16 juillet 2022

L'injuste sort de l'Ukraine

«La seule vraie misère ici-bas c’est de ne pas avoir de pays. Toutes les guerres sont faites pour voler celui qu’on n’a pas et garder celui qu’on a.» ~ Félix Leclerc  

Il y a des prédateurs redoutables qui veulent s'emparer du plus grand nombre de pays possible – comme Vladimir Poutine (Hitler s'était essayé). Pour le moment, il se concentre sur l'Ukraine, faisant probablement un test pour voir jusqu'où il peut aller avec ses gros chars et ses missiles largués sur les populations civiles. Il aurait fallu que la communauté internationale intervienne agressivement dès le début pour stopper l'invasion. Or, on a plutôt regardé les Ukrainiens se faire massacrer, voler, violer et être privés d'électricité, de nourriture, d'eau potable – de tout le nécessaire à la vie quotidienne – de sorte que cette cruelle guerre d'usure s'intensifie et s'éternise.

Cartographie : Le Figaro  

J'ai apprécié l'essai  de Sergueï Jirnov : «L'engrenage; Que veut Poutine? Un ex-agent du KGB qui l'a connu décrypte la guerre d'Ukraine» / Éditeur : Albin Michel  

La personnalité narcissique de Poutine fait penser au Portrait de Dorian Gray d'Oscar Wilde – résumé à la fin de l'article (1).

Certains critiques reprochent à l'auteur d'être alarmiste – c'est sans doute parce qu'ils n'ont pas les yeux vis-à-vis des trous.

Cette citation de Vladimir Poutine n'offre aucune ambiguïté sur sa paranoïa *. 

     «Nos plans d'utilisation, j'espère que cela n'arrivera jamais, mais les plans d'utilisation théoriques [des armes stratégiques nucléaires] – c'est,  comme on dit, une frappe de réponse par anticipation.

     Qu'est-ce que ça veut dire?… Si quelqu'un décide de détruire la Russie, dans ce cas nous avons un droit légal de répondre.

     Oui, pour l'humanité ce sera une catastrophe globale. Mais quand même, en tant que citoyen russe et chef de l'État russe, je veux me poser la question : «Avons-nous besoin d'un tel monde où il n'y a pas de Russie?» (Vladimir Poutine, président de Russie, extrait du documentaire «L'Ordre mondial 2018»)

     Cela fait froid dans le dos. Mais une autre citation lors du forum de discussion Valdaï à Sotchi en 2018, est encore pire :

     «L'agresseur doit savoir : le châtiment est inévitable, il sera de tout façon détruit. Et nous, en tant que victime d'agression, nous en tant que martyrs, irons au paradis, et ils mourront tout simplement. Parce qu'ils n'auront même pas le temps de se repentis.»

[On dirait un discours de terroriste djihadiste. Si l'au-delà existe, je suis certaine qu'une place VIP en enfer attend Poutine!]

Quelques citations qui vous inciteront peut-être à lire cet essai qui nous éclaire sur la vraie nature de Poutine et la guerre qu'il mène contre l'Ukraine.

* Dont voici quelques traits fondamentaux : un tempérament agressif associé au vécu d'une existence frustrée et revendicative avec des traits fondamentaux tels que l'hypertrophie du moi, la méfiance, la susceptibilité, la réticence, l'hypervigilance, la fausseté de jugement, l'autoritarisme, l'intolérance tyrannique et l'inadaptation sociale. (Source : Wikipédia)  

P. 13 : Trois jours après le début des hostilités, Poutine a ordonné la mise en état d'alerte élevé de ses forces stratégiques nucléaires. Se préparait-il réellement à la troisième guerre mondiale ou bluffait-il? En tout cas, l'effet produit était radical. Sur les plateaux de télé, dans les rédactions, dans les chancelleries et les états-majors, mais aussi dans la rue et dans les foyers, tout le monde se posait les mêmes questions. Poutine est-il sérieux, Ça va le mener où? Envidage-t-il réellement l'emploi des armes de destruction massive? […]

Depuis le 24 février le monde suit sur les chaînes de télévision cette guerre féroce qui privilégie les bombardements des villes, y compris les hôpitaux, maternelles, ou école, malgré les mensonges russes sur les frappes concernant uniquement les cibles militaires.

