28 septembre 2014

La terre n’est pas cruelle

La terre n’est pas cruelle, ce sont les hommes qui le sont.

«Notre vie est un livre qui s’écrit tout seul. Nous sommes des personnages de roman qui ne comprennent pas toujours bien ce que veut l’auteur.» ~ Julien Green

Vivre dans l’Espagne catho-franquiste devait être hallucinant. Federico Garcia Lorca n’a malheureusement pas échappé aux moralisateurs politico-religieux de l’époque. Toujours la même question : pourquoi sommes-nous incapables de vivre et de laisser vivre?

Photo : Ralph Gibson

Aujourd'hui tremble en mon cœur
Un vague frisson d'étoiles
Et toutes les roses sont
Aussi blanches que ma peine.

(CHANSONS; Chanson d’automne)

--- 

AUBE (août 1919, Grenade)

Mon pauvre coeur oppressé
Sent à l'approche de l'aube
La douleur de ses amours
Et le rêve des distances.
Le clair de l'aurore apporte
Des graines de nostalgie
Et la tristesse sans yeux
Du plus profond de mon âme
Le sépulcre de la nuit
Soulève son voile noir
Pour cacher avec le jour
L'immense voûte étoilée.

Que ferai-je en ces campagnes
À cueillir branches et nids
Environné par l'aurore
Et l'âme remplie de nuit!
Que ferai-je si tu gardes
Tes yeux morts à la lumière,
Si ma chair ne doit sentir
La chaleur de tes regards!

Ah, pourquoi t'ai-je perdue
Pour toujours en ce soir clair?
Aujourd'hui mon coeur est sec
Autant qu'une étoile éteinte.

Je cherche sur mon corps
la chaleur de tes lèvres.
[...]
J'ai le Non que tu m'offris
dans la paume de ma main.

(CHANSONS; Chansons de lune : Mort au petit matin

--- 

Je regardais tes yeux,
Étant tout jeune et sage.
Et toi, tu m’effleuras
La bouche d’un baiser.

(Les montres ont toujours la même cadence
Les nuits les mêmes étoiles.)

Mon cœur s’épanouit
Tel la fleur au soleil
Pétales de luxure
Étamines de rêve.

(Les montres ont toujours la même cadence
Les nuits les mêmes étoiles.)

Chez moi je sanglotai
Comme un prince de fable
Pour la bergère d’or
Qui s’en fut des tournois.

(Les montres ont toujours la même cadence
Les nuits les mêmes étoiles.)

Je m’éloignais de toi
(Je t’aimais en secret.)
J’ignore comment sont tes yeux
Tes mains ou bien ta chevelure,

Mais il me reste sur le front
Le papillon de ton baiser.

(Les montres ont toujours la même cadence
Les nuits les mêmes étoiles.)

(Poésie de Federico Garcia Lorca)



Un hommage à Garcia Lorca, Soleil d’Espagne, performé par Richard Desjardins, Alexandre Da Costa et Alexandre Éthier – encore quelques représentations (en région) et une dernière à Montréal le 4 octobre. Calendrier/réservations :  
http://www.richarddesjardins.com/spectacles/evenements-speciaux.html

Soleil d'Espagne - Vies et poésies de Lorca

«C’est une rencontre entre Richard Desjardins porteur de la parole du poète Federico Garcia Lorca, le violoniste Alexandre Da Costa et le guitariste Alexandre Éthier. Ce concert spectacle est un hommage à l’œuvre de Lorca ainsi qu’à la musique espagnole des Albeniz, Manuel de Falla, Gaspar Sanz, Pablo Sarasate. Musicien en plus d’être écrivain, Lorca nous a légué un cycle d’une trentaine de chansons dont il a écrit la musique et les paroles. Vous serez plongé dans un monde de toréadors, de romances et de fierté et certainement émus par la poésie et la prose d’un grand poète assassiné par les franquistes en 1936.»

«Rien n’est plus vivant qu’un souvenir.» ~ Federico García Lorca

Le droit à la culture

«J'attaque violemment ceux qui ne parlent que revendications économiques sans jamais parler de revendications culturelles: ce sont celles-ci que les peuples réclament à grands cris. Que tous les hommes mangent est une bonne chose, mais il faut que tous les hommes accèdent au savoir, qu'ils profitent de tous les fruits de l'esprit humain car le contraire reviendrait à les transformer en machines au service de l'état, à les transformer en esclaves d'une terrible organisation de la société.» 

Extrait du discours de Federico Garcia Lorca à la population de Fuentes Vaqueros (Grenade), en septembre 1931

Aucun commentaire:

Publier un commentaire