Conflit israélo-palestinien
«La guerre est beaucoup plus qu'agression et conquête, c'est une suspension des contrôles de «civilisation», un déchaînement ubrique des forces de destruction. Et quand s'opposent, dans le jeu de la vie et de la mort, non seulement des intérêts et des fureurs, mais aussi le sens de ce qui est sacré et maudit, de ce qui est juste et de ce qui est vrai, lorsque les dieux combattent avec les armées, le déferlement va jusqu'au génocide.» Citation de l'«incroyant radical» Edgar Morin
La nature du conflit israélo-palestinien repose en grand partie sur l'appropriation et/ou la restitution de territoires sur fond de croyances religieuses. Or les Fous de Dieu veulent littéralement éliminer Israël de la carte du monde. Ce conflit, comme dans bien des guerres, s'établit sur des croyances religieuses ou patriotiques et/ou sur des théories.
Dit simplement, la guerre c'est : «Tout ce qui est à toi est à moi et tout ce qui est à moi je le garde!»
Si le Dieu proposé par les religions existait, il faudrait l'éliminer parce qu'il est injuste, méchant, cruel, sadique, imprévisible; c'est un psychopathe, un assassin!
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«L'intelligence devrait se servir de la technique et non la servir.» ~ Edgar Morin
«Le consumérisme est l'addiction aux produits inutiles, à valeur illusoire ou imaginaire, parfois toxiques.» ~ Edgar Morin
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«Ceux qui ne veulent pas tuer doivent parler...» (A. Camus)
Ce texte n'a pas pris une seule ride quand on voit ce qui se passe au Moyen-Orient, en Ukraine et aussi ailleurs dans le monde.
«Un cadeau inestimable : Catherine Camus, la fille d’Albert, m’a remis le vingt-huit avril 2017 un texte presque inédit de son père. Il est magnifique et annonce, bien sûr, la publication de «l’homme révolté», en 1951. En gras des passages de pleine actualité. Lisez! Relisez! Partagez! Diffusez.» (Axel Kahn)
Photo : Catherine Camus et Axel KahnNOUS AUTRES MEURTRIERS
(un texte presque inédit d’Albert Camus)
Oui, c`est la vérité que nous vivons sans avenir et que le monde d’aujourd`hui ne nous promet plus que la mort ou le silence, la guerre ou la terreur. Mais c’est la vérité aussi que nous ne pouvons pas le supporter parce que nous savons que l’homme est une longue création et que tout ce qui vaut la peine de vivre, amour, intelligence, beauté, demande le temps et la maturité. Et si nous ne pouvons pas le supporter, nous devons le dénoncer. Et la première chose justement est de pousser ce cri de révolte. Car la terreur et la fatalité sont faites pour moitié au moins de l’inertie et de la fatigue des individus en face des principes stupides ou des actions mauvaises dont on continue d`empoisonner le monde. La tentation la plus forte de l’homme est celle de l’inertie. Et parce que le monde n’est plus peuplé par le cri des victimes, beaucoup peuvent penser qu’il continuera d’aller son train pendant quelques générations encore. Il ira son train, en effet, mais parmi les prisons et les chaînes. Parce qu’il est plus facile de faire son travail quotidien et d’attendre dans une paix aveugle que la mort vienne un jour, les gens croient qu’ils ont assez fait pour le bien de l’homme en ne tuant personne directement. Mais, en vérité, aucun homme ne peut mourir en paix s’il n’a pas fait tout ce qu’il faut pour que les autres vivent et s’il n’a pas cherché ou dit quel est le chemin d’une mort pacifiée. Et d’autres encore, qui n’ont pas envie de penser trop longtemps à la misère humaine, préfèrent en parler d’une façon très générale et dire que cette crise de l’homme est de tous les temps. Mais ce n`est pas une sagesse qui vaut pour le prisonnier ou le condamné. Et, en vérité, nous continuons d`être dans la prison, attendant les mots de l’espoir.
Les mots d’espoir sont le courage, la parole claire et l’amitié. Qu’un seul homme puisse envisager aujourd’hui une nouvelle guerre sans le tremblement de l’indignation et la guerre devient possible. Qu’un seul homme puisse justifier les principes qui conduisent à la guerre et à la terreur et il y aura guerre et terreur. Il faut donc bien que nous disions clairement que nous vivons dans la terreur parce que nous vivons selon la puissance et que nous ne sortirons de la terreur que lorsque nous aurons remplacé les valeurs de puissance par les valeurs d`exemple. Il y a terreur parce que les gens croient ou bien que rien n’a de sens ou bien que seule la réussite historique en a. Il y a terreur parce que les valeurs humaines ont été remplacées par les valeurs du mépris et de l’efficacité, la volonté de liberté par la volonté de domination. On n’a plus raison parce qu’on a la justice et la générosité avec soi. On a raison parce qu’on réussit. Et plus on réussit, plus on a raison. A la limite, c’est la justification du meurtre.
Tout le monde aujourd’hui veut réussir, par l’argent ou par le jeu. Tout le monde veut triompher. Les nations ne souhaitent pas le succès parce qu’elles ont raison mais elles le veulent pour avoir enfin raison. Aucune d’elles ne veut plus écouter l’autre. Il n’y a plus de dialogues possibles dans un univers où tout le monde est sourd. Demain, ce sera le monologue du vainqueur et le silence de l’esclave. C`est pourquoi les hommes ont raison d’avoir peur, parce que dans un pareil monde c’est toujours par hasard ou par une arbitraire bienveillance que leur vie ou celle de leurs enfants sont épargnées. Et ils ont raison aussi d`avoir honte parce que ceux qui vivent dans un pareil monde sans le condamner de toutes leurs forces (c`est-à-dire presque tous) sont à leur manière aussi meurtriers que les autres.
Il n’y a qu’un seul problème aujourd’hui qui est celui du meurtre, toutes nos disputes sont vaines. Une seule chose importe qui est la paix. Les maîtres du monde sont aujourd’hui incapables de l’assurer parce que leurs principes sont faux et meurtriers. Que du moins, et dans tous les pays, ceux qui refusent le meurtre se réveillent, dénoncent les faux principes et entament pour leur propre compte la réflexion, le dialogue, le démarche exemplaire qui démontreront au moins que l’histoire est faite pour l’homme et non pas le contraire. Ceux qui ne veulent pas tuer doivent parler, et ne dire qu’une seule chose, mais la dire sans répit, comme un témoin, comme mille témoins qui n’auront de cesse que lorsque le meurtre, à la face du monde sera répudié définitivement.
Albert Camus, Franchise No 3, novembre / décembre 1946.
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En complément : Stefan Zweig 1881-1942
«J'avais reconnu l'adversaire que j'avais à combattre – le faux héroïsme qui préfère envoyer les autres à la souffrance et à la mort, l'optimisme facile des prophètes sans conscience, politiques aussi bien que militaires, qui, promettant sans scrupules la victoire, prolongent la boucherie; et derrière eux, le choeur stipendié de tous ces ‘phraseurs de guerre’.» (Le monde d’hier)
«Tant qu'ils ne sont pas fin prêts, les despotes qui préparent la guerre n'ont que le mot de paix à la bouche.» (Les Très Riches Heures de l'Humanité)
Et je sais à nouveau que dans ce vaste monde
Le jour et la nuit ne résultent pas du seul flux des heures,
Mais qu'il y a des hommes qui sont tels le soleil, et devant
Qui les autres ne sont rien que des ombres...
(Thersite)