P. 29 : À l'automne 2021, des mois avant le lancement des hostilités, des sources confidentielles russes m'annonçaient déjà la possibilité d'emploi d'armes tactiques nucléaires (de faibles charges, une ou deux kilotonnes, avec un rayon d'action relativement limité) dans le cadre d'une éventuelle intervention militaire russe.

     Quand je l'ai mentionné sur les plateaux télé en France après le 24 février, cela a créé une stupeur des animateurs et du public. On m'a traité d'alarmiste farfelu et de complotiste irresponsable qui voudrait volontairement provoquer un «buzz» dans les médias pour mieux se vendre.

     Trois jours plus tard, dimanche 27 février 2022, le monde entier a vécu une scène glaçante où le commandant en chef armées russes Poutine ordonnait, en direct à la télévision depuis son palais présidentiel, à son ministre de la Défense, Sergueï Choïgou, et son chef d'état-major, Valeri Guerassimov, d'élever «en état d'alerte particulière» les forces nucléaires de la Fédération de Russie.

P. 34 : À la suite de la déclaration stupéfiante de Poutine, les «pays nucléaires» n'ont pu que réagir en état d'alerte plus élevé.

P. 38/39 : Alors en février 2022, après l'attaque russe sur l'Ukraine et les déclarations belliqueuses de Poutine concernant la mise en état d'alerte, la tension est-elle revenue? C'est ça le rêve soviétique du maître du Kremlin? C'est ça sa conception de la sécurité? Croit-il vraiment que brandir la menace ultime est la meilleure façon de conforter ses positions?

     Ce qui se joue en Ukraine n'est plus un simple conflit régional, terriblement meurtrier mais géographiquement circonscrit. C'est la mise en pratique de la nouvelle doctrine russe qui s'est recréé un ennemi l'Europe, et son grand frère inconstant, les États-Unis.

     Le risque que ferait courir au monde le recours aux armes stratégiques nucléaires  a donc augmenté de façon spectaculaire ces derniers mois. […]

     À l'heure où toutes les économies européennes et américaines sont inflationnistes, il s'en faudrait de peu pour que l'on soit plongé dans une guerre qui ne dit pas son nom. Tous les ingrédients, qui ton déjà conduit aux grandes guerres du XXe siècle, sont de nouveau réunis.

     Ne nous y trompons pas. Poutine nous a déclaré la guerre, que nous le voulions ou pas.

     Ce pourrait être la dernière.

P. 73 : Du déploiement de troupes russes à la frontière ukrainienne dès le mois de novembre 2021 jusqu'à l'utilisation de missiles hypersoniques en mars 2022 contre une cible militaire, ou de bombardiers Tupolev 22M3 pour larguer des bombes de trois tonnes sur Marioupol, tous les ingrédients macabres sont désormais réunis dans un engrenage à l'issue plus qu'incertaine. Et terriblement angoissante, après l'essai intentionnel du missile intercontinental nouvelle génération «Sarmat» capable de voler sur 18 000 kilomètre et porter 10 ogives nucléaires qui transformeraient Paris ou New York en champ de ruines.

P. 91/92 : Le Russe, dans son système de pensée pervers, ne respecte que ceux dont il a peur. Comme les lâches, il teste son adversaire et observe sa réaction afin de voir jusqu'où il peut aller. Des avions de chasse violent l'espace aérien suédois, un missile dévie par erreur sa trajectoire et passe au-dessus de l'ex-Yougoslavie, les réactions sont diplomatiques, aucune mesure de rétorsion militaire à l'encontre d'un geste qui pourtant devrait déclencher la mise en application de l'article 5 des traités de l'OTAN.

