13 décembre 2015

Le Mamba noir du Canada

(Photographe inconnu)

Nos gouvernants et leurs délégués ont paradé à la COP21, tout à l’euphorie d’un accord non contraignant. Pas de contraintes (punitions) si les pays n’appliquent pas les recommandations. Que les parlements cessent de parler et agissent!  

Ici, nous sommes de véritables cancres, comme le prouve cette béante fracture environnementale approuvée par nos gouvernants. Vendredi, j’étais vraiment enragée d’apprendre que le Mamba noir d’Enbridge (un des rejetons du grand serpent à cravate) avait déjà commencé à charrier son venin toxique jusqu’au fleuve pour le cracher dans L’Espada Desgagnés *. 
http://situationplanetaire.blogspot.fr/2015/12/smile-as-you-go-under.html 
   Le Mamba noir (Dendroaspis polylepis) est une espèce de serpent venimeux de la famille des Élapidés. Il doit son nom à la coloration noire de l'intérieur de sa gueule. C'est le plus grand et le plus répandu des serpents venimeux d'Afrique, et le deuxième plus venimeux au monde. Il évolue avec une rapidité incroyable – sa vitesse de pointe officielle atteint 23 km/h; il serait donc le serpent le plus rapide au monde, et aussi le plus violent selon plusieurs experts scientifiques. Le reptile attaque sans provocation, et s'il est confronté à une menace importante, comme un homme, il défendra son territoire avec une agressivité redoutable. En mordant sa  proie, le Mamba noir injecte une grande quantité de venin neurotoxique (conotoxine), puis, il recule et attend que le venin la paralyse. Il chasse activement de jour et de nuit. L’analogie au pipeline est déconcertante de similitude, non?

* Le 7 octobre 2015 – Selon la Garde côtière canadienne, le tuyau reliant le navire de livraison de pétrole M/T Sarah au bassin s’est rompu lorsqu’il a été frappé par une hélice du bateau de la compagnie Desgagnés. Le déversement est d’environ 2 400 à 10 000 litres de pétrole. À Salluit, dans le  Nord-du-Québec. Le village est situé à environ 1 900 kilomètres au nord de Montréal. Territoire du Eeyou Istchee. Province de Québec. Canada.
http://meteopolitique.com/Fiches/petrole/deversements-de-petrole/2015/Deversements-de-petrole-en-2015.htm

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Chez les Cris, on l’appelle Kimisominaw, ce qui veut dire «notre grand-père», surnom affectueux, comme celui que portait Nelson Mandela – Tata dans la langue xhosa –, des mots qui veulent dire sage père ou grand sage, et qui désignent des gens reconnus pour leur humanité et leur sens de la justice. 
   À l’aube de ses 80 ans, David Suzuki, 6 fois grand-papa, tremble et rage devant l’état de la planète que nous laisserons aux jeunes. Son message est pourtant clair; il le claironne si brillamment depuis 50 ans : la survie de l’espèce humaine dépend de celle de la nature. Gaïa finira par avoir raison de la cupidité de Wall Street qui croit que la planète est une poubelle magique et que ses ressources sont illimitées. L’humanité est au bord du précipice. En fait, selon ce généticien, militant écologiste et grand communicateur, elle commence même à «pendre dans le vide». Aussi en appelle-t-il à un changement de conscience. Au Canada, par exemple, les dégâts de l’ère Harper sont incommensurables, à tel point que David Suzuki croit que ceux qui font fi de la science devraient être jugés pour «crimes intergénérationnels». D’ailleurs à quoi sert la science, si ce n’est à assurer la pérennité de l’humanité? 
   L’heure est si grave que Kimisominaw doute parfois que ses petits-enfants puissent mourir de mort naturelle.  

David Suzuki, sage et indigné
Propos recueillis par Lucie Pagé
Québec Science http://quebecscience.qc.ca/accueil

Adieu donc fleuve Saint-Laurent!
Adieu paysages bucoliques, promenades sur les battures à observer les bélugas, à rêvasser assis sur les rochers. Un vague souvenir nous en restera.

Puisque toutes beautés du Saint-Laurent se trouvent plus que jamais menacées de saccage, voici la version intégrale du poème Ode au Saint-Laurent. Le texte paraîtra pour la première fois aux Éditions du Jour (Montréal) en 1963. L'auteur précise dans un entretien accordé in Lettres québécoises, no 24, hiver 1981-82 qu'il a composé ce texte en deux jours et trois nuits, et que le titre initial était «L'homme en marche» mais que sous l'influence de certains de ses bons amis, «ça a pris ce titre horrible».

Photo : routedesnavigateurs.ca

Ode au Saint-Laurent (L’homme en marche) 
Gatien Lapointe
Éditions du Zéphir, 1986

Et je situerai l’homme où naît mon harmonie

Ma langue est d'Amérique
Je suis né de ce paysage
J'ai pris souffle dans le limon du fleuve
Je suis la terre et je suis la parole
Le soleil se lève à la plante de mes pieds
Le soleil s'endort sous ma tête
Mes bras sont deux océans le long de mon corps
Le monde entier vient frapper à mes flancs 

J’entends le monde battre dans mon sang

Je creuse des images dans la terre
Je cherche une ressemblance première
Mon enfance est celle d’un arbre
Neiges et pluies pénètrent mes épaules
Humus et germes montent dans mes veines
Je suis mémoire je suis avenir
J’ai arraché au ciel la clarté de mes yeux
J’ai ouvert mes paumes aux quatre vents
Je prends règne sur les saisons
Mes sens sont des lampes perçant la nuit

Je surprendrai debout le jour naissant

Une hirondelle s’agrippe à ma tempe gauche
Je pressai dans ma main le clair présage

Ô que je m’embarque sur la mer verte et bleue
Ô que je saisisse les reflets qui m’aveuglent
Le temps dispersé en mille figures
Le mot prisonnier de la chair
L’accord caché au fond du sang
L’infini de l’univers et du cœur
La solitude sans fin de chaque être
Trouverai-je le secret de ma vie

