-vous déjà vu un concours de malbouffe? Par exemple, un gagnant aura englouti 120 Twinkies en six minutes! Vraiment malade. Et ces gens-là ont le droit de voter... (Photo via Sympatico)

L'attrait pour les médias sociaux

Les humains sont des créatures sociales. Nous n'avons jamais vécu dans l'isolement. Historiquement, nous vivions dans de petites tribus nomades composées d'environ 100-150 personnes. Les liens sociaux solides étaient essentiels à notre survie. Ils le sont toujours. En effet, des études ont révélé que les liens sociaux solides contribuent à notre bonheur, à notre santé et à notre longévité.

Ainsi, sommes-nous naturellement attirés à nous connecter les uns aux autres. À ce point de vue, l'attrait pour les médias sociaux est facile à comprendre. Pourtant, se connecter à travers les écrans et les médias sociaux est très différent de ce que faisaient nos ancêtres su cours de leur évolution. Historiquement, toutes nos relations sociales se déroulaient en personne. Sur l’échelle évolutive, même le langage écrit est un développement relativement récent. Les médias sociaux représentent une version amplifiée, une flamme, si vous voulez, comparée à la «lumière» naturelle de nos relations en personne. Ainsi, tout comme nous sommes attirés à manger des aliments malsains, nous sommes attirés à interagir les uns avec les autres à travers les médias sociaux.

C'est une comparaison un peu injuste parce que la malbouffe est toujours malsaine. Contrairement à la malbouffe, les médias sociaux ne sont pas toujours malsains. En fait, lorsqu'ils sont utilisés de façon stratégique et consciente, ils peuvent enrichir nos relations. Cependant, il est prouvé que plus nous les utilisons, moins nous nous sentons heureux.  Lorsqu'il s'agit de communiquer avec les autres, la vraie relation (le thème sous-jacent), ce sont nos relations sociales en personne.

Quelle leçon en tirer?

Nous ne pouvons pas laisser la «lumière artificielle» des médias sociaux éclipser la vraie lumière de nos relations en personne. Dans la mesure où nous utilisons les médias sociaux pour améliorer nos relations sociales en personne, nous avons une longueur d'avance en matière de santé et de bonheur. Mais, comme le papillon de nuit qui flotte inutilement autour de la lumière du porche, nous gaspillons nos vies sur les médias sociaux si nous confondons cela avec la vraie lumière de nos connexions sociales en personne.