     En novembre 2015, durant la guerre en Syrie, se déroule un autre incident dangereux: un avion militaire russe entre dans l'espace aérien turc. Il est abattu seize secondes plus tard par les Turcs. Cela aurait pu déclencher une guerre, il n'en a rien été. Poutine furieux, a réagi en imposant des sanctions économiques pendant deux mois, plus de pétrole pour les Turcs, ni d'entrées de devises pour la Russie, et plus d'importations de fruits et légumes! Erdogan l'a humilié mais le président russe a fini par présenter ses excuses. Pas de guerre mondiale.

[L'auteur rapporte plusieurs incidents très graves mais qui n'ont pas déclenché de guerres.]

P. 99/100 : Cette guerre ne vient pas de nulle part. Chaque jour qui passe, Poutine se révèle comme le digne héritier d'une longue tradition de coups tordus, d'assassinats, d'empoisonnements, et autres «raffinements» dont le défunt KGB n'était pas avare.

     À commencer par le style employé par le Kremlin au sujet de cette invasion : «opération spéciale»! Le pur vocabulaire des services secrets. C'est un exemple frappant de la «guerre hybride» telle que définie dans la doctrine de Guerassimov : déstabilisation de l'intérieur, opérations de sabotage, cyberattaques, propagande, inversions accusatoires et bien sûr conflit militaire asymétrique.

     Par ailleurs, on ne peut manquer de remarquer une série d'événements étranges en périphérie de cette guerre, qui m'ont interrogé. Une épidémie de morts suspectes a frappé plusieurs oligarques ces dernières semaines.

P. 104/106 : Mais les morts bizarres ne se limitent pas aux milliardaires malheureux. Il y en a d'autres.

     [Les prétendus suicidés sont des industriels, des militaires, des opposants, des journalistes, etc.]

     Le problème avec Poutine c'est que ce n'est pas la première fois que de telles épidémies de suicides et morts suspectes arrivent en vingt-deux ans de son règne. Qui seront les prochains?

P. 114/115 : Le 24 février, Poutine ordonne d'attaquer tout le territoire ukrainien : 80 objectifs sont visés, des frappes aériennes ont lieu sur des cibles militaires, mais aussi civiles. Alors qu'il prétendait vouloir défendre les populations russophones de l'est du pays, il perd toute crédibilité en visant d'autre régions. Il ne recule devant rien pour montrer sa «force», allant jusqu'à bombarder Lviv, dans l'ouest du pays, qui se trouve à soixante-dix kilomètres de la frontière polonaise. Or, ce grand pays est stratégique à la fois pour l'Europe et pour l'OTAN.

     Vladimir Poutine bafoue sans conteste les lois de la guerre. Il proclame à la moindre occasion vouloir démilitariser et dénazifier l'Ukraine. C'est ridicule, tout le monde a compris que le pays n'a rien de fasciste. Mais il persiste à utiliser ce prétexte pour galvaniser l'opinion publique russe, en voulant transformer cette folie collective en une guerre patriotique. […] Un stratagème aussi ambitieux qu'absurde, puisque dès les premiers bombardements des civils sont visés, tout comme des hôpitaux pourtant identifiés, des immeubles d'habitation, des écoles, des bibliothèques. Cela porte un nom, celui de l'infamie dont sont marqués au fer rouge les tyrans : des crimes de guerre.

P 121 : Autre erreur d'appréciation : la posture des nations étrangères. En brandissant la menace nucléaire, le grand stratège vient de se mettre au ban d'une très grande majorité des nations. Il perd définitivement toute crédibilité et sa réputation d'homme d'État. Il est désormais celui dont on questionne la santé mentale, la logique géostratégique, à raison. Et s'il espérait un soutien appuyé des Chinois, là aussi il s'est trompé. La menace de sanctions économiques qui suivraient est certainement trop importante pour l'«usine du monde».