Trouverai-je un jour l’événement qui commence

Être homme est déjà une tragédie
Et j’ai pleuré en découvrant le monde

J’ai allumé un feu sur la haute clairière
Je suis descendu dans l’aine des sources
Le parfum du sol me frappe au visage
La femme aux hanches brillantes d’aurore
L’homme à genoux inventant Dieu
Je suivrai la marche du fleuve
Je connais ensemble hier et demain
Et c’est aujourd’hui qu’il me faut construire

Je découvre ma première blessure
Je plante dans le sol ma première espérance

Espace et temps ô très charnelle phrase

Toutes les routes dans une même figure
L’instant et toute l’année en un pas

Je regarde au plus profond de la terre

C’est de l’homme désormais qu’il s’agit
C’est dans ce pays que j’habiterai

Quelle est cette tige à cinq branches
Jetée en travers de mon corps
Est-ce une main profonde et fluide
Est-ce l’ombre tremblante d’un oiseau
Quels sont ces cinq Grands Lacs
Flottant comme de grandes fleurs sur ma poitrine
Fleuve dont les flots m’entraînent m’enchaînent
J’apprendrai la phrase âpre et belle de tes rives

Ta bouche est le début de la mer
J’entrevois une très longue patience
Le cœur plein d’énigmes je rêve d’un ciel pur
Ma langue est une feuille en pleine terre
Je dis tout ce qui éclot sur la terre
J’inventorie et j’évalue je nomme et j’offre
J’investis la journée de l’homme
J’ouvre des routes je jette des ponts
Je prends des images de chaque événement
J’invente un paysage pour chaque âge
Je taille chaque chose selon sa fonction

Je m’assure d’un souvenir charnel

Donnerai-je visage à tout ce qui existe
Sauverai-je chaque instant de la chair

Solitaire et habité d’amour
J’unis la bouche au flanc qui frissonne
J’unis l’arbre à la terre étonnée
Je mène à leurs noces tous les désirs
Mon pas enflamme chaque saison
Mon souffle agrandit chaque demeure
Et l’expérience ondule au large de ma main
La mer remplit toute ma main

Je ne laisse rien dans la nuit
Chaque peine chaque plaisir recommencent ma vie

Je dresse sur la terre une image de l’homme

Ma bouche est une double cicatrice
Un double horizon découpe mes yeux
Vulnérable on m’a jeté parmi les hasards
Mortel on m’a marqué d’éternité
Je ferai une échelle de mon corps
Et j’étendrai mes bras en largeur de la terre
Mon enfance est un sapin plein de neige
Mon enfance est un prisme dans l’espace

Le temps me donnera un visage durable
Aujourd’hui est un chantier à ras de sillons

Je frappe du poing la vivace énigme

La vieille nostalgie soulève mon talon
Je remonte le cours du sang
Je parle d’un commencement du monde
L’ombre et la lumière s’emmêlent sur mon front
Je ne refuse rien je n’oublie rien
J’éclaire mon passé j’affirme l’avenir
Multiple et nouveau dans l’instant
On m’entraîne jusqu’à l’ultime choix

J’ai dans mon cœur une grande souffrance

Ma langue est un champ de bataille
Toute menace accroît mon sang

Je dirai le frisson d’un outil dans mes paumes
Je veux savoir je veux me rappeler
Je dirai le vent qui prend sur mon front
Je donne parole à tout ce qui vit
Je donne confiance je donne élan
Je caresse et j’éveille
Je descends sur la langue chaude et verte du fleuve
Le soleil se lève en chant sur ma nuque

J’imagine tout ce qui peut être sauvé

Je vis dans le présent
Mes souvenirs m’entraînent

Je suis un mot qui fait son chemin dans la terre
Chaque aube me réveille au bord de mon enfance
Un air de printemps me met sur la route
Et la montagne monte au rythme de mon pied
Ma main est une aile guidant le feu
Ma main emporte le vif témoignage
Je fais mon lit dans la chaleur des bêtes
Et le crépuscule m’ouvre ses bras en fleurs

J’avance en suivant un reflet sur le fleuve
Je suis dans ma chair le frisson d’un arbre

Mon rêve prend racine dans le temps

Je me reconnaîtrai dans une image de la terre 
Je creuse mon berceau et j’élève mon toit
Je dis la force d’une forêt reverdie
Je dis l’extrême faiblesse d’un grain qui germe
Je n’ai plus peur j’énumère mes songes
J’apprends à parler je vous reconnais
L’automne de mon pays est le plus beau de la terre
Octobre est un érable plein de songe et de passion

Ma maison fait face à tous les pays
Et toutes mes tables seront complètes

Je vous nomme et je vous invite

Je suivrai le pas précis des saisons
Ma main s’ouvre comme un miroir
Je me figure le corps de femme d’une moisson
Et je confonds les fleurs avec l’aulne enneigé
Ici le printemps est un bref éclat de rire
Et l’automne un grand fruit qui joint les rives
L’hiver est une bête qui souffre et s’ennuie
Et l’été est un bonheur excessif

Arbres douloureux et pleins d’impatience
Nous faisons du givre et du feu d’un même souffle

Et c’est une même foudre qui nous abat

Le soleil nous cache notre plus grand secret
Et la nuit brûle toutes les étoiles de l’année
Janvier remplit nos premiers pas de neige
Et d’un seul flot avril efface notre enfance
Le jour la vase nous recouvre la figure
Et l’aile du soir souffle en nous toute lumière
Le désespoir s’éteint lentement dans nos mains
Et lentement pourrit la noce dans nos bouches

Mais qui a connu les combats de mon pays

A-t-on vu cet espace immense entre chaque maison
A-t-on vu dans nos yeux ce grand exil

Montrez-moi mes compagnons d’espérance
Ô mes amis de neige et de grand vent
Et ce ciel froid qui nous brûle le front
Et cette forêt vaste où s’égarent nos cris
Et ce pas aveugle des bêtes dans l’orage
Et ce signe incompréhensible des oiseaux
Comment l’homme pourrait-il vivre ici
Par quel mot prendrait-il possession de ce sol

La distance est trop grande entre chaque homme
Nous n’avons pas le temps de regarder la terre

Le froid nous oblige à courir

Mais a-t-on vu de près l'homme de mon pays
A-t-on vu ces milliers de lacs et de montagnes
Qui s'avancent à pas de bêtes dans ses paumes
A-t-on vu aussi dans ses yeux ce grand désert
Ici chacun marche sur des échasses
Nous existons dans un geste instinctif
Naîtrons-nous dans une parole
Quelles marées nous amèneront aux rives du monde

Ce paysage est sans mesure
Cette figure est sans mémoire

J’écris sur la terre le nom de chaque jour
J’écris chaque mot sur mon corps

Phrase qui rampe meurt au pied des côtes

J’ai refait sept fois le geste qui sauve
Et chaque fois l’éclair disparut

Tu nais seul et solitaire ô pays

D’abord je te baptiserai dans l’eau du fleuve
Et je te donne un nom d’arbre très clair
Je te donne mes yeux mes mains
Je te donne mon souffle et ma parole
Tu rêveras dans mes paumes ouvertes
Tu chanteras dans mon corps fatigué
Et l’aube et midi et la nuit très tendre
Seront un champ où vivre est aimer et grandir

J’assigne le temps d’aujourd’hui
Je m’assure d’un espace précis

Le ciel tremble des reflets de la terre

Je m’élancerai du plus haut de l’horizon
Et nu je connaîtrai dans ma chair
Je me cherche à tâtons dans la terre
Je perce des galeries je creuse des puits
J’écoute les oiseaux je regarde les bêtes
J’imagine un modèle avec mes propres mains
Le doute et l’espérance éclaboussent mes yeux
La pluie et le soleil annulent ma mémoire

Je ne suis qu’un bloc de terre plein de racines

J’apprendrai par tous les chemins
Le temps me nommera

J’apprivoise et je noue j’épelle et je couronne
Je compare toutes les images du sang
J’adapte ma face à celles des heures
Je suis le chant du pain les verdures de givre
Je suis un paysage d’ailes et de vagues
Je me rêve dans un arbre dans une pulpe
Je touche de la main pour connaître mon cœur
Et ma voix est un jour et une nuit très proches

Je suis un temps jumeau et solitaire
Je suis un lien de pollens et de cendres

J’ai toute la confusion d’un fleuve qui s’éveille

Qui me montrera les sept jours du monde
Quel arbre quelle bête m’indiquera le chemin
Je pose dans l’instant les poutres de l’année
J’enferme dans un épi toute la prairie
Je fais de chaque blessure un berceau
Je vais de souvenir en avenir
Je vais du cri du sang aux yeux de la beauté
J’essaie de voir et de parler avec mon corps

Je ne puis qu’étreindre mon cœur en pleine nuit

Ô que sourde le premier visage de l’homme
Et que j’entende son premier récit

Je mêle ma langue aux racines enneigées
Je mêle mon souffle à la chaleur du printemps
Je m’imprègne de chaque odeur
J’invente des nombres j’invente des images 
Je me construis des lettres avec du limon
Je plante dans la plaine un mot nouveau
Et cela monte peu à peu à l’horizon
Comme un homme plein de songe et plein de rosée

L’homme naît d’un frisson du ciel et de la terre
Je m’accomplirai dans les pas du temps

Je vois dans une phrase l’espace de l’homme

L’homme de mon pays sort à peine de terre
Et sa première lettre est un feuillage obscur
Et son visage un rêve informe et maladroit
Cet homme fait ses premiers pas sur terre
Il s’initie au geste originel
Et ses poignets saignent sur la pierre sauvage
Et les mots écorchent sa bouche
Et l’outil se brise dans ses mains malhabiles

Et c’est toute sa jeunesse qui éclate en sanglots

Ici tout commence au ras de la terre
Tout s’improvise ici à corps perdu

Ma langue est celle d’un homme qui naît
J’accepte la très brûlante contradiction
Verte la nuit s’allonge en travers de mes yeux
Et le matin très bleu se dresse dans ma main
Je suis le temps je suis l’espace
Je suis le signe et je suis la demeure
Je contemple la rive opposée de mon âge
Et tous mes souvenirs sont des présences

Je parle de tout ce qui est terrestre
Je fais alliance avec tout ce qui vit

Le monde naît en moi

Je suis la première enfance du monde
Je crée mot à mot le bonheur de l’homme
Et pas à pas j’efface la souffrance
Je suis une source en marche vers la mer
Et la mer remonte en moi comme un fleuve
Une tige étend son ombre sur ma poitrine
Cinq grands lacs ouvrent leurs doigts en fleurs
Mon pays chante dans toutes les langues

Je vois le monde entier dans un visage
Je pèse dans un mot le poids du monde

Je balise le premier jour de l’homme

L’homme de mon pays pousse et grandit
Telle une jeune plante dans la terre
Tous les chemins se croisent sur son front
Toutes les saisons s’accrochent à ses épaules
Flammes et flots se heurtent sur sa tempe
Et cela oscille dans le vent violent
Et cela pleure et rit dans l’éphémère
Et cela parle d’un jour infini

Je définirai l’homme en un pas quotidien

Dans mon pays il y a un grand fleuve 
Qui oriente la journée des montagnes

Je dis les eaux et tout ce qui commence
Dans ma chair dans mon cœur
Je dis ce mot qui s’éveille en mes paumes
Je lancerai un chant dans l’univers
J’entre dans le temps je borne l’espace
Je dispose couleurs et formes
J’unis et j’agrandis j’abrège et je dénude
Je me construis un abri ici-bas