P. 124 / 126 : L'OTAN pourrait-elle intervenir en Ukraine? Les États-Unis, et d'autres, soutiennent l'Ukraine dans les limites de leur champ d'action légal, en envoyant du matériel militaire, médical, ou des aides financières. Aller plus loin serait reconnaître que l'Ukraine est membre de fait, de l'OTAN. Or, c'est ce que dit le Russe depuis le début! Ce serait donc lui donner raison. Cela pourrait justifier, du point de vue russe, des représailles massives… qu'on souhaite justement éviter.

     L'élimination physique de Poutine? tant il incarne la source de nos frustrations et de notre impuissance? […]

     Les plus radicaux d'entre nous voudraient que l'on envoie quelqu'un faire le job. Qui s'en chargerait? la CIA? le Mossad? le M16? […]

     On sait que Zelensky est à Kiev, Macron à l'Élysée, mais Poutine, où est-il? La Russie a élevé son niveau de sécurité et acté la possibilité d'un conflit nucléaire. Il passe le plus clair de son temps dans l'un des bunkers anti-atomiques, dans les monts Oural et l'Altaï ou dans l'une de ses résidences officielles. Des sources affirment qu'il aurait deux «doublures», brouillant encore plus les pistes.

     Autre problème de taille : l'armée et les services spéciaux qui veillent à sa sécurité. Au sommet, le FSO, service de la protection des personnalités, dont le président. Il compterait plusieurs dizaines de milliers d'agents, certains parlent de 40 000 officiers. Ils se tiennent en permanence autour de lui, formant jusqu'à quatre cercles de protection, armés de pistolets Sr-1 Gyurza tirant quarante balles par minute, capables de percer un gilet pare-balles à plusieurs dizaines de mètres de distance. Sans compter les tireurs d'élite, les limousines blindées qui peuvent tenir un tir direct de lance-grenades, les voitures d'accompagnement équipées de système de missile antiaérien portatif. Le résultat : Poutine est l'homme le plus protégé du monde. De quoi refroidir les plus déterminés.

[Comme je l'ai déjà souligné dans un autre article, Poutine est mieux protégé que Fort Knox où se trouve le Département du Trésor qui abrite la réserve d'or des États-Unis depuis 1937. Voyez «construction et sécurité» : https://fr.wikipedia.org/wiki/Fort_Knox ]

     L'hypothèse d'une élimination depuis l'étranger, depuis l'extérieur du système, est quasi impossible. Qui reste-il? Un proche? […]

P. 133 : La main de Poutine contre ceux qu'il nomme les "ennemis de l'intérieur" est désormais clairement identifiée. Tous ceux qui ne relaient pas les discours officiels disparaissent des écrans et des ondes.

P. 141 : Une révolution visant à renverser Poutine? Un coup d'État? Un assassinat? On dirait de la science-fiction. Aucun James Bond ne va sauter d'un avion en smoking, éliminer cinquante gardes du corps en poussant Vladimir dans un bain d'acide juste à temps pour aller déguster un dry-martini en bonne compagnie!

     C'est peut-être un réfrigérateur vide qui permettra de sauver le monde. C'est certes beaucoup moins glamour, mais plus plausible. [L'auteur réfère à la guerre «chaude», soit les sanctions économiques.]

P. 158 : Les empires les plus puissants ont tous fini par s'écrouler, peut-être que Poutine serait bien inspiré d'y réfléchir s'il veut échapper à leur sort.

En complément – interview

https://ici.radio-canada.ca/ohdio/premiere/emissions/penelope/segments/entrevue/406081/vladimir-poutine-kgb-russie-serguei-jirnov