Nommerai-je infini chaque visage
Deviendrai-je le monde que je rêve

Trouverai-je une seule parole

J’ai pris mon élan sur la haute vague
J’apprends sur terre le songe de dire

Je marche dans les pas du temps

Je m’informe de chaque route
Et j’accompagne par-delà la nuit

J’ouvre à l’homme un champ d’être

On a refait en moi le grand rêve de Dieu
Je souffle sur le limon de mon flanc
J’attache l’enfant à ma hanche
Je tends les bras à ma famille
En secret j’écoute bouger le nom nouveau
Toute une forêt descend sur les rives
Toute une récolte porte l’horizon
Une cité naît au creux de ma main

J’affirme dans le temps et l’espace de l’homme
Je parle à des hommes vivants

Rien ne reste pur que dans la souffrance

Qui détachera de moi la charnelle phrase
J’ai la bouche pleine de terre
J’ai les yeux pleins de sang
J’ai bâti ma maison sur cette terre
J’ai mesuré le poids de mon désir
Le mouvement commence au milieu de mon cœur
Et j’ai dessein d’organiser
Ordonner afin de ne pas mourir

Saurai-je la grandeur exacte de l’homme

Un détail me promet la possession du monde
Un sentier m’amène à la rencontre des hommes

Je me suis revêtu d’un manteau millénaire
Et le haut fleuve me prit par la main
Je trace les grandes lignes du cœur
J’accorde la terre au souffle de l’homme
Je porte secours à la plante foudroyée
Je creuse toute solitude
L’air germe dans ma bouche ouverte
Et vert l’espoir engendre tout espoir

Le vent vient naître dans l’œil d’un enfant

Je suis un ordre d’avant la souffrance
Je suis un plaisir d’avant la nécessité

Ivre d’éternité et proche de mourir
J’imprime mes yeux sur le flanc de l’arbre
J’épelle ma chair sur le flot patient
Je mêle mes souvenirs à ceux des saisons
Et mon sang aux couleurs des fleurs
Je cherche un moyen de durer
Je tends la main j’ouvre mon cœur
J’appelle la grande aurore d’une parole

On m’a lié à la terre

J’accorde les premiers contrastes
Et de visage en visage s’éveille la nuance élémentaire

Je dis ce qui pousse et fleurit dans mon pays
J’ai entendu le chant profond du fleuve
J’ai senti sur moi les lames du froid
Et j’ai vu la grande solitude des arbres
Je me suis forgé des outils avec des branches
Je me suis forgé un alphabet avec de la vase
J’ai dormi flanc à flanc avec les bêtes
Et j’ai souri en même temps que le soleil

Ô que la lumière jaillisse de ma bouche

J’ai plein mon souffle d’étincelles
Mes mains sont pleines de blessures

Je dis ce qui souffre et mûrit dans l’homme
Je dis ce qui chante et crie dans la terre
Je cerne une proche merveille
Ma face est reflets d’ombre et de lumière
Ma face est mémoire de chaque jour
Je m’élève et je tombe au même instant
Et c’est la même douleur qui m’oblige d’avancer
Je soutiens pas à pas mon espérance

Le monde ne peut plus m’abandonner

Je chante le plein air de l’homme
J’augure la neuve harmonie

Mais qu’ai-je retenu du souffle de la terre
Qu’ai-je reconnu des grands signes de la mer
Sur le sein de la femme affleure une caresse
Et dans la voix de l’homme une vaste musique
La mer lance ses bateaux dans le ciel
Le feu ouvre un sentier dans la forêt
Et dans le cœur enfantin de la terre
Commence le vivace souvenir

Le jour commence à hauteur de mes yeux

Je cherche une mesure d’homme
Aujourd’hui est un pont qui me lie aux deux rives

C’est la terre que je veux sentir dans mes mains
Je réchaufferai cette terre de mon souffle
J’en ferai des oiseaux planant dans le grand vent
J’en ferai du pain pour nourrir les hommes
Et des fleurs pour guider les ténèbres
J’en ferai des maisons pour abriter les hommes
Et des lettres pour dire leur amour
J’en ferai un chant à visage d’homme

Je vois l’homme jetant sur la nuit sa rouge aurore
La forme se leva de ses mains souples

Et le soleil se mit en marche dans mon cœur

Je dis l’homme arrivant sur terre
Accueillant dans ses mains le terrestre plaisir
Je dis l’homme ployant sous le fardeau
Et construisant son nom jour après jour
Je dis l’homme découvrant la première peine
Et traçant sur le sol la première aventure
Toute la saveur du monde éclaire sa bouche
Toute l’angoisse du monde assombrit ses yeux

Deux mots soudain ont chanté sur ses lèvres
Et c’est le chant du sol qu’on crut entendre

C’est son propre cœur que l’homme crut voir

Arbre plein de neige je rêve d’un pur printemps
Je plante des phares dans chaque enfance
J’allume des lampes dans chaque solitude
J’éveille un amour dans chaque demeure
J’étouffe l’angoisse de mourir
Le soleil étend jusqu’à la mer l’ombre de ma main
Je navigue de présence en présence
La fête d’un verger m’éclaire et me réchauffe

On m’enferme dans l’œil très pur des bêtes

La terre imagine en mon corps
Je reviens du plus profond de la terre

Je figure en plein air les songes de la mer
Je dis ce que la terre a gardé du soleil
J’annonce à pleine voix le désir habitable
On me nomme en un présent infini
Je suis destination je suis lieu d’origine
Je suis le cantique et je suis l’outil
Tout ce que j’aime est mon propre héritage
Et la face de mes enfants

J’ouvre le premier paysage

Mais qui peut regarder de près un arbre
A-t-on vu un homme mourir

Je poserai mon front sur les genoux de l’aube
J’apporterai le tribut de fruits et de laine
Un récit s’éveille en largeur du temps
Je commence à pied mon premier voyage
Les bêtes parlent de noces prochaines
Et c’est l’été debout parmi l’heure de pluie
Mes mots poussent comme des plantes
Rêveuse ma phrase s’incline en mesurant le monde

Ô très belle irremplaçable réalité

Je ne veux pas pleurer les morts
Je voudrais sauver les vivants

J’entraîne au jour tout ce qui est nocturne
J’ajuste l’arc-en-ciel sur la cuisse des mers
Ma main rêve d’un continent à l’autre
Ma main est une baie au large du grand fleuve
Tous les méridiens passent sur ma tempe
Toutes les sources frappent à mes flancs
Je porterai sur mon épaule à vif
L’aube comme un faisceau de fleurs

J'affirme un grand besoin d'être et d'aimer

Le bras en visière sur l'horizon
Je guette un très lointain secret

Une longue vallée affleure en ma mémoire
Le soleil monte pas à pas vers mon enfance
Je reconnais un à un tous mes songes
Les Appalaches ferment leurs yeux sous la neige
Et l'Etchemin se met à rire dans les trèfles rouges
Là-haut près des Frontières
Veille une maison de terre et de bois
Je sais qu'un grand bonheur m'attend

Tout ce que j'ai appris me vient d'ici
Je retrouve ici mes premières images

Et brille en mes doigts la première ville

Québec rose et gris au milieu du fleuve
Chaque route jette en toi un reflet du monde
Et chaque paquebot un écho de la mer
Tu tiens toute la mer dans ton bras recourbé
Une figure naît sur ton double profil
Une parole creuse son nid dans tes paumes
Je me rappelle un soir avoir vu la lumière
Ton coeur battait sur chaque front

C'est le fleuve qui revient d'océan chaque soir
Et c'est l'océan qui tremble dans chaque regard

C'est ici le plus beau paysage du monde

Mais que devient tout cela que je nomme

Que sont devenus ceux que j’ai laissés
Là-bas tremblants sur le bord du matin

Je vous montrerai la mer verte et bleue
Je reviens à la mer comme un arbre qui souffre

J’ouvrirai les paupières du temps
Je jetterai debout chaque enfance

Car l’homme ne peut que grandir

Et que s’agrippe l’aube à mon dos couturé
Soleil de chair ô lumière la plus belle
Tout me lie et tout me brûle en secret
La parole de l’homme est ma seule présence
Je réduis la distance entre chaque être
Je célèbre chaque chose qui vit
Le blé grandit à hauteur d’homme
Je planterai des arbres pour nos haltes

Mais ne dites pas que vous m’avez vu pleurer

J’ai remis en terre l’épi de ma mémoire
La douceur me revient plus forte qu’une épée

Je prends pied sur une terre que j'aime
L'Amérique est ma langue ma patrie
Les visages d'ici sont le mien
Tout est plus loin chaque matin plus haut
Le flot du fleuve dessine une mer
J'avance face à l'horizon
Je reconnais ma maison à l'odeur des fleurs
Il fait clair et beau sur la terre

Ne fera-t-il jamais jour dans le coeur des hommes?

11 décembre 2015

Coupable de quoi exactement?

Raif Badawi croupit derrière les barreaux depuis maintenant trois ans et demi pour avoir exprimé ses opinions, notamment sur la place de la religion dans la société saoudienne, les droits des femmes et la démocratie. Ensaf Haidar recevra au nom de son mari le prix Sakharov 2015, une prestigieuse récompense honorant les défenseurs des droits de la personne et des libertés fondamentales que le Parlement européen a attribuée cette année à Raif Badawi. Il semble qu’il ait été transféré dans une nouvelle prison réservée aux prisonniers dont le dossier est «clos». Raif Badawi aurait entrepris une grève de la faim. (LaPresse)

À mon avis, nos gouvernements fédéral et provincial sont «frileux» et ne poussent pas très fort pour faire avancer la cause. Sans doute en raison d’intérêts politico-économiques occultes. En passant, un article intéressant de Stéphane Stapinsky sur l’ambigu projet de loi 59 :  
   L’islamisme en terre québécoise, ou Les mille et une nuits de Philippe Couillard  
   Cette première version du projet de loi [59], avec son désir apparent de ménager la chèvre et le chou, est-il un reflet des ambigüités et de la confusion manifestés par le premier ministre sur la question de l’intégrisme et de l’islamisme en général? S’il agit avec prudence (certains diront : mollesse), est-ce uniquement en raison de son adhésion au multiculturalisme officiel et avec le souci de ménager la base électorale historique du Parti libéral? Sachant que l’Arabie saoudite finance certains centres et certaines mosquées qui prêchent un islam faisant peu de compromis avec la modernité, Philippe Couillard aura-t-il tendance à appuyer sur le frein, compte tenu du lien particulier, sinon privilégié qu’il entretient avec ce pays? (2015-11-27) http://agora.qc.ca/documents/lislamisme_en_terre_quebecoise_ou_les_mille_et_une_nuits_de_philippe_couillard

Disons par exemple que je n’aime pas les comportements misogynes de mon beau-frère, et que je ne me gêne pas pour critiquer – pas lui, sa misogynie. Suis-je raciste? Ou suis-je une beaufrèrophobe convaincue que tous les beaux-frères sont misogynes? Incroyables toutes ces «...o-phobies» qui ne servent qu'à semer toujours plus de confusion.

Ce «cri de fureur» de Louise Ackermann, adressé à Pascal, vaut pour tous les théologiens, moralistes, prêcheurs et défenseurs (intégristes) des grandes religions monothéistes. Était-ce de la propagande haineuse contre les chrétiens ou simplement une critique des objets de la Foi? En tout cas, quelques siècles plus tôt elle aurait passé au bûcher de l’Inquisition pour s’être «vider le cœur», c’est sûr. 


Holy Inquisition (Dark History, strange images) https://frankzumbach.wordpress.com/2012/01/page/189/

Le Dieu de Pascal
Louise Ackermann (1813-1890), poétesse française 

Un dernier mot, Pascal! À ton tour de m'entendre
Pousser aussi ma plainte et mon cri de fureur.
Je vais faire d'horreur frémir ta noble cendre,
Mais du moins j'aurai dit ce que j'ai sur le coeur.