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(1) Le portrait de Dorian Gray, ou la fausse image projetée par le pervers narcissique. Résumé : Dorian Gray, décide de poser pour son ami peintre afin qu’il fasse son portrait. Très vaniteux, et obsédé par sa propre image, Gray est alors fasciné par le résultat du tableau : à un tel point, qu’il ressent une jalousie irrationnelle pour la représentation de lui-même. «Si le tableau pouvait changer tandis que je resterais tel que je suis!» et pour ce faire, il vend son âme. Son souhait se réalise alors : Gray conserve sa beauté et son jeune âge, tandis que le tableau vieillit à sa place tout au long de sa vie. Gray multiplie les ignominies et les crimes, provoque le suicide de sa future femme, assassine son ami peintre, et vit dans la crainte que son secret soit découvert. Son tableau change alors progressivement, le visage prend un aspect abject, vaniteux, et monstrueux, la peau est rongée et sanguinolente… Après plusieurs années à vivre dans la tourmente, Dorian Gray finit par se retourner contre le tableau et à planter un couteau dans la toile… Celui-ci meurt alors sous les trait d’un vieil homme répugnant, alors que le tableau, quant à lui, retrouve son aspect originel.

25 juin 2022

Ces juges méprisent le 14e amendement!

Des juges d'extrême droite, fanatiques religieux, vieux jeu, pas évolués pour deux sous, des fossiles originaires d'un site archéologique, ont sorti leur faucille pour faucher définitivement le droit à l'avortement sécuritaire (médical) pour les Américaines. Une décision agressive, irrationnelle, obscurantiste, basée sur la haine et la domination des femmes qui doivent se plier à la servitude reproductrice. Or ce faisant, la Cour suprême déclare la guerre au 14e amendement, que voici – Toute personne née ou naturalisée aux États-Unis, et soumise à leur juridiction, est citoyen des États-Unis et de l'État dans lequel elle réside. Aucun État ne fera ou n'appliquera des lois qui restreindraient les privilèges ou les immunités des citoyens des États-Unis; ne privera une personne de sa vie, de sa liberté ou de ses biens sans procédure légale régulière; ni ne refusera à quiconque relève de sa juridiction l'égale protection des lois.

Les hillbillies (morons) des États de la Ceinture de la Bible (Bible Belt) doivent jubiler.

La journaliste Isabelle Hachey (La Presse / 25.06.2022), mentionne une probable entente entre Trump, avide de pouvoir, et les fondamentalistes, avides de contrôle religieux : «Donnez-moi votre soutien, je vous donnerai la Cour suprême.» Ce qui fut fait.

Dans les articles qui suivent, il y a des redondances, mais à mon avis on ne poussera jamais le bouchon assez loin.

Émotionnellement nue : dépouillée de mon autonomie

Linda Sharp / 24.06.22 / Don’t Get Me Started

Photo : la juge Coney Barrett, entre autre adepte de la glossolalie

Coney Barrett, en collaboration avec ses collègues christofacistes, a annulé l'arrêt Roe contre Wade. Non pas que nous ne l'ayons pas vu venir. Une fois le projet divulgué, il a été écrit avec du sang sur le mur. Et comme prévu, une fois que la gâchette a été pressée, les balles législatives ont commencé à être tirées dans tous les états, rendant l'avortement illégal. Ce matin même, le gouverneur de la Caroline du Sud, M. McMaster, a déclaré qu'il allait déposer des motions «pour que la loi sur les battements de cœur des fœtus entre en vigueur en Caroline du Sud». Le procureur général du Missouri, Eric Schmitt, a signé un avis du procureur général qui mettra effectivement fin à l'avortement dans cet État. Il a tweeté : «C'est un jour monumental pour le caractère sacré de la vie».

Une question pour vous messieurs – oui, même ceux d'entre vous qui sont des alliés : avez-vous la moindre idée de ce que ce jour représente? Non, non, vous ne le savez pas. Vous pouvez voir votre sœur ou votre frère pleurer, fulminer, la fumée lui sortant des oreilles, mais VOUS NE SAVEZ PAS.

Personne n'a jamais voulu s'emparer de votre pénis et il n'y a pas de législation qui cible vos testicules. Essayez donc, pendant un instant, d'imaginer ce que vous ressentiriez si, tout à coup, ils ne vous appartenaient plus effectivement, mais à l'État. Que vous n'auriez pas l'autonomie nécessaire pour prendre des décisions à leur sujet. Vous ne pourriez plus vous masturber car ce que vous expulsez est la moitié des composants de la vie. Si vous aviez un cancer des testicules ou des problèmes de prostate, vous ne pourriez pas les faire soigner, réparer ou enlever parce que vous «tueriez» des spermatozoïdes bien vivants. Sans traitement, vous pourriez mourir. C'est vraiment triste et regrettable, mais vous ne pourriez pas être soigné, messieurs. Ces spermatozoïdes comptent plus que le sac de viande sensible qui les contient.

LES AVORTEMENTS AURONT TOUJOURS LIEU. MAIS ILS NE SERONT PLUS SÉCURITAIRES. Et ne vous y trompez pas – ce qui s'est passé aujourd'hui est solidement lié au fait que les chrétiens imposent leurs croyances par la loi. Parce que s'il y avait une véritable liberté religieuse, TOUTES les religions seraient prises en compte, et les juifs et les musulmans pourraient toujours entrer dans une clinique d'avortement à volonté. Leurs religions autorisent l'avortement. Bon sang, mon statut de de non croyante autorise l'avortement. Mais nous vivons en Amérique. Où une boule de cellules qui se divise reçoit plus de soins et d'attention qu'un véritable enfant qui meurt de faim, est maltraité ou tué en classe. Où le droit à une arme à feu est étendu et protégé au niveau fédéral par la SCOTUS (pas plus tard qu'hier), mais où le droit à une procédure médicale est réparti entre les États qui salivent à l'idée de rendre tout cela illégal.

Nous vivons dans un paysage d'enfer. Nous regardons nos concitoyens se faire dépouiller de leurs droits sous nos yeux.

Nous sommes des personnages de La servante écarlate (The Handmaid's Tale) qui prennent vie.

Ce que je ressens est global. Je suis livide. Je bouillonne. Je suis à vif. Mais ce que je suis aussi, c'est une FEMME.

Les républicains n'ont aucune idée de ce qu'ils viennent de déclencher. Nous n'avons même pas encore commencé à rugir.

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C’est la fin pour «Roe v. Wade», qui protégeait l’avortement

Stéphanie Marin / 24 juin 2022 / Monde

C’est la fin d’une ère. La Cour suprême des États-Unis a invalidé sa décision de 1973, Roe v. Wade, qui protégeait, avec certaines limites, le droit des femmes à l’avortement.

Ce jugement à 6 contre 3, rendu public vendredi, ne rend pas l’avortement illégal. Mais il enlève la barrière de protection nationale érigée par Roe v. Wade et désormais, les 50 États américains pourront faire comme bon leur semble et restreindre, voir complètement interdire les avortements à l’intérieur de leurs frontières.

Il est attendu que l’interruption volontaire de grossesse sera désormais illégale dans la moitié des États, dont plusieurs du Midwest et du sud du pays. […]

Impact pour les femmes

Ce jugement fort attendu du peuple américain signifie aussi la fermeture de nombreuses cliniques où se pratiquaient encore des avortements dans des États conservateurs. Quelque 200 d’entre elles risquent de mettre la clé sous la porte rapidement, soit environ le quart de celles existant aux États-Unis, selon un récent rapport du groupe de recherche Advancing New Standards in Reproductive Health.

Les femmes qui habitent dans ces états et qui désirent une interruption volontaire de grossesse n’auront d’autre choix que de traverser les frontières et se rendre à des milliers de kilomètres de chez elles pour trouver une clinique dans un État où la procédure sera encore permise. Celles qui n’en ont pas les moyens financiers vont subir encore plus de conséquences, relèvent les trois juges démocrates.

Cela signifie aussi que le droit des femmes à leur autonomie corporelle variera – encore plus considérablement qu’actuellement – d’un État à l’autre.