À plaisir sous nos yeux lorsque ta main déroule
Le tableau désolant des humaines douleurs,
Nous montrant qu'en ce monde où tout s'effondre et croule
L'homme lui-même n'est qu'une ruine en pleurs,
Ou lorsque, nous traînant de sommets en abîmes,
Entre deux infinis tu nous tiens suspendus,
Que ta voix, pénétrant en leurs fibres intimes,
Frappe à cris redoublés sur nos coeurs éperdus,
Tu crois que tu n'as plus dans ton ardeur fébrile,
Tant déjà tu nous crois ébranlés, abêtis,
Qu'à dévoiler la Foi, monstrueuse et stérile,
Pour nous voir sur son sein tomber anéantis.
À quoi bon le nier? dans tes sombres peintures,
Oui, tout est vrai, Pascal, nous le reconnaissons :
Voilà nos désespoirs, nos doutes, nos tortures,
Et devant l'Infini ce sont là nos frissons.
Mais parce qu'ici-bas par des maux incurables,
Jusqu'en nos profondeurs, nous nous sentons atteints,
Et que nous succombons, faibles et misérables,
Sous le poids accablant d'effroyables destins,
Il ne nous resterait, dans l'angoisse où nous sommes,
Qu'à courir embrasser cette Croix que tu tiens?
Ah! nous ne pouvons point nous défendre d'être hommes,
Mais nous nous refusons à devenir chrétiens.
Quand de son Golgotha, saignant sous l'auréole,
Ton Christ viendrait à nous, tendant ses bras sacrés,
Et quand il laisserait sa divine parole
Tomber pour les guérir en nos coeurs ulcérés;
Quand il ferait jaillir devant notre âme avide
Des sources d'espérance et des flots de clarté,
Et qu'il nous montrerait dans son beau ciel splendide
Nos trônes préparés de toute éternité,
Nous nous détournerions du Tentateur céleste
Qui nous offre son sang, mais veut notre raison.
Pour repousser l'échange inégal et funeste
Notre bouche jamais n'aurait assez de Non!
Non à la Croix sinistre et qui fit de son ombre
Une nuit où faillit périr l'esprit humain,
Qui, devant le Progrès se dressant haute et sombre,
Au vrai libérateur a barré le chemin;
Non à cet instrument d'un infâme supplice
Où nous voyons, auprès du divin Innocent
Et sous les mêmes coups, expirer la justice;
Non à notre salut s'il a coûté du sang;
Puisque l'Amour ne peut nous dérober ce crime,
Tout en l'enveloppant d'un voile séducteur,
Malgré son dévouement, Non! même à la Victime,
Et Non par-dessus tout au Sacrificateur!
Qu'importe qu'il soit Dieu si son oeuvre est impie?
Quoi! c'est son propre fils qu'il a crucifié?
Il pouvait pardonner, mais il veut qu'on expie;
Il immole, et cela s'appelle avoir pitié!

Pascal, à ce bourreau, toi, tu disais : «Mon Père.»
Son odieux forfait ne t'a point révolté;
Bien plus, tu l'adorais sous le nom de mystère,
Tant le problème humain t'avait épouvanté.
Lorsque tu te courbais sous la Croix qui t'accable,
Tu ne voulais, hélas! qu'endormir ton tourment,
Et ce que tu cherchais dans un dogme implacable,
Plus que la vérité, c'était l'apaisement,
Car ta Foi n'était pas la certitude encore;
Aurais-tu tant gémi si tu n'avais douté?
Pour avoir reculé devant ce mot : J'ignore,
Dans quel gouffre d'erreurs tu t'es précipité!
Nous, nous restons au bord. Aucune perspective,
Soit Enfer, soit Néant, ne fait pâlir nos fronts,
Et s'il faut accepter ta sombre alternative,
Croire ou désespérer, nous désespérerons.
Aussi bien, jamais heure à ce point triste et morne
Sous le soleil des cieux n'avait encor sonné;
Jamais l'homme, au milieu de l'univers sans borne,
Ne s'est senti plus seul et plus abandonné.
Déjà son désespoir se transforme en furie;
Il se traîne au combat sur ses genoux sanglants,
Et se sachant voué d'avance à la tuerie,
Pour s'achever plus vite ouvre ses propres flancs.

Aux applaudissements de la plèbe romaine
Quand le cirque jadis se remplissait de sang,
Au-dessus des horreurs de la douleur humaine,
Le regard découvrait un César tout puissant.
Il était là, trônant dans sa grandeur sereine,
Tout entier au plaisir de regarder souffrir,
Et le gladiateur, en marchant vers l'arène,
Savait qui saluer quand il allait mourir.
Nous, qui saluerons-nous? à nos luttes brutales
Qui donc préside, armé d'un sinistre pouvoir?
Ah! seules, si des Lois aveugles et fatales
Au carnage éternel nous livraient sans nous voir,
D'un geste résigné nous saluerions nos reines.
Enfermé dans un cirque impossible à franchir,
L'on pourrait néanmoins devant ces souveraines,
Tout roseau que l'on est, s'incliner sans fléchir.
Oui, mais si c'est un Dieu, maître et tyran suprême,
Qui nous contemple ainsi nous entre-déchirer,
Ce n'est plus un salut, non! c'est un anathème
Que nous lui lancerons avant que d'expirer.
Comment! ne disposer de la Force infinie
Que pour se procurer des spectacles navrants,
Imposer le massacre, infliger l'agonie,
Ne vouloir sous ses yeux que morts et que mourants!
Devant ce spectateur de nos douleurs extrêmes
Notre indignation vaincra toute terreur;
Nous entrecouperons nos râles de blasphèmes,
Non sans désir secret d'exciter sa fureur.
Qui sait? nous trouverons peut-être quelque injure
Qui l'irrite à ce point que, d'un bras forcené,
Il arrache des cieux notre planète obscure,
Et brise en mille éclats ce globe infortuné.
Notre audace du moins vous sauverait de naître,
Vous qui dormez encore au fond de l'avenir,
Et nous triompherions d'avoir, en cessant d'être,
Avec l'Humanité forcé Dieu d'en finir.
Ah ! quelle immense joie après tant de souffrance!
À travers les débris, par-dessus les charniers,
Pouvoir enfin jeter ce cri de délivrance :
«Plus d'hommes sous le ciel, nous sommes les derniers!»

(1871) 

8 décembre 2015

Resquiescat in pace, humanitas!

8 décembre 1980 : une date inoubliable, en particulier pour les admirateurs de John Lennon.

Lennon autographiant l’album que lui présente Chapman peu avant de passer à l’acte.

On parle beaucoup de l’acquisition d’armes à feu en ce moment – pour se protéger, bien sûr. À mon avis on devrait plutôt miser sur des vêtements pare-balles, peut-être en béton léger! Quelle planète.

GIVE PEACE A CHANCE

Ev'rybody's talking about
Bagism, Shagism, Dragism, Madism, Ragism, Tagism
This-ism, that-ism, is-m, is-m, is-m

All we are saying is give peace a chance
All we are saying is give peace a chance

C'mon
Ev'rybody's talking about Ministers
Sinisters, Banisters and canisters
Bishops and Fishops and Rabbis and Pop eyes
And bye bye, bye byes

All we are saying is give peace a chance
All we are saying is give peace a chance

Let me tell you now
Ev'rybody's talking about
Revolution, evolution, masturbation
Flagellation, regulation, integrations
Meditations, United Nations
Congratulations

All we are saying is give peace a chance
All we are saying is give peace a chance

Ev'rybody's talking about
John and Yoko, Timmy Leary, Rosemary
Tommy Smothers, Bobby Dylan, Tommy Cooper
Derek Taylor, Norman Mailer
Alan Ginsberg, Hare Krishna
Hare, Hare Krishna

All we are saying is give peace a chance
All we are saying is give peace a chance

All we are saying is give peace a chance
All we are saying is give peace a chance

John Lennon

Documentaire en français 
https://www.youtube.com/watch?v=bfsE7LG4nks
L'assassinat de John Lennon
Dans la nuit du 8 décembre 1980, le monde entier a été abasourdi par l'annonce du meurtre d'un des membres fondateurs des Beatles, John Lennon. Sa popularité et son influence avait largement dépassé la musique. Le tueur était Mark Chapman, un fan de 25 ans, un vagabond originaire d'Hawaii. Mais plus de 30 après, des questions persistent. Qu'est-ce qui pouvait bien pousser un ancien fan à tirer sur John Lennon ? Était-ce un acte commis par un tueur de sang-froid ou un jeune homme sérieusement dérangé ? Dans la recherche de réponses, cet épisode va nous replonger dans les vies de la victime et du tueur peu avant le crime. Vont se rejouer devant nous les événements des quelques jours qui ont précédé les coups de feu. L'histoire de la mort de John Lennon est celle de deux hommes aux trajectoires très différentes mais dont les destins se sont croisés au cours de cette nuit fatale.

Documentaire en anglais
En juillet dernier j’avais suggéré une vidéo relatant le cheminement psychologique de l’assassin – d’après son témoignage et ceux de son entourage :
http://artdanstout.blogspot.ca/2015/07/que-signifie-le-mot-humain.html

Chanson prémonitoire?
"No longer riding on the merry-go-round
I just had to let it go"

 Watching the wheels

7 décembre 2015

L’illogisme des arguments pro-armes

Photo : ICI Radio-Canada. Les roses rouges symbolisaient toutes les femmes sans exception alors que les blanches évoquaient le souvenir des 14 femmes qui ont été tuées à l'École polytechnique de Montréal, le 6 décembre 1989. Les plumes illustraient les femmes autochtones surreprésentées dans les disparitions et les assassinats. Hier on commémorait... pour ne pas oublier.

En 1989, l'événement avait causé un mouvement social et politique qui déboucha sur un projet de loi visant à rendre obligatoire l'enregistrement de toutes les armes à feu dans le registre canadien des armes à feu. La loi ne fut votée qu’en 1995, et les populations rurales (les plus concernées) pratiquaient la résistance passive malgré la menace de sanctions financières et pénales. Avec l’arrivée au pouvoir du gouvernement conservateur, depuis 2006, le fédéral reportait l'application des sanctions. En 2012, le registre fut carrément aboli. Seul le Québec voulait maintenir un registre, mais il se heurtait à la volonté du fédéral de détruire toutes les données.

Décembre 2015
Au lendemain de l'annonce à Québec d'un registre provincial des armes, personne à Ottawa n'est encore prêt à dire si les données québécoises du défunt registre fédéral seront éventuellement livrées à Québec. 
   En faisant son annonce jeudi, le ministre québécois intérimaire de la Sécurité publique, Pierre Moreau, a dit qu'il discutait avec Ottawa du transfert de ce qui reste des données québécoises.



À chaque fusillade chez nos voisins du sud, la bataille entre démocrates et républicains au sujet du contrôle des armes reprend de plus belle. Et, la NRA en profite pour ramener ses arguments préférés – pleins de trous! Dans un article du site Mother Jones, Dave Wilson déboulonne 10 mythes parmi les préférés des associations pro-armes – avec vérification des faits. (1)  
http://www.motherjones.com/politics/2013/01/pro-gun-myths-fact-check

Un autre article de Wilson présente l’historique des promos de la NRA.
Malade? C’est ahurissant. À vous de juger.
http://www.motherjones.com/politics/2013/03/national-rifle-association-ads-history

Voici une traduction/maison des descriptions. 

Cette collection de pubs de la NRA illustre sa descente vers la folie
(Dave Gilson) 

En passant en revue les 90 années de publicité de la National Rifle Association on constate à quel point elle a sombré dans la paranoïa et les campagnes de peur.