Le jugement rendu vendredi par la Cour confirme en bonne partie la version qui avait coulé dans le média américain Politico au début du mois de mai. Vu les conclusions de cette ébauche, les groupes pro-avortement étaient sur le pied d’alerte depuis deux mois.

Roe v. Wade avait résisté à bon nombre d’attaques judiciaires depuis près de 50 ans. Au gré des élections et des nominations de juges républicains, plusieurs s’en étaient pris à la décision phare du plus haut tribunal américain.

La dissidence démocrate

«Avec tristesse – pour cette Cour, mais surtout, pour les millions de femmes américaines qui ont perdu aujourd’hui une protection constitutionnelle fondamentale – nous inscrivons notre dissidence.»

Les trois juges démocrates de la Cour finissent en ces sombres termes les dizaines de pages de leur avis dissident : «Depuis un siècle, Roe et Casey ont protégé la liberté et l’égalité des femmes» et leur droit de décider pour elles-mêmes si elles veulent ou non porter un enfant.

Aujourd’hui, la Cour jette ce droit au rancart. «Elle dit qu’à partir du moment de la conception, une femme n’a plus de droit à proprement parler. Un État peut la forcer à mener sa grossesse à terme, peu importe l’exorbitant coût personnel et familial.»

Des États ont déjà adopté des lois qui ne comportent aucune exception pour le viol ni l’inceste : une jeune fille devra donc porter l’enfant de son violeur et même celui de son propre père, relève les juges dissidents. «Mais peu importe les lois étatiques qui seront adoptées : un résultat de la décision d’aujourd’hui (vendredi) est certain : la réduction des droits des femmes et de leur statut en tant que citoyennes libres et égales

Dans certains États, rien ne changera : l’avortement demeurera vraisemblablement accessible comme avant. Mais dans plusieurs, il risque d’être interdit, sauf pour de rares exceptions. Et dans d’autres encore, il pourrait être un crime en tout temps, à la fois pour la femme qui veut l’obtenir et pour ceux qui lui viennent en aide. Ces femmes risquent donc d’avoir des antécédents criminels pour avoir obtenu une interruption de grossesse alors que leurs voisines de l’État d’à côté n’auront pas à faire face à de telles conséquences judiciaires.

Le Texas et l’Oklahoma, par exemple, ont récemment interdit tout avortement au-delà de six semaines de grossesse – à un moment où bien des femmes ne savent même pas qu’elles sont enceintes. Ces lois demeuraient fragiles et sujettes à contestation sous le régime de Roe v. Wade. Désormais, elles n’ont plus d’obstacles.

Au Canada, l’avortement a été un crime jusqu’en 1988, lorsque la Cour suprême du Canada a invalidé l’article du Code criminel qui l’interdisait.

https://www.ledevoir.com/monde/726810/c-est-la-fin-pour-roe-vs-wade-qui-protegeait-l-avortement

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Une véritable catastrophe

Marie-Andrée Chouinard / 24 juin 2022 / Le Devoir

Incroyable mais triste et horrible vérité, les femmes ne pourront plus disposer de leur corps comme bon leur semble, en tout cas dans la moitié des États américains. Ce pays se targue de compter parmi les démocraties protégeant le plus vigoureusement les droits de ses citoyens, mais avec une majorité ultraconservatrice bien installée par Trump au plus haut tribunal du pays, les droits des femmes sont en berne. Il s’agit d’un recul révoltant.

La décision était attendue et n’a surpris personne, mais elle n’en est pas moins catastrophique. Sitôt la décision rendue vendredi matin, des militants anti-choix ont célébré en liesse devant la Cour suprême la fin de l’arrêt Roe v. Wade, pendant que, dans le camp des pro-choix, on mesurait avec effroi les conséquences immédiates pour la liberté fondamentale des femmes de disposer de leur corps comme elles l’entendent : dans au moins la moitié des États américains, il est entendu que l’avortement sera limité ou interdit, puisque le jugement leur en retourne la responsabilité législative. Des États ont immédiatement réagi en brandissant des législations limitant ou interdisant l’accès à l’avortement.