Pendant plus de 140 ans d'histoire, la National Rifle Association a promu la possession d’armes à feu, le tir et la chasse comme une source de plaisir légitime, protégé par la constitution. Néanmoins, au cours des quatre dernières décennies la NRA s’est transformée en un groupe d'intransigeants étroitement lié à l'industrie des armes et à l'establishment conservateur pour qui la seule solution à la violence armée est de posséder encore plus d'armes à feu. Voyez l’évolution de ce changement à travers cette collection de publicités produites par l'association depuis le début du XXe siècle jusqu'à nos jours [2013].

1920 : «Le tir à la carabine est un sport de choix» Cette pub de Remington dans Boys Life prétendait que la NRA était «une organisation gouvernementale». Elle ne l'était pas, mais cela nous donne une idée à quel point le groupe pro-armes et le gouvernement étaient alliés autrefois – avant que la NRA ne devienne en perpétuel conflit avec le gouvernement fédéral qui voudrait soi-disant «empêcher les Américains de posséder des armes».


1951: «Une adhésion à 50 pourcent junior» Bien sûr, vous pourriez vous tirer dans l’oeil avec une carabine Red Ryder à air comprimé. Mais vous auriez aussi la chance de joindre la NRA et de gagner ses «magnifiques prix officiels». Les associations de produits continuent toujours : plusieurs fabricants d’armes offrent automatiquement une adhésion à leurs acheteurs.



1957 : «Plus de fun avec vos guns!» Dans cette annonce d’un magazine spécialisé, la NRA se décrit comme une «grande association de sportifs». Parmi les avantages de l’adhésion à la NRA : une épinglette à «caractère distinctif» et le «droit d'acheter des armes dans les surplus gouvernementaux».

1970: «Chasseurs, attention!» Similaire aux mises en garde de la NRA contemporaine, celle-ci s’en prend «aux puissants pouvoirs – peut-être bien intentionnés mais mal informés – qui travaillent sans relâche pour restreindre et éventuellement abolir le droit de chasser et d’autres privilèges et libertés dont vous jouissez aujourd'hui». Bonus : l’apparition d’un invité, Chris Hanburger, du futur pro football Hall of Famer.

1973 : «Vous êtes le seul à pouvoir sauver la chasse...» Le ton monte progressivement dans cette annonce, qui exhorte les chasseurs à lutter contre ceux qui «veulent que la chasse soit bannie à jamais» en joignant la NRA. «Demain, il sera trop tard».

 
1982 : «Je suis la NRA» Cette célèbre campagne, lancée en 1982, visait à démontrer les grands attraits de la NRA. Les annonces incluaient des enfants (tel l’enthousiaste Bryan Hardin avec sa carabine BB, âgé huit ans), des femmes, des Afro-Américains, des policiers, et des membres du clergé. Une version plus récente de la campagne présentait des membres célèbres de la NRA tels que Tom Selleck et Karl Malone.

Fin des années 1980 : «Pourquoi les policiers ne sont pas là quand vous avez besoin d’eux?» Les peurs au sujet des crimes violents ont suscité ces annonces visant à promouvoir des lois permettant le transport d’armes dissimulées. La notion que les lois sont inefficaces parce que les criminels ne les respectent pas reste l’argument massue de la NRA, tout comme l'idée que les citoyens armés dans la vie civile repoussent les agresseurs.

Fin des années 1980 : «Voici l’endroit le plus dangereux d’Amérique» «Ces rues, autrefois gouvernées par Jefferson, Lincoln, Truman, sont maintenant gouvernées par des criminels», entonnait le nouveau porte-parole de la NRA Charlton Heston en marchant dans les ruelles de Washington, DC. «À quelques rues d’ici, nos dirigeants dorment en sécurité». Ce slogan préfigurait les accusations post-Newtown de la NAR portées contre Obama, traité «d’élitiste hypocrite qui se cache derrière des gardes armés».

1993 : «Quelle est la première étape vers un État policier?» La photo des nazis au au pas de l’oie présageait la description des agents fédéraux par le vice-président exécutif de la NRA, Wayne LaPierre deux ans plus tard : «Ce sont les voyous bottés/musclés du gouvernement».

1993 : «Le criminel s’en tire à bon compte» (The Laughing Criminal) Si vous trouvez que House of Cards est réaliste, vous aimerez le spot TV de LaPierre suggérant que le contrôle des armes à feu est promu par des politiciens cyniques réticents à sévir contre le crime. Il suggère aussi que les criminels de carrière regardent aussi News Watchers. Bonus : remarquez les nerds stéréotypées des années 80 qui, comme par hasard, sont des militants en faveur du contrôle des armes.

1995 : Bill Clinton est «cinglé» Avec le nombre de chasseurs en déclin, on aurait cru que la NRA allait racoler des chasseurs prestigieux. Pourtant, avec ce poster, vendu à ses membres, la NRA s’est involontairement distancée de son affirmation que la chasse est fondamentale au droit de possession d’armes, en déclarant que «le deuxième amendement de M. Clinton, n'est pas une question de chasse aux canards».



1997: «Au dépens de nos enfants» (Gun rights are lost on our kids) Heston promettait de mener une campagne de 100 millions de dollars : «une croisade de trois ans ... pour redonner au deuxième amendement la place qui lui revient à titre de «première liberté en Amérique». Pour les enfants, bien sûr.

2013 : «Les enfants du Président sont-ils plus importants que les vôtres?» Toute la paranoïa anti-gouvernementale, tous les propos alarmistes et le leurre libéral des dernières décennies ont abouti à une vidéo réalisée dans le sillage du massacre de Newtown. Selon la NRA, Obama, en refusant de poster des gardes armés dans toutes les écoles américaines, se révélait être «juste un autre élitiste hypocrite» dont les enfants sont protégés par les services secrets.

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(1) D'après un sondage, un pourcentage élevé d'experts n'est pas d’accord avec les arguments de la NRA :

New Harvard Research Debunks the NRA's Favorite Talking Points
http://www.motherjones.com/politics/2015/04/gun-research-harvard-nra