C’est un jour sombre. Alors que des avancées sont notées partout dans le monde eu égard à la santé reproductive des femmes, alors même que des pays longtemps menés par des lobbys très religieux relâchent peu à peu leurs verrous pour redonner aux femmes le choix qui leur revient, l’une des plus grandes nations du monde retourne 50 ans en arrière. Le président démocrate, Joe Biden, assiste, impuissant, à l’effritement des droits des femmes; il subit avec son peuple l’héritage de son prédécesseur, Donald Trump, qui a semé aux premières loges de la Cour suprême des ultraconservateurs dont les idéologies pourraient continuer à démolir des acquis.

Montage photo : Daze Digital

Six juges – dont les trois nommés par l’ex-président Trump – ont souscrit à l’idée selon laquelle l’interprétation juridique de 1973 était «complètement erronée». «Le pouvoir de réglementer les avortements est donc retourné au peuple et à ses représentants élus», écrit la majorité. La Cour suprême démolit impunément des années d’âpres luttes pour protéger le droit à l’avortement. On sait malheureusement la sombre suite qui s’écrira pour les femmes : des cliniques fermeront, des citoyennes devront parcourir des milliers de kilomètres et payer des sommes – qu’elles n’auront pas – pour trouver un service, des manoeuvres illégales et dangereuses s’opéreront dans la clandestinité. Un véritable scénario d’horreur.

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Ce jugement balafre des droits, mais il abrite un autre scandale, et c’est celui de ne pas s’accorder à la volonté des citoyens américains. Selon un récent sondage effectué par le Pew Research Center, 61 % des Américains croient que l’avortement devrait être légal dans toutes ou quelques situations; à l’inverse, 37 % estiment que ça devrait être illégal dans toutes ou quelques situations. L’opinion des citoyens varie selon qu’on modifie quelques variables, comme le nombre de semaines de grossesse, par exemple. Avec ce recul sociétal immense, la Cour suprême s’inscrit donc en faux contre la volonté du peuple.

Jeudi, elle avait exprimé un autre jugement rétrograde et contraire au bon sens, en invalidant une loi new-yorkaise encadrant le port des armes, le tout en plein coeur d’un débat politique destiné pourtant à mener à l’issue contraire à l’échelle du pays. Et cela, à nouveau à l’encontre de la volonté de la majorité des citoyens, qui veulent des gestes concrets pour que diminue le nombre de décès par balle. À six juges contre trois, la Cour a déclaré non valide une loi qui venait imposer des limites au port d’une arme de poing dans l’espace public. Cette sortie rétrograde survient quelques semaines à peine après les tueries d’Uvalde et de Buffalo. Le 21 juin, des sénateurs démocrates et républicains avaient pourtant donné le signal d’une possible grande avancée en proposant un projet de loi, adopté vendredi, pour mieux baliser la vente d’armes.

Législatif, exécutif, judiciaire : trois pouvoirs valsent aux États-Unis dans des cadences distinctes et sur un fond de schisme entre le camp des démocrates et celui des conservateurs. Le pouvoir judiciaire, mené par une frange conservatrice décidée à rogner les progrès, vient de montrer jusqu’où il peut étendre son bras, redonnant aux États qui suivent sa gamme le loisir d’imposer en leurs frontières une loi conforme à leurs valeurs.

Ces jours-ci, la commission d’enquête sur le 6 janvier permet d’ausculter l’ampleur des dérives orchestrées par Donald Trump : il a inventé une mascarade aux allures de fraude électorale ; il a encouragé ses partisans à prendre d’assaut le Capitole ; il a tenté d’inféoder le pouvoir judiciaire en voulant le forcer à valider son mensonge. Cette impunité désinvolte et crasse constitue un legs bien malodorant dont les effluves s’étendent sur le pays et fragilisent les droits des citoyens.

https://www.ledevoir.com/opinion/editoriaux/726918/avortement-une-veritable-catastrophe